L’école et moi

Gros sujet pour les HPI.

En sommes, j’ai lu ici et là, deux versions qui s’opposent : « j’étais enfants précoce (comme si l’état était transitoire…) et je détestais l’école, j’étais un-e rebel-le et j’avais des mauvaises notes parce que je m’ennuyais comme un-e rat-te mort-e »
Et le « Je suis un-e surdoué-e, je suis major de ma classe et j’ai 3 à 5 ans d’avance. J’ai mon bac à 12 ans et je suis professeur-e d’université à 15 ans. »

Les « cas »

Pour illustrer le premier bord, voici un petit article lu ce matin : « J’aime apprendre. C’est pourquoi je n’aime pas l’école ».
Bon personne n’est neuneue ici, on aura compris l’idée qui est celle de repenser un système scolaire transformée, selon l’auteur, en une machine à broyer les cerveaux et les personnalités.
Il y a du grain à moudre dans cette réflexion, je trouve.
Mais je ne suis pas non plus 100% d’accord avec les affirmations que l’auteur tire de son expérience.

Déjà il faudrait commencer par définir ce qu’on entend par « apprendre ». L’auteur semble considérer qu’apprendre, c’est en fait, développer un esprit critique et son autonomie dans l’analyse. Et pourquoi pas, entretenir sa curiosité.
Choses, personne ne dira le contraire, tout à fait utile pour mener sa vie.

De ma fenêtre il s’agit là de moyens d’apprendre.

Qu’est-ce que j’entends pas apprendre. Apprendre pour moi c’est intégrer de nouvelles connaissances. Ainsi donc, en cours de latin, j’ai appris les déclinaisons, j’ai appris du vocabulaire; en maths j’ai appris les équations, les nombres irréels; en géographie j’ai appris le nom des fleuves, des villes, des pays que je ne connaissais pas déjà; etc.

Ceci étant, là où je rejoins l’idée ou le sentiment globale de l’auteur cité plus haut, effectivement, l’école française est très coincée dans la façon qu’elle a de faire apprendre (et aussi sur ce qu’elle considère bon et/ou valable à apprendre…Mais c’est une autre histoire.)

Donc, de ma fenêtre, l’école nous apprend des choses, même si elle le fait de manière inappropriée pour certains voir douloureuse et catastrophique dans certains cas.

Les « tête d’ampoules »

Le titre de partie est une référence à la série « Malcom » que je détestais enfant et que j’adore aujourd’hui.

Donc dans la seconde version du vécu et de la perception de l’école il y a ceux – des HPI -qui y réussissent.
ON a écrit un millier d’articles sur eux, 12 et bacchelier-e, 15 et à l’université, 8 ans et parle 12 langues, etc.

Visiblement, à eux et elles, l’école ne pose aucun soucis.

Alors quid ?

Des cas particuliers parmi les exceptions

Bah quid, quid…
Pour reprendre un commentaire de ce blog, une expérience personnelle ne fait pas une généralité. Encore moins quand la personne concernée est elle-même une exception.

Que le système scolaire français ne convienne pas aux HPI ce n’est pas un scoop. C’est un système de masse, et nous ne sommes pas la masse. Donc fatalement, ça coince.

Mais pas pour tou-te-s.

En gardant à l’esprit que le HPI est une exception aussi bien pour les lambdas que parmi ces pairs, on commence à dessiner un peu de cohérence dans tout cela.

Certain-e-s HPI vont adorer l’école, d’autre le vivre comme une enfer sur terre. Certain-e-s traîneront leur misère jusqu’à se déscolariser, pour d’autres, une rentrée en lycée ou post-bac ou en section pro (en somme dans une section où ils trouvent un intérêt ou quelque chose qui leur corresponde mieux) est une libération.

D’autres y brilleront. Et feront en 10 ans ce que la majorité fait en 20.

Et puis d’autres passeront inaperçu-e-s.

Les invisibles

Ces personnes là ce sont celles qui ne font pas de vagues à l’école. Des élèves juste moyen, sans ennuis, sans problèmes.
Sage, attentifs et distraits juste ce qu’il faut. Des élèves classiques.
Qui n’attirent pas l’attention. Jamais.

Mais je parle bien de HPI, si si.
Je vous parle de ces caméléons (on constate plus de femmes dans ce cas) si « normales » à l’école que jamais l’idée qu’elle puisse être surdouée n’a germée dans l’esprit de personne.

Votre humble hôtesse est de celles-là.

