Pourquoi accompagner les adultes surdoué·es ?

La littérature, scientifique ou non, le web également, regorge de sujets traitant du HPI. Chez les enfants ou adolescent·es.
Le sujet des adultes surdoué·es est bien peu abordé, sinon pour présenter des situations de difficultés sociales (professionnelles et/ou relationnelles).
Quand je me renseigne sur le sujet, les rares adultes surdoué·es que l’on ne présente pas comme vivant des difficultés diverses et variées – que l’on attribue un peu vite à mon sens à leur HPI – sont présenté·es surtout comme ancien·nes enfants surdoué·es. Encore une fois, on s’intéresse à leur enfance et/ou leur parcours scolaire.

En soi, je n’y trouve aucun mal.
Ce que je regrette, c’est de ne pas trouver de sujet qui traite des adultes surdoué·es en tant qu’adultes surdoué·es, et encore moins de sujet qui traite d’adultes qui se découvrent surdoué·es à l’âge adulte et, conséquemment, des questions et autres événements que cette découverte peut engendrer dans leur vie.

Pourtant, découvrir que l’on possède un fonctionnement cognitif particulier, dans le sens de différent de la majorité, qui peut avoir un impact sur l’apprentissage, la vie professionnelle, la vie personnelle (l’hyper-excitabilité nerveuse n’est pas sans conséquence sur les 5 sens et le traitements des informations qui en proviennent), éventuellement le rapport aux autres et plus largement, au monde ; cela n’a pas les mêmes conséquences et impacts quand on est adulte avec – au choix – famille, entreprise, travail, à charge et que l’on est responsable de soi ; que quand on est enfant, où 90% des aspects de notre vie sont pris en charge et assumés par nos/notre parent·s (pour celles et ceux qui en ont évidemment).

De l’extérieur, on pourrait se demander ce que cette découverte de HPI pourrait bien avoir de bouleversante pour un·e adulte ? C’est, comme j’aime à le répéter, une bonne nouvelle en soi.
Et je le maintiens.
Néanmoins, c’est aussi une nouvelle qui touche à l’identité.
Si adolescent·e nous avons tout le loisir de nous questionner, d’explorer notre identité en y consacrant toute notre énergie et nos pensées, et sans trop de conséquences sur d’autres personnes (sauf peut-être sur les nerfs et le porte-monnaie de nos pauvres parents quand notre exploration identitaire passe par des changements de looks et des accessoires onéreux… ) en tant qu’adulte, un questionnement identitaire profond n’a potentiellement pas du tout les mêmes conséquences.

Evidemment, toutes nouvelles données venant bouleverser notre représentation identitaire peut avoir ces mêmes conséquences. Ce n’est pas spécifique au HPI ; une nouvelle passion, un amour inattendu, l’acceptation ou la découverte de son identité de genre ou de la forme plus complexe de sa sexualité, par exemple peuvent tout aussi bien et souvent plus violemment encore, bouleverser la perception identitaire et la vie des personnes qui vivent cela.

Toujours est-il que le HPI, parce qu’il est lié à la pensé, est lié à l’identité, et vient donc la bouleverser quand l’information est délivrée.
Trop souvent les adultes sont laissés là, avec leur chiffre de QIT et la pléthorique littérature sur le sujet du HPI, chez les enfants en général, ou sinon chez les adultes et qui leur promet des heures bien sombres d’inadaptation sociale.

Je suis convaincue, aidée en cela par les recherches scientifiques sur le sujet*, que c’est faux. Le HPI n’est pas un handicap social en soi, et l’adulte surdoué·e n’a pas d’horizon social plus sombre que n’importe qui d’autre.**

Le travail, les compétences professionnelles, la vie professionnelle, est un aspect central et majeur de la vie d’adulte dans notre société. Mais les adultes qui se découvrent surdoué·es et qui, légitimement, se mettent à passer cet aspect de leur vie au crible de cette nouvelle donnée, ne trouvent que peu ou pas de ressources ou d’aides, pour ce domaine spécifique qu’est la vie professionnelle.

Il y a quelques ouvrages qui traitent de ce sujet. Par exemple : Adultes sensibles et doués. Trouver sa place au travail et s’épanouir de Arielle Adda et Thierry Brunel ; ou Surdoués : s’intégrer et s’épanouir dans le monde du travail de Cécile Bost.
Mais, personnellement, je regrette que ces ouvrages qui traitent du travail et des personnes HPI ne soient pas rédigés par des personnes qui soient à la fois connaisseuses du HPI ET de la psychologie du/au travail.

Ce qui m’amène à cette impression : toute l’aide qui est accessible et/ou proposée aux adultes surdoué·es qui se découvrent comme tel·les, est à la fois fractionnée (soit on traite de l’aspect privé/relationnel, soit on traite de l’aspect professionnel) et est dispensée par des personnes, qui soit ne sont pas HPI (ou tout du moins qui ne le précisent pas) soit ne sont pas psychologues (ou psychiatres).

Et personnellement, ça ne me convient pas.
C’est pour cela que je m’emploie à concevoir – autant que faire ce peut en l’état actuel des choses – une proposition d’accompagnement pour les adultes surdoué·es (ou qui se découvriraient comme tel·les au cours de séances/bilans avec moi) qui couvrent TOUS ces aspects.
Il ne s’agirait pas de forcer les patient·es à aborder tous ces sujets, mais bien pour moi d’être capable de proposer un accompagnement quel que soit le domaine abordé : professionnel ou personnel.
La question de la ré-orientation professionnelle étant souvent une question qui se pose dans le parcours des adultes qui se découvrent surdoué·es. (La question se pose aussi chez les adultes non surdoué·es, évidemment, mais ce n’est pas l’objet de mon article).

J’ai démarré ce blog avec l’envie d’apporter un (parmi quelques autres) témoignage positif sur le fait d’être une adulte surdouée. Puis j’ai voulu apporter ma pierre à l’édifice de l’information scientifique ET accessible sur le HPI.
J’ai entamé une ré-orientation professionnelle et ai repris des études pour devenir psychologue, parce que l’identification de mon HPI et tout le travail psychologique entamé suite à cela m’a ouvert des horizons sur moi-même et sur ma vie.  J’ai osé renouer avec ma première aspiration professionnelle purement personnelle.

