QI or not QI ?

Ou plutôt, QIT or not QIT ?

D’abord comprenons bien ce qu’est le test psychométrique WAIS-IV.

Le WAIS-IV est une compilation d’épreuves destinée à donner une mesure du fonctionnement cognitif d’une personne, comparativement à son groupe d’âge, au sein de sa culture de référence.
Les épreuves donnent une mesure de ce que l’on appelle l’efficience intellectuelle, en gros de vos capacités cognitives si vous préférez.

Pour obtenir cet état des lieux, le test explore à travers ses épreuves différentes capacités cognitives, qui sont résumées dans les indices qui vont permettre de calculer le QIT.
Ces indices se nomment, pour le WAIS-IV : Indice de Compréhension Verbale (ICV), Indice de Mémoire de Traitement (IMT), Indice de Raisonnement Perceptif (IRP), et Indice de Vitesse de Traitement (IVT).
A eux 4 ils forment le QIT.
Soit pour que vous compreniez (mais ce n’est pas le véritable calcul hein) :

ICV + IMT +IVT +IRP = QIT

Je ne vous décrirai pas plus avant le test de QI ici, parce que tout test en psychologie est d’autant plus parlant que je sujet qui le passe est « naïf », c’est à dire, ne sait pas à quoi s’attendre, ne sait pas ce qui est étudié à travers quel outil.
Lorsque l’on sait ce qui est attendu ou cherché par quelqu’un, on a tendance à mettre en place des mécanismes d’adaptation, qui masquent le fonctionnement spontané de notre pensée.

Et puis, vous savez c’est un peu comme se préparer à un examen ou un test.
Si vous connaissez les questions à l’avance, ça n’a plus trop d’intérêt.

Ceci étant, si certain-e-s d’entre vous veulent absolument tout savoir, vous trouverez ici un article descriptif du test.

Le QIT qu’est-ce que c’est donc ?

Le QIT c’est donc l’indice qui vous donne une vue générale sur vos capacités intellectuelles, selon votre âge et votre culture d’appartenance.
C’est un indice.
Il vous donne donc une indication sur l’efficience de votre fonctionnement cognitif par rapport aux gens de votre âge et de votre culture/pays.

Qu’est-ce qui divise les psychologues en France au sujet du QIT ?

Il existe deux courants en France à ce sujet.
Les psychologues qui considèrent que le QIT est un indice aussi utile et parlant que les autres.
Et ceux et celles qui considèrent que le QIT n’a plus ni de sens ni d’utilité et que l’avenir des tests psychométriques est de ne plus fournir de QIT.

Ceux et celles du premier courant, appelons les les « pour QIT », considèrent que le QIT est un indice robuste (comprendre avec du sens et correctement construit) qui donne une indication utile sur le fonctionnement cognitif global d’une personne.

Ceux et celles du second courant, les « contre QIT » considèrent que cet indice est comparable à une sorte de moyenne générale, et qu’il ne serait pas assez parlant pour les individus qui passent le test. C’est à dire pour quelqu’un qui n’a pas la connaissance complète de la construction et de la cotation du test de QI.
Ces professionnel-le-s considèrent souvent que l’intérêt des tests psychométriques est de déceler les forces et éventuelles faiblesses du fonctionnement cognitif, ce qui est donné par l’analyse des 4 indices mais pas du QIT.
Exemple : les indices sont comparés aux notes dans certaines matières, le QIT la moyenne générale. Si un-e élève à 16 en maths et 4 en français, il aura une moyenne de 10. En se basant juste sur sa moyenne générale, on pensera qu’il s’agit juste d’un-e élève moyenne, et on passera à côté de ses difficultés en français et de ses aptitudes en maths.

Qu’est-ce que j’en pense moi, petite étudiante en psychologie, surdouée ayant passé le test et ayant fait passer ce test à d’autres ?

Je suis une femme de données.
Plus j’en ai, mieux je me porte.
Je considère que le QIT est un indice, au même titre que les 4 (ou 5 pour le WISC-V) autres, et que tous ont leur signification.
Je ne crois pas que la question soit celle de l’utilité ou inutilité du QIT, mais celle du pourquoi le test est passé.

Si le test a pour but de déceler les forces et faiblesses éventuelles du fonctionnement cognitif d’un individu, ce ne sera même pas les sous-indices (ICV, IMT, IRP, IVT) qui seront intéressants, mais le calcul d’écart à une moyenne de performance qui est calculé en interne au test et qui n’est pas communiqué sur les résultat tel quel.
C’est à dire que ce qui sera restitué sera que tel ou tel indice est une force ou une faiblesse, mais pas le calcul ou le résultat qui permet d’affirmer cela.
Et, dans ce cas, effectivement le QIT ne sera pas utile.