Mon expérience scolaire

D’un point de vue de l’apprentissage, moi l’école j’ai adoré.
Il y a des cours au collège que j’aimais moins que d’autre mais une chose après l’autre.

Maternelle :
C’était trop chouette. J’ai un souvenir précis des petites maison où je jouais à faire comme les grands, avec les minis tout : mini maison (sans porte, on aurait pu s’enfermer dedans, becassons maladroit-e-s que nous étions), mini four, mini table, mini  chaise, mini fenêtre, mini moule à gâteau…
C’était très chouette.
Je ne me souviens que de jeux.
Et de matelas bleus et roses pour la sieste. On choisissait librement, et je me suis retrouvée plus d’une fois sur un matelas au drap bleu parce que je trouvais que le rose avait une sale tête.
Je n’ai qu’un seul souvenir, un seul, d’un immense tableau noir (qui devait somme toute avoir une taille tout à fait normale, mais qui du haut de mes quelques dizaines de centimètres m’apparaissait gigantesque) sur lequel la maîtresse écrivait à la craie blanche, dans une belle écriture bouclée, la date du jour et quelques lettres tracées sur des lignes.
Les lignes en question étaient-elles tracées aussi à la craies, ou déjà inscrite sur le tableau, je ne sais plus. Je crois que la maîtresse les faisaient à la main aussi.
Ce tableau, il servait à nous apprendre les lettres. On se servait de nos prénoms pour apprendre à reconnaître les différents graphènes.
Je me souviens très bien être assise à mon petit bureau, à gauche du tableau quand on le regarde en face, fixer les lettres manuscrites à la craie  et me demander pourquoi on faisait ça, puisqu’on savait déjà lire ?

Sauf que.

Sauf que « on » ne savait pas déjà lire. Je savais déjà lire. Pas les autres.
Je ne comprenais pas pourquoi on revoyais encore ce que nous connaissions tous déjà.
Mais j’étais la seule à penser cela. Mais bon, je faisais avec. Je trouvais autre chose à penser pour m’occuper. Et ce suffisamment sagement pour ne pas être réprimandée.
En somme, je vivais dans ma tête.
Quand les choses devenaient inutiles, je pensais à autre chose.

Primaire :
Je saute une classe, et me voilà en CP, classe double niveau avec les CE1. Plus d’une fois j’ai voulu faire leurs exercices, ils étaient plus amusants que les lignes d’écriture que je devais faire et refaire indéfiniment. Je mettais toute l’énergie, l’application et la bonne volonté dont je disposais, à écrire ces fichues lettres.
Mais jamais je n’avais de bonnes notes. J’étais tout juste moyenne. « Assez Bien », « AB ». Moi qui voulais tellement, tellement le « TB », « Très bien ». A un moment, un simple « B », « Bien », m’aurait suffit.
D’ailleurs, un jour, par miracle, le « TB » est arrivé.
J’en ai pleuré.
CE1, CE2, CM1, CM2.Scolairement toujours rien à dire. Les mêmes commentaires sur mes bulletins : « Line fait des fautes d’étourderies qu’elle pourrait tout à fait éviter. Line a des capacités qu’elle n’exploite pas ».
Variantes : « Line peut mieux faire », « Line pourrait avoir des résultats bien meilleur avec un peu de travail. » « Des étourderies qui gâchent des capacités réelles » « Dommage que Line n’utilise pas ses capacités ».

Mais encore une fois, face à ce que je ne pouvais pas changer, ou face à ce qu’on refusait de me donner (des choses intéressantes à faire) je les trouvais par moi-même, dans ma tête.
On m’accusait alors de rêvasser. Certes.
C’était toujours plus intéressant que le cours.

Socialement, les difficultés pointaient le bout de leur nez.
Le fameux décalage.
Je commençais à avoir des difficultés à m’harmoniser avec mes camarades. Leurs réactions, leurs jeux, ce qui les faisaient rire, tout cela présentait parfois pour moi des incohérences majeure. Et donc de l’incompréhension chez moi.
Doucement, sans le savoir, je commençais à être à part. Ou Mise à part.

Collège :
En terme de contenu, on passe aux choses sérieuses. Et à d’autres ennuyeuses.
Certains cours me passionnaient, comme le français, le latin, la physique, la chimie, les maths, la biologie, la musique et les arts plastiques.
D’autres me donnaient envie de mourir, les langues, l’histoire géo, la technologie, l’instruction civique.

