QI or not QI ?

Ou plutôt, QIT or not QIT ?

D’abord comprenons bien ce qu’est le test psychométrique WAIS-IV.

Le WAIS-IV est une compilation d’épreuves destinée à donner une mesure du fonctionnement cognitif d’une personne, comparativement à son groupe d’âge, au sein de sa culture de référence.
Les épreuves donnent une mesure de ce que l’on appelle l’efficience intellectuelle, en gros de vos capacités cognitives si vous préférez.

Pour obtenir cet état des lieux, le test explore à travers ses épreuves différentes capacités cognitives, qui sont résumées dans les indices qui vont permettre de calculer le QIT.
Ces indices se nomment, pour le WAIS-IV : Indice de Compréhension Verbale (ICV), Indice de Mémoire de Traitement (IMT), Indice de Raisonnement Perceptif (IRP), et Indice de Vitesse de Traitement (IVT).
A eux 4 ils forment le QIT.
Soit pour que vous compreniez (mais ce n’est pas le véritable calcul hein) :

ICV + IMT +IVT +IRP = QIT

Je ne vous décrirai pas plus avant le test de QI ici, parce que tout test en psychologie est d’autant plus parlant que je sujet qui le passe est « naïf », c’est à dire, ne sait pas à quoi s’attendre, ne sait pas ce qui est étudié à travers quel outil.
Lorsque l’on sait ce qui est attendu ou cherché par quelqu’un, on a tendance à mettre en place des mécanismes d’adaptation, qui masquent le fonctionnement spontané de notre pensée.

Et puis, vous savez c’est un peu comme se préparer à un examen ou un test.
Si vous connaissez les questions à l’avance, ça n’a plus trop d’intérêt.

Ceci étant, si certain-e-s d’entre vous veulent absolument tout savoir, vous trouverez ici un article descriptif du test.

Le QIT qu’est-ce que c’est donc ?

Le QIT c’est donc l’indice qui vous donne une évaluation de vos capacités cognitives , selon votre âge et votre culture d’appartenance.
C’est un indice.
Il vous donne donc une indication sur l’efficience de votre fonctionnement cognitif par rapport aux gens de votre âge et de votre culture/pays.

Qu’est-ce qui divise les psychologues en France au sujet du QIT ?

Il existe deux courants en France à ce sujet.
Les psychologues qui considèrent que le QIT est un indice aussi utile et parlant que les autres.
Et ceux et celles qui considèrent que le QIT n’a plus ni de sens ni d’utilité et que l’avenir des tests psychométriques est de ne plus fournir de QIT.

Ceux et celles du premier courant, appelons les les « pour QIT », considèrent que le QIT est un indice robuste (comprendre avec du sens et correctement construit) qui donne une indication utile sur le fonctionnement cognitif global d’une personne.

Ceux et celles du second courant, les « contre QIT » considèrent que cet indice est comparable à une sorte de moyenne générale, et qu’il ne serait pas assez parlant pour les individus qui passent le test. C’est à dire pour quelqu’un qui n’a pas la connaissance complète de la construction et de la cotation du test de QI.
Ces professionnel-le-s considèrent souvent que l’intérêt des tests psychométriques est de déceler les forces et éventuelles faiblesses du fonctionnement cognitif, ce qui est donné par l’analyse des 4 indices mais pas du QIT.
Exemple : les indices sont comparés aux notes dans certaines matières, le QIT la moyenne générale. Si un-e élève à 16 en maths et 4 en français, il aura une moyenne de 10. En se basant juste sur sa moyenne générale, on pensera qu’il s’agit juste d’un-e élève moyenne, et on passera à côté de ses difficultés en français et de ses aptitudes en maths.

Qu’est-ce que j’en pense moi, petite étudiante en psychologie, surdouée ayant passé le test et ayant fait passer ce test à d’autres (en présence d’une neuropsychologue) ?

Je suis une femme de données.
Plus j’en ai, mieux je me porte.
Je considère que le QIT est THE INDICE des capacités cognitives, et que tous les autres indices du test (ICV IMT IVT et IRP) ont leur signification.
Je ne crois pas que la question soit celle de l’utilité ou inutilité du QIT, parce que c’est de toute façon l’indice le plus fiable qui existe jusqu’alors pour estimer les capacités cognitives humaines ; mais bien du pourquoi l’on passe le test.

Si le test a pour but de déceler les forces et faiblesses éventuelles du fonctionnement cognitif d’un individu, ce ne sera même pas les sous-indices (ICV, IMT, IRP, IVT) qui seront intéressants, mais le calcul d’écart à une moyenne de performance qui est calculé en interne au test et qui n’est pas communiqué sur les résultat tel quel.
C’est à dire que ce qui sera restitué sera que tel ou tel indice est une force ou une faiblesse, mais pas le calcul ou le résultat qui permet d’affirmer cela.
Et, dans ce cas, effectivement le QIT ne sera pas utile.

Si le test est passé pour, par exemple, avoir une réponse quant à un fonctionnement cognitif particulier, ou global, le QIT est un indice qui me semble parlant et pertinent, puisque c’est lui qui nous situe au sein de notre population de référence. Et qui nous donne une idée de nos capacités intellectuelle globales.

Qui plus est, un test psychométrique n’est pas qu’une affaire de nombres et de calculs. C’est aussi une histoire d’interprétation, et de sensibilité clinique du/de la psychologue.
C’est au/à la psychologue de mettre un sens clinique, une traduction dans le quotidien, dans le vécu si vous préférez, des indices obtenus aux tests, selon le profil de l’individu.

Alors QIT or not QIT ?

Comme souvent, ma réponse est : ça dépend.
Depuis ma formation au test WAIS, ma réponse est indubitablement : OUI, QIT TOUT LE TEMPS.

Mais, un indice n’a de pertinence que selon le pourquoi qui vous fait le rechercher.

