Sensibilité et HPI – du tri dans le vocabulaire

Avant de vous livrer un autre billet sur ma petite expérience personnelle de gestion de ma sensibilité (de comment j’ai essayé de la refouler jusqu’à comment je l’accepte pleinement aujourd’hui) à titre d’exemple et non pas de référence en la matière, il m’a semblé bien venu de faire un petit point de vocabulaire sur le thème de la sensibilité dans le contexte du HPI.

C’est un capharnaüm total.

On mélange allègrement physiologie et psychologie, ouïs-dire et faits scientifiquement prouvés.

Aussi, armée de ma cape et de mon épée ou au moins de mon dictionnaire, je m’en vais mettre un peu d’ordre dans tout ce fatras.

Comme d’habitude, ne me remerciez pas, c’est cadeau.

La Sensibilité :

Selon le dictionnaire en ligne Larousse, la sensibilité c’est  :

  • Aptitude d’un organisme à réagir à des excitations externes ou internes.
  • Aptitude à réagir plus ou moins vivement à quelque chose : La sensibilité du marché financier aux variations du dollar.

  • Aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité, de compassion, de tendresse pour autrui : Un enfant d’une grande sensibilité ; manifestation de cette aptitude : Roman d’une grande sensibilité.

On lit, de la part de psychologues spécialistes comme de non-psychologues mais versé•es dans le HPI, que les personnes HPI sont « plus sensibles ». A comprendre, plus sensibles que les non-HPI.

Aujourd’hui, les expériences n’ont démontré qu’une seule sensibilité accrue chez les personnes HPI et c’est celle relative à la physiologie.
L’hypothèse d’une plus grande aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité, de compassion et de tendresse pour autrui, n’a pas encore trouvé ni confirmation ni infirmation à ce jour.
On suppose tout au plus une plus grande conscience des émotions (les leurs propres, et celles de autres) et une plus grande capacité à les exprimer avec justesse et précision (due à un ICV plus élevé que la moyenne) chez les personnes HPI. *

Il s’agit donc chez les surdoué•es d’une sensorialité différente.

La Sensorialité :

  • Caractéristique d’un être vivant pourvu d’un système sensoriel. (Dictionnaire en Ligne Larousse)

Pour rappel, les surdoué•es n’ont pas le même système nerveux que la majorité de la population.
Ce magnifique cadeau du ciel nous confère donc une sensibilité accrue aux divers stimilus de notre environnement.
Le mauvais côté étant que parfois nous pouvons être incommodé•es  par un seuil de stimulation qui paraîtra normal ou supportable aux autres. OU par des stimulus que nous sommes les seul•es à percevoir (ou comment passer pour un•e fan de Jean D’Arc).

C’est une sensorialité différente. Et ceci nous amène à l’hyperesthésie.

L’Hyperesthésie :

  • Accentuation de la sensibilité qui transforme certaines sensations (tactiles, thermiques) en sensations de douleur. (Dictionnaire en ligne Larousse)

L’hyperesthésie est considérée comme un trouble, en ceci qu’il altère la qualité de vie des personnes qui en sont porteuses.
La définition du dictionnaire Larousse en ligne est incomplète puisque l’hyperesthésie touche n’importe quel sens, étant donné qu’il s’agit d’une altération du traitement de l’information nerveuse.
Je vous conseille de lire l’article en lien qui explique très clairement de quoi il s’agit , aussi appelée allodynie mécanique. (Oui, on peut se demander si le site est sérieux. J’ai vérifié cette histoire d’allodynie et ma foi, ça me semble cohérent, mais libre à vous de mener plus d’investigations sur le sujet ! 🙂 )

De par leur nature neurologique différente, les surdoué•es seraient particulièrement concernée par : l’hyperesthésie sensorielle.

Je n’ai à ce jour, aucun document attestant de la présence, systématique ou non, de l’hyperesthésie sensorielle chez les surdoué•es. Tout ce que nous savons, c’est que les surdoué•es présentent une neurologie différente, qui leur confère une sensorialité différente.
Est-ce que pour autant cette sensorialité différente est toujours synonyme d’hyperesthésie, ça, je ne sais pas !
La rigueur scientifique nous empêche de conclure en l’absence d’études supplémentaires sur le sujet. (Etudes que j’aimerais TROP mener. Mais TROP !)

