Et si nous étions plus lucides plutôt que plus sensibles ?

Réflexion en passant sur le sujet du mythe de l’hypersensibilité des surdoué·es.

D’abord je ne nie pas l’existence éventuelle de personnes hypersensibles, dans le sens hyperémotives. Pas plus que je ne remette en question l’effective forme d’hyperesthésie qui existe chez les surdouées et surdoués.

Je considère simplement que l’hypersensibilité n’est pas un produit systématique du HPI. Autrement dit que lorsque l’on est HPI on n’est pas automatiquement hypersensible.

Ceci étant établit, j’en reviens à mon éclair d’Archimède.

Et si, plutôt que d’être hypersensibles, nous (les personnes surdoué·es) étions en fait plus conscientes et conscients que les autres ?
Alors non, ne partez pas en courant en ayant peur du grand méchant discours new-âgeux plein de licornes et d’enfants fait de différents minéraux ou cristaux.
Je parle de conscience dans le sens cognitif du terme : savoir, avoir conscience, connaitre.

Imaginez.
En fait nous ne serions pas forcément plus sensibles (i.e plus émotifs) que les autres, mais nos capacités cognitives et nos sens nous permettant d’avoir accès et de traiter plus d’informations sur nous même et notre environnement que les autres, nous ne réagirions en fait jamais exactement à la même chose que les non-HPI. (Et je passe sur les différences inter-individuelles innées et acquises hein, sinon on n’a pas fini.)

Dans n’importe quel événement provoquant une réponse émotionnelle, les autres n’auraient accès qu’à une fraction du matériel que nous percevrions. Notre réponse émotionnelle serait alors directement en rapport avec cette quantité d’informations inaccessible aux autres.
De fait une personne non-HPI interpréterait notre réaction émotionnelle à l’aune de ce qu’elle peut concevoir et percevoir de la situation. Or ce serait moins que ce à quoi nous réagissons en vérité.
Et c’est cet écart qui serait perçu et compris comme de l’hypersensibilité.

Cette question, plus lucide ou plus sensible, nous invite à nous interroger sur l’hypersensibilité elle-même.
Ce que l’on croit qu’elle est, et ce qu’elle est d’un point de vue scientifique (psychologique ou biologique). Un article de ce blog vous propose de faire un peu de tri dans le vocabulaire du champ sémantique de la sensibilité lorsqu’il s’agit du HPI.
Mais également de faire le point sur ce que l’on sait de la perception – c’est à dire de l’efficience du système nerveux pour capter et traiter de façon consciente ou non une information – des personnes surdoué·es. Un autre article du blog vous propose un petit tour d’horizon sur ce passionnant sujet de la neurobiologie des personnes surdouées.

Ce que l’on prend pour de la sensibilité, voire de la sensiblerie, pourrait se révéler être le produit du traitement d’une plus grande somme d’informations, tant sensitives que conceptuelles, et donc, finalement la réponse à un événement différent – de part la somme d’informations reçues et traitées – de ce qui est supposé.

Peut-être pas plus sensibles, mais sensibles à plus ?

En quelque sorte, oui une plus grande lucidité amènerait à une plus grande sensibilité, mais pas en termes d’intensité.
Il ne s’agirait pas d’être plus sensible à une seule chose, mais, aidé·es par une plus grande lucidité, d’être sensibles à plus de choses, parce que l’on a accès à plus de choses.

J’espère avoir été, si ce n’est convaincante, en tout cas claire en partageant avec vous mes réflexions sur cette question.
Pour conclure cet article, je vous emmène au cinéma. Il se peut que quelques mots au sujet de quelques images puissent m’aider à éclaircir mon propos.

Il s’agit d’une scène du film « Lucy » de Luc Besson, qui à mes yeux, illustrent parfaitement ce dont il est question ici.