Si le test est passé pour, par exemple, avoir une réponse quant à un fonctionnement cognitif particulier, ou global, le QIT est un indice qui me semble parlant et pertinent, puisque c’est lui qui nous situe au sein de notre population de référence. Et qui nous donne une idée de nos capacités intellectuelle globales.

Qui plus est, un test psychométrique n’est pas qu’une affaire de nombres et de calculs. C’est aussi une histoire d’interprétation, et de sensibilité clinique du/de la psychologue.
En effet, il y a des questions qui ne sont pas tranchées scientifiquement concernant le test de QI.
Par exemple, on sait que s’il y a trop d’écarts entre les indices (ICV, etc), le calcul du QIT n’est pas forcément pertinent. Le « trop » n’étant pas déterminé précisément, une valeur indicative est donnée. Mais c’est une valeur indicative, rien de plus.
Au-delà de cet valeur d’écart le calcul n’est donc pas impossible, mais de moins en moins pertinent.
Comprenez par là que le calcul mathématique est toujours possible mais que plus il y a d’écart entre les indices, moins le QIT sera représentatif des capacités globales du sujet.
Reprenez l’exemple des notes et de la moyenne générale plus haut pour visualiser la chose.
C’est là que la sensibilité clinique et le jugement de la /du psychologue interviennent. C’est au/à la psychologue de juger à partir de quel écart entre les indices il/elle estime que QIT aura encore du sens, pour le profil de l’individu.

Alors QIT or not QIT ?

Comme souvent, ma réponse est : ça dépend.
Une indice n’a de valeur que selon le pourquoi qui vous fait rechercher cet indice.

Personnellement, je prends tous les indices possibles, parce que j’estime que l’on n’a jamais trop de données pour comprendre un sujet.

Certain-e-s psychologue aujourd’hui refuseront carrément de vous donner un QIT. C’est leur choix et leur droit.
Vous avez le droit de leur demander pourquoi, de discuter avec eux/elles à ce sujet et de choisir ou non de passer le test avec lui/elle en fonction de tout cela.

Vous trouverez toujours aussi des psychologues qui accepteront de vous donner un QIT à l’issue d’un test. Mais gardez à l’esprit que ce n’est pas le seul indice qui compte, et qu’un résultat de test psychométrique qui ne vous donnerait que un QIT présente aussi un intérêt moyen.
(Bon il y a aussi des situations où les gens veulent seulement un QIT pour pouvoir entrer dans une structure qui sélectionne sur ce seul critère. Dans ce cas, on peut se contenter d’avoir juste un QIT et c’est tout. Selon moi, se contenter de cela c’est ne pas exploiter au maximum ce que peut apporter un test de QI, mais libre à chacun-e d’en prendre ce qu’il/elle veut.)

Un « bon » compte rendu de test psychométrique, est un compte-rendu qui vous permet de comprendre votre fonctionnement cognitif, qui ne vous donne pas juste des nombres, mais surtout du SENS.

#HPI #QI #test #HQI #QIT

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Neurodiversité et Questionnaire

Hier, on m’a demandé mon avis sur un blog/site/page Facebook/compte Instagram (oui tout ça) traitant de ce que l’autrice appelle « neurodivergence et neurodiversité ».

Neurodiversité

Dans un premier temps, il a s’agit de découvrir ces publications et billets.
C’est un blog personnel avant tout, d’une personne qui s’est vue être diagnostiquée atteinte de Trouble Anxieux Généralisé (TAG) et d’un Trouble de Déficit de l’Attention avec Hyperactivité (TDAH). Et cette personne nous confie que sa compagne est je cite « Autiste de Haut Niveau ».

A priori rien de mal dans tout cela, rien de nouveau non plus. C’est comme ce blog, et des milliers d’autres jusque-là.
Je n’avais donc pas grand-chose à dire, si ce n’est que les troubles cités ne m’intéressent pas plus que cela à l’instant t.

Et puis, je me suis mise à parcourir les publications, les partages et les billets.
Et là, j’ai commencé à tiquer.

Alors attention, que les choses soient bien claires.
Je ne remets pas en question une seconde la bonne foi de l’autrice. Elle nous témoigne de son expérience de vie, avec ses troubles, et évoque ceux de sa compagne, aussi tout ceci n’est pas à remettre en cause.
C’est un partage d’expérience de vie qui est à accueillir pour ce qu’il est, avec bienveillance.

J’ai été gênée par le fait que le blog présente des concepts et des définitions de concepts, sans ne jamais citer aucunes sources scientifiques. Certes il y a des liens Wikipédia, mais nous savons tou-te-s que ce n’est pas une garantie de validité ou de vérité.