En terme de relations sociales, c’était l’enfer. Harcèlement scolaire durant les 4 longues années de collège. Harcèlement qui s’étendait même jusque dans la rue, en dehors des cours, les week-end quand je croisais par malheurs d’autres élèves dans la rue lors des courses que mes parents m’envoyaient faire, ou de mes trajets entre mes activités extra-scolaire et la maison.
J’ai peu de souvenirs de ma façon de faire face à l’ennui des cours, car mon énergie toute entière était dirigée vers le fait de me rendre invisible aux yeux des autres. Je tentais de leur échapper. Je sortais la dernière, ou au contraire, arrivais la première en salle de cours pour être « en sécurité » avec le/la prof.

Lycée:
Grande libération pour moi.
Cela tenait au fait qu’enfin, au lycée, les lambdas commençaient à développer un semblant de personnalité propre, et que le but du jeu n’étais plus de se fondre dans la masse, mais au contraire de s’en extraire, de sortir du lot. De se faire remarquer par son unicité.
Tout occupés qu’ils et elles étaient à être les plus populaires et uniques possibles, ils me fichaient enfin la paix !
Je n’ai pas pour autant laissé tombé le masque de « rien du tout » que je m’étais fais, mais j’ai pu simplement respirer et cesser de regarder sans arrêt derrière moi.
J’étais toujours inquiète mais la pression exercée par les autres était bien moins violente.

En terme d’apprentissage par contre, j’ai coulé.
Les cours pénible devenaient de plus en plus pénibles, et les sciences – hormis la biologie – sont devenues d’un coup des langages aliens.
Un jour, en cours de maths, je n’ai même pas compris un mot de ce que me disais ma prof. Pas juste les formules, mais les mots aussi, les adverbes, les pronoms. Pendant deux heures, j’ai cru l’entendre parler mandarin.
Je suis sortie de ce cours très choquée, car réellement, je n’avais pas compris ce qu’elle disait, comme si elle parlait une autre langue. ET ce n’est pas une expression.
C’était…choquant.

Je suis restée une élève moyenne toute ma scolarité y compris à l’université.
Moyenne. Sans jamais produire un gramme d’effort.
Je l’ai payé, parce que 10-12 à l’université ce n’est pas assez.
Mais que voulez vous, je n’ai jamais appris à travailler mes cours…Aujourd’hui encore je ne sais pas comment faire.

Moi, l’invisible (sacrifiée?)

Je regrette une chose dans ma scolarité. Que personne n’ait vu/voulu voir ce que j’étais.
Parce que je ne posais pas de problème, on ne posait pas les yeux sur moi.
Parce que je n’étais pas exceptionnelle au vu de mes résultats, il n’y avait pas de raisons que je le sois.
Pourtant on m’a fait sauter une classe.
Pourtant on a écrit, ré-écrit et écrit encore que j’avais du potentiel. Ils et elles l’ont vu, senti, deviné.

Mais quoi ?
J’étais une fille, je crois que mon tort était là.

On ne s’attend pas à ce qu’une fille soit surdouée.
On ne lui demande pas de l’être d’ailleurs. On lui demande d’être sage. De ne pas faire de bruit, de ne pas bouger, de passer inaperçu.

J’ai tellement bien fait ce que l’on m’a demandé, que j’en suis passée à côté de moi-même et que de 19 à 21 ans j’ai fait une dépression que l’on a interprété comme « une crise d’adolescence tardive ».

J’ai tellement bien intégré qu’il fallait que je ne sois rien, pour survivre, que je m’en suis perdue.

J’en veux un peu aux adultes d’alors, de ne pas avoir su. De ne pas avoir vu, ou voulu voir.
Mais c’est inutile de leur en vouloir. Ça ne change rien, ni eux, ni moi, ni ce qui s’est passé ou se passera.

Si j’avais su pour moi, je me serais peut-être aimée un peu plus ? Peut-être pas. Peut-être que j’aurais eu un peu plus de force ou d’arguments pour faire face aux autres, à mes douleurs…

Mais la question n’est pas là.

J’ai été sacrifiée en quelque sorte, sur l’autel des préjugés, et des discriminations.
Ce n’est pas seulement la faute de l’école, c’est la faute d’une société qui connait mal l’autre et la différence (et qui n’aime pas beaucoup les femmes).

Conclusion

Est-ce qu’on apprend quelque chose à l’école ?
Je crois bien que oui. Même si, probablement, on n’y apprend pas ce que Jules Ferry avait imaginé.
L’institution a ses problèmes, ses incohérences et ses lâchetés.
Oui c’est vrai.

