Douleur d’AHP : être nié-e/non-reconnu-e/objet d’identification

J’avais déjà évoqué cela d’un point de vue très personnel dans cet article.
Ici je vais tâcher d’analyser la chose avec un peu plus de recul et de globalité.

Et pour ce faisant j’ai dégagé trois facette de cette douleur : être nié-e, ne pas être reconnu-e (non, ce n’est pas la même chose) et ce que j’appellerai être l’objet d’identification.
On tourne évidemment autour du même problème de non-reconnaissance, mais il me semble pertinent de dégager ces nuances.

Etre nié-e

De ma toute petite expérience, je note que la douance chez l’adulte est très peu connue, et n’est re-connue que dans des cas d’expression facilement assimilable aux à priori sur l’intelligence géniale; à savoir : des capacité de calculs et/ou de mémorisation impressionnantes voir ahurissantes.
En dehors de cela, je note que le public fait rarement de lien avec l’intelligence.
Si l’AHP manifeste une richesse et une précision de vocabulaire digne de l’académie française, on dira qu’il/elle est très cultivé-e.
SI l’AHP a, comme cela arrive parfois, l’oreille absolue, on dira qu’il/elle a un don.
Bref si l’AHP manifeste autrement ses capacités cognitives autrement que par le calcul rapide de tête et/ou la mémoire, pour le grand public, il/elle n’est pas « si intelligent que cela ».
Comprenez : « il/elle est aussi surdoué-e que moi je vole quand il pleut ».
Faute de coller à des représentations galvaudées du potentiel intellectuelle et de l’intelligence, nous ne sommes tout simplement PAS (même pas « plus ») ce que nous sommes, à savoir surdoué-e-s.

Ne pas être reconnu-e

Petite subtilité ici par rapport à l’analyse précédente.
Dans le cas précédent, le haut potentiel est carrément nié, érradiqué, il n’existe simplement pas chez l’autre pour la personne lambda, parce que l’autre ne correspond pas à ce qu’il imagine ou attend d’un-e surdoué-e.

Ici, l’idée de l’existence effective haut potentiel intellectuel chez l’autre est acceptée  par la personne lambda, mais ce potentiel n’est pas reconnu. C’est à dire qu’il n’y a pas de reconnaissance visible, manifestée, de HPI par la personne lambda.
En somme, on le met sous le tapis, on le passe à la trappe. Comme un détail gênant chez l’autre dont on ne veut pas s’encombrer.

Etre objet d’assimilation

En quelque sorte, je pourrais dire qu’il s’agit de l’inverse de la première tendance. Ici l’idée du HPI est totalement, complètement acceptée. Elle l’est même tellement que la personne lambda ne se contente pas de l’accepter et le reconnaitre chez l’autre, mais carrément, se met à s’identifier à ce HPI et à le transposer à lui/elle-même.
Ce qui donne des échanges du genre :
AHP qui s’ouvre timidement et fait preuve là d’énormement de courage et de confiance :
 » Tu sais, j’ai découvert que j’étais surdoué-e… »

Lambda très gentil mais qui ne se rend pas compte de ce qu’il dit et fait :
« Ah ouais ? Qu’est-ce que ça veut dire, c’est quoi ? »

AHP :
« Et bien (petite explication sur les caractéristiques communes des AHP) »

Lambda :
« Ah oui ? Bah alors, moi aussi je suis surdoué-e ! »

Dépit absolu de l’AHP si c’est de moi qu’il s’agit.

Ces trois réaction face au HPI, même si elles tournent toute autour de la reconnaissance du HPI par l’autre (et donc, par extension aussi, un peu par la personne HPI aussi) peuvent toutes à leur façon faire du mal.
(Entendons-nous, je ne parle pas non plus de douleur à mettre fin à ses jours. Mais douleur quand même).

La première, le fait d’être nié-e, est sans doute pour moi la plus violente.
On touche carrément à la remise en question de l’existence même du HPI chez quelqu’un. Sachant que les AHP sont les premier-e-s à douter de leur HPI, on imagine facilement l’impacte qu’une telle négation de leur nature peut avoir sur elles et eux.