Par exemple, le blog est centré sur la neurodiversité et la neurodivergence.

Qu’est-ce que la neurodiversité ?
La neurodiversité n’est pas un concept scientifique, pas plus que ne l’est la neurodivergence.
Vous pouvez le constater en lisant l’article suivant, qui est extrait des archives scientifiques Française, HAL.

 

En voici un extrait :

« […] Par contre, l’association francophone de personnes autistes, SAtedI, créée en 2003, n’adopte pas le concept de neurodiversité et ne fait pas référence à la notion de communauté. […]  Alors que les Français ont intégré la notion de dysfonctionnement du cerveau, les Canadiens adoptent le concept de neurodiversité. […]

Conclusion 
Comme nous avons pu le montrer, ce ne sont pas des neuroscientifiques qui sont à l’origine du concept de neurodiversité et de sa diffusion mais une chercheuse en sciences sociales 10 (disability studies) et des personnes autistes qui échangeaient sur internet. Mais c’est bien l’essor des neurosciences dans les années 1990, avec la circulation des images du cerveau en fonctionnement et des théories sur les réseaux neuronaux qui ont inspiré ceux qui préféraient redéfinir l’autisme comme une autre façon de penser plutôt que comme une maladie psychiatrique. Des neuroscientifiques et des chercheurs en sciences cognitives se sont ensuite emparés de ce concept pour explorer ces façons différentes de penser mais en se concentrant sur des personnes qui parlent et qui présentent des capacités cognitives importantes. […] « 

Le concept de neurodiversité ou l’éloge de la différence
Brigitte Chamak
CERMES3 (Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé Mentale, Société) INSERM U988, CNRS UMR 8211, EHESS, Université Paris Descartes

La neurodiversité est donc un mot qui a pour but de déstigmatiser les pathologies mentales, en interrogeant sur ce qui, dans la pathologie, découle d’un regard social négatif posé sur une différence de fonctionnement de pensé.

Pour la neurodivergence, c’est le mot qui définit le caractère des individus qui présente un trouble/pathologie qui rentrerait dans la « neurodiversité ».
Il s’agit aussi d’un néologisme, utilisé sur Internet, et par les Canadiens en particulier.

Le concept est flou, et vous l’aurez compris, concerne avant tout l’autisme.
Néanmoins, il a été élargi, intégrant désormais des pathologies et troubles mentaux qui n’impliquent pas de différence neuronales (c’est à dire au niveau des neurones) mais « seulement » un fonctionnement physiologique différent (déséquilibre de neurotransmetteurs, retard mental, pensées récurrentes, troubles psychiques sans substrats physiologiques.).

J’en profite pour faire une précision : l’autisme, comme le HPI, présente non seulement un fonctionnement de la pensée différent (visible par IRMf et EEG) mais aussi un substrat physiologique différent (architecture neuronale différente, et proportion des types neuronaux différente). 

Ce qui n’est pas le cas des troubles tels que les troubles Dys, ou les trouble de l’anxiété ou les pathologies mentales qui présentent eux, un dysfonctionnement physiologique mais pas un système nerveux différent dans son architecture cellulaire (exemple, les schizophrènes n’ont pas des neurones myélinisés différemment).
Donc les troubles Dys, l’autisme et le HPI ne sont pas identique en termes de troubles ou de famille de troubles.

On constate donc que ce blog, qui pourtant avance des définitions, et se présente comme « sachant » est en fait plein de confusions et d’imprécisions. Et sans références solides (d’un point de vie scientifique).
Si l’expérience personnelle n’a pas à être discutée, et ce en aucune façon, on peut être déçu-e du manque de solidité du contenu.

 

Le Questionnaire
Le site/blog/page Facebook partage un questionnaire qui a pour ambition, je cite de : « créer des statistiques concernant la population neuroatypique ».

Le questionnaire pose des questions de l’ordre de votre santé : traitements médicamenteux, diagnostics de troubles mentaux (individuels et familiaux) ; mais aussi sur votre vie privée : orientation sexuelle, situation personnelle (en couple, etc.) ; mais aussi des questions sur l’origine ethnique, le pays d’origine, la ou les langues parler, la ville de naissance, et d’autres ; sans oublier la catégorie socio-professionnelle.

L’autrice n’étant pas française, je ne peux vous dire quelles lois régissent la confidentialité des informations concernant la santé, la vie privée et la vie professionnelle dans son pays (le Canada).
Mais sachez qu’en France, les informations de santé et vie privée sont considérées comme confidentielles. Vos médecins et professionnel-le-s de santé n’ont pas le droit de les communiquer sans qu’elles ne soient anonymiser et que votre santé le requiert.