Toujours en lien avec la découverte de mon HPI en tant qu’adulte, et à partir des enseignements tirés de mon propre parcours post-identification, j’ai nourri le projet de dédier une partie de ma pratique à l’accompagnement des adultes qui se découvrent surdoué·es à l’âge adulte (que cette découverte se fasse avec moi ou non).
Aujourd’hui, à seulement un an du diplôme (yeah !) je peaufine ce projet (autant que cela est possible  et pertinent avant d’effectivement exercer), en y ajoutant l’aspect particulier de la vie professionnelle.

Rassurez-vous, il ne s’agira pas pour moi de livrer un programme en 30 jours, avec des étapes et des clefs magiques qui résoudront tout.
Loin de là.
En ce qui concerne la connaissance de soi, je ne suis pas pour les programmes « clefs en mains ». Ce genre de méthode me semble superficielle et donc inutile à long terme. Il me semble que le but de l’accompagnement psychologique (je ne parle pas de thérapie parce que je ne parle pas ici du traitement de psychopathologie) est d’aider les patient·es à mieux se connaitre, à créer ou adapter leurs propres outils qui seront parfaits pour leur psychisme et vie uniques.
Les méthodes « clefs en mains » avec des outils et des étapes, sont adaptées si on ne les considère que comme un marche-pieds, pour démarrer une plus grande construction. Sinon, elle deviendront vite des cages, un cadre trop stricte car inadapté à la personne unique qui les emploie et à la constante évolution de la vie, des personnes et de environnements dans lesquels elles-vivent, qui seront sources de frustrations, potentiellement de renonciation à la dite méthode qui pourrait, tristement et injustement, être vécue comme un échec.

Donc pas de cela avec moi.
(De méthode-magique-toute-prête-infaillible je veux dire)
Je crois en l’exploration et le travail patient sur et dans sa psyché, je crois en la capacité de résilience et de réflexion de mes futur·es patient·es, en leurs capacité de création et de guérison, et en ma capacité à les accompagner dans leur prise de conscience de ces capacités.
Pas de méthode miracle donc, juste du temps (un peu ou très beaucoup), des questions (pas toujours agréables), les réponses (pas toujours agréables non plus) que les patient·es y trouveront, des essais, des frustrations, peut-être des déceptions, et j’espère aussi beaucoup de satisfactions et d’épanouissement.
Vous comprendrez donc pourquoi je parle de patient·es.
Tout cela prend du temps.

Je veux pouvoir être en mesure d’accompagner mes patient·es dans les réflexions et les questionnements liés au HPI qu’ils et elles poseront lors de nos séances. De leur proposer une expertise psychologique (de par ma formation en psychologie, et les divers diplômes et formations de qualité universitaires annexes suivies) et aussi un regard connaisseur  (mais évidemment anecdotique et non canonique) « de l’intérieur » du HPI et de la situation d’adulte qui se découvre à HPI .

Mais aussi, autant que cela me sera possible, pouvoir leur proposer d’être suivi·e et accompagné·e par UNE SEULE ET MÊME personne que ce soit dans l’exploration de leur vie intérieure (émotions, cognitions, peurs, désirs, bref, tout ce que l’on confie et/ou travail avec un·e psy) ET/OU dans l’exploration de leur vie professionnelle.
Et toujours avec la compréhension et la considération de cette donnée particulière qu’est le HPI.

 

 

*La légende Noire des surdoués, Franck Ramus, blog Ramus Méninges

** Les adultes surdoués et Les enfants intellectuellement précoces du Dr Wahl et Les surdoués ordinaires Nicolas Gauvrit, 

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Surtout ne pas être trop capable

C’est clairement déconseillé au poste où je suis.

Ce matin, au travail il m’est arrivé une petite histoire qui m’a vraiment déboussolée.
Encore un magnifique exemple de ce que je ne sais pas anticiper dans le côté implicite des rapports sociaux et hiérarchiques au travail.
Mais même si je reconnais que je n’ai clairement pas vu venir la chose, je considère quand même qu’elle est un complet non-sens et ridicule et inutile.

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Interview pour le web : la Reconversion Professionnelle

Bonjour à toutes et à tous !
Permettez-moi de vous souhaiter un très beau premier mai !
Jolie(s) fête(s) du premier mai, quelque soit celle que vous célébrez ! 🙂

Jeudi dernier, j’ai donc eu le plaisir de réaliser une interview pour Mme Laure Mariet, consultante en reconversion professionnelle.

Bien que ses activités s’adressent à toutes et tous, Laure a noté qu’il émanait des demandes particulières, et récurrentes, dans le domaine professionnel chez les personnes HPI.
Forte de ce constat, elle a entreprit de se pencher plus particulièrement sur la question et de proposer un accompagnement adapté à ces questions et cette population particulière qu’est la population des surdoué•e•s.

Vous retrouverez sur son site une série de vidéos intitulées « Parcours de surdoué•e•s » (j’ai rajoutée l’écriture inclusive). 
Le principe est de brièvement présenter des parcours professionnels réussis, épanouis et très régulièrement atypiques, de personnes surdouées.
La réorientation professionnelle est au cœur de ces entretiens.

Mon contact avec Laure

J’ai été ravie de participer à ce joli projet professionnel.
J’ai été accueillie avec chaleur et sympathie par une jeune femme tout à fait professionnelle.
Laure possède indéniablement les qualités d’écoute et d’accueil nécessaires pour permettre la mise en place d’un échange serein, confiant et donc riche.
Très investie dans sa vie professionnelle, les personnes surdouées qui travailleront avec elle sauront sans doute apprécier l’implication farouche qu’elle met dans son travail et ses formations complémentaires.
Et, je n’en doute pas, elles sauront aussi reconnaître en Laure une personne qui saura comprendre leur particularités et problématiques.