Il faudrait sans doute élargir le champ de ce que l’on apprend à l’école. Il faudrait surtout, je crois, changer le comment.

Publicités

Vis ma vie de surdouée -les études épisodes 3 (ou 4)

Je suis inscrite à l’IED de paris 8 en psychologie. C’est ma seconde année, je suis en L2.
Je précise parce que manifestement, la mode auprès des étudiants c’est de passer leurs années par morceaux, et d’être au bout de 4 ans en L3 conditionnelle.
Alors bon, je précise, L2 lors de ma deuxième année.

Il faut dire que cette année, c’est le bazar interdimensionnel à l’IED psycho.
Ils n’ont visiblement pas anticipé le changement de maquette annoncé il y a 5 ans, (changement d’organisation des contenus de licence et master), ajoutez à cela 3 jours de fermeture suite aux attentats en novembre 2015, et ce qui semble pire que le précédent pour l’équipe de l’Ied, un changement de plateforme informatique : passage sur moodle.

Il n’en fallait pas plus pour que leur monde s’écroule visiblement.
Résultat, inscriptions anarchiques et absolument désordonnées, rentrée annoncée début novembre (aka accessibilité à la plateforme numérique avec les cours) effectivement possible 15 jours plus tard. Carte étudiante et certificat de scolarité reçue en décembre (pour celles et ceux qui les ont reçues), inscription surprise dans des parcours indispensables pour valider l’année. Parcours dont on apprend que les places sont limitées. Ces mêmes inscriptions sont annoncées à une date D et ouvrent en réalité un mois après.
Et constat, affligeant, nous n’avons pas tous les cours. Depuis la rentrée, nous avons des cours manquants.
L’IED ne communique quasiment pas sur la question et nous en sommes réduit-e-s à guéter le moindre petit changement.
Et on nous annonce que si 1/4 des cours manquent aujourd’hui, c’est parce qu’ils sont du second semestre. Or l’IED n’est pas censé fonctionner en semestre mais à l’année. Preuve en est, nous n’avons qu’une cession d’examen ou nous passons TOUTES les matières de TOUTE l’année, en juin. Possibilité de rattrapage en septembre (ou passage des matières non passées en juin).

Quoi qu’il en soit nous n’avons pas 6 mois pour la moitié des cours et 6 mois pour l’autre moitié. Nous payons pour avoir tous les cours dès OCTOBRE (la rentrée universitaire) et avoir 9 mois pour les travailler.
L’an dernier nous avions 24 matières à passer.

Cette année un peu moins mais quand même.

Donc c’est le bazar.

Je dois admettre que j’ai cessé de me provoquer un ulcère dès que j’ai réussi à m’inscrire au parcours à places restreintes que je souhaitais. Depuis lors, je regarde l’administration et les étudiants se débattre avec beaucoup, beaucoup de recul.
Au début moi aussi j’ai crié, protesté, argumenté, analysé, tenté de concilier et même de comprendre.
Et puis, face à l’écrasante évidence que tout cela est parfaitement inutile, j’ai laché prise.

Je bosse les cours dont je dispose et ceux que j’aurais seulement en mars, et bien je ne l’ai aurais qu’en mars. J’ai besoin de moins de temps que ça pour bosser. Donc moi, ça va.

J’ai un peu de peine pour les autres étudiant-e-s qui n’ont pas mes facilités ( ou ma confiance aveugle en le destin ou encore ma capacité à assumer ma procrastination et la fatalité qui en découle souvent), mais hey, c’est comme ça.
On peut voir ça comme une autre sélection : on voit ceux et celles qui tiennent et ceux qui ne tiennent pas, qui abandonnent.

C’est horrible à dire, mais c’est vrai.
Tout ce marasme a atteint beaucoup d’étudiant-e-s qui se sont découragé-e-s, voir ont déjà abandonné l’idée de passer cette année.

Tant pis pour eux, dommage pour eux.

Moi j’y arriverai.

« Tu réfléchis trop »

Qui d’entre nous n’a pas entendu cette phrase un bon million de fois dans sa vie ?

Cette phrase là, c’est la pire pour moi.
Pire même que de me dire que je suis trop sensible.

Petit tour d’horizon.

Je pleurais et je pleure beaucoup comparativement à la majorité des gens. Ms émotions sont plus fortes et parfois, je suis traversée par tellement de choses que c’est impossible de ne pas pleurer.
Aujourd’hui je laisse aller mes larmes, la plupart du temps, même si de vieux démons essaient de me retenir parfois encore.