La seconde est pour moi la moins délicate à gérer. Cette situation présente l’avantage de n’être pas la première ! C’est à dire que là, au moins, ce n’est pas l’existence même du HPI qui est niée. C’est « juste » qu’il gène visiblement suffisament pour qu’on choisisse de l’ignorer.
Pour ma part c’est le plus facile à gérer, mais parce que je me retranche dans la partie misanthrope de mon être où je n’en ai rien à faire de ce qu’ils pensent et de ce qui peut les géner.
Mais j’imagine très bien, comme une telle attitude de silence et de rejet vis à vis de cette réalité, peut venir indure comme par lente pénétration de contact, un certain dégout ou rejet de son propre HPI.
Si les autres sont géné par cela, c’est qu’il y a une raison. On peut facilement arriver à conclure qu’on est soi-même génant-e ou repoussant-e. Et que c’est précisément le HPI qui nous donne ce caractère repoussant.

La dernière situation, est celle qui met le plus mes nerfs à l’épreuve. Mais c’est ma sensibilité et mes névroses qui veulent cela. :p
Dans ce dernier cas, on tombe dans une autre façon de gommer quelqu’un-e: en gommant ce qui fait de lui/elle quelqu’un-e de différent-e.
En s’appropriant la particularité d’un AHP, le lambda va ainsi, sans forcément le savoir ni le vouloir, gommer complètement ce qui est constitutif de la nature de l’AHP : sa rareté.
On peut le prendre comme une façon de dissoudre la particularité, et donc l’identité et l’unicité de l’AHP.
Plus simplement, imaginez que quelqu’un veuille a tout prix vous ressembler et se mette à déclarer partout qu’il est/fait exactement tout comme vous. C’est une façon habile -et encore une fois sans doute absolument pas consciente ni volontaire – de gommer l’existence de quelqu’un.
En allant moins loin, c’est d’abord une façon de gommer la différence. Différence qui gène, éloigne, remet trop en question l’autre (si vous voulez mon avis).
Cette assimilation qui part, à priori de quelque de positif, une certaine envie/admiration/reconnaissance (justement !) a précisément pour effet tout le contraire : l’uniformisation, la disparition de la particularité

C’est un peu comme si demain, tout le monde se teignait les cheveux en roux. Ça ferait certainement un drôle d’effet à toutes les personnes réellement rousses. Qui jusque là en plus, avaient autant le droit à l’admiration qu’au rejet et quolibets de la part des autres.
Conclusion de ce billet : les AHP sont aux neurotypiques ce que le roux est au autres carnations : les plus mieux. *

* : j’étais moi-même rousse pendant la première moitié de ma vie. J’ADORE cette carnation ! Ma conclusion est un total parti pris assumé. (Et de l’humour au passage).

 

#douance  #AHP  #reconnaissance  #adultesurdoué  #HQi  #HPI  #zebre

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Petit-e-s curieu-x-ses !

Lorsque je regarde les statistiques de lectures de mon blog, je constate que l’article le plus visité est… »Les résultats ».
Comme c’est étonnant !

J’en ris sincèrement aujourd’hui, même si la constatation garde un goût un peu amer.
Je devine que les lecteurs cherchent le chiffres. Le fameux résultats, le « gros QI » en question.
Comme on viendrait regarder un animal étrange dans une cage, s’étonner ou s’extasier devant sa particularité, puis passer son chemin une fois qu’on a bien vu.

Quel intérêt le chiffre en question ? Quelle importance ?
Savoir dans quel écart-type ce score se situe n’est-il pas suffisant ?

Je fais ma mijaurée, je l’admets.
Je comprends cette curiosité qui frise le voyeurisme. On veut savoir pour savoir, pour voir, pour connaitre. Comme certain-e-s achètent les magasines « people » juste pour savoir. Ils et elles ne font rien de « l’information » qu’ils/elles y ont trouvé, mais ils et elles sont contents de savoir.

Cela ne me dérangerait pas si ça ne flirtait pas avec le voyeurisme et si cela ne m’évoquait pas les très lointaine foire aux monstres.
A ce sujet, avez-vous regardé les Extraordinnaires à la télé cette semaine ?
J’ai été intriguée par les promesses de cette émission, et je m’attendais naïvement à quelque chose de l’ordre de « Les extraordinaire pouvoir du corps humain » sur France 5, où au moins, on apprend quelques petites choses.