Et en parlant d’hyper…

L’Hypersensibilité :

  • Sensibilité exagérée ou extrême. (Dictionnaire Larousse en Ligne)

(Message personnel : j’estime que toutes mes émotions et tous mes sentiments sont parfaitement proportionnel•les aux expériences qui les suscitent. Aussi, je REFUSE d’être qualifiée d’hypersensible.) 

Le MYTHE de l’hypersensibilité chez les HPI.
Oui MYTHE.
Parce que quelqu’un•e un jour à cru voir un truc qui ressemblait vaguement et de loin à une émotion qu’iel ne s’expliquait pas, alors tous les HPI sont hypersensibles.

FOUTAISES !

Bon je me calme.

Mon énervement vient du fait que dire que quelqu’un•e est hypersensible, c’est dire que sa sensibilité est exagérée ou extrême.
Non mais qui est né•e avec la carte de « Moi je suis le mètre étalon pour dire quelle sensibilité est exagérée ou pas ». QUI ?
C’est un non-sens pour moi.
Alors forcément, rien que pour ça, je ne peux pas accepter qu’on parle d’hypersensibilité. C’est comme nier le caractère légitime d’une réponse émotionnelle ou physiologique.
(Oui parce que, souvenez-vous, la sensibilité, c’est émotionnel ET physiologique).

Non mais imaginez, vous vous prenez un coup qui vous fait MAL.  Vous le dites, et on vous réponds « Oh bah t’exagère quand même ! Ça fait pas si mal ! ».
Ah parce que l’autre sait mieux que vous si vous avez mal ou pas ? En fait il/elle légifère joyeusement sur votre droit à exprimer votre douleur mais aussi à la ressentir !
Comme si c’était aux autres de définir quand, comment et pourquoi il est légitime d’avoir mal. Quand, comment et pourquoi ça n’est pas exagéré ou extrême.

Est-ce qu’il n’y a que moi que ça énerve ?!

Voilà, donc pour moi l’hypersensibilité, c’est poubelle.

Mais dans le petit monde du HPI francophone (de ce que j’en sais) il est très courant de lire que les personnes HPI sont « hypersensibiles » en référence bien plus à l’aspect émotionnel que physiologique.
Encore une fois, RIEN n’a été démontré en ce sens jusqu’à aujourd’hui.

Résumons

La question de la sensibilité particulière des personnes HPI fait couler beaucoup d’encre (et vendre beaucoup de bouquins aussi au passage).
Scientifiquement, seul l’aspect physiologique de la sensibilité des HPI a fait l’objet d’études et de conclusions. Il est désormais établi que les personnes HPI sont dotées d’une sensorialité différente, soutenue par leur système nerveux différent.
Cette sensorialité différente peut coïncider avec l’hyperesthésie sensorielle, mais à ma connaissance aucunes études sur le sujet n’a été faite.

Pour ce qui est de l’aspect émotionnel de la sensibilité, rien n’a été démontré chez les personnes HPI. Beaucoup d’observations ont été faites en revanche, par plusieurs professionnel•les du psychisme humain, et tou•tes s’accordent sur un point : l’expression de l’émotion de chez les personnes surdouées est différente de celle des personnes non-surdouées.
Mais le consensus s’arrête là.
Certain•es n’hésitent pas à aller plus loin et conférer aux personnes HPI une hypersensibilité systématique.
D’autres pensent que l’intensité des émotions ressenties chez les personnes HPI n’est pas plus grande que chez les personnes non-HPI, mais que les surdoué•es – de par leurs capacités cognitives – ont plus conscience de leurs émotions et les expriment avec plus de justesse, de précision et de facilités. (Et plus de métaphore aussi).
Mais là aussi, rien n’est encore démontré.