Enfant, pleurer était vu comme un défaut voir, plus tard, comme une faiblesse.
Celui ou celle qui pleure est un bébé.
Plus tard, celui ou celle qui pleure est un-e faible.

Ridicule.

Mais voilà, force était de constater que je pleurais plus que les autres, que j’étais   plus souvent touchée, blessée que les autres.
Et  la voix parentale qui me disait que j’exagérais, j’ai fini par intégrer que j’étais effectivement trop sensible. Comme si la sensibilité, et particulièrement son excès, étaient des défauts. Et j’étais pourvue des deux.

Mais il me semblait qu’au contraire, on encourageait et encensait la réflexion. Les gens intelligents étaient valorisés. Réfléchir était quelque chose de bien.

Alors quand je m’entendais dire « Mais tu penses trop » ou « Tu te prends trop la tête » ou « tu te poses trop de questions  » ou encore « tu réfléchis trop »; des vagues de révoltes s’élevaient en moi.
Des vagues qui à force d’être provoquées, en sont devenues des Tsunamis qui aujourd’hui n’épargnent plus personne.

La seule chose qui semblait valorisante, se retournait contre moi avec ces quelques mots. Même penser, je le faisais mal manifestement, puisque je le faisais « trop ».

Cette phrase semblait cristalliser tous les reproches (directs ou indirects) qui m’étaient faits. Ces 3 mots semblaient dire tout ce qui n’allait pas chez moi. Comme si tout ce qui me différenciait des autres trouvait sa source là, dans cet esprit qui manifestement, fonctionnait de travers, dès le début.
Quelque part j’avais raison, mais ça je ne le  réalise qu’en   écrivant ces lignes, je n’en avais pas conscience avant.

Je suis devenue incapable de contenir une réponse cinglante – voir blessante – lorsque ce genre de remarque m’est adressé aujourd’hui

Réflexions

Comment peut-on seulement considérer que l’on dit quelque chose de censé lorsqu’on accuse quelqu’un de « trop penser » ?
Trop signifie en excédant. Pour qu’il y ait un excédant il faut une juste mesure.
Je veux bien que l’on me dise que j’ai mis trop d’eau dans mon verre (parce que ça déborde) mais pas que je pense trop.
Rendez-vous compte de ce que cela implique : ce serait admettre et accepter que nous devrions nous arrêter de penser à un certain moment, ou que nous devrions veiller à ne pas complexifier nos pensées au-delà d’un certain point.

C’est complètement ridicule.

Penser trop…Comme si c’était seulement possible. Commencez par définir la quantité de pensée moyenne manifestement universellement acceptée si vous souhaitez me dire que j’en dépasse le seuil.
Rien que de l’écrire, cela  me révolte.

Il y a bien d’autres choses que j’ai entendues « tu es folles », ou « t’es bizarre » ou encore « elle est..originale » et là, croyez moi, même à 10 ou 12 ans vous comprenez que ce n’est pas un compliment. « Elle est jeune d’esprit ».
Mais « tu penses trop » reste mes radiations gammas personnelles.
L’image est parfaite ! A cause d’une trop grosse dose de « tu penses trop », d’une exposition massive, quelque chose en moi a muté et aujourd’hui, ces 3 mots me transforment en Hulkette verbale.
Lorsque je me maitrise à peu près, je ne fais que rétorquer que je n’étais pas au courant que la pensée était limitée.
En majorité, je donne des airs d’humour – qui n’en est pas – à ma réponse, et je balance que, tout aussi bien, ce sont les autres qui ne pensent pas assez.
Un jour, je sais que je répondrai à ces 3 mots par un ras-le-bol colossal, par une avalanche de « allez-vous faire voir et fichez moi la paix, parce que je pense comme je veux et que vous n’êtes personne pour déterminer ce qui est trop ou pas assez ».

‘etaise leela

Preuve que même la grande Papesse du HPI n’est pas bien claire avec ce qu’elle dit

Un petit mot juste pour rebondir sur le fait que – manifestement – on a beau dire partout que les zèbres ont une intelligence qualitativement différente et pas quantitativement différente, Mme JSF elle même admet qu’il s’agit (aussi) d’une différence quantitative. La preuve :

Comme le résume si bien Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, référence pionnière de l’engagement en matière de douance en France et auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet : « Être surdoué ce n’est pas être quantitativement plus intelligent que les autres mais fonctionner avec une forme d’intelligence qualitativement différente en termes de mécanismes et de processus, c’est l’alchimie entre une intelligence supérieure et une réactivité émotionnelle singulière, une hypersensibilité hyper aiguisée ».