Vous faites, bien évidemment, ce que vous voulez de vos données personnelles.

Mais, en tant que future professionnelle de santé  mentale, je ne peux que vous recommander de ne répondre à ce genre de questions que lorsqu’elles sont posées par des professionnel-le-s tenu-e-s à la non divulgation et à l’anonymisation de vos données par la loi.
C’est à dire : personnels de recherches (étudiants en Master de médecine ou psychologie, docteurs/chercheu-r-se-s en psychologie; professionnels de santé, avocat-e-s, assitant-e-s sociaux; professionnels de soin.)
Hormis cette catégorie de professionnel-le-s de soin, et où d’aide juridique, tenu à la discrétion par la loi, vous n’avez pas à communiquer vos données personnelles.

Encore une fois, je pars du principe que l’autrice est tout à fait de bonne foi.

Il n’empêche, qu’en dehors d’un laboratoire de recherche ou d’un cabinet médical, ce genre d’information relève de la vie privée et sont confidentielles (en France).
Faites vraiment très très très attention à ce que vous dites de vous sur internet. 

Enfin, l’autrice ne précise pas quel traitement statistique sera fait des données recueillies.
C’est à dire qu’on ne sait pas si les résultats qui seront divulgués seront exploitables ou simplement significatifs.
Comme je vous l’ai dit, les questions sont très très larges, et concernent des troubles psychiques divers et variés qui n’ont pas tous de lien entre eux, ou pas tous les mêmes.
D’un point de vue purement méthodologique, cela semble un peu léger.

Mais, si vous trouver le blog/site/page Facebook/compte Instagram dont je parle, vous pouvez toujours en contacter l’autrice et lui poser les questions qui vous viennent.

Conclusion
Quoi que vous lisez sur Internet, je vous invite toujours à vérifier les sources (auteurs/autrices, leurs métiers, leurs fonctions, leur CV), à vérifier les concepts et ce qui y est dit par vous-même (si Wikipédia est un début, n’hésitez pas à regarder les liens sources des articles et privilégier les articles scientifiques de publications de recherches et/ou universitaires), y compris ce qui est écrit dans ce (mon) blog.

Et surtout, vérifiez à qui vous partagez vos données personnelles et privées.
Renseignez-vous sur les lois en places concernant les informations privées sur les sites du gouvernement.
S’il ne vous viendrait pas à l’idée de communiquer vos coordonnées bancaire à des inconnu-e-s sur Internet, appliquer la même prudence quant à vos données de santé.

Vous l’avez remarqué, je ne mets pas le lien du blog en question, parce que le but de l’article n’est pas une chasse aux sorcières.
Si vous trouvez le site/blog, vous vous ferez votre avis.
En plus, l’autrice ne semble pas professionnelle de la santé mentale, ou statisticienne, aussi on ne saurait lui tenir rigueur de ne pas avoir les réflexes et démarches de ces professionnels.
Cependant, si j’ai pris la peine de me fendre d’un article sur le sujet, c’est aussi parce que j’estime que nous devons tou-te-s faire attention à ce que nous disons, en particulier en public (car oui, un blog publié publiquement est un espace public).
Nous avons tou-te-s nos champs de compétences et nos connaissances, et nous avons le droit de les exprimer.
Néanmoins, il est aussi de notre devoir quand on sait qu’on nous écoute, de ne pas raconter n’importe quoi et de savoir reconnaitre quand nous ne sommes pas/plus compétent pour parler de quelque chose. Ou de définir clairement les limites de notre « expertise » sur un sujet.
L’erreur est humaine et nul-le n’est tenu-e à la science infuse, bien évidemment, mais la vigilance est de mise.
J’en profite (et je termine ce billet là-dessus) pour rappeler que je ne suis QUE étudiante en psychologie.
Mon savoir sur le HPI se limite à ce que j’apprends et ce que je lis sur le sujet dans le cadre de mes études, agrémenté de ce que je vis en tant que personne HPI.
Et ce que je vis en tant que personne HPI n’est qu’un exemple de ce qui peut être, et pas une référence ni un modèle.

 

Voilà, merci pour votre patience !

 

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Quelques liens pour plus d’informations sur les données de santé et la loi encadrant leur circulation/divulgation :

Site du gouvernement français
Site de Maitre Cahen, Avocate (que je ne connais absolument pas, mais qui a le mérite d’avoir une page sur le sujet. :p)

 

Mille et une vies – MERCI !

