Surdoué-é : exister en tant qu’adulte

Et même adulte « quelconque » ai-je envie de rajouter.

Je ne me lasse pas d’arpenter le web à la recherche d’informations sur les exceptions que nous sommes, nous les adultes surdoué-e-s. Et même si mon rythme est bien moins frénétique qu’au lendemain du diagnostic, je continue de chercher.
La raison principale c’est qu’il n’y a pas tant d’informations que cela.

Tapez « surdoué-e » dans un moteur de recherche, et la grande majorité de vos résultats concernera les enfants. Enfants, écoles, structures de soins, d’apprentissages, témoignages de parents sur comment éduquer son enfant surdoué-e… Tout ce dont vous rêvez ou presque (j’imagine, n’étant pas concernée par le sujet).
Si, je dois admettre que parfois je trouve un témoignage d’adulte diagnostiqué adulte (je vais les appeller les ADA ) qui ne relève pas de la lettre de suicide, mais manque de bol, c’est le parent -père ou mère- qui s’est découvert HPI suite au diagnostic de son enfant…et qui embraye sur son enfant.
Loin de moi l’idée de jeter la pierre à ces parents qui font passer leur progéniture au premier plan. C’est d’ailleurs ma conception de la parentalité.

Mais je ne cache pas ma déception.
Je vous passe mes analyses sur les pourquoi du phénomène et j’en viens à ce que cela me fait ressentir à moi. (Un peu d’égocentrisme que diable !)
Et bien moi, intelligente et belle (ça c’est de l’auto-persuation, work in process, please do not ruin it) femme NoKids trentenaire, je me sens franchement inexister.
J’imagine un verbe, parce qu’il vous transcrit la notion d’action. Réellement je me sens, inexister et pas inexistante, la passivité de ce mot ne rend pas justice à ce que je ressens.

Leur propre particularité n’est que brievement nommée, quand elle l’est, et celle de leur enfant prend toute la place.
Ce qui fait que, vu d’un peu plus loin, le HPI n’apparaît que relié aux enfants.
Ou dans ces cas, à la transmission parent-enfant, avec un focus sur l’enfant qui s’en voit doté à son tour.
Ce faisant, le tableau du HPI se peint avec en personnages quasi-exclusifs : les enfants.

Comment construire sa nouvelle identité (car ne nous voilons pas la face il s’agit de cela suite au diagnostic) en intégrant ce paramètre qu’est le HPI quand autour de nous aucun exemple n’est visible ?

Le mimétisme est la première source d’apprentissage de l’humain. Pour mimer il faut s’identifier un minimum. Et pour s’identifier il faut de modèles auxquels s’identifier.

C’est la que le bas blesse pour les ADA « juste » ADA et pas parents de surdoué-e-s.

Les modèles ne courent pas spécialement les rues.
Attention, je ne dis pas qu’un ADA-parents ne peut pas être ce modèle-là, je dis que de mes petites recherches, ils et elles ne témoignent pas en tant que ADA mais en tant avant tout que parent de surdoué-e-s et après seulement ADA-parents.

Je trouve ça dommage.

Parce que ça m’embête vraiment que le grand public associe le HPI des adultes avec la souffrance psychique et uniquement avec cela.
Ça m’embête que les gamin-ne-s prennent toute la gloire.
Et ça m’embête que des ADA fraichement né-e-s ne trouvent aucun exemple de bien-être.

Et du coup, on fait quoi ?

Parce que c’est bien de se plaindre, ça fait du bien, mais ça ne fait pas avancer le schmilblick.
Armée de mon désespéré besoin de reconnaissance, je m’en vais pourfendre cette ignominie.

Au-delà de l’interet que mon petit nombril pourrait y trouver, je trouve jolie l’idée de pouvoir simplement montrer qu’on peut exister dans cette réalité alternative qu’est le HPI autrement qu’en tant qu’enfant ou parent de.
Les adultes surdoué-e-s sont les grand-e-s oublié-e-s de la recherche clinique sur le sujet, il y a un vide à combler.
Alors, en attendant qu’on daigne donner des sous aux chercheuses pour ça, je vous propose de commencer par habiter ce vide là.
Je ne suis pas en train de vous demander de créer une télé-réalité sur le sujet et de vous filmer H24 pour le diffuser sur internet ensuite. (« Vis ma vie de surdouée en direct »)

Mais commencer par accepter que le HPI nous concerne aussi. Pleinement.
Que notre réalité du HPI n’est pas moins valable que celle des autres parce que moins représentée.

Notre histoire est unique, et elle mérite d’être entendue et reconnue.

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Le dire, le redire et le crier s’il le faut

Je sais, je sais, je devrais bosser mes exams. Je le fais, pas autant que je devrais mais je le fais.
Mais là, tout de suite, j’ai besoin de vous dire quelque chose : je suis plus intelligente que beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde ici.

Je l’ai déjà dit, je sais. Mais laissez moi vous expliquer pourquoi là, c’est une urgence absolue.