AH !

Elle dit « une intelligence supérieure ». C’est écrit noir sur blanc.
Donc, j’avais raison.

On parle bien d’une différence ET quantitative ET qualitative.

J’ai trouvé cette citation dans ce blog qui cite un article de Doctissimo

Oui je sais, référence Doctissimo, on repassera. Mais bon.

Moi, Génie.

Quand on me regarde, on ne dirait pas.

Je ne correspond pas vraiment aux clichés standards sur les génies.
Je ne suis pas un homme pour commencer.
Je ne suis pas, et n’ai jamais été major d’aucune promotion.
J’avais un niveau moyen-bon à l’école.
Je n’ai jamais posé de problèmes à aucun-e-s de mes enseignant-e-s ni de mes parents.
Je ne suis pas fan d’informatique ou du jeu d’échec.
Je n’aime pas tout bricoler ou réparer ou construire.
Je n’ai pas de doctorats.
Je n’ai pas lu l’intégral de Kant à 5 ans.
Je n’ai pas non plus une mémoire édeitique.
Je n’aime pas calculer de tête, j’ai même peur de ça, parce que je me trompais souvent à l’école.
Je ne parle pas 12 langues.

A lire comme ça, vous pourriez même croire que je vous raconte des histoires sur moi, depuis le début. Que je ne suis pas plus surdouée que les 97,5% de la population qui se situe sous 130 de QI.

Et pourtant.
Pourtant je suis bel et bien ce qu’on peut légitimement appeler un génie, en se basant sur le resultat de QI.
Un génie comparable à Sheldon Cooper ou Tony Stark ou Sherlock Holmes.
(Tiens, encore que des hommes…)

J’imagine que ça doit être difficile à avaler. D’autant plus que vous n’avez que ma parole pour preuve de ce que j’avance.

Mais voilà, je suis réellement plus intelligente.
J’aime le dire de cette façon : « je vois plus loin, plus vite »
Je ne sais pas prévoir les 12 000 possibilités de mouvements de l’autre joueur aux échecs, mais je sais prédire – entre 95% et 98% – les comportements futurs des gens, et le dénouement des événements.
Je ne me trompe (presque) jamais.
Je sais ce qui se joue pour les autres avant même qu’ils en aient conscience.
Je n’ai pas besoin de travailler pour apprendre. Les 18 arrivent presque tout seuls, et parfois, ils arrivent même sans que je ne me l’explique moi-même.
J’ai travailler 12 jours avants mes examens, 20 matières ou 24 je ne sais plus, quelle importance…
Et j’ai réussi. Pas brillamment loin de là (saleté de coef) mais ça a suffi. C’est écœurant.

Je sais que l’expression de mon potentiel intellectuel n’a rien de conventionnel. C’est une intelligence créative et dont le terrain de jeu est l’émotion humaine.
Je suis une bricoleuse oui, mais pour trouver des solutions.
Construire un drone ne m’intéresse pas. Savoir comment résoudre un problème – matériel ou intellectuel – ça, c’est mon truc.
Trouver la faille, trouver le biais. Trouver comment faire autrement.

C’est ça mon talent.

Donner de la cohérence au chaos, intégrer ce qui semble incompatible, imaginer d’autres voies.

Je suis douée pour ça.

Mais ce n’est pas de cette intelligence là qu’on veut. Et on ne le veut pas de la part d’une femme dans notre société.

C’est rassurant pour le reste de la population, je le sais bien. C’est rassurant parce que, quand quelque chose ne correspond pas à l’idée qu’on s’en fait, on peut plus facilement déclarer que cette chose n’est pas ce qu’elle prétend être.
« Tu dis que tu es surdouée ? Mais tu es nulle en physique, donc tu ne l’es pas ! »

C’est rassurant parce que comme ça, la menace est moindre. Comme ça, l’intelligence n’a qu’une seule expression et on peut se rassurer en se disant qu’il n’y a pas tant de monde que ça plus intelligent que soi.

Mais pourquoi avoir peur ? Pourquoi se sentir mal ?
Il faut de tout pour faire un monde, et nous avons chacun-e quelque chose à y apporter.

Alors tant pis, que ça colle aux idées reçues ou pas, je peux vous dire que je suis une génie.

Et si un jour… ?

A partir de mes 10 ou 11 ans, je n’ai pas cessé d’entendre mes camarades me dire que j’étais folle.
Quand je dis camarades, c’est une façon d’englober les enfants de mon âge, à plus ou moins 4 ans, que je fréquentais d’une façon ou d’une autre, avec plaisir ou pas.