Personnellement, je prends tous les indices possibles, parce que j’estime que l’on n’a jamais trop de données pour comprendre un sujet.

Certain-e-s psychologue aujourd’hui refuseront carrément de vous donner un QIT. C’est leur choix et leur droit.
Vous avez le droit de leur demander pourquoi, de discuter avec eux/elles à ce sujet et de choisir ou non de passer le test avec lui/elle en fonction de tout cela.

Vous trouverez toujours aussi des psychologues qui accepteront de vous donner un QIT à l’issue d’un test. Mais gardez à l’esprit que ce n’est pas le seul indice qui compte, et qu’un résultat de test psychométrique qui ne vous donnerait que un QIT présente aussi un intérêt moyen, dans le sens où vous ne tirerez des résultats du test qu’une moitié des informations qui pourraient vous être utiles.
(Bon il y a aussi des situations où les gens veulent seulement un QIT pour pouvoir entrer dans une structure qui sélectionne sur ce seul critère. Dans ce cas, on peut se contenter d’avoir juste un QIT et c’est tout. Selon moi, se contenter de cela c’est ne pas exploiter au maximum ce que peut apporter un test de QI, mais libre à chacun-e d’en prendre ce qu’il/elle veut.)

Un « bon » compte rendu de test psychométrique, est un compte-rendu qui vous permet de comprendre votre fonctionnement cognitif, qui ne vous donne pas juste des nombres, mais surtout du SENS.

#HPI #QI #test #HQI #QIT

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Mille et une vies – MERCI !

A toutes les personnes qui m’ont écris, qui m’ont contactée d’une façon ou d’une autre suite à mon passage dans l‘émission Mille et une vies sur France 2 ce vendrredi 21 octobre 2016 :
Merci !
Merci pour vos mots qui donnent tout son sens à cette démarche un peu folle.
Merci d’être le pourquoi de tout ça.
Moi qui croyais que ce serait un coup d’épée dans l’eau, un coup pour rien. Moi qui croyais que cela relevait plus de l’acte de foi que de l’action efficace.
Vous m’avez montré que non !
Merci ! Je suis tellement heureuse que cela ait fonctionner, tellement heureuse d’avoir pu, même un tout petit peu, aider, soulager, apporter un peu d’espoir.
C’est magnifique. C’est merveilleux.
Merci pour ces retours si gentils. Merci pour votre compassion, votre bienveillance.
Merci pour votre confiance aussi.
Merci pour tous ces retours qui viennent me nourrir, me guérir, m’encourager.
Merci !
merci

L’inhibition latente, qu’est-ce que c’est ?

Gros morceau.

Une rumeur, une idée court sur les personnes HPI, qu’elles seraient dotées d’un déficit de l’inhibition latente.  

Qu’est-ce que c’est ?

Alors avant de comprendre ce qu’est le déficit, il faudrait comprendre ce qu’est l’inhibition latente.

L’inhibition latente, c’est un phénomène cognitif (c’est à dire fonctionnement de la pensé) qui permet d’allouer moins de ressources attentionnelles à ce qui est familier, par rapport à ce qui est nouveau.

Je m’explique. Nous sommes câblé*es pour porter plus d’attention à des stimuli nouveaux dans notre environnement, qu’à des stimuli connus.

Exemple : vous achetez une nouvelle bibliothèque. Lors des premiers jours, semaine, la pièce vous semble changée et la bibliothèque semble ressortir dans votre environnement. Puis, au bout d’un certain temps, votre bibliothèque finit par faire partie des meubles (à juste titre) et vous ne la voyez pas plus que votre canapé acheté il y a 5 ans.

Ce qui vous permet de ne pas sursauter chaque fois que vous regardez votre bibliothèque, alors que cela fait 5 mois que vous l’avez, c’est précisément le phénomène d’inhibition latente (ou effet Lubow).

Le déficit d’inhibition latente est donc le fait de ne pas avoir ce phénomène cognitif ou de l’avoir mais qui fonctionne moins bien.

Les personnes ayant un déficit d’inhibition latente se retrouvent donc à traiter tous les stimuli qui les entourent comme étant perpétuellement nouveaux, ou bien ces stimuli ont « l’odeur de la nouveauté » plus longtemps d’un point de vue cognitif.

Le rapport avec les personnes HPI 

La rumeur dit que les personnes HPI sont « atteintes » d’un déficit d’inhibition latente.

J’ai fait quelques recherches personnelles rapides, (mais vraiment rapides, je vous encourage à les faire par vous-même également, vous trouverez peut-être quelque chose) et je n’ai pas trouvé d’articles scientifiques qui affirment et démontrent effectivement que les personnes HPI sont « atteintes » de ce déficit.

Ce qui ne veut pas dire qu’aucune d’entre elles ne l’est.

Confusion populaire entre hyperesthésie et inhibition latente ?

Je me demande si dans ce questionnement, cette espèce de mythe autour de cette question, il n’y aurait pas aussi un peu de confusion et de mélange avec une caractéristique – elle avérée – des personnes HPI qui est l’hyperesthésie.

Il est là aussi, question de traitement différent des stimuli environnementaux.

Est-ce que le fait d’avoir une sensorialité différente, une sensibilité accrue aux sons, couleurs, formes, images, textures, goûts, odeurs, etc, ne serait pas confondu avec l’incapacité à intégrer un stimulus comme familier, au bout d’un temps moyen.

La confusion serait compréhensible.

Pour une personne neurotypique, les stimuli environnementaux et sensoriels récurrents sont facilement et rapidement ignorés. Pour une personne HPI, qui peut ressentir plus fortement les stimuli sensoriels, ignorer un bruit par exemple peut être plus compliqué.

Mais la question que je me pose est : est-ce dû à un déficit d’inhibition latente, ou au fait que ce qui est un simple bruit répétitif pour les autres et comme d’avoir un pic-vert hyperactif à deux centimètres de son oreille pour une personne HPI ?

