Vidéo – Olivier Révol Présentation des enfants surdoués

Une fois n’est pas coutume, il est question ici d’enfants surdoué•es.
Pourquoi ?
Déjà parce que l’intervenant est passionné et donc passionnant à écouter. Ensuite parce que j’ai visionné cette vidéo avant de la partager avec vous et que je la trouve très accessible, juste et que j’espère qu’elle vous fera autant de bien qu’elle m’en a fait.

Ce fut pour moi l’occasion d’une petite révélation personnelle. Pourquoi j’ai rejeté jusqu’à maintenant l’idée de seulement regarder ce qu’on disait et faisait pour les enfants HPI ? Parce que l’enfant HPI que j’ai été a été blessé. Parce que l’enfant que je suis toujours souffre de l’injustice du hasard qui a voulu que je ne sois pas reconnue avant.
Parce que je suis blessée et que m’intéresser au sujet des enfant HPI me demandait de me pencher sur cette enfant que je qualifierais d’oubliée que j’ai été, au regard d’autres qui ont été diagnostiqué•es plus précocement.

Ecouter ce monsieur, psychiatre spécialiste des enfants et adolescent•es, mais aussi spécialiste du sujet du haut potentiel chez ces populations a apaisé l’enfant en pleurs et en colère que je gardais en moi depuis peu après le diagnostic.
Sa façon de parler des enfants qu’ils fréquentent dans ses consultation, du haut potentiel intellectuel, c’est finalement l’enfant que j’étais qui a écouté.
Alors qu’il disait toutes les difficultés des EIP, je voyais mon histoire défiler. Et pour la première fois, l’enfant que j’étais avait pu être comprise et entendue.

Les relativistes ont raison, le temps linéaire n’existe pas, et tous les instants existent simultanément. L’enfant que j’étais continue d’exister, cette enfant anxieuse, timide, terriblement apeurée face à tout, tellement curieuse de ce qui a été avant, longtemps avant et de ce qu’il peut y avoir loin, très loin de nous ; c’est cette enfant qui a regardé cette vidéo et écouté ce monsieur et qui pour la première fois a été comprise et s’est sentie reconnue.

Bien sur, je n’ai pas adhéré à tout et M. Révol fait une erreur à propos des X-men (et petit excès de sexisme en stipulant qu’il n’utilise la référence qu’avec les garçons « parce que les filles connaissent moins ») en en faisant de Wolverine le chef. Tout le monde sait que c’est Professeur X le chef et Wolverine le Héro solitaire…

Mais je crois et j’espère que ce discours peut faire beaucoup de bien à tous les enfants surdoués oubliés, ignorés, pour qui le diagnostic est venu plus tard.

Pas trop tard, non. Même si oui, nous avons incontestablement rencontré des difficultés et vécu des douleurs plus grandes et plus longtemps que nos paires diagnotiqué•es enfants, nous ne sommes pas des « trop tard », des espèces de raté•es temporelles ou temporaux.

Nous avons une autre histoire, peut-être plus douloureuse, peut-être plus difficile, même si je la crois simplement différente.
Pour autant, je crois qu’il est fondamental de se pencher sur les histoires des enfants qu’ont été les adultes HP diagnostiqué•es adultes. Car leur souffrances prennent racine précisément dans cette incompréhension, cette différence ressentie, vécue mais non reconnue et non-identifiée.
Si vous me laissez le temps, c’est à cela que je veux dédier ma vie aujourd’hui.

Finalement, dédier sa vie à aider les adultes surdoué•es diagnotiqué•es adultes, c’est aussi, aider à guérir l’enfant blessé•e qu’elles et ils ont été.

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Le diagnostic n’est pas une baguette magique

Je vois des adultes découvrir leur HPI autour de moi. Principalement grâce à ce blog, d’ailleurs.
Et je constate que la même réaction est présente :

« Je suis HPI ok, c’est bien je ne suis pas anormal-e. Mais je n’ai pas de solution à mes problèmes pour autant. »

C’est un tel désarrois pour elles et eux.
Une souffrance même parfois, une désillusion très souvent.
Ces personnes vont passer le test comme on se jette dans le vide, c’est l’ultime tentative, après ça, il ne semble y avoir plus rien – ou la folie – pour expliquer leur mal-être, leurs « problèmes » comme elles disent.