Vous le savez peut-être (pas) je suis féministe.
De toute façon quelle personne humaine sur terre n’est pas féministe ? Parce qu’être féministe c’est « simplement » considérer les femmes comme des personnes à part entières. Normalement, à moins d’être le/la dernière des dangereux monstres sans âmes qui traînent sur terre, tout le monde est d’accord sur le fait que toutes les personnes sont égales entre elles.
En pratique, il y en a des gens pour penser que les femmes sont vraiment inférieurs aux hommes. Alors ce n’est pas toujours de leur faute et ces personnes n’en n’ont souvent pas conscience. Mais c’est facile de savoir si on en fait partie ou pas : est-ce que pour vous l’expression « comme une fille » est synonyme de médiocrité voir de nullité ?
Si oui, alors c’est que vous avez intégré l’idée qu’être une « fille » (même pas une femme, vous noterez qu’on n’a même pas le doit d’être adulte dans l’histoire) c’est moins bien.
Moins bien que quoi ? Bah comme dans notre espèce il n’y a pas 36 alternatives, mais seulement 3 dont une infertile et proprement mutilée depuis des centaines d’années pour correspondre à l’une des deux autres, on comprend que « être une fille » c’est moins bien qu’être un garçon.

C’est aussi simple et triste que cela.

Quel rapport avec le fait que j’ai envie de hurler que je suis plus intelligente que plus de 99% de notre population ?
Parce que ce rapport de hiérarchie arbitraire et injuste me fait terriblement souffrir et que les jours où cette souffrance vient à bout de ma patience, j’ai juste envie de répondre à la domination par la domination.  J’ai juste envie d’écraser dans la face de ceux qui se croient supérieurs par leur simples appareils génitaux, que je leur suis TELLEMENT plus supérieure qu’ils ne croient l’être à moi.
Je veux leur retourner la souffrance qu’ils m’infligent, l’humiliation qu’ils distillent sans même y penser, je veux leur retourner la monnaie de leur pièce et je veux les toucher avec les armes qu’ils utilisent contre moi. Contre nous, les femmes.

Vous connaissez le mensplaining ? Ou la mecxplication en français ?
C’est quand un homme vous coupe la parole pour vous dire qu’il s’y connait mieux que vous sur un sujet qu’il ne maitrise pas, mais dont vous êtes experte, juste parce que c’est un homme.
C’est quand un mec vous demande de vous taire, plus ou moins élégemment et respectueusement, simplement parce qu’il ne veut pas vous écouter. C’est toute les fois où en réunion, on a préféré demander à votre collègue Paul ce qu’il convenait de faire pour la suite du dossier que VOUS avez géré. C’est toutes les fois où Paul ne vous a pas laissé en placer une en réunion, et où les patrons (pas qu’il n’y ait pas de femmes patronnes, mais le mensplaining se fait par des hommes) n’ont pas relevé ni jugé bon de vous écouter.
Tout ça étant encouragé par les croyances patriarcales et misogynes qui sont que les « la compétition, c’est pour les hommes. Dans le milieu des affaires, il faut être combatifs, s’imposer et les femmes sont trop douces pour ça ».
Facile à dire, quand à chaque fois que l’on s’impose, que l’on coupe la parole, ou que l’on « ne se laisse pas marcher sur les pieds » comme ces messieurs, on nous accuse d’être hystérique ou (la réplique qui pourrait me pousser à verser du cyanure dans le café de son auteur) « que l’on a nos règles ».

A tous ces hommes qui se croient tellement plus intelligents parce qu’ils ont un pénis, je voudrais les écraser de toute MON intelligence, tellement supérieure à la leur. Supérieure selon les chiffres, la science, les données, les échelles…Un truc bien objectif, inattaquable à leurs yeux.

Vous comprenez surement un peu mieux, aussi, pourquoi je tiens très fort à ce que cette caractéristique de « + » dans l’intelligence des surdoué-e-s ne soit pas gommée, et soit réclamée haut et fort.
Tout particulièrement pour les femmes.

Parce qu’on nous répète, directement ou non, que nous sommes « moins » que les hommes.
C’est FAUX.
C’est FAUX.

Les hommes sont aussi intelligents que nous.
Pourquoi je le dis comme ça ? Parce que dans ce sens, c’est eux qui doivent se hisser à notre niveau, et nous, les femmes qui constituons la référence.

Je ne veux pas inverser l’oppression, je veux qu’on en prenne conscience.

Je veux que plus aucun petit garçon ne fonde en larme parce qu’on l’a comparé d’une manière ou d’une autre à une fille. Quel mal y a-t-il à être une fille ?

Je veux que toutes les femmes et filles se sentent capables et légitimes pour être Présidente de la République, pour être Prix Nobel de Physique, pour être la Plus Grande Artiste de ce siècle et des autres.

Je veux que nous soyons libre d’être ce que nous sommes. Sans crainte pour nos vie ou notre intégrité.

Parce qu’aujourd’hui notre culture patriarcale déteste et méprise les femmes, nous sommes violées, battues, tuées, persécutées, humiliées, restreintes dans nos libertés.
On nous suit dans la rue, on nous regarde comme des objets, on nous insulte, on nous enjoint de nous habiller et de nous comporter en fonction des hommes plutôt qu’en fonction de nos désirs. On nous explique que nous sommes coupables quand nous sommes agressées. On s’emploie à nous expliquer comment vivre et faire les choses. Parce qu’on considère qu’on ne sait pas faire, ou qu’on est trop bête pour cela…

Alors oui, je continuerai de dire que je surdouée, très surdouée même.
Quitte à me faire regarder de travers, je m’en fiche ou plutôt je suis prête à endurer de me faire voir comme une prétentieuse méprisante.
Qu’importe, je sais que je ne le suis pas.

Moi je veux ouvrir la voie. Je veux ouvrir la porte à celles qui n’osent pas.