Donc j’étais folle.

J’étais folle parce que je pensais à des choses qui n’effleuraient même pas l’esprit des autres.
Et ces choses, parfois, venaient titiller les limites de la morale et de la notion du bien et du mal des autres.
Sauf que cela, je l’ignorais totalement.

L’un de mes plus grands défis intellectuels consistait à réfléchir -et avant même de finir ma phrase je précise que c’est pour l’exercice intellectuel uniquement – à comment faire disparaître un corps et/ou à comment tuer quelqu’un de façon à ne pas finir en prison.

Evidemment, quand on a 12 ans et qu’on déclare tout à fait simplement, comme si l’on commentait la météo du jour, qu’on a déjà réfléchis à cela et qu’on en a déduit quelques pistes intéressantes, mais aussi des points de difficultés non-résolus, on provoque un certain étonnement chez l’autre.

Alors qu’il soit clair entre nous que je n’ai aucune velléité de meurtre sur qui que ce soit. Même si on pourrait objectivement considérer que j’ai de bonnes raisons…

Qu’importe, ainsi donc j’ai réfléchis à la question.

Le point de départ de cette réflexion a été – comme souvent – une autre question : « Et si quelqu’un que j’aimais venait me dire qu’il a tué quelqu’un et me demandait de l’aider ? »
Ah!
En voilà une bonne question non ?
Et si la situation se présentait un jour, vous seriez tou-te-s bien content-e-s d’avoir pris quelques instants de vos vies pour y penser !
Parce que c’est quand même le genre d’annonce qui vous prend de court et qui ont un sacré impact sur votre vie.

Situation :

Vous êtes bien chez vous, en soirée de samedi ou vendredi, et tout va bien. Le téléphone sonne a une heure ma foi raisonnable pour une soirée précédent un jour de repos. Vous décrochez donc, et vous êtes ravi-e, c’est votre meilleur-e ami-e au bout du fil.
C’est toujours top de papoter avec.
Et là, vous n’avez pas le temps de lui demander comment ça va que vous entendez : « Ecoute j’ai des ennuis, de gros ennuis, j’ai besoin de toi, viens m’aider s’il-te-plait ».

A la panique dans sa voix vous savez que c’est sérieux.
Ni une ni deux, vous attraper le premier truc qui vous tombe sous la main pour vous couvrir, vous sautez dans quelque chose pour vous couvrir les pieds (oui même les chaussons dans l’urgence, ça fait l’affaire) et vous radiner dar-dar chez Gigi. (Gigi est du genre que vous voulez, homme, femme, intersexe, non duel, whatever, c’est votre ami-e vous l’aimez. Point.)
Vous trouvez Gigi en état de choc, et vous ne savez pas trop, même en y regardant de près, si la prochaine étape dans son schéma psychique sera la sidération ou l’hystérie.
Gigi sort assez longtemps de sa torpeur pour vous reconnaître, se jeter dans vos bras, vous agripper comme si vous risquiez de vous évaporer dans  la seconde, et vous dit d’une voix blanche :

« Je l’ai tué…Je l’ai tué… »

« Gneh ? » (Oui parce que c’est moi qui raconte et que c’est moi qui imagine, vous faites « Gneh »)
Gneh, ça veut dire que vous ne comprenez pas. Bah oui,  parce que, pour commencer, Gigi ne tue pas les gens… d’habitude.
Et que les gens qui tuent d’autres gens, dans votre vie, ils sont plus dans les séries policières qu’en vrai… d’habitude.

Gigi : « Je l’ai tué, mais je ne l’ai pas fait exprès ! Je ne voulais pas..Enfin je crois. Mais tu comprends, j’avais peur, j’ai du me défendre, je l’ai frappé et…et il est mort ! »

Note de l’auteur : oui la « victime » est un homme. Parce que dans mon scénario là, c’est un homme qui a menacé la vie et/ou l’intégrité physique et morale de mon ami-e, et que celui-ci ou celle-ci s’est défendue de la barbarie de son agresseur. Mais vous pouvez mettre une femme en barbare agresseuse, si vous voulez.

Vous essayez de calmer Gigi, mais rien n’y fait et Gigi vous entraîne au fond du couloir, et là, vous voyez que Gigi a effectivement de quoi être hystérique-choqué-e.
Il y a effectivement un cadavre humain par terre.

Et PAF ! La galère commence pour vous précisément là.