J’ai été déçue. Mais pire que cela, j’ai été triste, touchée, blessée.

Bien évidemment, j’ai été très impressionnées par les capacités de certain-e-s (je n’ai pris l’émission que vers la fin et n’ai vu que trois « défis ») mais, les minutes passant, je me suis sentie mal à l’aise. Si dans les premiers temps je n’ai pas su dire pourquoi (ce qui est si triste, puisque cela signifie que je suis accoutumée par ce voyeurisme ambiant) j’ai réalisé que cette émission n’est rien de plus qu’un grand cirque, où l’on demandait à certaines personnes de faire des tours.
Et en plus, on les jugeait. On mettait en compétition des aptitudes si différentes les unes des autres que leur seule comparaison était un non-sens.
A la fin, le ou la meilleur-e recevait une récompense, un « joli » trophée. (Trophée, qui vous l’aurez sans doute remarqué, ne tenait visiblement pas sur un pupitre, il aura fallut faire venir sur le plateau une femme en robe violette et décolletée pour le tenir le temps que les résultats arrivent. Dame qui n’a absolument rien dit de tout le temps de sa courte présence sur le plateau. Elle servait littéralement de pupitre… Une honte ! Honte qui n’était en rien compensée par ses apparitions dans les séquences vidéos de présentation des candidats).

Ces personnes aux capacités intellectuelles extraordinaires, ces personnes qui représentent, rien que par leurs dons, une des plus grande richesse de notre humanité, se sont retrouvées à faire des tours comme des singes savants.
Bien évidemment, elles l’ont toutes acceptées. Et elles savaient toutes aussi sur quelle chaîne cela serait diffusé et donc à quel genre de divertissement elles se prêtaient.
Je suis persuadée qu’elles l’ont toutes fait très naïvement, pour le défi personnel que cela représentait.
Et la sentence tombe, on est abasourdis devant leur génie et puis…et puis le mot qui blesse : « c’est un extraterrestre quand même… » Saluons l’intervention de l’animateur, qui volontairement ou non, a remis l’auteure de ce commentaire à sa place, en soulignant que non, ces personnes font partie de notre groupe : l’humanité.
Le rejet encore.
Même « bon enfant », même naïf, il est là.
Le rejet.
J’ai eu mal au cœur.

On s’exclame un temps sur les capacités prodigieuses de ces personnes, et puis plus rien. Cela nous a distrait et c’est super, allez hop, on zappe !
On s’est bien rincé les yeux, et puis voilà.

Qu’est-ce qui m’a motivée à regarder cette émission (ou du moins une partie) ? Je pensais apprendre, je pensais découvrir. Je pensais que j’aurais droit à un reportage, un documentaire, des interviews, des témoignages. J’ai eu le droit à du cirque.

Alors vous savez, je ne jetterais certainement pas la pierre aux personnes curieuses qui se jettent uniquement sur l’article de mon blog qui parle de mes résultats.
Moi aussi je suis curieuse. Et ce n’est pas un mal.
Mais j’aimerais les inviter à se poser la question : pourquoi cela les intéresse-t-il tant ? Est-ce qu’elles peuvent seulement mettre un véritable sens sur ce chiffre si je le leur donnais ?

Avoir ce simple chiffre sans sa signification ne sert strictement à rien. Ca revient juste à vouloir savoir, à tout prix, un détail de la vie privée d’un-e inconnu-e.

Je sais, j’écris beaucoup.
Je sais c’est un effort de lire pour certain-e-s. Mais j’aimerais bien que celles et ceux qui sont curieu-x-ses prennent la peine de pousser leur curiosité plus loin que jusqu’au simple résultat et qu’ils et elles lisent aussi, un peu, quelques autres billets.
Où cliquent sur les liens que je mets à disposition.

Je sais que je m’expose en écrivant ce blog, et je sais aussi que je n’ai rien à exiger des gens qui passent par là.