Alors la réponse fait du bien quand le diagnostic est positif, oui vous êtes différent-e-s et oui tout va bien. Vos souffrances s’expliquent autrement que par la pathologie mentale.
Le diagnostic est formel.

C’est là que le bas blesse. Le diagnostic est une clef de relecture de passé et de compréhension de soi. Une explication sur le pourquoi.
Mais pas la réponse à la question qui semble tant les torturer : comment ?
Comment être au monde avec ce que je suis.

Je suis si désolée et je me sens si impuissante face à leurs difficultés.
Je n’ai jamais ressentis cela, le comment n’a jamais été un problème pour moi. Ma souffrance venait et vient toujours des pourquoi.
J’ai toujours trouvé comment.

Ma clef, c’est l’acceptation par la compréhension. Si je comprends je peux accepter. Si je comprends je peux faire avec. Et faire avec résout le comment.

La seule chose que je puisse tenter pour peut-être aider, c’est de dire comment moi je fais, comment je vis la chose. Peut-être que cela aidera…hein ?

Je disais donc, savoir pourquoi et comprendre les différences qui pouvaient exister entre moi et les autres m’a permis d’accepter.
Ce n’est pas du fatalisme c’est juste l’intégration d’une donnée qu’on ne peut changer.
Je suis comme cela, les autres sont autrement, et malgré toute la peine que ça peut me provoquer, il y a des distances entre moi et les autres qui ne se combleront jamais.
D’accord.
Mes relations avec les autres n’ont pas changées. C’est ma relation à moi-même qui a changé. Je n’étais plus l’anormale que je croyais être. J’étais légitime dans mes pensées comme dans mes émotions. J’avais le droit tout autant que les autres d’être telle que je j’étais.
C’est cette idée qui a changé les choses pour moi.
Il m’est toujours difficile de me lier avec les gens, je trouve toujours la majorité des personnes que je croise/vois/rencontre banale, peu intéressantes, etc. Je m’ennuie toujours autant en société, me savoir  hypersthèse* ne m’a pas rendu les bains de foule ou les transports en commun ou les grande surface soudainement agréables, et me savoir plus intelligente que beaucoup ne m’a rendue moins procrastinatrice pour autant ou plus sûre de moi en société.
Je suis toujours sensible au jugement des autres. Je suis toujours timide, je me remets toujours en question avant même de penser que l’autre pourrait avoir tort…
Bref, rien n’a changé ou presque.

Presque parce que maintenant, tout ça – procrastinatrice, timide, sensible au jugement des autres, hypersthèse* etc – j’ai le DROIT de l’être. C’est normal.

Alors maintenant, avec les autres, plutôt que de me flageller intérieurement, de me culpabiliser et de me maudire d’être une anormale, je m’autorise à être telle que je suis.
Ca n’a pas plus de succès qu’avant, mais moi je le vis mieux.
Les autres me rejettent ? Mais ce n’est pas parce que je ne vaux rien, que je suis anormale ou monstrueuse, c’est juste parce que c’est comme ça.
C’est une histoire de nature et de goût, comme de personnalité.
Il ou elle ne m’apprécie pas, je le/la met mal à l’aise ? Et bien moi je n’aime pas les endives et les neurotypiques me mettent aussi très souvent mal à l’aise.
Et c’est tout.

Si j’ai envie de faire un effort pour aller un peu plus vers cette personne, je le fais. Si ce jour là, c’est ZUT, je suis comme je suis et faites avec, et bien je ne ferais rien.

Le diagnostic n’est pas une baguette magique qui va résoudre spontanément tout vos problèmes ou états d’âmes. Il va simplement les expliquer, au moins en partie.
Il va éclairer votre histoire, passée comme présente. Mais il ne va pas la réécrire.

Ça c’est à vous de le faire. Ou pas. C’est comme vous voulez.

N’oublions pas que le diagnostic ne concerne que vous. Il n’agira pas sur les autres. Enfin si, si vous leur dites, vous verrez qu’il y a tout plein de réactions plus ou moins agréables et drôles.
Mais c’est d’abord une clef intérieure.