L’héroïne, Lucy, voit ses capacités cognitives et sensorielles (en résumé, nerveuses) croître exponentiellement suite à l’exposition à une dose massive d’une protéine artificiellement synthétisée et raffinée (mais naturellement produite lors de la gestation humaine, selon le pitch du film).
Elle marche dans la rue, une rue très passante, pour ne pas dire bondée, d’une de ces très grandes villes qui ne dorment jamais.
Quelqu’un la regarde bizarrement, ou lui demande ce qui ne va pas (en somme trouve son comportement exagéré pour la situation) parce qu’elle semble presque en extase devant un arbre. Un bête arbre planté sur le trottoir, emprisonné dans son petit carré de terre au milieu de ce ruban d’asphalte.
Lucy est en admiration devant cet arbre.
Alors que les autres ne voient rien, si ce n’est un « bête » arbre, Lucy voit non seulement l’arbre, mais elle perçoit la sève qui y circule, les nutriments qui voyagent et donnent son énergie à l’arbre ; elle perçoit également ses racines, et les échanges de celles-ci avec la terre et les autres organismes autour. Elle perçoit cet organisme vivant qu’est l’arbre à un niveau tout à fait différent, plus complexe, plus subtile, et toujours bien réel.
Lucy perçoit, grâce à ses capacités cognitives et sensorielles, ce qui est invisible pour les autres, mais qui existe bel et bien. Et elle est, dans cette scène, émerveillée, bouleversée par ce qu’elle voit.
Mais, comme elle est seule à percevoir ce qu’elle perçoit, les autres autour jugent sa réaction inappropriée selon ce qu’ils perçoivent eux de l’environnement à ce temps t.

Qu’en pensez-vous ?

Moi j’aime bien mon idée.

20 réflexions sur “Et si nous étions plus lucides plutôt que plus sensibles ?

  1. Lo Husk dit :

    Bah en fait c’est une très bonne réflexion somme toute assez logique. Faudrait tester. Pour ma part il est clair que lorsque je réagis à quelque chose, y’a une ou plusieurs infos que les autres ne perçoivent pas. Surtout dans l’humour. Mais je crois que même certains THQI ne perçoivent toujours ce qui me touche. Donc est-ce que ça a un lien avec le fait d’être HPI ou est-ce que c’est juste une ouverture d’esprit, je ne sais pas.

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    • Line dit :

      C’est pour ça que je précise que je laisse de côté les aspects innés/acquis, parce que ça complexifie la réflexion.
      Mais évidemment l’éducation et l’expérience de chacun•e influe sur ce qu’il considérera ou pas dans diverses situations.

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  2. psychoquoiblog dit :

    Très intéressant. J’ai l’impression de recevoir certaines situations avec une grande acuité, et ma réponse émotionnelle peut être intense. Mais je ne vois pas en quoi une situation objective qui induit des réponses émotionnelles peut être constituée de matériel non perceptible par d’autres. En caricaturant il y aurait les personnes très émotives, dont les réponses ne sont pas appropriées à la situation, et les personnes très perceptives? Que faisons-nous des anxieux à HPI soumis aux distorsions cognitives ,et des anxieux dans la norme, soumis aux même « dys-perceptions »? Aurais-tu des exemples? Prenons la joie: quand je perçois les rayons du Soleil dans les feuilles jaunes d’un arbre, j’exulte littéralement, dans tout mon corps. Qu’est-ce que je perçois de plus ? Quand j’ai peur de parler en public, je suis terrorisée, même question? Après réflexion je me dis que ce que tu dis a une part de vérité, pour certaines situations, mais pas toutes.

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    • Line dit :

      L’important ici n’est pas tant la situation en elle-même, que la façon dont les individus, HPI et non HPI, la traite et les émotions que ce traitement génère.
      Je vais aller plus loin dans mon idée première, c’est que le décallage perçu par les personne non-HPI peut aussi aller dans l’autre sens, c’est à dire juger une personne HPI « insensible » parce qu’elle ne réagit pas émotionnellement comme ce qui est socialement attendu.