Je me demande si une personne neurotypique aurait autant de facilité à inhiber le stimulus d’un marteau piqueur sous sa fenêtre de bureau ou dans la pièce d’à côté…

Réponse ?

Alors quid ? L’inhibition latente est-elle une caractéristique physiologique systématique des personnes HPI ?

Je ne sais pas. :p

Je n’ai pas trouvé de réponse dans la littérature scientifique que j’ai compulsée.

Je vous laisse quelques liens d’articles sur le sujet, tirés de divers blog, revue scientifiques, pages, etc.

Attention cependant, je précise que les liens que je partage ci-après ne sont pas considérés comme des références de recherches en psychologie, sauf l’article du site Persée.

A considérer donc, pour ce qu’ils sont.

Néanmoins, si je les cite, c’est que je pense que c’est un bon point de départ. 🙂

Bien à vous !

http://planetesurdoues.fr/index.php/2016/11/30/le-deficit-dinhibition-latente/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Inhibition_latente#LM1959

The links between creativity, intelligence, and mental illness

http://www.lowlatentinhibition.org/what-is-lli/

http://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_1984_num_84_1_28999

Test de QI d’enfant et test de QI d’adulte est-ce la même chose ?

Voilà une question qui peut sembler bête mais qui mérite, je pense, qu’on s’y penche.

 

Un peu de fondamentaux.
Un test de QI qu’est-ce que c’est ?

C’est un test psychométrique standardisé, qui mesure l’intelligence d’un individu comparativement à sa classe d’âge.
Je décrypte. Avec mes propres mots, mais je décrypte quand même.

Psychométrique : métrique, mesure; psycho, l’esprit. Donc psychométrique, qui mesure l’esprit.
Standardisé : dont les conditions de passation sont précisément définies, et sans lesquelles le test n’est pas valide, et qui permet sa reproductibilité et la comparaison et l’exploitation des résultats obtenus à chaque passation.
En d’autres termes, quand un test est standardisé, il est comme qui dirait livré avec une notice d’utilisation. Cette notice permet son bon fonctionnement et surtout permets d’obtenir des résultats valides, non faussés.
Comparativement à sa classe d’âge : Le résultat qui sera obtenu permet de situer l’individu au sein du groupe des pairs de même classe d’âge. Par exemple, les adultes (très large groupe en termes d’âge chronologique), les enfants, ou les adolescent-e-s.

C’est le premier point que je voudrais que vous reteniez pour la compréhension de ce billet.
Le chiffre obtenu au test de QI n’a de sens qu’au sein du groupe d’âge auquel nous appartenons.
C’est à dire que le QI d’un adulte n’est pas comparable au QI d’un enfant.

Là si vous êtes comme moi, vous vous êtes dit : « Mais…c’est quand même toujours la même intelligence dont on parle non ? Et puis, le HPI c’est de naissance et c’est à vie. Donc pourquoi est-ce que le QI d’un adulte ne serait pas comparable à celui d’un enfant ? »

Mais oui, diable pourquoi ?
Et d’ailleurs, pourquoi a-t-on trois tests différents pour mesurer le QI : deux pour les enfants (WPPSI-IV et WISC-V) et un pour les adultes (WAIS-IV) ?

La réponse, mes amis (je suis d’humeur grandiloquente), réside dans le point que je vous ai fait retenir plus tôt dans ce billet et dans la précision qui suit.

Revenons aux sources 

Les premiers tests d’intelligence ont été conçus au début du 20e siècle par Alfred Binet, un monsieur français, dont la préoccupation était de détecter les enfants qualifiés à l’époque par la science de « débiles » (car atteint-e-s de « crétinisme » ou « débilité »), pour leur épargner certains affres dans le système scolaire.
[Parce que quand même, à l’époque, frapper des enfants à coup de règle ou de martinet ou de je ne sais quoi parce qu’ils n’avaient pas retenus leur leçon ou formaient mal leur lettre était courant. Donc imaginez le sort du pauvre enfant « débile » qui ne peut tout simplement pas y arriver malgré tous ses efforts…]
De ces travaux et de ces tests, est sortie la notion d’Âge Mental (ou AM) qui fut la première mesure de l’intelligence.
L’Age mental était une notion recouvrant grosso modo le rapport entre l’âge chronologique d’un enfant, et ses capacités cognitives.
Cela prenait en compte le développement des enfants, et ce qu’ils sont censés savoir, connaitre et savoir-faire et à quel âge.
Puis la notion a évolué, grâce aux connaissances en psychologie qui faisaient de même, et l’on est passé au QI (Quotient Intellectuel).

Ce petit détour historique souligne encore l’importance de la notion d’âge dans la mesure de l’intelligence.

Une question de référence
Il faut bien comprendre que le QI est une valeur qui prend son sens uniquement dans le contexte de la population de référence dans lequel il situe l’individu.
Par exemple : pour les adultes le QI moyen est admis à 100. Pour obtenir cette moyenne, on a compilé les performances au test de tout un tas d’adultes (16 jusqu’à 69 ans et 11 mois), et on a en sorti la répartition du QI chez les adultes en France et ça donne la courbe de Gauss que voici :

qi_loi_gauss
Cette courbe est donc la référence qui nous permettra de situer les adultes au sein de leur groupe d’âge en fonction de leur QI.

Imaginez maintenant que l’on fasse passer le test de QI pour adulte (WAIS-IV) à un-e enfant de 6 ans.
A votre avis quel résultat obtiendrait-on ?
Je rappelle que lors des épreuves du WAIS-IV, le calcul mental et l’arithmétique, ainsi que des questions de société et de culture générale sont posées.
L’enfant de 6 ans se retrouverait immanquablement avec des performances lamentables dans plusieurs épreuves. Non pas parce qu’il ou elle serait stupide, mais parce qu’à 6 ans, dans le système scolaire classique (en France) on n’a pas encore appris les pourcentages ou les produits en crois, pas plus qu’on n’a apprit toutes nos table de multiplications.
Allez résoudre un problème de tête qui nécessite de faire un produit en croix quand vous ne savez même pas multiplier par 3 ou ce que peut bien être un produit en croix !