A toutes les personnes qui m’ont écris, qui m’ont contactée d’une façon ou d’une autre suite à mon passage dans l‘émission Mille et une vies sur France 2 ce vendrredi 21 octobre 2016 :
Merci !
Merci pour vos mots qui donnent tout son sens à cette démarche un peu folle.
Merci d’être le pourquoi de tout ça.
Moi qui croyais que ce serait un coup d’épée dans l’eau, un coup pour rien. Moi qui croyais que cela relevait plus de l’acte de foi que de l’action efficace.
Vous m’avez montré que non !
Merci ! Je suis tellement heureuse que cela ait fonctionner, tellement heureuse d’avoir pu, même un tout petit peu, aider, soulager, apporter un peu d’espoir.
C’est magnifique. C’est merveilleux.
Merci pour ces retours si gentils. Merci pour votre compassion, votre bienveillance.
Merci pour votre confiance aussi.
Merci pour tous ces retours qui viennent me nourrir, me guérir, m’encourager.
Merci !
merci

L’inhibition latente, qu’est-ce que c’est ?

Gros morceau.

Une rumeur, une idée court sur les personnes HPI, qu’elles seraient dotées d’un déficit de l’inhibition latente.  

Qu’est-ce que c’est ?

Alors avant de comprendre ce qu’est le déficit, il faudrait comprendre ce qu’est l’inhibition latente.
L’inhibition latente, c’est un phénomène cognitif (c’est à dire fonctionnement de la pensé) qui permet d’allouer moins de ressources attentionnelles à ce qui est familier, par rapport à ce qui est nouveau.
Je m’explique. Nous sommes câblé-e-s pour porter plus d’attention à des stimuli nouveaux dans notre environnement, qu’à des stimuli connus.
Exemple : vous achetez une nouvelle bibliothèque. Lors des premiers jours, semaine, la pièce vous semble changer et la bibliothèque semble ressortir dans votre environnement. Puis, au bout d’un certain temps, votre bibliothèque finit par faire partie des meubles (à juste titre) et vous ne la voyez pas plus que votre canapé acheté il y a 5 ans.

Ce qui vous permet de ne pas sursauter chaque fois que vous regardez votre bibliothèque, alors que cela fait 5 mois que vous l’avez, c’est précisément le phénomène d’inhibition latente (ou effet Lubow).

Le déficit d’inhibition latente est donc le fait de ne pas avoir ce phénomène cognitif ou de l’avoir mais qui fonctionne moins bien.

Les personnes ayant un déficit d’inhibition latente se retrouvent donc à traiter tous les stimuli qui les entourent comme étant perpétuellement nouveaux, ou bien ces stimuli ont « l’odeur de la nouveauté » plus longtemps d’un point de vue cognitif.

Le rapport avec les personnes HPI 

La rumeur dit que les personnes HPI sont « atteintes » d’un déficit d’inhibition latente.
J’ai fait quelques recherches personnelles rapides, (mais vraiment rapides, je vous encourage à les faire par vous-même également, vous trouverez peut-être quelque chose) et je n’ai pas trouvé d’articles scientifiques qui affirment et démontrent effectivement que les personnes HPI sont « atteintes » de ce déficit.

Ce qui ne veut pas dire qu’aucune d’entre elles ne l’est.

Confusion populaire entre hyperesthésie et inhibition latente ?

Je me demande si dans ce questionnement, cette espèce de mythe autour de cette question, il n’y aurait pas aussi un peu de confusion et de mélange avec une caractéristique – elle avérée – des personnes HPI qui est l’hyperesthésie.

Il est là aussi, question de traitement différent des stimuli environnementaux.

Est-ce que le fait d’avoir une sensorialité différente, une sensibilité accrue aux sons, couleurs, formes, images, textures, goûts, odeurs, etc, ne serait pas confondu avec l’incapacité à intégrer un stimulus comme familier, au bout d’un temps moyen.

La confusion serait compréhensible.
Pour une personne neurotypique, les stimuli environnementaux et sensoriels récurrents sont facilement et rapidement ignorés. Pour une personne HPI, qui peut ressentir plus fortement les stimuli sensoriels, ignorer un bruit par exemple peut être plus compliqué.

Mais la question que je me pose est : est-ce dû à un déficit d’inhibition latente, ou au fait que ce qui est un simple bruit répétitif pour les autres et comme d’avoir un pic-vert hyperactif à deux centimètres de son oreille pour une personne HPI ?
Je me demande si une personne neurotypique aurait autant de facilité à inhiber le stimulus d’un marteau piqueur sous sa fenêtre de bureau ou dans la pièce d’à côté…

Réponse ?