Le diagnostic ne viendra pas avec un plan de carrière et l’explication de tous ce que vous considérez comme des échecs dans votre vie, malheureusement.
Parce que, comme toutes choses, tout dans votre vie n’a pas pour origine votre nature entre autre de HPI.
Parce que vous n’êtes pas QUE cela.

Vous êtes -rayez les mentions inutiles et rajoutez celles qui manquent – enfant, parent-e, ami-e, conjoint-e, frère, soeur, artiste, scientifique, drôle, têtu-e, opiniâtre, ambitieu-x-se, radin-e, généreu-x-se, angoisé-e, avanetureu-x-se, mécano, infernal-e, dou-x-ce, gentil-e, déterminé-e, chanteu-r-se, accro aux puzzles, rat de bibliothèque, game-r-use, technophile, technophobe, nul-le en sport, nul-le en maths, nul-le en dessin, insupportable le matin, énergivore pour vos proches, rêveu-r-se, …

Le HPI c’est un peu comme de dire que vous êtes roux : même si on essaie de le cacher, ça se voit un peu quand même. Et ça engendre plein de conséquences dans vos rapports au monde et aux autres.
D’abord, alors que les autres peuvent se tartiner d’huiles et faire la sardine sur la plage, vous, rien que de penser au soleil, vous avez la peau qui brûle.
Ensuite et bien il y a les gens qui seront fous de vous, sans même vous connaitre, juste parce que vous êtes roux, et ça les fait fantasmer.
Et puis ceux qui vous détesterons juste parce que vous êtes roux. Ceux qui vous jalouserons parce que vous êtes roux et pas eux (c’est plus rare mais ça existe).
Et tous les préjugés débiles qui vous sont collés sur le dos, plus sympathiques les uns que les autres : vous puez, si vous êtes une femme vous frisez la nymphomanie, ou vous êtes une sorcière ou les deux (et vous puez aussi hein faut pas croire).
Vous aurez aussi droit à toutes les réflexions débiles sur les tâches de rousseurs.
Et oui, ça fait partie de vous, ça impacte et explique plein de choses sur vous mais de le savoir ne résout pas vos problèmes relationnels.

C’est un peu pareil pour le HPI.

La clef, la seule véritable clef, c’est vous. 🙂
Vous avez les ressources intérieures pour trouver votre équilibre et votre solution. Peu importe le temps que vous mettrez, c’est votre temps. Vous n’avez pas à culpabiliser de ne pas avoir immédiatement la réponse parce que vous croyez que d’être intelligent devrait vous servir précisément à cela.
C’est un cliché sur l’intelligence.

Le diagnostique apaise, il rassure ou effraie un peu, il donne des réponses aux « pourquoi » un peu.
Mais le comment, c’est à vous de le trouver. Et vous pouvez le faire, je vous le promets.

Empathe et insensible

Un commentaire sur ce blog (oui il n’y en a pas 36 000 non plus) m’a permis de mettre le doigt sur un étrange paradoxe que j’incarne.

Je dis « je » parce que je ne saurai parler que de moi, et je me garde bien de penser que tout le petit univers du HPI fonctionne comme moi.

C’est le paradoxe de l’empathie et de l’insensibilité.

Souvenirs

Je vous ai déjà confié ailleurs sur ces pages que certaines personnes de mon entourage voyaient parfois en moi un monstre d’insensibilité.
J’aimerais prendre quelque lignes pour avertir les parents d’enfants HPI qui tomberaient par hasard sur ce blog (et qui ne seraient pas eux-même AHP) : ne dites jamais à votre enfant qu’il/elle est un monstre ou qu’il/elle est insensible. Ne le dites jamais, ne le lui faites jamais comprendre et surtout, ne le laisser jamais voir/comprendre/croire que vous pensez/ressentez cela.
Je sais que je vous demande beaucoup. Qu’on controle difficilement ce que l’on ressent et qu’un enfant HPI est très difficile à duper.
Mais pitié, si vous pouvez essayer, n’imprimer jamais en lui/elle ce sentiment terrible de ne pas être humain. De n’être qu’une chose étrangère et froide, incomprise et redoutée.
S’il-vous-plait.