Conclusion :

Ce qui fait parler finalement, ce n’est pas tant la sensibilité des surdoué•es, mais les émotions -et leur gestion – qu’on leur prête.
C’est à croire que tou•tes celles et ceux qui aiment à nous définir et à parler pour nous tou•tes en oublient qu’en matière d’émotion, il ne peut y avoir de généralité. Il n’y a que des cas uniques et particuliers.
Alors avant de juger de ce qui est « hyper » ou « trop » en matière de sensibilité, je pense qu’on devrait prendre le temps de bien réfléchir aux mots que l’on emploie.

Et faire un petit tour dans le dictionnaire de temps en temps ne peut pas faire de mal pour ça. 😉

*L’adulte surdoué – Gabriel Whal – PUF – Que sais-je ?

 

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11 réflexions sur “Sensibilité et HPI – du tri dans le vocabulaire

  1. psychoquoiblog dit :

    Les pendules sont remises à l’heure. Je me dis juste que ce qui n’a pas été infirmé par la recherche ne peut pas être considéré faux. Ne sens-tu pas un agacement, une colère,une ire transparaître dans tes propos et qui témoigneraient de ton hyper, super , extra sensibilité due à ton haut potentiel ; )

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    • Line dit :

      Ahaha ! J’ai hésité à la faire cette blague. 😊 Bien sur que si je la sens cette colère, puisque je l’identifie et la nomme dans l’article.
      Mais je maintiens que je ne suis pas hypersensible, puisque ma colère est légitime, justifiée et proportionnelle à l’injustice que ce qualificatif d’hypersensible fait à toutes les personnes à qui il est appliqué.

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    • mariemaman dit :

      C’est marrant, personnellement je ne vois pas cela exactement comme ça …
      On sent les sentiments de Line transparaitre, elle est habitée.
      Mais je dirais plus que c’est parce que son profil de haut potentiel en fait qqn de passionné, et qui ne supporte pas l’inexactitude, l’à peu près.

      Aimé par 1 personne

  2. Porquepix dit :

    eh bien voilà. Ca, c’est fait.

    donc
    – l’exaspérant « zèbre » : check
    – lieux communs sur les tests : check
    – cerveau droit/cerveau gauche : check
    – hypersensibilité : check

    J’attends la suite avec impatience

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  3. Tesrathilde dit :

    L’étude scientifique des HPI me passionne, merci de tes recherches !
    Je viens de croiser un article également sur l’hypersensibilité suite à un Intelligence Day proposé par Mensa IDF : https://www.c-nous.net/le-zinc/article/intelligence-et-identite-douance-et-hypersensibilite
    Ils parlent des travaux d’Elaine Aron sur l’hypersensibilité, j’avais plutôt retenu ce nom pour l’introversion ? Je ne vais pas rechercher ça ce soir, mais je vais essayer d’y repenser. L’hypersensibilité me paraît également quelque chose de compliqué à définir tout court, mais je ne voudrais pas passer à côté de quelque chose non plus.

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  4. mariemaman dit :

    ah ! merci merci merci Line pour cet article !
    ça fait plaisir. ça fait du bien de revenir aux mots et à ce qu’ils signifient vraiment.
    Marre de l’amalgame et de la confusion entre la sensibilité physiologique et psychologique qui sont pourtant bien différentes.
    Marre aussi du raccourci qui arrive de plus en plus souvent de quelqu’un qui est psychologiquement très sensible et qui du coup se dit HPI… être sensible ne fait un HP.
    Bises

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  5. Maeva dit :

    Ayant été qualifiée d’ »hypersensible » puis de « précoce » avant qu’on me dise ce qu’on entendait par là et qu’on me dise enfin de but-en-blanc que le mot juste était « surdouée », j’avoue avoir eu longtemps du mal avec tous ces termes, et je trouve cet article important, car ce sont des différenciations qui sont malheureusement peu faites.

    Je n’ai jamais trop apprécié le mot « précoce », et ce n’est pas le sujet du jour, mais au début de mon parcours de découverte de mon fonctionnement spécifique, je me suis beaucoup reposée sur la qualification d’hypersensible, parce que c’est la première explication qu’on m’a offerte, et elle m’avait donc ouvert une porte sur moi-même, et donc soulagé une certaine incompréhension.
    Je n’ai donc pas été très heureuse au fur et à mesure de mes pérégrinations de réaliser que c’était un mot un peu fourre-tout qui ne voulait pas dire grand chose.