La vidéo

La vidéo de mon entretien avec Laure sera mise en ligne avec les autres prochainement.
Vous pourrez retrouver la vidéo dans la section du même nom de ce blog, mais aussi dans cet article qui sera mis à jour, et – évidemment – sur le site de Laure Mariet.

D’ici là, si vous vous posez des questions sur une éventuelle réorientation professionnelle, n’hésitez pas à aller faire un tour sur le site de Laure, dont voici les coordonnées :

Consultante en reconversion professionnelle
http://www.lauremariet.com
06 59 69 56 05
laure.mariet@gmail.com

Le génie et la réussite (sociale)

A ne pas confondre.

Ce matin je lis cela à propos des surdoué•es via les Tribulations d’un Petit Zèbre :
« Un surdoué n’est pas un génie, sauf (très) rares exceptions… Un surdoué est une personne comme une autre, pas quelqu’un d’exceptionnel. Une personne qui n’a pas forcément mieux « réussi » dans la vie, qui n’a pas forcément fait de brillantes études, qui n’a pas forcément une aura délirante qui l’imposerait aux yeux de tous comme un être suprêmement intelligent & charismatique 😉 « 

C’est un point de vue, une opinion qui se respecte et se défend.

Cela génère chez moi une réflexion autour de la réussite sociale attendue et de l’intelligence.

Exceptionnel par nature

Je suis de celles et ceux qui conçoivent les personnes surdouées comme exceptionnelles par nature.
La douance est entre autre définit par une occurrence statistique ( le seuil des 2,5%) qui, par définition – certes arbitraire mais néanmoins valide – définit l’exception à la norme lors d’une proportion allant de 0 à 5%.
Les surdoué-e-s ne représentant que 2,5% (ce sont les personnes déficientes mentales qui représentent les 2,5% restant, l’autre bout de la courbe) ils et elles sont par définition des personnes exceptionnelles.

Ce qui déstabilise c’est l’idée de la réussite sociale associée à l’idée que l’on se fait de l’intelligence.
En résumé, si on est un génie, on rencontre forcément le succès social et la réussite professionnel. Ou inversement.

Erreur.

La société : une construction de la majorité par la majorité

Il faut bien comprendre que la société est une pure construction humaine, arbitraire, immatérielle, qui a pour but de permettre de vivre ensemble.
Pour ce faire, « on » édicte des règles de vie, des interdits, des critères de ce qui est bien et bon et de ce qui mauvais et mal.

Se construisent ainsi des rites sociaux, des usages, explicites et implicites et tout cela est le tissu de notre société.

La société est donc le produit de l’esprit humain, façonné par diverses contraintes et intérêts, comme par exemple, le climat et la volonté de rester en vie et de vivre en paix.

Pour que tou•tes, ou tout du moins le plus grand nombre puisse vivre ensemble, il est donc logique d’édicter des critères sociétaux qui correspondent au plus grand nombre.

Et c’est là que le bas blesse.
Les surdoué-e-s ne sont pas le plus grand nombre.
Il y a donc de grandes chances pour que les critères sociétaux de réussite aient été construits par et pour des neurotypiques.
Ceci étant, il est compréhensible que les surdoué•es ne remplissent pas forcément les dits critères.

Des histoires d’interactions individuelles et de structures fonctionnelles

Ceci dit, l’intelligence étant ce qui nous permet de nous adapter aux situations nouvelles (entre autres choses) les personnes surdoué•es devraient donc pouvoir s’adapter avec aisance à ce qui, par nature, n’est pas fait pour eux/elles.

Oui mais non.

Dans notre petite société française, la réussite sociale et professionnelle tient énormément aux interactions humaines. Mais pas les interactions basées sur l’empathie et la compréhension de l’autre. Non.
Les interactions sociales que je qualifie de « politiques » ou « égotiques ».
On réussit presque mieux en cirant les bonnes bottes et en écrasant – à tort ou raison – les bonnes personnes, qu’en faisant effectivement du bon travail.

Attention, on peut aussi réussir en faisant du bon travail.

Sauf que, pour beaucoup de personnes surdouées, ces règles du jeu professionnelles sont anti-naturelles. Qu’elles en souffrent, ou qu’elles refusent simplement de se prêter à un jeu vide de sens pour elles, la conséquence est à peu près la même : désinvestissement, et donc non progression professionnelle.

Bon il y a aussi ceux et celles qui s’en fichent, et qui n’ont simplement pas le goût de « réussir » comme la société le définit.

D’autres aspirations, peut-être

Il y a aussi tou-te-s ces génies, qui sont de pures merveilles humaines, mais qui – très simplement – n’ont pas les mêmes aspirations que ce que la société dans laquelle ils/elles vivent leur proposent comme « réussite de vie ».

Je suis convaincue qu’il existe des Camille Claudel en puissance qui sont dans leur petite maison dans leur petite ville ou grand village, qui ont un métier complètement quelconque, mais qui font preuve quotidiennement d’un génie créatif hors norme. Simplement, il n’y a ni l’entourage pour le valoriser ni sans doute l’envie de le faire.

Il faut bien avoir à l’esprit qu’aujourd’hui, un pendant – non obligatoire mais assez présent – de la réussite sociale est la médiatisation. Moyenne ou grande, on « parle » de vous.
Déjà qu’avec la télé-réalité on parle des gens pour tout et  n’importe quoi, alors s’il y a une BONNE raison de parler de vous, vous pensez bien que les médias ne vont pas se priver (enfin… oui bon, vous comprenez).

Peut-être que bien des génies n’ont simplement pas envie de cette exposition. Peut-être aussi que de par leur fonctionnement psychique, un petit complexe de l’imposteur les empêche de se mettre en avant de peur de voir leur « imposture » dévoilée.

La réussite sociale n’est pas une définition du génie; et le génie n’implique pas la réussite sociale

Tout ça pour aborder superficiellement l’idée que la réussite sociale n’est pas liée directement à l’intelligence.
Cela demande des capacités et une aisance certaines avec les règles sociales implicites.

Ça demande aussi de tomber sur celles et ceux qui feront que vous pourrez progresser et réussir socialement.