Personne ne m’a jamais dit, textuellement et mot à mot, que j’étais un monstre ou insensible. Un regard et des silences suffisent largement à dire ce genre de choses. Si jamais les paraphrases du type « Mais comment peux-tu dire ça ? » ou « Mais c’est méchant » ne suffisent pas.
Cette expression sur le visage aussi, des yeux qui s’ouvrent plus grands, des sourcils qui se haussent, un peu plus effrayés qu’interrogateurs. Et ce plis dans la bouche. Une bouche qui retient les mots « méchants » mais ces yeux qui hurlent ce que l’esprit pense.
Et nous, enfant sentinelle, qui entendons le silence, qui comprenons tout : les pensées, les peurs.
Nous voilà étrangers aux yeux des notres, nous sommes le monstre qui effraie.

Je n’avais donc pas besoin des mots pour comprendre que parfois, on me prenait pour un monstre insensible.
Je ne comprenais pas pourquoi et c’était très douloureux et frustrant (comme tout ce que je ne comprends pas d’ailleurs). Mais cette absence d’explications n’empêchait pas le phénomène de se reproduire, encore et encore. Alors il fallait bien l’accepter.

Je l’ai tellement accepté que j’ai fini par y croire.
J’ai fini par croire que j’étais quelqu’un de méchant au fond. J’ai même eu peur, devenue adulte, d’être une psychopathe qui s’ignorait. Je me voyais déjà me transformer en Moriarti féminine sous le coup d’un choc ou d’un ennui profond.
J’ai fait rire ma psy presque aux éclats quand je lui ai posé la question.
C’est là qu’encore une fois, elle m’a sauvée.

Du moins, elle a sauvée une partie de moi. Encore.
Elle m’a expliqué que je ne pouvais pas devenir psychopathe. En tout cas, pas tel que défini par la psychologie. La personne psychopathe est une personne incapable (par trauma ou par nature physiologique) de ressentir ou de se représenter la souffrance des autres.
Mon « problème » serait, toujours selon ma psy, de l’ordre inverse. Très empathique et parfois « trop » altruiste pour mon propre bien.

Ainsi donc je n’étais pas ce monstre insensible que je croyais.

Paradoxe

Pour autant, je dois dire que moi-même, parfois je me trouve dure.
Pas insensible, parce que je perçois les sentiments de l’autre en face de moi. Mais lorsque je suis lancée dans une joute oratoire, ou carrément une agression verbale que l’autre appel débat, je peux ne pas m’arrêter malgré les failles que je detecte chez l’autre.

Souvent, je sens que l’autre est agressé et je « sais » ou comprends pourquoi. Ce sont rarement mes propos qui sont en cause, mais plutôt leur blessure, leur ego ou que sais-je.

Aussi, quand je me sens agressée, injustement accusée ou prise à partie, je réplique en ne me préoccupant plus de bien-être émotionnel de l’autre.

En cela, je suis « insensible ». Du moins je ne considère pas les émotions de l’autre.

Ce qui m’apparaît absolument atroce. Pourtant, dans certains cas, je me sens « en droit » de le faire. Comme si les circonstances, l’attitude antérieure de l’autre vis à vis de moi (souvent quand j’estime qu’une injustice m’a été faite, ou que je me sens agressée gratuitement) me donnaient l’autorisation de me comporter ainsi.

Analyse

J’ai donc cette capacité à avoir conscience des sentiments des autres et de les mettre de côté.
C’est ce qui m’effraie et m’interroge le plus.

La FAQ Surdoué-e

Je vous propose de répondre à toutes les questions que vous pourriez vous poser, suite à la lecture de mon blog ou pas, sur le sujet du surdon intellectuel en général.

Je ne promets pas des réponses de médecins ou psychologues spécialistes du sujet, mais je promets de répondre à tout ce que je pourrais, avec des liens et des références si besoin était et surtout avec beaucoup de bonne humeur. ^^

En vidéo ou en audio, je me tâte encore.

Mais pour que cette FAQ existe, il faut des questions.