      Alors pour moi il n’y a pas de réponse émotionnelles inappropriées, jamais. Il n’y a que des réponses émotionnelles diverses et variées dont on ne peut pas juger ni la cause ni la pertinence. Si écraser une coccinelle fait pleurer quelqu’un, mais que rouler en voiture sur un serpent ne l’émeut pas une seconde, aucune des deux réactions n’est émotionnellement inapproriée.
      Enfin si, il y a des réactions émotionnelles inappropriées, mais dans le domaine de la pathologie : quand on prend du plaisir à faire souffrir, ou quand on ne ressent rien par exemple. Mais là ça dépasse le contexte de l’idée du billet.

      Pour reprendre tes exemples, je pense que tu es plus stimulée sensoriellement parlant dans le premier cas. Dans le second, c’est sans doute plus complexe mais néanmoins cohérent avec mon idée. Si tu as des biais cognitifs qui génèrent de l’angoisse (le public va se moquer de moi, je suis ridicule etc) ton émotion est le résultat de l’exposition à ces biais cognitifs. Qui sont probablement renforcés par des perceptions plus exacerbés mais mal interprétées (murmures, soupirs perçus dans la foule).
      Dans le premier cas (la joie) comme le second cas (l’angoisse) si une personne non-HPI devait réagir à et traiter autant de stimuli je pense qu’elle éprouverait un niveau d’émotion similaire au tien dans ces deux situations.

      Dans les deux cas, il ne s’agit pas tant de ce qui se passe à l’extérieur, qui est très souvent la même chose pour tout le monde, mais de ce qui se passe à l’intérieur.
      Même si on traite le même nombre d’informations entrantes, il est probables que ches les personnes HPI, les associations d’idées, de concepts, de souvenirs, les projections, soient plus actives et nombreuses que chez les personnes non-HPI. C’est aussi ce que je voulais dire par « traiter plus d’informations ».

      Voilà. ^^

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  3. Athalset dit :

    Idée intéressante en effet. Pour qu’il y ait une réaction plus important, en partant du principe que seul le cerveau est « modifié » chez les HPI mais pas les récepteurs sensoriels, il n’y a pas beaucoup de possibilité pour modifier le résultat final. Je pense que soit la différence vient du niveau de traitement de l’information (à quel point le cerveau pousse l’ « analyse » du stimulus) soit, comme tu l’as dit, de la quantité de stimuli captés par le cerveau.
    Il y a peut-être des échappatoires ou des arguments pour une des possibilités que je ne connais pas mais sur le plan logique ça se tient 🙂

    J’aime bien les deux pour le coup, elles me semblent pertinentes dans les deux cas.
    Quoique la deuxième permet peut-être de mieux expliquer la capacité de focus sur des éléments, comme le fait de pouvoir distinguer assez clairement des mots ou des bribes de phrases tout autour de soi quand il y a du brouhaha 🤔

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      • psychoquoiblog dit :

        Tout ceci est on ne peut plus logique et pourtant, dans le cas de l’anxiété, j’ai de gros doutes. Que faisons-nous des personnes très anxieuses qui n’ont pas de hqi ou qui ont un QI inférieur à la moyenne? Ces personnes ont les mêmes problématiques. Et si je pense aux personnes ayant un QI inférieur à la moyenne, elles ont aussi des émotions très fortes, des joies intenses et des colères foudroyantes. Cela peut même s’avérer très impressionnant. Je pense aussi aux personnes qui n’ont pas les mots pour exprimer leur désarroi et qui expriment leur colère par la violence.
        Plus conscients que sensibles je ne sais pas pour le coup. Il faudrait qu’on creuse encore. En tout cas j’adore me poser la question ; )

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    • Line dit :

      Bonjour Aldor,

      Non je n’écoute que très rarement les interventions sur « les zèbres », et avec Mme Siaud Facchin parce que ça a tendance à m’énerver. Et je n’aime pas faire monter ma tension inutilement. :p