Car dans une structure sociale pyramidale patriarcale, il y a UN TAS de raison pour que vous ne réussissiez pas socialement, et ça n’a rien à voir avec votre intelligence.
Je dirai même que, en fait, si vous êtes un-e génie et que ça se voit, vous partez plutôt avec un handicap si vous comptez réussir socialement. (Mais ça, c’est juste mon impression, je n’ai pas réfléchi à la question.)

EDIT :
Ceci étant, il y a des surdoué•e•s qui n’éprouvent aucun mal à jouer selon ces règles du jeu professionnelles, et qui y brillent.
Personnellement, je suis convaincue qu’il s’agit en majorité d’hommes blancs hétérosexuels, parce qu’ils n’ont pas à lutter contre les préjugés et les discriminations de notre société pour pouvoir faire valoir leur travail (qui doit être excellent, ceci dit).

Conclusion : Surdoué-e-s, génie et réussite sociale

Est-ce que tou•tes les surdoué•es sont des génies ? Non je ne pense pas.
Mais je suis certaine que tou-te-s les génies sont des surdoué•es !

Qu’est-ce qui fait le génie (le concept, pas la personne) ?
Je ne sais pas. Il faut « quelques choses en plus » ça j’en suis certaine.
Mais je ne saurai pas vous dire quoi précisément.

Ce dont je suis certaine également, c’est que un critère extérieur et arbitraire comme « la réussite sociale » n’a rien à voir avec le niveau d’intelligence et donc le génie supposé d’une personne.

Pour exemple, une personne avec léger retard mental peut obtenir des 19/20 de moyenne sur une scolarité de niveau BTS en France.
Oui, oui, oui.
Alors des bonnes notes c’est « une réussite sociale » mais voyez-vous, dans ce cas, ça n’a rien à voir avec l’intelligence. C’est sans doute plus lié à la répétition que j’appelle « bête et méchante ». Mais je m’égare !

La réussite sociale, c’est en très résumé, le produit du regard des autres.
Ce n’est pas tant lié à votre production, vos idées, votre travail. C’est juste l’avis des autres qui décide si oui ou non vous avez réussi.

Regardez Van-Gogh, il a vécu dans la misère et payé ses repas avec des toiles, que les restaurateurs refusaient à force ! Il était méprisé, raillé. Aujourd’hui, ses productions valent une fortune et le peintre est considéré comme l’un des plus grand génies de la peinture.
A son époque Van-Gogh était un exemple d’échec social. Il aurait produit les mêmes œuvres quelques décennies plus tard, il aurait été l’une des personnes les plus adulées du monde.

Et c’était un génie pourtant. Qu’on le reconnaisse, qu’il vive dans l’opulance ou non. C’était un génie.

Evidemment, toutes les personnes qui ne réussissent pas socialement ne sont pas des génies ignoré-e-s.

Mais le point de cet article c’est que le génie et la réussite sociale ne sont pas liés par une relation de cause à effet.
La réussite sociale dépend grandement du regard que « les autres », la société posent sur vous et ce que vous faites.
Le génie est intrinsèque, naturel, inhérent à l’être concerné. Qu’il soit reconnu ou non par d’autres ne change rien à sa présence en une personne.

Bien-être au travail pour les AHPI

J’avais lu quelque part, et malheureusement je ne sais plus où, que la solution pour un épanouissement et un bien-être complet au travail pour les personnes HPI était d’être son propre patron, ou bien de pouvoir travailler seul et en autonomie avec l’accord de sa hiérarchie.

Je ne vous cache pas que cette analyse de la situation professionnelle des AHPI m’a un peu heurtée.
Cela réduisait drastiquement les possibilités d’épanouissement et me semblait contradictoire avec ce qui est censé caractériser les surdoué-e-s, à savoir leur capacité d’adaptation et de résilience.

Un horizon professionnel réduit

Si la seule solution d’épanouissement pour une personne HPI réside dans l’autonomie voire l’indépendance, cela ramène, dans un premier temps, les possibilités d’exercice aux professions libérales ou à la direction d’entreprise.
L’une comme l’autre de ces options demande des investissements massifs, que cela soit en terme d’argent ou en terme de temps, et tout le monde n’a pas forcément les moyens (de temps ou d’argent) pour se créer cette condition d’exercice professionnel.

La grande majorité des actifs et actives le sont en tant qu’employé•es.
Dans ce cas, « on » nous recommande le travail autonome, voire solitaire, avec une hiérarchie ouverte et réceptive à nos particularités et les besoins qui en découlent. Ce qui concrètement se traduirait par un-e supérieur-e qui accepte de nous donner, à l’heure des open-space, un bureau individuel, ou des équipements d’isolation sonore voire lumineux conséquent ; des collègues qui respectent notre rythme de travail, acceptent que l’on ne se plie pas forcément aux rites sociaux (repas entre collègues, soirées, cafés, etc) en fonction de notre mode d’activité (lors d’une phase d’hyperconcentration et de productivité, les AHPI sont capables de ne plus boire ni manger, ni aller aux toilettes parce qu’ils/elles sont en train de faire quelque chose qui les intéresse) et restent bienveillant•es avec nous malgré ce qui pourrait les déstabiliser dans notre travail ou notre façon d’être.

Cela peut arriver et j’aime à croire que cela est déjà arrivé. Qu’un•e supérieur•e hiérarchique intelligent•e et bienveillant•e a été attentif ou attentive à la particularité d’un•e employé•e sous sa responsabilité et lui a donné les moyens de s’épanouir et d’exploiter au maximum son potentiel.

Néanmoins, je vois un premier obstacle à cette solution, c’est la divulgation de sa nature différente.
L’annonce du caractère HPI d’une personne à sa hiérarchie n’est pas quelque chose d’aisé. Et parfois même, trop souvent, ce n’est même pas quelque chose de sûr à faire.
Il existe cependant une pirouette à effectuer, si la divulgation de sa particularité est hors de question (pour des raisons qui vous appartiennent et ne se discutent pas) qui est celle de parler d’une condition neurologique particulière, qui s’exprime par une sensorialité différente et potentiellement souffrante/handicapante/ralentissante ou mieux pour le vocabulaire hyper compétitif du travail pouvant « masquer  vos capacités réelles de travail ».