    Je l’ai assez utilisé dans les premiers temps, notamment avant d’avoir passé les tests, parce que ça me permettait enfin de mettre un mot sur les différences que je vivais, et donc d’entrer en meilleure communication avec mes proches. Mais je ressentais déjà une certaine frustration. Mon « explication » était partielle et maladroite… Ce qui aujourd’hui me paraît tout à fait logique. Ce n’était pas le bon mot, et je n’étais donc pas à l’aise avec son utilisation. Le portrait fourni par le mot ne coïncidait pas avec la réalité que j’essayais d’exprimer.
    Ce n’était pas parfait, et j’avais conscience des limitations de ce mot, notamment du fait de sa connotation très « pleurnicharde ». On dit « hypersensible » et tout le monde pense à la nana qui pleure pour un rien en regardant un film sentimental. Et ce n’est juste… PAS ÇA.

    Je te rejoins donc pleinement dans ta frustration de cette perception d’un niveau « acceptable » ou non d’expression émotionnelle. Comme s’il y avait des seuils à respecter.
    Tout ce qui est entendu par « hypersensible » ne fait que mettre en relief les conventions sociales communément intégrées concernant ce que l’on doit montrer ou non, et dans quelle mesure. Mais non, désolé, si je veux rire haut et fort, pour un « rien », je le fais. Si quelque chose m’émeut, peut-être que je vais pleurer, oui et alors ? C’est à ça que servent les émotions, aux dernières nouvelles (du moins il me semble).
    (Et ne parlons pas de l’intervention du sexisme dans l’affaire, que ce soit pour les HPI ou non…)

    C’est grâce au Livre des vrais surdoués, de Béatrice Millêtre, que j’ai enfin pu mieux comprendre ces nuances de la sensibilité et sensorialité dont tu parles ici, et cela me parle BEAUCOUP mieux.
    D’autant plus que la logique se tient, cette fois-ci. Une perception sensorielle plus affinée, ou subtile, ou je-ne-sais-quel-terme, explique une réactivité disons plus « à fleur de peau » dans le sens.. et bien, plus sensoriel, de l’expression. Il y a donc une sensibilité plus fine aux stimuli, ce donne lieu à une réponse émotionnelle. L’émotion ne vient donc pas de « nulle part », et elle n’est pas « hyper », elle n’est pas « trop », elle est simplement perçue comme telle parce que le stimulus qui l’a déclenchée n’est pas perçu, ou pas aussi finement, par l’autre personne.
    Je l’ai souvent vu lorsque je ris, comme je le disais plus haut, « pour rien ». Le fait est que je ne ris jamais pour rien, mais c’est que je réagis à des nuances de ton dans le discours d’une personne, ou une expression faciale légère ou furtive, etc. Des détails qui ne sont pas souvent perçus par les personnes qui m’entourent, et donc la cause de mon rire échappe. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’existe pas.

    Le rôle de la capacité d’introspection et d’analyse de ses émotions, ainsi que la capacité à élaborer sur ces émotions ressenties, est quelque chose auquel je ne pense pas naturellement. C’est une de ces choses que j’ »oublie ». J’oublie que ce n’est pas partagé par la plupart, qu’il n’est pas facile pour beaucoup d’avoir cette relation-là avec leur état émotionnel. Je ne dis pas être une experte, loin de là, mais j’ai une grande facilité d’élaboration émotionnelle, si je puis dire.. et je l’ai appris principalement parce que des amis HPI me l’ont souligné. Mais je ne sais pas si c’est plus lié à mon HPI ou à ma propension à l’introspection qui se couple avec mon travail d’écriture.
    Quoiqu’il en soit, je pense que c’est une ligne de réflexion intéressante, qui j’espère sera approfondie un de ces jours par quelqu’un quelque part ^^

    Des distinctions importantes à faire, en effet, et merci Pauline pour ce travail ! =)

    Maeva

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