Inversement, faites passer le test de QI des enfants aux adultes et comparez leur performance à celles des enfants, et vous aurez à coup sûr des génies intergalactiques.
Forcément, à 25 ans, on a largement acquis la maîtrise du coloriage, du puzzle de plus de 3 pièces et la distinction entre la tortue et l’éléphant.

Comparer ce qui est comparable pour comprendre de quoi l’on parle

Il ne vous viendrait pas à l’esprit de comparer les performances d’un-e adolescent-e-s de 17 ans, avec celles d’un-e enfant de 10 ?
Et bien de la même façon, on ne peut pas comparer le QI d’un-e enfant et celui d’un-e adulte.

Il faut aussi savoir qu’il a été démontré qu’à l’adolescence, définit pour cette étude entre 14 et 18 ans, le QI pouvait varier jusqu’à 15 points, en plus ou en moins.
15 point représentant un écart-type complet.
Sachant qu’on détermine la douance avec un score de QI à deux écart-types au moins de la moyenne (Moyenne : 100, écart-type 15, 2×15=30 soit douance =130 au moins) ces 15 points peuvent faire toute la différence.

A noter qu’un tel écart n’a été observé que durant la période de l’adolescence. Et que si le QI varie au cours de la vie en fonction de bien des facteurs, les variations dépassent rarement les 2 ou 3 points. (Et c’est déjà énorme de varier de 3 points de QIT)

Un seul test à vie ?

Parce que finalement, la question sous-jacente est bien celle-là : est-ce que le résultat obtenu en tant qu’enfant peut être valable pour l’adulte qu’il deviendra ?
Tout dépend de ce qui vous importe dans ce résultat.
Si c’est la question de la catégorie HQI/THQI (qui jusque-là sont des catégories purement statistiques rendant compte d’une fréquence dans la population et pas d’un fonctionnement encore différent, même si certains le supposent) et que votre QIT en tant qu’enfant était de +/- 3 points autour de 145, vous pouvez vous fendre d’un second test à l’âge adulte.
Vous verrez bien.

Si ce qui vous plait c’est de connaitre le chiffre exact de votre QI et de vous dire que vous avez plus que Marcel mais moins que Ginette, aussi.
(Oui j’admets, à mes heures, mon petit gremlins intérieur est comme ça. Je trouve ça complètement stupide ceci étant. Mais mon gremlins est stupide, que voulez-vous.)

Mais si la question est de savoir si vous ou votre enfant demeurera surdoué à l’âge adulte, économisez vos sous, la réponse est OUI, et il n’y a pas besoin de refaire de test pour ça.

Enfant ou adulte : mieux comprendre pour mieux être.

Chacun-e donne un sens et une importance différente au QIT.
Certain-e-s préfère le chiffre exact, d’autre parlent en écart-type (moi) et d’autre encore en rang percentiles. Et d’autres n’en parlent même pas.

Loin de moi l’idée de vous dire quelle importance donner à ce chiffre. C’est votre histoire, donc vos lois.

J’espère néanmoins que ces quelques lignes auront permis de relativiser un peu la vision parfois trop absolue du QI et les pressions qui peuvent en découler.

 

 

Quand tout le monde veut être surdoué…

Mais ne veut pas des inconvénients sociaux qui vont avec.
Et bien quand les gens veulent ça, ils tentent de réinventer l’eau chaude.
Et ça donne ça :

Ce qu’on appelle un multipotentiel

(Alors « on » déjà, qui est-ce ? Voyez-vous, là, c’est mon petit gremlins intérieur qui s’exprime. Il est mesquin, pénible et pinailleur.)

Ce genre d’article me file la nausée, parce que tout est flou. Le nom en premier lieu qui s’inspire de l’appellation scientifique et communément admise du Haut Potentiel Intellectuel, mais qui n’ose pas le dire.
On retrouve dans le portrait des caractéristiques du HPI, parfois même on penserait presque – notamment face à la bougeotte professionnelle qui est evoquée – qu’on parlerait bel et bien du HPI.
Ah mais non, le HPI n’apparait jamais.

Bah oui, être HPI, après tout ce n’est pas donné à tout le monde, seulement à 2% (et des brouettes) de la population, et il faut dépasser (en règle générale) les 130 de QI.
C’est quand même pas easy-easy.

Alors qu’à cela ne tienne, on invente un nouveau terme qui reprend tout plein de qualités de HPI mais pas la qualité si-ne-qua-non, le QI !
C’est-y pas beau ça ? C’est-y pas simple aussi ?

Bon soyons tout à fait logiques, les caractéristiques des HPI ne sont pas uniques aux HPI.
Neurotypique et neuro-atypique peuvent partager bien des comportements.
Tout le monde peut être curieu-x-se, on peut aussi se spécialiser dans deux ou trois domaines sans forcément être surdoué-e.
Sauf que les surdoué-e-s, eux/elles, seront plus spécialisé-e-s, et seront plus « intenses » en somme, dans leur façon d’être, de penser, etc.

Alors au fil de la lecture de ce joli portrait de « Multipotentiel » (eurk), je me suis énervée mais je me suis calmée en me rappelant que les HPI n’avaient pas le monopole de la curiosité ou de l’expertise.
Donc bon, ok, si les gens aiment s’inventer des profils pour simplement dire qu’ils sont curieux, et/ou instables, grand bien leur fasse !
Je m’étais donc calmée, et était prête à quitter cet article pleine de bienveillance et de paix, pleine de douces pensées d’encouragement pour ceux et celles qui avaient besoin/envie de se reconnaître dans cette conception américaine du « multipotentiel », plutôt que dans le terme de curieuses ou curieux.