Ceci étant, l’accueil positif de ce genre de déclaration est rare, et qu’il y ait effectivement des actions de prises dans votre sens par la suite encore plus.

C’est donc ce qui m’a fait penser que ce conseil de « travail en autonomie » était quelque peu bancal.

Oublier les capacités d’adaptation des personnes HPI

Je suis convaincue que, plus que la moyenne, les personnes HPI sont capables de résilience et de capacités d’adaptation.
Aussi, dépeindre comme seul avenir possible d’épanouissement des conditions de travail autonomes et très difficiles à acquérir, me semble aussi cruel qu’inexacte.

Il existe beaucoup de personnes HPI qui ne travaillent pas dans ces conditions dites idéales pour elles, et qui pourtant se décrivent comme tout à fait épanouies.
Cela ne signifie pas forcément que leur travail les enthousiasme totalement et qu’elles ne s’y ennuient jamais et n’y rencontrent aucun souci, mais ces personnes trouvent un équilibre avec les autres composantes de leur vie.
Ce qu’elles ne trouvent pas dans le travail pour les nourrir intellectuellement, elles le trouvent ailleurs, dans leurs loisirs ou autres intérêts, ou leur famille, ou que sais-je.

Ne pas en abuser non plus

Néanmoins, comme toute tension, une souffrance même si elle semble minime, ne doit pas être ignorer si elle persiste et prend de l’ampleur.
Aussi, si les inconvénients que vous trouviez dans votre travail deviennent des souffrances, miser uniquement sur votre capacité d’adaptation en vous disant que « c’est supportable » ou que « cela va passer » n’est pas forcément la meilleure stratégie à adopter sur le long terme.
Si effectivement, la souffrance disparait, alors tout va bien, vous avez retrouvé votre équilibre et c’est parfait.
Mais si la souffrance demeure, si les inconvénients persistent, prennent de l’ampleur jusqu’à ne plus s’équilibrer avec ce que vous trouviez positif dans votre travail, alors il convient de ne pas l’ignorer.

Si nous sommes particulièrement adaptables et résilient-e-s, nous sommes donc aussi susceptibles de vivre des tensions psychiques et émotionnelles plus grandes.
Il ne faut pas négliger ce paramètre et ne pas se prendre pour des êtres invulnérables. Parce que nous sommes plus lucides, nous sommes plus exposé-e-s. Et là où les neurotypiques n’ont à faire face qu’à un ou deux points de tension, parce qu’il ne sont pas en capacité de percevoir les autres, leur énergie n’est distribuée que sur deux fronts ; nous nous retrouvons à faire face à des multiples points de tensions, diminuant par la même la quantité de ressources psychique et émotionnelle que nous pouvons allouer à chacun de ces points.
Aussi, nous nous devons d’être vigilant-e-s quant à cette quantité de ressources intérieures que nous utilisons pour résister.

Un épanouissement possible, quoi qu’il en soit

Sans nier qu’il nous est plus facile d’être à l’aise et pleinement épanoui-e-s au travail dans certaines conditions, plutôt que dans d’autres, cela ne signifie pas pour autant qu’il est impossible de vivre cet épanouissement et ce bien-être en dehors des conditions d’autonomie citées en début d’article.

La clef réside en chacun-e d’entre nous. C’est à chacun-e d’entre nous de trouver notre équilibre en nous connaissant et en donnant la priorité à ce qui nous nourrit.
De savoir ce que nous acceptons de vivre, et ce que nous refusons.
Tant au niveau individuel et intérieur qu’au niveau social.

C’est à dire que, pour bien vivre son travail, cela demandera peut-être d’aller à l’encontre de l’attente sociale, avec tout ce que cela a de conséquences. La question sera alors de savoir ce qui est le plus désagréable et ce qui est le plus agréable, pour ensuite agir en conséquences. Si le rejet social est plus insupportable que le désagrément de se prêter à des discussions qui vous désintéressent, ou d’être avec des personnes qui vous ennuient, alors vous opterez pour aller à tous les événements sociaux avec la satisfaction de l’intégration sociale.
Si au contraire, vous retrouver plus de sérénité à vous soustraire à des rites sociaux qui sont vides de sens et que l’ostracisation ne vous gène pas trop, alors vous préférez l’ostracisation et la sérénité.

Aucune solution n’est préférable à une autre en tant que telle, le seul paramètre qui compte est l’équilibre personnel.

Conclusion

Si certaines conditions de travail nous permettent d’être plus épanoui-e-s que d’autres, ne pas pouvoir devenir sa/son propre patron-ne ne nous condamne en aucun cas à une vie professionnelle de malheur et de mal-être.

Il me semble que l’épanouissement personnel et professionnel dépend plus de notre connaissance de nous même et des sacrifices que nous sommes prêt-e-s à faire, que de notre cadre de travail.
Je ne nie pas qu’il existe des situations insupportables, et des contraintes financières très fortes. Parfois l’argent (ou son manque) nous maintient dans une situation délétère.
Mais je crois que s’il y a bien une personne pour y trouver une solution, c’est bien vous, les HPI.

« Immaturité sociale »

J’ai découvert ce concept lors de mon stage, quand j’échangeais avec la neuropsychologue qui m’encadrait, sur les rapprochements et similitudes que l’on pouvait observer chez les personnes HPI et chez les personnes atteintes d’autisme.

Et là, parmi les décalages sociaux a jailli, concernant les HPI (et moi directement puisque dans cette conversation, je ne pouvais décemment bien parler que de moi, ne pouvant et ne voulant pas me considérer comme une base sur laquelle faire une généralité) qu’il y avait une « certaine immaturité sociale ».

PAF !

Je me suis prise un soufflet intellectuel.
J’ai été renvoyée 17 ans en arrière, quand je reçevais les observations d’un conseil de classe, et qu’un prof m’avait qualifiée de « jeune d’esprit » (et ce n’était pas un compliment).