Sortons un peu de l’histoire et laissons place au raisonnement hypothétique.
A partir de cet instant, vous savez que votre ami a commis un meurtre (avec ou sans préméditation peu importe pour ce qui suit).
Et l’on part du principe que vous ne comptez pas dénoncer votre ami-e – sinon cet article ne sert à rien.
Vous êtes donc déjà en situation d’infraction, vous ne dénoncez pas volontairement et librement un crime, c’est ce qu’on appelle  une ENTRAVE A LA SAISINE DE LA JUSTICE (code pénal).
Vous êtes mouillé, pour le dire autrement.
La prison commence à pointer le bout de son nez dans votre horizon. Le fait que Gigi puisse éventuellement être dans la cellule d’à-côté n’adoucit en rien cette perspective. Ça aurait même tendance à l’aggraver. POur rappel, vous l’aimez, Gigi, c’est votre ami-e, vous n’avez pas envie de le/la voir finir en prison. Même avec vous.

Face à cette situation, quelle est votre première réaction ?  Lui demander comment ça s’est passé ?

ERREUR !!!!

Moins vous en savez, mieux c’est.
Pourquoi ?
Parce que moins vous en savez, moins vous risquez de le/la trahir sans le vouloir quand vous serez interrogé-e par la police.
Ou juste quand vous parlerez à n’importe qui.
Moins vous en savez, moins lourdes seront les charges à votre encontre.

Une fois que vous n’aurez rien demander, vous allez probablement essayer d’aider Gigi.
Les plus téméraires tenteront de faire disparaître les preuves et d’aider votre Gigi à ne pas finir en taule, rien qu’en lui fournissant un toit le temps de décompresser.
Là on se vautre joyeusement dans l’entrave à la saisine de la justice, avec obstacle à la manifestation de la vérité, recel de criminel, éventuellement recel de cadavre et/ou inhumation du domaine de la contravention.

Et tout ça c’est 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende. Chaque.

N’espérez pas plaider le « c’est mon ami-e, je voulais le/la protéger », seuls les parents directs, et conjoint-e-s ou personne vivant notoirement de façon marital avec le/la criminel sont « excepté-e-s » (c’est comme ça que le droit le dit) de ces dispositions.

Ah vous voyez ? Vous pensiez vous en sortir avec un « c’est pas moi c’est Gigi ? » ou un « Je n’y suis pour rien, je me suis retrouvée au pied du mur, je ne pouvais pas faire autrement que l’aider » ?
Pour la première option, c’est raté, parce qu’à partir du moment où vous savez mais ne dites rien, vous êtes impliqués c’est tout.
Pour la seconde option, ça peut marcher, si vous prouvez que vous n’avez pas librement  choisi de gardé le silence sur les événements.
Mais vous n’êtes du coup plus l’ami de Gigi puisque vous êtes prêts à aggraver les charges contre lui/elle, puisque vous l’accusez en somme de pression sur votre personne.

 

Bon.
Voilà, c’est  le genre de choses qui me passe par la tête.
Vu de l’extérieur je conçois que ça confine à la folie. Surtout quand vous allez lire que les plus grands criminels du siècles dernier (le 20e donc) étaient tous probablement du même écart-type que moi.
Ça fait peur hein ?

Vous savez qui on a traité de fou aussi ?
Van Gogh, Picasso, Dali, Léonard DeVinci, Archimède, Shakespeare, Marc Zutterberg… Bon ok pour le dernier je ne sais pas.
Le génie et la folie – entendons la considération sociale, et non la pathologie psychiatrique, sont à mon sens la même chose regarder par deux endroits différents.
Depuis le sommet des neurotypiques, le génie est fou.
Et un jour, le fou meurt. Et les neurotypique suivant le trouve génial.

Certains des plus grands génies du siècle dernier (artiste ou homme politique) parlaient d’eux-même en disant (ou craignant) qu’ils étaient fou (ou folles).
Certain-e-s même le revendiquaient.

C’est étrange comme on parle du génie comme on parle de la folie ou de lucidité. Un grain de folie, un grain de génie. Un éclair de foli, un éclair de génie, un éclair de lucidité.
Pour ma part, la folie(douce) et le génie sont les deux faces d’une même pièce.

Est fou celui qui ou celle n’obéit pas aux même lois que soi. Celui ou celle qui voit différemment, autrement. Celui ou celle qui comprend différemment. Qui est différent-e.
Le fou/la folle, quelque part, c’est l’étranger, celui/celle que l’on ne comprend pas.