      Et je suis presque vexée que vous puissiez penser, après tous mes articles, que j’ai pu accepter d’intervenir et d’être identifiée en tant que « zèbre » où que ce soit. :p

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  4. Isabelle Henzler dit :

    Je trouve ta réflexion passionnante, ainsi que les échanges … Selon mon ressenti il y a quelque chose au delà d’ « être conscience de » … l’intuition … selon le Larousse « la connaissance directe, immédiate de la vérité, sans recours au raisonnement, à l’expérience » – dans le sens « savoir, connaître ».
    Quand à la réponse émotionnelle parfois qualifiée par les autres d’excessive face à certaines situations ou évènements, je pense que cela « touche » quelque chose en nous … nos valeurs … justice, responsabilité, respect. Les valeurs très présentes dans nos vies.
    C’est la première fois que j’ose écrire un commentaire! Merci
    Isabelle

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  5. Dilia Blanche dit :

    Réflexion très intéressante !
    J’émettrais une hypothèse supplémentaire, en complément de ce que vous dites.
    En plus de la quantité d’informations, une émotion en soit provoque quand même des effets physique qui touche donc le système nerveux.
    Une même émotion pourrait donc être ressenti plus intensément par un HPI.
    Par ailleurs la conscience dont vous parlez me semble aussi être un élément, quand on a conscience des choses, selon moi, on les ressent d’autant plus !
    Bon, je suis moins convaincue par mon second argument, mais pourquoi pas ^^

    En tout cas, merci pour tous ces articles, je les dévore les uns après les autres, c’est un grand plaisir et souvent un réconfort, donc encore merci pour ce que vous faites, merci de partager avec nous vos doutes, vos coup de gueules ou simplement vos pensées =)

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    • Line dit :

      Merci Dilia,

      Alors je précise que par  » quantité d’informations » je veux dire stimulus. C’est à dire des concepts intellectuels mais bien aussi des stimuli physiques (sensoriels).

      On ne peut pas se prononcer sur l’intensd’un ressenti émotionnel uniquement en se référant à ce que l’on suppose être sa manifestation physique.
      Prenons un exemple, la peur.
      Certaines personnes exprimer ont leur terreur en hurlant et en courrant pour fuir. D’autres, toutes aussi terrifiées que les premières, seront simplement paralysées, inexpressives et muettes. Comme pétrifiées par la peur. D’autres encore seront terrifié mais afficheront un étrange calme apparent.
      Alors comment juger de qui ressent quoi et surtout plus ou moins que les autres ?
      On ne peut pas s’appuyer sur une manifestation physique pour juger de cela.

      En plus, on ne peut pas dire, objectivement, que quelqu’un ressent quelque chose plus intensément qu’une autre personne. Parce que nous n’avons pas accès directement à l’émotion en elle même mais seulement à son expression ou à ce qu’en dit et fait la personne qui la ressent.
      Il est donc délicat de dire que les personnes HPI ressentent les émotions plus intensément que les autres.

      Par contre on peut éventuellement mesurer leurs activité nerveuse lorsqu’exposé à un stimulus donné.
      Dans les cas d’hyperésthesie on constate effectivement que la réponse nerveuse à un stimuli sensoriel donné est plus élevée que chez un sujet « sain ».

      Les personnes HPI étant dotée d’un système nerveux plus sensible (qui capte plus de stimulus) elles répondent à une plus grande quantité d’information, mais cette réponse à une plus grande quantité d’information n’est pas une réponse plus intense à la même quantité d’informations captée par un non-HPI.

      Bon ce n’est pas clair. 😅
      Je compléterai cet article. 😊

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      • Dilia Blanche dit :

        Oui je vois ce que vous voulez dire, et effectivement la remarque je faisais sur le fait qu’une émotion provoque aussi une réponse physique n’avait pas pour objectif de pouvoir quantifier la différence entre HPI et non HPI, simplement d’en trouver un autre facteur.
        Mais effectivement, je n’avais juste pas saisie que vous parlier de « quantité d’information » ça englobait déjà cela =)

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