J’ai donc encaissé le (petit) coup.
Et j’ai ravalé ma réplique, que je vous livre ici : « Parce qu’évidemment c’est nous/moi qui sommes inadapté•es et pas la société qui aurait des attentes et des standards incensés. »

Je ne sais pas si cette « immaturité sociale » est considérée comme un critère sémiologique du HPI.
Ou si c’est une observation/interprétation personnelle à la personne avec qui je discutais. Interprétation/observation qui est à considérer et à laquelle je porte une vraie valeur, vu la professionnelle qui l’a émise.

Il n’empêche que ce décalage social existe, au moins dans mon cas.
Je ne le nie pas et ne le nierai jamais.
Là où je suis chiffonnée, c’est que l’expression choisie, « immaturitée sociale » traduit quelque chose d’incomplet, d’inachevé, quelque chose qui n’a pas terminé son developpement.
Or, ce n’est pas que je n’ai pas fini de comprendre les attentes et normes sociales. Je les connais, je les « comprends » – dans le sens où intellectuellement je sais de quels concepts il s’agit – et si j’avais aussez d’énergie et de volonté à gaspiller, je les appliquerais.
C’est juste, et je paraphrase en cela le Dr. Olivier Révol dans sa conférence d’Orléans en octobre 2016, que je connais et maîtrise les conventions sociales, mais que ça n’a pas d’intérêt pour moi.
Pas tout le temps du moins.

Voyez vous, l’exemple qui a été pris pour illustrer cette immaturité sociale était que pendant les réunions de travail, je pouvais aller sur mon téléphone ou travailler sur mon ordinateur en même temps.
Dans le premier cas, j’avais besoin de m’occuper l’esprit à quelque chose de plaisant. Dans le second, je pouvais, tout bêtement, prendre en note ce qui était dit.
Exactement ce que faisaient les autres gens présents autour de la table de réunion, mais avec papier et stylos…
Bref ces comportements d’attention partagée ont été en premier abord interprétés comme de la distraction et de l’inattention, de la dispersion, avant d’être expliqués par la personne qui m’encadrait et qui a précisé « ma condition » et mes particularités de fonctionnement.

Je trouve cet exemple très intéressant. Il est pour moi très éclairant et représentatif de mes difficultés au travail, et j’en suis convaincue, de celles que peuvent rencontrer beaucoup d’autres HPI, particulièrement les femmes (de part les clichés et attentes genrées qu’on a vis à vis d’elles) au travail.

Constatations

Il y a décalage entre ce que les autres attendent et croient percevoir et ce que je fais vraiment.
Il y a  décalage entre ce que je perçois comme essentiel et ce qui est essentiel pour les autres.
Et dernier point, mais pas des moindre, les autres, la société, ne se remet pas du tout en question.

Pour les deux premiers points, ça n’a rien d’une découverte.
Pour le second, c’est une prise de conscience amère, je dois l’admettre.

Pas une seconde, dans la discussion, il n’a été question de se dire que l’on pouvait aussi envisager les choses sous un angle différent.
Dans le discours de l’immaturité sociale des HPI, on considère que le « bon comportement » que « ce qui doit être » et donc ce qui est « valide » est ce que la société attend. Ce que les codes sociaux demandent.
Il y a une valence dans la considération des comportements, qui place celui du HPI comme étant « celui qui ne convient pas » et celui attendu par la société comme « celui qui convient ».

Je ne suis pas d’accord.
Ce n’est pas parce que ce comportement est attendu dans notre société, dans notre culture à cette époque, qu’il est « bon » de façon absolue.
Ce comportement est une attente particulière, dans un cadre particulier et surtout il est purement subjectif.
Ce n’est pas qu’il est plus correct qu’un autre, c’est qu’il correspond à un cadre précis, à un instant précis, et surtout il correspond parce qu’une majorité de personnes le reproduit, s’y plie et le perpétue.

Mais le mien de comportement, cette soi-disant immaturité sociale, en quoi est-il « mauvais » ?
Parce que, même si je suis sur mon téléphone et/ou sur mon ordi en même temps que je suis en réunion, je fais mon travail.
La tâche qui m’est confiée est faite, et bien faite, dans les temps attendus (voir avant).

Alors quid ?

Conclusion

Il n’est pas question de tout jeter à la poubelle. Les attentes sociales de notre culture et société nous permettent de vivre ensemble. Plus ou moins bien, mais il n’empêche que ça fonctionne aussi.
Donc, je n’en suis pas arrivée à me dire qu’il fallait tout brûler et se mettre à déambuler tou•tes nu•es dans la rue.

Je me suis bornée à cette immaturité sociale déclarée, dans le cadre du travail.

J’en ai conclu que ce terme était inadapté, mais tout à fait parlant quant au refus de la société de se penser autrement que comme « ce qui est correct à faire ».

La réalité des HPI n’est pas que nous sommes incapables de suivre les règles implicites des codes sociaux. Je crois pouvoir le dire sans trop de risques.
Non, nous les comprenons.

Mais je crois que pour certain•es, certains de ces codes sont vides de sens. Ils sont perçus comme inutiles, encombrants et/ou ridicules.
Et c’est pour cela qu’ils ne sont pas suivis et/ou appliqués.
Pas parce qu’un processus nous permettant de les saisir ne serait pas arrivé à son terme.

Je pense que cette appelation rassure beaucoup les neurotypiques, plus ou moins consciemment, car ce terme d’immaturité nous renvoie à un statut inférieur d’enfant, d’être et/ou d’esprit inachevé, qui vient contrebalancer la menace de l’intelligence supérieure ou très supérieure (selon la terminologie psychométrique).

Cela m’a ramenée, aussi, à cette douloureuse considération qu’une carrière neurotypique dans cette société reposait presque plus sur cette représentation constante du rôle que l’on attend de quelqu’un au travail, que sur la qualité du travail fourni.

Les conseils de Tata Line

Au boulot, les gens se prennent aux sérieux, bien plus qu’ils ne font leur travail sérieusement.

Quand notre simple existence menace

Je l’évoquais déjà dans ce blog, le concept de HPI peine a se faire connaître et reconnaître.