Je termine donc la lecture le cœur emplit de bonnes intentions et PAF !
Qui cite-t-on en exemple de personnalité « multipotentiel » ? De Vinci, Descartes, Newton…
Alors déjà bonjour le sexisme, parce que dans le genre « multipotentielle », mais en fait HPI du tonnerre de dieu, il y a -pour n’en citer qu’une – Emilie du Chatelet quand même !
Ensuite… Rien que ça ?
C’est bon « juste » De Vinci ?

C’est donc là, vous l’aurez compris, que j’ai perdu les pédales.
Soit on prend les lecteurs et lectrices pour des buses en leur faisant croire qu’ils et elles sont de la même trempe que De Vinci, et on oublie joyeusement que De Vinci était un génie.
Un GE-NIE.
Soit « on » est parfaitement au courant que l’on dit n’importe quoi mais on s’en fiche.

Alors aussi curieuses et curieux et multi ce que vous voulez que la planète entière soit, ça ne fait pas de toutes les personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent être plus tard, des De Vinci en puissance.

Ne nous prenez pas pour des quiches s’il-vous-plait !

C’est là que la supercherie s’effondre, et que l’on voit que cette histoire de multipotentiel n’est qu’une des nombreuses tentatives de faire croire que…

Je ne condamne pas l’envie que le HPI (ou ce que l’on croit en savoir) peut provoquer chez certain-e-s.
Je condamne en revanche ces articles flous, qui brouillent les limites de notions déjà difficiles à définir, dont on ne connait pas tout.

Pour des personnes souvent en quête d’identité, dans le sens où après le diagnostique elles cherchent à comprendre ce que cette réalité implique, ce genre d’article qui dit tout et rien me semble plus source de confusions que d’informations.

Pendant ce temps, chez les enfants HPI

Et même, même dans un extrait d’un reportage qui se veut bienveillant, on a la petite phrase qui fait mal. Le petit truc qui les pointe du doigt comme, quand même, des enfants « ingérables ».

« Ca remue beaucoup […] c’est bruyant, […] ils passent beaucoup de temps dans le bureau de la directrice à comprendre leur propre comportement, […] quand ils sont agités, ce qui n’est pas rare […]. »

Le discours positif de la directrice semble du coup complètement paradoxale, alors que – à mon avis – c’est ce message qui est à retenir.

Ah oui, quand même…

Et dire que je suis allée à cette émission en me disant : « De toute façon, personne ne regardera. C’est un sujet qui touche trop peu de monde.  »

Parfois, je suis d’une naïveté qui confine à la bêtise (Thérèse).

vues
C’est fou.

Je sais que ce n’est rien 11 500 vues, je sais bien.
Mais pour moi c’est déjà énorme ! Je trouve ça incroyable que plus de 11 000 personnes aient écouté mon histoire.

C’est fou !

Rejeter la société ?

Suite à un commentaire de Lou suite au billet « Immaturité sociale », je me suis posée la question de comment pouvait être reçu ce que je disais à propos des normes sociétales.

Comme je n’aime pas l’idée qu’on puisse comprendre ou me faire dire (en toute bonne foi hein!) ce que je n’ai pas dit ou penser, je saisi l’occasion et me fends d’un petit billet de précisions. (Et je ne dis pas que c’est Lou qui travestit mes mots, mais que ce sont ses commentaires – stimulants ! – qui m’ont amenée à me questionner et ces questions qui ont amené ce billet).

Ainsi donc, dis-je à travers mes billets que la société doit se plier à nos particularités de HPI ?
Diantre non ! (Oui j’ai des envie de Médiévie en ce moment.)
Non,non,non,non,non.

Loin de moi l’idée d’une insurrection ou d’un rejet absolue de ce système qui nous permet de vivre ensemble (comme je le disais, plus ou moins bien, mais quand même ensemble. Enfin pas tous, tous tous ensemble vraiment équitablement, mais quand même).

Non, ce que je dis, c’est que je questionne non pas les règles sociales que sont les lois, mais certaines règles implicites qui selon moi traitent plus de l’apparence et ont été admises sans réflexions et considérées comme « justes et bonnes » simplement parce qu’elles ont été adoptées par la majorité.
Par exemple, déclarer qu’il faut une certaine tenue pour faire « sérieux » au travail. Comme si, pour un travail de bureau, porter un jean ou une jupe de tailleur pouvait changer quoi que ce soit à vos performances en matière d’archivages de classeurs.
Comme si l’un ou l’autre vous rendez plus ou moins compétent-e.
Vous voyez l’idée ?

Est-ce que ce blog se veut détenir LE mode d’emploi et LA bonne solution pour être HPI est heureu-x-se ?
Non, non, non, non, non, non plus. :p
Surtout pas en fait.
Ce blog est d’abord un témoignage. Le témoignage d’une vie heureuse avec le HPI et dans notre société telle qu’elle est.
Même si oui, je fais des choix considérés comme marginaux ou parfois même inacceptables ou mauvais par cette même société.
Ce n’est pas grave, c’est justement ça qui rend la chose intéressante. C’est de montrer que l’on peut vivre heureu-x-se en faisant des choix considérés comme négatifs d’ordinaire.

Ensuite c’est un petit peu, une plateforme informative. Un tout, tout, tout petit peu ! :p
Je glane, au fil de mes pérégrinations, et de mon temps disponible, des informations que je trouve intéressantes, pertinentes, utiles, ou pas, sur le sujet du HPI chez mes adultes.
Mais d’autres blogs/sites ont eu cette vocation avant le mien et le font très bien, aussi je vous invite à les consulter pour ce genre de choses.