Alors quid ? L’inhibition latente est-elle une caractéristique physiologique systématique des personnes HPI ?
Je ne sais pas. :p

Je n’ai pas trouvé de réponse dans la littérature scientifique que j’ai compulsée.
Je vous laisse quelques liens d’articles sur le sujet, tirés de divers blog, revue scientifiques, pages, etc.
Attention cependant, je précise que les liens que je vous partage ci-après ne sont pas considérés comme des références de recherches en psychologie, sauf l’article du site Persée.
A considérer donc, pour ceux qu’ils sont.
Néanmoins, si je vous les partage, c’est que je pense que c’est un bon point de départ. 🙂

Bien à vous !

http://planetesurdoues.fr/index.php/2016/11/30/le-deficit-dinhibition-latente/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Inhibition_latente#LM1959

The links between creativity, intelligence, and mental illness

http://www.lowlatentinhibition.org/what-is-lli/

http://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_1984_num_84_1_28999

Test de QI d’enfant et test de QI d’adulte est-ce la même chose ?

Voilà une question qui peut sembler bête mais qui mérite, je pense, qu’on s’y penche.

 

Un peu de fondamentaux.
Un test de QI qu’est-ce que c’est ?

C’est un test psychométrique standardisé, qui mesure l’intelligence d’un individu comparativement à sa classe d’âge.
Je décrypte. Avec mes propres mots, mais je décrypte quand même.

Psychométrique : métrique, mesure; psycho, l’esprit. Donc psychométrique, qui mesure l’esprit.
Standardisé : dont les conditions de passation sont précisément définies, et sans lesquelles le test n’est pas valide, et qui permet sa reproductibilité et la comparaison et l’exploitation des résultats obtenus à chaque passation.
En d’autres termes, quand un test est standardisé, il est comme qui dirait livré avec une notice d’utilisation. Cette notice permet son bon fonctionnement et surtout permets d’obtenir des résultats valides, non faussés.
Comparativement à sa classe d’âge : Le résultat qui sera obtenu permet de situer l’individu au sein du groupe des pairs de même classe d’âge. Par exemple, les adultes (très large groupe en termes d’âge chronologique), les enfants, ou les adolescent-e-s.

C’est le premier point que je voudrais que vous reteniez pour la compréhension de ce billet.
Le chiffre obtenu au test de QI n’a de sens qu’au sein du groupe d’âge auquel nous appartenons.
C’est à dire que le QI d’un adulte n’est pas comparable au QI d’un enfant.

Là si vous êtes comme moi, vous vous êtes dit : « Mais…c’est quand même toujours la même intelligence dont on parle non ? Et puis, le HPI c’est de naissance et c’est à vie. Donc pourquoi est-ce que le QI d’un adulte ne serait pas comparable à celui d’un enfant ? »

Mais oui, diable pourquoi ?
Et d’ailleurs, pourquoi a-t-on trois tests différents pour mesurer le QI : deux pour les enfants (WPPSI-IV et WISC-V) et un pour les adultes (WAIS-IV) ?

La réponse, mes amis (je suis d’humeur grandiloquente), réside dans le point que je vous ai fait retenir plus tôt dans ce billet et dans la précision qui suit.

Revenons aux sources 

Les premiers tests d’intelligence ont été conçus au début du 20e siècle par Alfred Binet, un monsieur français, dont la préoccupation était de détecter les enfants qualifiés à l’époque par la science de « débiles » (car atteint-e-s de « crétinisme » ou « débilité »), pour leur épargner certains affres dans le système scolaire.
[Parce que quand même, à l’époque, frapper des enfants à coup de règle ou de martinet ou de je ne sais quoi parce qu’ils n’avaient pas retenus leur leçon ou formaient mal leur lettre était courant. Donc imaginez le sort du pauvre enfant « débile » qui ne peut tout simplement pas y arriver malgré tous ses efforts…]
De ces travaux et de ces tests, est sortie la notion d’Âge Mental (ou AM) qui fut la première mesure de l’intelligence.
L’Age mental était une notion recouvrant grosso modo le rapport entre l’âge chronologique d’un enfant, et ses capacités cognitives.
Cela prenait en compte le développement des enfants, et ce qu’ils sont censés savoir, connaitre et savoir-faire et à quel âge.
Puis la notion a évolué, grâce aux connaissances en psychologie qui faisaient de même, et l’on est passé au QI (Quotient Intellectuel).

Ce petit détour historique souligne encore l’importance de la notion d’âge dans la mesure de l’intelligence.