C’est juste…Juste que j’aimerais que l’échange aille un peu plus loin que cela.
Les surdoué-e-s ne sont pas juste un résultat à un test.

#AHP #HQI #THQI #adultesurdoué #HPI #zebre

L’ennui au travail

Il parait que c’est un des gros problème des Adultes à Haut Potentiel au travail : l’ennui.

A cause de leur rapidité d’action, de compréhension, et d’analyse, les AHP finissent vite (et bien) les tâches qui leur sont assignées, et…finissent par s’ennuyer au travail.

Pour ma part, je ne savais pas en commençant ma vie professionnelle que mes large plage horaire où je ne faisais « rien » n’étaient pas forcément dûes à mon travail mais peut-être à ma rapidité d’action/analyse/ce que vous voulez.
J’ai donc intégré les phases de « je n’ai rien à faire » à mon quotidien au travail.

Plutôt que de me morfondre, je pars en quête de quelque chose à faire pour les autres, ou pour le service auquel j’appartiens.
Ce qui m’a souvent attiré des regards surpris, voir de totale incompréhension, parce que du « haut de mon poste de cadre ou d’administratif » je daignez descendre faire l’inventaire des fournitures ou des supports de com. Ou que je « m’abaissais » à ré-étiquetter les classeurs d’archives avec les bons indices.
C’est quelque chose que je n’ai JAMAIS compris et que je ne comprends toujours pas.
Je n’ai rien à faire, il y a des choses à faire, je peux les faire, pourquoi quelqu’un s’étonne que je les fasse ? oO
Pour beaucoup, ce que je comprenais ce qu’il considérait comme avilissant de faire ces tâches de « subordonné-e-s ».
Qu’est-ce que c’est que cet esprit pourri ? Nous sommes employés pour faire tourner une boite, ou plus directement, un service. Le but du jeu est donc que le service tourne. L’idée de classifier les activités avec un jugement de valeur me dépasse.
Oui il y a des tâches que tout le monde peut faire parce qu’elles ne demandent pas de connaissances ou compétences particulières; est-ce pour autant une raison pour 1) mépriser la tâche qui doit être faite pour que TOUT LE MONDE puisse travailler, et 2) mépriser la personne qui la fait ?
Non je ne crois pas.

Quand malgré tout vous ne trouvez rien à faire, en dernier recours face à l’ennui, il y a toujours l’écriture.
Ecrire est une activité qui passe plutôt bien au travail, puisque vous pianotez fiévreusement sur votre clavier, et qu’à priori vous pourriez taper un rapport ou un compte rendu de réunion.

Pour ma part, avec ces techniques, je m’ennui assez peu au travail.
Bon hormis pendant les réunions. Là c’est l’assassinat pour moi. Mais ça l’a toujours été.
Je m’ennuie donc peu, et je crois – à lire les témoignages et études ici et là – que j’ai de la chance.
J’ai cette facilité à faire abstraction de mon environnement et à trouver à m’occuper avec moi-même.
Est-ce que cela vient de mon enfance sans frère et sœurs ? Sans doute que cela a aidé. J’ai appris très tôt à me suffire à moi-même pour le plus de choses possibles.
Mon esprit étant toujours disponible, je m’y plonge dès que le besoin se fait sentir et j’y trouve toujours de quoi m’occuper.

Je me  suis ennuyée pour la première fois à mon nouveau poste, le temps d’une ou deux heure, vendredi dernier.
Je suis allée m’enquérir auprès de mes collègues de ce que je pouvais faire pour eux, mais rien n’est arrivé pour me tirer de mon inactivité.
J’étais dépitée.
Alors j’ai potassé mes cours de psycho.
En attendant qu’un nouveau flux de mille choses à faire en même temps arrive.

C’est le rythme de ce poste : plein de choses à faire mais toutes en même temps. :p

#AHP #HQI #THQI #adultessurdoué #femmesurdouée #zèbres

Ce matin

Voir le monde comme personne.
Être au monde comme personne.
Et vivre comme personne.

Déranger, être admirée, questionner, effrayer, être dénigrée, pointée du doigt, être enviée, surprendre toujours, faire rire, aider à comprendre.

Poser sur le monde et les gens le regard d’une enfant de mille ans.