=> Planète Surdoué
=> Adulte Surdoué

Enfin, c’est un encouragement. Un encouragement à toutes les personnes HPI qui se découvrent à l’âge adulte à être elles-mêmes, à aller vers leur épanouissement et leur bien-être.
Cela ne veut pas dire, forcément tout rejeter en bloc partout et tout le temps, mais simplement à se considérer un peu plus comme ayant le droit d’être tel-le que l’on est.
C’est un encouragement à se connaitre et s’accepter et donc, à respecter ses limites autant que celle de la société.
Comprendre que ce n’est pas parce qu’un comportement est adopté par la majorité qu’il est fondamentalement bon et ou juste.
(Rien n’est vrai. Tout est permis.)
Comprendre aussi que revendiquer sa différence, c’est aussi accepter que les autres n’acceptent pas cette différence.
(Même si oui, moi, je souhaite travailler à faire que cela soit reconnu, accepté et intégré dans la société. Mais pour cela, il faut – à mon sens – comprendre que parfois, pour certain, cela ne soit jamais possible.)

Bref c’est un encouragement à se connaitre, à faire ses choix en toute connaissance de cause et en accepter les conséquences dans cette société qui est aussi la nôtre.

Est-ce que je me plains dans ce blog ?
Hihi, oui parfois !
Et je vous admets volontiers que ça me fait beaucoup de bien.

Mais fondamentalement, j’écris dans un esprit de partage et d’échange, et pas dans l’idée de me faire plaindre.
Parce qu’en fait, je ne me considère pas tout comme à plaindre.

Est-ce que je pense que la société est contre moi ?
Hihihi, non, pas du tout.
Je n’aime pas et trouve stupides pas mal de ses règles de comportements de groupe implicites, mais je ne pense pas que cette société ait quoi que ce soit contre moi.
Enfin, pas en tant que HPI.
(En tant que femme, c’est une autre histoire, parce que le patriarcat a quelque chose contre les femmes. Voilà c’était la parenthèse féministe.)

J’assume pleinement tout ce que je n’aime pas et trouve stupide dans nos façons de fonctionner en tant que groupe social d’individus.
Mais, même si je les remets en question et préfère adopter d’autres comportements, j’en assume aussi les conséquences.
Par exemple, je ne veux pas jouer le jeu des simagrées de l’ego en entreprise, je n’ai pas envie non plus de « faire du lien social » (autrement trainer avec les collègues) quand ces derniers me paraissent ennuyeux à mourir.
Mais je sais très bien qu’en conséquence, je n’aurais pas bonne presse, donc un statut de marginale donc un accès restreint voire impossible à des promotions ou missions intéressantes.

Tout est une question d’équilibre.
Quand le jeu en vaut la chandelle à mes yeux, je joue selon les règles.
Par exemple, pour la carrière que je me suis choisie par vocation, intérêt et passion, je suis prête à « socialiser » à mort.
Je suis prête à jouer le jeu, même si je le trouve bête le plus souvent.
Et, je vais vous dire, je suis prête à le jouer super bien. :p

Est-ce que je me considère comme une victime faisant partie d’une minorité ignorée ?
Non, dans le sens où je sais que si je « jouais le jeu » les choses seraient plus fluides socialement. Mais ce serait plus confortable pour les autres, et pas pour moi.
Et comme j’ai décidé que j’avais autant le droit d’être acceptée telle que je suis que les autres, et bien je ne joue le jeu que quand ça ne me fait pas (trop) souffrir.

Oui, parce que objectivement, j’en ai été une.
Comme tous ces enfants qui ne sont pas diagnostiqués, et/ou pas accompagnés, et/ou laissés sur le carreau parce que « différents ».
Ce n’est pas du ouin-ouin, c’est une observation objective : à cause de multiples facteurs sociétaux, j’ai été lésée en tant qu’enfant et adulte.
Ceci étant constaté, le but du jeu est d’en faire une donnée exploitable pour la suite, pas de se rouler dedans en pleurant.

Certes la minorité dont je fais partie est ignorée par la société.
Bon d’accord.
Mais les daltonien-ne-s aussi voyez-vous.
Et les diabétiques.
Et les autistes.
Etc.
Donc bon, on va s’en remettre hein !

Conclusion 
Je n’ai pas d’ambition sociétale vis à vis du HPI. J’ai des espoirs au niveau individuel.
J’ai l’espoir que les individus HPI se sentent bien tel-le-s qu’ils et elles sont, dans toutes les microsociétés dans lesquelles ils et elles vivent (familles, amis, travail, etc.).

Et pour ça, je souhaite travailler avec eux, réfléchir, analyser, questionner ces microsociété et leur fonctionnement, pour comprendre et savoir où elles sont en harmonie avec ce que nous sommes en tant qu’individus, et où elles ne nous rencontrent plus.
Comprendre les conséquences de nos choix, de nos actions, et pouvoir choisir en harmonie avec ce que nous sommes et la réalité de nos cadres de vie. 

Et merci à Lou d’avoir donné lieu à ces reflexions bien venues ! 🙂

Retour sur la soirée (et nuit) sur le thème du HPI sur M6 – 2/2 « Enfants surdoués, quels adultes deviennent-ils ? » –

Chose promise chose due, voici le second volet de mon retour sur la soirée que M6 consacrait au thème du HPI, avec un jeu suivi d’un documentaire.

Ce billet sera donc consacré au documentaire « Enfants surdoués, quels adultes deviennent-ils ? » diffusé sur M6 le 22 décembre 2016, en première partie de nuit.

Les 3 portraits

On suivra durant tout le documentaire, quatre personnes. Trois hommes et une femme.

« Pierre-Michael, 42 ans, a grandi dans les quartiers nord de Marseille où il s’est inventé un personnage pour masquer sa précocité. 
Depuis sa plus tendre enfance, Mélissa se sent différente. Perturbée au quotidien par un trop plein d’émotions et d’informations, elle a décidé, à 33 ans, de passer un test pour savoir si elle est, ou non, surdouée. 
Agent d’entretien, Alain a passé le test il y a quatre ans et a décidé de se lancer dans un doctorat de philosophie. 
Hubert assume parfaitement sa précocité mais peine à trouver un emploi stable. »
https://tv-programme.com/enfants-surdoues-quels-adultes-deviennent-ils_documentaire/

J’apporte quelques compléments que l’on retrouve dans le documentaire.