Une question de référence
Il faut bien comprendre que le QI est une valeur qui prend son sens uniquement dans le contexte de la population de référence dans lequel il situe l’individu.
Par exemple : pour les adultes le QI moyen est admis à 100. Pour obtenir cette moyenne, on a compilé les performances au test de tout un tas d’adultes (16 jusqu’à 69 ans et 11 mois), et on a en sorti la répartition du QI chez les adultes en France et ça donne la courbe de Gauss que voici :

qi_loi_gauss
Cette courbe est donc la référence qui nous permettra de situer les adultes au sein de leur groupe d’âge en fonction de leur QI.

Imaginez maintenant que l’on fasse passer le test de QI pour adulte (WAIS-IV) à un-e enfant de 6 ans.
A votre avis quel résultat obtiendrait-on ?
Je rappelle que lors des épreuves du WAIS-IV, le calcul mental et l’arithmétique, ainsi que des questions de société et de culture générale sont posées.
L’enfant de 6 ans se retrouverait immanquablement avec des performances lamentables dans plusieurs épreuves. Non pas parce qu’il ou elle serait stupide, mais parce qu’à 6 ans, dans le système scolaire classique (en France) on n’a pas encore appris les pourcentages ou les produits en crois, pas plus qu’on n’a apprit toutes nos table de multiplications.
Allez résoudre un problème de tête qui nécessite de faire un produit en croix quand vous ne savez même pas multiplier par 3 ou ce que peut bien être un produit en croix !

Inversement, faites passer le test de QI des enfants aux adultes et comparez leur performance à celles des enfants, et vous aurez à coup sûr des génies intergalactiques.
Forcément, à 25 ans, on a largement acquis la maîtrise du coloriage, du puzzle de plus de 3 pièces et la distinction entre la tortue et l’éléphant.

Comparer ce qui est comparable pour comprendre de quoi l’on parle

Il ne vous viendrait pas à l’esprit de comparer les performances d’un-e adolescent-e-s de 17 ans, avec celles d’un-e enfant de 10 ?
Et bien de la même façon, on ne peut pas comparer le QI d’un-e enfant et celui d’un-e adulte.

Il faut aussi savoir qu’il a été démontré qu’à l’adolescence, définit pour cette étude entre 14 et 18 ans, le QI pouvait varier jusqu’à 15 points, en plus ou en moins.
15 point représentant un écart-type complet.
Sachant qu’on détermine la douance avec un score de QI à deux écart-types au moins de la moyenne (Moyenne : 100, écart-type 15, 2×15=30 soit douance =130 au moins) ces 15 points peuvent faire toute la différence.

A noter qu’un tel écart n’a été observé que durant la période de l’adolescence. Et que si le QI varie au cours de la vie en fonction de bien des facteurs, les variations dépassent rarement les 2 ou 3 points. (Et c’est déjà énorme de varier de 3 points de QIT)

Un seul test à vie ?

Parce que finalement, la question sous-jacente est bien celle-là : est-ce que le résultat obtenu en tant qu’enfant peut être valable pour l’adulte qu’il deviendra ?
Tout dépend de ce qui vous importe dans ce résultat.
Si c’est la question de la catégorie HQI/THQI (qui jusque-là sont des catégories purement statistiques rendant compte d’une fréquence dans la population et pas d’un fonctionnement encore différent, même si certains le supposent) et que votre QIT en tant qu’enfant était de +/- 3 points autour de 145, vous pouvez vous fendre d’un second test à l’âge adulte.
Vous verrez bien.

Si ce qui vous plait c’est de connaitre le chiffre exact de votre QI et de vous dire que vous avez plus que Marcel mais moins que Ginette, aussi.
(Oui j’admets, à mes heures, mon petit gremlins intérieur est comme ça. Je trouve ça complètement stupide ceci étant. Mais mon gremlins est stupide, que voulez-vous.)

Mais si la question est de savoir si vous ou votre enfant demeurera surdoué à l’âge adulte, économisez vos sous, la réponse est OUI, et il n’y a pas besoin de refaire de test pour ça.

Enfant ou adulte : mieux comprendre pour mieux être.

Chacun-e donne un sens et une importance différente au QIT.
Certain-e-s préfère le chiffre exact, d’autre parlent en écart-type (moi) et d’autre encore en rang percentiles. Et d’autres n’en parlent même pas.

Loin de moi l’idée de vous dire quelle importance donner à ce chiffre. C’est votre histoire, donc vos lois.

J’espère néanmoins que ces quelques lignes auront permis de relativiser un peu la vision parfois trop absolue du QI et les pressions qui peuvent en découler.