Est-ce par manque de données ? Est-ce par manque de vocabulaire juste pour décrire une réalité aux multiples expressions ?
Sans doute qu’il y a de tout cela oui.

Je crois aussi qu’au niveau des individus, il y a toute une partie plus ou moins consciente qui bloque subtilement mais surement, et empêche la réalité du HPI d’émerger et de se faire (re)connaitre de toutes et tous.
La peur.

Plus précisément, le sentiment de menace.

Je défie qui que ce soit, HPI ou non, de m’affirmer sans mentir qu’il ou elle n’a jamais entendu qui que ce soit associer le HPI à de l’arrogance ou du mépris pour les autres.
Je crois que cette réaction est celle de la peur.

La peur de l’inconnu, mais surtout, la peur de se voir priver de quelque chose, dévalorisé•e et donc moins aimé•e.

Voici comment j’analyse les choses.

Le manque ou La personne HPI, cette voleuse.

Bien peu de personnes sont suffisamment bien avec elles-même pour ne jamais se comparer et autres et ne jamais souffrir de cette comparaison.
Et parmi celles qui y parviennent, il faut ôter les narcissiques pathologiques, qui se sentent éminemment supérieures au reste de l’humanité (quelque soient leurs raisons).
Ainsi donc nous avons tous cette blessure liée à l’altérité et la différence de l’autre.

C’est une blessure d’ego, dans le sens où le Soi est fragile, blessé.
Il s’agit d’estime de soi. Estime de soi que notre société de consommation et de l’image nous sommes – pour moi il s’agit clairement d’injonctions, même si non verbalisées – de ne construire que par et grâce au regard de l’autre.
Nous construisons notre structure égotique de façon complètement extérieure à nous-même. Ainsi, nous cherchons et puisons ce qui nous sert de ressources « intérieures » en dehors de nous-même. Pis, c’est l’autre qui le distille, nous rendant complètement dépendant de son opinion.

Dans ce rapport presque dépendant à l’autre, le HPI est vite perçu comme un danger substantiel. Car le HPI, pour la personne neurotypique, est perçue comme ayant quelque chose en plus. Mais quelque chose en plus qui lui a été « donné » à la naissance, une aptitude qu’il n’est pas possible d’acquérir à force d’entrainement ou de discipline.
En somme, une injustice dont le neurotypique est la victime, puisque, en comparaison de la personne HPI, il lui « manque » quelque  chose.

(On demeure dans le jugement hiérarchique et quantitatif…*Tristesse*.)

Parfois, on peut pousser plus loin cette idée de manque, et constater que l’idée sous-jacente à ce manque est une dépossession.
S’il manque quelque chose, c’est que la chose était là avant, ou devrait être là. Son absence est donc anormale, cette chose a été enlevée.
C’est comme cela qu’on se retrouve avec l’idée que, grosso-modo, la personne HPI est plus intelligente parce qu’elle a « volé » une part d’intelligence qui devrait se retrouver normalement chez les autres.
C’est complètement irrationnel nous sommes d’accord. Mais c’est un phénomène plus inconscient que conscient et qui n’obéit pas exactement à la logique.

L’usurpation ou l’illégitimité

Dans la même veine de l’idée d’un don immérité, le HPI peut être perçu comme une usurpation.
Parce que la personne HPI n’a rien fait pour être plus intelligente, elle n’est qu’une usurpatrice. Quelqu’un qui ne mérite pas ce qu’elle a.

La menace ou le vol d’estime

Ultimement on en vient à l’idée de menace. Menace pour l’estime de soi.
On fait tous l’erreur (ce n’est que mon avis) de définir notre valeur personnelle selon un axe graduée quantitatif, où le plus est le mieux.
Plus on « a » ou plus on est quelque chose de bien, plus on vaut, à nos yeux et à ceux des autres.
Enfant on peut penser que nos parents ne nous aiment que si l’on rapporte de bonnes notes, ou que si l’on est sage, conforme à leurs attentes.
Ado on peut croire que l’acceptation de ses pairs ne passera que par notre apparence, ou les vêtements et accessoires que l’on possède.
Adultes, on peut penser que notre valeur d’individus se mesure à notre salaire.

Ainsi, lorsque le concept du HPI arrive dans cette organisation, les choses se compliquent et c’est l’affolement.
Car, comme je le disais plus haut, le HPI est perçu comme un état. L’état d’être plus intelligent-e que les autres. Toutes les tentatives de négation de la chose n’y font pas grand chose, la menace est quand même là : quelqu’un d’autre à quelque chose de plus que moi, et je pourrais faire tous les efforts du monde, jamais je ne l’aurais et elle l’aura toujours.
On se retrouve donc totalement impuissant face à cet état de fait : l’autre à quelque chose en plus, de jugé bien par la communauté, que je n’ai pas.
La menace sur l’estime de soi est terrible.
On a peur de passer pour un crétin face à cet être supérieurement intelligent, on a peur que les autres pensent qu’on est crétin comparé à la personne HPI. On a peur d’être mésaimé•e, dévalorisé•e, rejeté•e.
C’est notre propre valeur d’individus que la personne HPI vient questionner, et nous pousser à revoir à la baisse.

Tristes réactions et conséquences

Le rejet est bien souvent la conséquence de tout cela.
Le rejet permet de ne pas s’embarrasser de ce qui nous gène. C’est la méthode dite de l’autruche, je ne vois pas donc ça n’existe pas.
Au travail le rejet peut être très violent. Pour ma part, on s’emploie à me faire me sentir insignifiante autant que faire se peut. De peur qu’à un moment je sois trop brillante et ne jette une ombre sur ses messieurs les directeurs…
Dans la vie, ça peut être la simple négation de la réalité du HPI.
Ou la remise en question : prouve-nous que tu es vraiment surdoué•e.

Et parfois…

Bien sur, parfois, et plus souvent qu’on en a l’impression, nous faisons face à des personnes charmantes, bienveillantes, voire curieuses de cette réalité nouvelle.
Ces personnes là sont très précieuses, même si on ne fait que les croiser.