Pierre-Michael réussit très bien socialement, on évoque même son salaire élevé. Le focus sera fait sur ses difficultés relationnelles, tant avec ses pairs en tant qu’enfant et adolescent, qu’en tant qu’homme d’un point de vue privé.
La chaine le montrera d’ailleurs très ému, lorsqu’il évoque son idéal de relation amoureuse, idéal malheureusement non rencontré lorsqu’il en parle.

Melissa est présentée comme marginale de la société, par ses choix d’éducation de ses enfants, et par ses choix professionnels.
Pour autant, ce portrait dressé par M6 respire bien plus la contrainte que le choix bien vécu.

Alain, est agent d’entretien depuis plusieurs années, s’est découvert HPI il y  a peu, en tant que trentenaire.
Ce qui sera montré de lui : une grande lassitude de sa vie, beaucoup de déception, et une relation à la mère catastrophique (et telle que présenté par la chaîne, on voit que ça vient beaucoup du déni et refus de comprendre de cette dame.)

Hubert quant à lui, est présenté à travers sa facilité à apprendre les langues, et particulièrement son quadri (ou quintu) linguisme qui comprend des langues extrême-orientales.

Sexe ratio 
Catastrophe totale.
Je rappelle que le HPI concerne tout autant les femmes que les hommes. Il existe donc sur la totalité des personnes HPI, 50% de femmes et 50% d’hommes.

Ce n’est pas du tout la réalité que M6 a proposé de montrer.
Dans ce documentaire, on compte trois fois plus d’homme que de femmes.
Trois fois plus.

Vous allez me dire « Oui mais la réalité c’est que les femmes sont moins diagnostiquées ». Certes.
Et je vous répondrais : « Oui, et ça aurait mérité d’être précisé dans les deux émissions, le jeu comme le documentaire. Mais, étant donné que dans le documentaire il est question de Mensa, les journalistes avaient accès à tout un tas de personnes surdouées. Dont des femmes, et des femmes qui ont acceptées de témoigner, puisque précisément, en suivant un des trois hommes, on assiste à une petite réunion informelle entre Mensans, avec des femmes qui apparaissent à visage découverts et parlent non pas du monsieur, mais du HPI et de ce que leur apporte de se retrouver entre HPI. »
L’argument de la moindre proportion de femmes diagnostiquées tombe donc à l’eau.

Pour être fidèle à la réalité, les journalistes auraient pu (dû ?) suivre autant de femme que d’homme, quitte à n’avoir que deux profils à suivre.

Représentation genrée (et sexiste)
Là aussi, combo.
En plus d’avoir donc trois fois moins de femme que d’homme, la seule femme présentée l’est en situation « d’infériorité » d’un point de vue des normes sociales de réussite, mais aussi du point de vue du HPI.
Même si les trois hommes ne sont pas forcément représentés dans toute leur gloire (et j’y reviens plus bas) la seule femme présentée l’est de façon encore moins glorieuse.

D’abord, d’un point de vue des normes sociales, elle est présentée comme en marge.
Elle ne sort pas, elle ne travaille pas, et de ce que j’ai ressenti en regardant l’émission, n’est pas présentée comme vivant très bien cette situation.
J’ai reçu l’image d’une femme mal dans sa vie, mal dans sa peau, en marge de la société non par choix mais par nécessité, du fait d’une façon d’être qui est source de souffrance pour elle dans le cadre social classique.

Elle est aussi présentée comme…mère !
Et oui, alors qu’elle évoque une vie professionnelle très riche et très variée, même si source d’insatisfaction, on la voir surtout entourée de ses quatre enfants.
A la maison, dehors, ce qu’on retient de son portrait, c’est qu’elle est maman au foyer et a décidé de ne pas scolariser du tout ses enfants.

Enfin vis à vis du HPI, c’est la SEULE, qui n’est pas diagnostiquée. Le documentaire se terminera sur sa sortie de son rendez-vous avec la psychologue qu’elle a vu pour le test, et son diagnostic confirmé.

Elle est donc la seule femme suivie, et la seule dont le HPI n’est pas certain durant tout le documentaire.

Ah on est contente avec ça !

En conclusion, la seule femme représentée, l’est comme :
1) Dans la description citée plus haut, avant tout un être émotionnel et dépassé par le factuel. Admirez comme le portrait utilise, pour elle seule, le champ lexicale du ressenti, de l’émotion : « Mélissa se sent différente. Perturbée au quotidien par un trop plein d’émotions et d’informations,[…] »
Et quand il s’agit d’informations, de factuel donc, elle est présentée comme débordée, c’est « trop » pour elle.
2) Mère avant toute chose. On la voit quasiment tout le temps avec ses gamins.
3) Marginale, comme subissant sa condition, plutôt que l’ayant choisie. Sauf pour ses enfants, bah voyons ! La seule présentation de cette femme comme active et volontaire, comme sujet agissant et non subissant, se fait dans quel domaine ? Celui de la parentalité ! Qui évidemment, en plus ne la concerne pas directement. Ce choix assumé et voulu n’est pas pour elle, mais pour d’autres (ses enfants).
4) Et surtout, pas vraiment concernée par le HPI puisque « juste » en questionnement durant tout le reportage.
Elle est donc, au contraire des trois hommes, présentée comme dans le fantasme, le questionnement, l’émotionnel. En gros « elle se pense, elle se croit HPI ». Il se trouve qu’elle avait parfaitement raison, mais nous pauvre téléspectatrice/teur n’aurons que peu de temps pour intégrer cette information. A savoir 2 secondes, contre 1h de docu où le HPI n’était pour elle qu’une hypothèse espérée ardemment, comme seule explication à sa condition en dehors de la folie (sic).