 

 

Quand tout le monde veut être surdoué…

Mais ne veut pas des inconvénients sociaux qui vont avec.
Et bien quand les gens veulent ça, ils tentent de réinventer l’eau chaude.
Et ça donne ça :

Ce qu’on appelle un multipotentiel

(Alors « on » déjà, qui est-ce ? Voyez-vous, là, c’est mon petit gremlins intérieur qui s’exprime. Il est mesquin, pénible et pinailleur.)

Ce genre d’article me file la nausée, parce que tout est flou. Le nom en premier lieu qui s’inspire de l’appellation scientifique et communément admise du Haut Potentiel Intellectuel, mais qui n’ose pas le dire.
On retrouve dans le portrait des caractéristiques du HPI, parfois même on penserait presque – notamment face à la bougeotte professionnelle qui est evoquée – qu’on parlerait bel et bien du HPI.
Ah mais non, le HPI n’apparait jamais.

Bah oui, être HPI, après tout ce n’est pas donné à tout le monde, seulement à 2% (et des brouettes) de la population, et il faut dépasser (en règle générale) les 130 de QI.
C’est quand même pas easy-easy.

Alors qu’à cela ne tienne, on invente un nouveau terme qui reprend tout plein de qualités de HPI mais pas la qualité si-ne-qua-non, le QI !
C’est-y pas beau ça ? C’est-y pas simple aussi ?

Bon soyons tout à fait logiques, les caractéristiques des HPI ne sont pas uniques aux HPI.
Neurotypique et neuro-atypique peuvent partager bien des comportements.
Tout le monde peut être curieu-x-se, on peut aussi se spécialiser dans deux ou trois domaines sans forcément être surdoué-e.
Sauf que les surdoué-e-s, eux/elles, seront plus spécialisé-e-s, et seront plus « intenses » en somme, dans leur façon d’être, de penser, etc.

Alors au fil de la lecture de ce joli portrait de « Multipotentiel » (eurk), je me suis énervée mais je me suis calmée en me rappelant que les HPI n’avaient pas le monopole de la curiosité ou de l’expertise.
Donc bon, ok, si les gens aiment s’inventer des profils pour simplement dire qu’ils sont curieux, et/ou instables, grand bien leur fasse !
Je m’étais donc calmée, et était prête à quitter cet article pleine de bienveillance et de paix, pleine de douces pensées d’encouragement pour ceux et celles qui avaient besoin/envie de se reconnaître dans cette conception américaine du « multipotentiel », plutôt que dans le terme de curieuses ou curieux.

Je termine donc la lecture le cœur emplit de bonnes intentions et PAF !
Qui cite-t-on en exemple de personnalité « multipotentiel » ? De Vinci, Descartes, Newton…
Alors déjà bonjour le sexisme, parce que dans le genre « multipotentielle », mais en fait HPI du tonnerre de dieu, il y a -pour n’en citer qu’une – Emilie du Chatelet quand même !
Ensuite… Rien que ça ?
C’est bon « juste » De Vinci ?

C’est donc là, vous l’aurez compris, que j’ai perdu les pédales.
Soit on prend les lecteurs et lectrices pour des buses en leur faisant croire qu’ils et elles sont de la même trempe que De Vinci, et on oublie joyeusement que De Vinci était un génie.
Un GE-NIE.
Soit « on » est parfaitement au courant que l’on dit n’importe quoi mais on s’en fiche.

Alors aussi curieuses et curieux et multi ce que vous voulez que la planète entière soit, ça ne fait pas de toutes les personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent être plus tard, des De Vinci en puissance.

Ne nous prenez pas pour des quiches s’il-vous-plait !

C’est là que la supercherie s’effondre, et que l’on voit que cette histoire de multipotentiel n’est qu’une des nombreuses tentatives de faire croire que…

Je ne condamne pas l’envie que le HPI (ou ce que l’on croit en savoir) peut provoquer chez certain-e-s.
Je condamne en revanche ces articles flous, qui brouillent les limites de notions déjà difficiles à définir, dont on ne connait pas tout.

Pour des personnes souvent en quête d’identité, dans le sens où après le diagnostique elles cherchent à comprendre ce que cette réalité implique, ce genre d’article qui dit tout et rien me semble plus source de confusions que d’informations.

Pendant ce temps, chez les enfants HPI

Et même, même dans un extrait d’un reportage qui se veut bienveillant, on a la petite phrase qui fait mal. Le petit truc qui les pointe du doigt comme, quand même, des enfants « ingérables ».

« Ca remue beaucoup […] c’est bruyant, […] ils passent beaucoup de temps dans le bureau de la directrice à comprendre leur propre comportement, […] quand ils sont agités, ce qui n’est pas rare […]. »

Le discours positif de la directrice semble du coup complètement paradoxale, alors que – à mon avis – c’est ce message qui est à retenir.