Alors j’en profite pour leur dire merci.
Nous avons besoin de personnes pour nous accepter et nous reconnaitre. Pour que justement, un jour, ce besoin disparaisse. Pour qu’un jour, la chose soit tellement intégrée et « normale » qu’il ne sera plus besoin de la faire (re)connaitre.
Et ce chemin commence avec vous, vous qui acceptez la réalité du HPI simplement, en nous laissant être et nous reconnaissant nos différences.

Voir le monde du travail autrement

[Cet article est rédigé sous l’influence de la grippe, et sans aucun médicaments dans le sang. Désolée pour sa qualité médiocre.]

Ma vie professionnelle est à la fois difficile est très facile.
Très facile parce qu’une fois en poste, tout le monde est particulièrement satisfait de mon travail et de ma personne.
Je suis très appréciée.

Mais sur le papier, j’ai la « carrière » la plus chaotique du monde, et ça fait très peur aux recruteurs et recruteuses.

J’ai d’abord beaucoup lutté et souffert de ne pas comprendre ce qui clochait. Je ne comprenais pas qu’en lisant mes études et compétences sur mon CV on n’en déduise pas que je pouvais très bien remplir les fonctions du poste que je briguais.
Après tout, je ne postule pas à quelque chose que je me sais incapable de faire, et quand on lit que quelqu’un à un master de sciences, on peut quand même se dire que la personne n’est pas complètement demeurée.

Je ne comprenais pas, mon CV présenter les compétences demandées et même des expériences similaires à celles décrites dans le poste. Alors pourquoi ça coinçait ?

Il a fallut que je me heurte à beaucoup de critiques, plus ou moins constructives et heureuses, à beaucoup de refus de poste et que je puise profondément en moi pour ne pas me laisser déborder par le sentiment de nullité qui m’envahissait face à ces recherche qui ne débouchaient pas.
Et puis j’ai compris, c’était aussi simple que problématique.

Je ne vivais ni ne voyais pas le travail (et par extension le monde du travail) comme « les autres ».

Quand je signe un contrat, je m’engage à remplir des fonctions et faire des tâches, et – cela va sans dire – à le faire bien. Voir même parfaitement. Parce que c’est le contrat qui a été passé. On me donne de l’argent pour effectuer -bien – quelque chose.
Et je mets un point d’honneur à remplir ma part.
Je suis une employée hyper réglo, fidèle à l’entreprise, fiable et investie.
J’ai l’esprit d’équipe, parce qu’il m’importe que les personnes avec qui je travaillent soient bien. J’aime rendre service, j’aime soutenir et aider. Je suis là pour les autres autant que faire se peut.

Et c’est là que l’on glisse doucement vers ce qui « coince ».
Même si je mets un point d’honneur à bien faire mon travail, à remplir mes engagements en somme, le travail ce n’est pas tout pour moi.
Je ne me définis pas par ma profession, ni par mon statut dans l’entreprise qui m’emploie.
Non que je n’ai pas d’ambition, mais mon ambition n’est pas dans le paraitre, ni dans le statut social.
Mon ambition est dans la qualité de mon travail, quel que soit ce travail.
Mon ambition est dans mon bonheur.

Et c’est là où ma vision des choses diffère de celle « des autres ».
Je vois bien comme c’est important pour les autres « le travail ». Comme s’il s’agissait d’une définition d’eux-même, que cela leur donnait une valeur, comparativement aux autres évidemment.

Ce n’est pas mon avis.
Le travail que l’on fait ne définit pas l’individus que l’on est.
Le travail, c’est un moyen de gagner de l’argent, pour assurer sa subsistance (et l’on oublie que l’on n’est pas obligé de travailler pour vivre, dans l’absolu).

Je crois que contrairement à beaucoup de gens, je mets l’individus et son bonheur au centre de mes préoccupation. Je sais décorréler ce qu’un-e individus fait pour payer ses factures de ce qu’il/elle est.
Je sais qu’on doit toutes et tous payer un loyer ou un crédit, se nourrir, se chauffer, et que pour tout cela il faut gagner de l’argent.
Je sais qu’un parcours professionnel ou scolaire ne dit pas grand choses des capacités ( aussi intellectuelles) d’une personnes.
Regardez le chanteur Antoine, il est Polytechnicien je crois (ou je ne sais plus quelle grande école française) et il et chanteur.
J’ai eu vent de l’histoire d’une femme HPI qui travaillait en usine, au tri de je ne sais pas quoi sur tapis roulant, avec dans les oreilles des conférences et cours de Philosophies du Collège de France.

Je sais que les étiquettes que le système de notre société nous collent ne sont pas ce que nous sommes.
Je sais que ne pas réussir brillamment à l’école, supérieure ou non, ne dit pas grand chose de la capacité d’innovation, de créativité, de l’intelligence et de la volonté.

Ce sont des indices bien évidemment, mais je crois que trop souvent on oublie l’individu derrière.

En dernier lieu, il faut admettre et reconnaître que pour beaucoup, travailler c’est faire de l’argent. Ce n’est pas gagner de l’argent pour vivre, mais bien « faire de l’argent ». Obtenir de l’argent pour avoir de l’argent.
Pour en avoir beaucoup, plus. Pour montrer que l’on en a. Comme si la valeur de cet argent se transférer à nous. Comme si ne pas avoir d’argent était synonyme d’être médiocre.

Non je ne pense pas comme cela.
Et je vous arrête immédiatement, ce n’est pas la discours d’une « petite fille pauvre » qui essaie comme elle peut de se rassurer en se disant qu’elle vaut quelque chose elle aussi.
J’ai grandi dans un foyer tout à fait à l’aise. Je suis partie en vacances à la mer et à la montagne chaque années de vie avec mes parents. J’ai fait des études supérieures à 700km de chez mes parents, tout ça uniquement soutenue financièrement par eux.
Et aujourd’hui, si l’on cumule le patrimoine de la famille de mon fiancé et de la mienne, croyez moi bien, nous ne sommes pas à plaindre.
Nous ne sommes pas l’élite dorée française, mais nous ne sommes pas démunis.

Moi je crois que la vie va bien, bien au-delà du travail.