Présentation négative et clichée du HPI
Pour les trois chanceux qui ont donc eu le privilège de se voir présentés comme effectivement diagnostiqués HPI, ce n’est pas exactement la panacée non plus.

Car ces messieurs sont présentés avant tout par leurs difficultés, ce qui leur fait défaut ou leurs douleurs, plutôt que par des choses positives.
Pensez-vous, il ne faudrait pas qu’ils soient heureux, qu’ils réussissent leur vie en plus d’être plus intelligent que les autres !
[D’un coup, il me semble en plus que ces messieurs ont des « petits » QI, en tout cas plus petits que celui de Melissa, mais j’ai peur que ce ne soit qu’un élan de ma contrariété qui fantasme ceci…à vérifier].

Le documentaire présentera brièvement ce qui fait d’eux des êtres remarquables : quadri à quintu linguisme pour l’un, multiples diplômes de philosophie pour l’autre, et activité cognitive débordante de père en fils pour le troisième.
(Super particularité, vous noterez, c’est qu’il a eu un enfant surdoué…Il ne s’agit même pas directement de lui. Bref ! Les journalistes auteurs de ce documentaire me tuent !) 

Ces jolies particularités évoquées, pour ma part, il m’a semblé qu’on ne parlait QUE de leurs difficultés.
Difficulté sociale pour trouver du travail pour Hubert, qui est présenté comme le cliché de « l’intello ». Dont le loisir favori est ? L’informatique !
Difficulté amoureuse pour le deuxième, Pierre-Michael. Qui est, sans vouloir diminuer ou nier le chagrin que sa situation puisse lui causer, simplement père célibataire.
Et enfin, précarité sociale pour le troisième, Alain, qui a un travail loin en dessous de ses capacités, vivant chez sa mère, cette dernière ayant visiblement un problème avec l’idée que son enfant soit intelligent. Ayant visiblement un problème avec son enfant tout court.
(Ceci étant dit sans aucune tentative d’analyse ou de jugement, je vous livre simplement ce que j’ai ressorti de ce que j’ai vu.)

On se retrouve donc avec des personnes présentées comme avec des capacités intellectuelles impressionnantes et hors du commun, mais qui sont finalement des « loosers » sociaux, chacun dans son domaine : l’un qui n’a pas de relation amoureuse, l’autre qui n’a pas de travail, le dernier qui vit chez sa mère à 30 ans passés.
(Pour faire court).

Conclusion

Il aurait sans doute été insupportable de montrer dans gens épanouis, respirant le bonheur même avec leurs difficultés personnelles.
Et oui, être intelligent, heureux et réussir sa vie, ce serait une insulte à la société !
Ce documentaire m’a navrée.
Encore une fois, j’ai l’impression qu’il n’est pas acceptable de présenter un visage positif du HPI.
Bien sûr, je suis contente qu’on ait choisi de parler des adultes, pour une fois ! Très contente.
Mais j’aurais préféré qu’on les montre heureux, épanouis.
Evidemment, il est bien de présenter leurs difficultés. Car elles existent et posent de véritables problèmes aux personnes HPI, dans cette société qui refuse obstinément de se remettre en question et d’envisager l’altérité à sa sacro-sainte majorité et/ou moyenne.

Mais je regrette que ces difficultés aient été au centre de ce documentaire.

Au final, j’ai le sentiment que ce documentaire a présenté les personnes HPI comme de pauvres personnes marginales de la société, des sortes d’handicapés sociaux qui ne peuvent atteindre le plein bonheur et épanouissement du fait de leur différence.

Comme si, pour les neurotypiques, le HPI devenait regardable, reconnaissable, s’il pouvait l’associer non pas à une réussite ou un avantage, mais à un handicap conduisant à un certain échec social (amoureux, professionnel).

Je souhaite à Pierre-Michael, Melissa, Alain et Hubert, d’avoir eu de bons retours de ce documentaires, d’avoir été satisfait-e-s de leur participation à cette émission.
Je leur souhaite d’être heureu-x-se et épanoui-e-s. Je leur souhaite le meilleur et plus encore.

Je n’ai, malheureusement, aucun espoir quant à ce que les téléspectateurs/trices ont pu retirer de ce documentaire.
Je me dis que malheureusement, ils et elles retiendront que les surdoués, ce sont des « boloss » ou des « loosers », ces gens bizarres qui sont différents et ne réussissent pas à être avec les autres.*

Digression personnelle
Je suis heureuse que l’on ait pu parler des adultes surdoués, d’autant plus que parmi eux, il y en avait deux qui se découvraient HPI à l’âge adulte.
Mais, comme un étrange reflet du petit monde HPI, une fois le diagnostic posé, le documentaire ne va pas plus loin.
On laisse Melissa en larmes sur un trottoir au sortir du cabinet de la psychologue, et Alain avec cette idée horrible d’avoir gâché toute sa vie, tout son potentiel.

On les laisse là, on constate leur malheur, leur difficultés, on les voit pleurer.
Et c’est tout.
Ces drôles de personnes que sont les HPI, qui nous amusent le temps d’un jeu, d’un reportage, on prend bien soin de les amener dans une case où leur existence ne heurte pas les neurotypiques majoritaires de la société.

*Encore une fois, on ne questionne pas la société. On dit que sont les HPI qui ne réussissent pas à être avec les autres, mais on ne se demande pas si ce n’est pas la société qui ne réussit pas à être avec tout le monde.
Ce sont les HPI les « handicapés » sociaux, et pas la société qui exclut et qui a des critères de réussites sociales complètement arbitraire.
(A ce sujet, je vous conseille le film « Libre et Assoupi», qui invite gentiment à se poser la question de ce que l’on veut dans la vie et du regard que porte la société sur le bonheur et ce qui est acceptable socialement ou pas. Joli film.)

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