A vous de jouer, en commentaire à cet article, en mail de contact ou même sur Twetter @Pauline_Myst.

Le complexe de l’imposteure

Non il n’y a pas de faute, je suis une femme, alors je féminise.
L’académie française n’a peut-être pas validé la chose, mais une institution qui refuse de questionner une décision du 17e ou 18e siècle qui, en langage actuel pourrait s’exprimer ainsi : « On donne la priorité au masculin parce que les femmes ne valent rien », moi je m’assois sur ses décisions.

Donc Imposteure disais-je.

J’ai mis longtemps à comprendre de quoi il retournait.
Pas intellectuellement, de ce côté, ça été très vite. Mais j’ai mis du temps à réaliser et à comprendre que je le vivais aussi.

Il faut bien vous dire que dans l’ensemble, tout ce que j’ai lu sur les états d’âmes des personnes surdouées, je le regardais d’un air dubitatif et pensais : « Moui, je dois vraiment pas être fichue comme tout le monde parce que moi, ça va. »

Et puis…

Et puis je réfléchis.
Je creuse.
Je cogite.
Et le temps passe, je vis d’autres expériences, j’échange, je partage, je rencontre.

Et PAF !
Éclair de lucidité : complexe de l’imposteure it is.

Le complexe de l’imposteure, c’est assez clair comme nom. Sauf que par un probable mécanisme de dénie ou de distanciation, j’y mettais un sens très restreint. A savoir : savoir pertinemment qu’on n’a pas les compétences/le mérite/la légitimité/le droit pour quelque chose que l’on pocède, le taire et se faire pipi dessus de peur qu’on ne le découvre.
L’imposteure quoi.
Et du coup, dans mon joli déni personnel, je me disais que moi j’étais épargnée.

Bah oui, moi je SAIS que je n’ai pas les compétences/capacités/droit/whatever pour quelque chose et du coup, je ne le fais pas. Donc je suis pas une imposteure vu que je n’usurpe rien. J’ai conscience de mes limites et je fais mes choix en fonction.

J’avais tort.
Enfin, aujourd’hui, je crois que j’avais tort.
Je comprends le complexe de l’imposteure plus largement maintenant, comme quelqu’un-e qui se dirait qu’il ne mérite pas quelque chose.
Quelqu’un-e qui penserait qu’il/elle n’est pas à la hauteur pour ce qu’on lui demande, qu’on lui propose, offre, donne, quelque chose qu’il/elle n’est pas digne de recevoir parce qu’il/elle se croit incapable d’être à la hauteur de la tâche confiée.

Et ça c’est tout moi.

Ne pas être à la hauteur. Plus tôt dans ce blog, je disais que c’était une peur. C’est pire que cela, c’est une pensée ancrée. C’est un axiome que j’ai posé sur moi-même : que je ne suis pas à la hauteur.
Pour quoi ? Pour tout, je crois.

Pas une tâche, pas une action où je ne considère pas que je vais peut-être échouer ou mal faire. Et si je ne fais pas parfaitement, c’est la preuve que je ne suis pas à la hauteur. Parce que si l’on est à la hauteur, et donc légitime pour quelque chose, on le fait parfaitement du premier coup.
C’est le schéma de pensée qui m’anime, uniquement pour moi bien évidemment. Lorsqu’il s’agit d’autres personnes, mes critères sont beaucoup moins sévères.

Et aujourd’hui encore, je ne me sens pas à la hauteur.

C’est comme un présupposé, une base implicite à la limite de ma conscience, qui génère chez moi, j’en suis certaine, des comportements d’auto-sabotages très efficaces.

Ce qui m’amènera à mon prochain article : l’auto-sabotage justement.

P.S : J’avais envie envie de vous mettre tout plein de liens sur le sujet, mais honnêtement, la définition Wikipédia est largement assez déprimante à elle seule.
Enjoy.

 

Etre rare, très rare

Je viens d’apprendre que la majorité des profils surdoués était des profils hétérogènes. Comprendre que les scores aux différents subtests présentent des écarts considérables, empêchant même dans certains cas de calculer un QI global.

Ainsi donc un profil homogène est plus rare. J’en déduis qu’une grande homogénéité est encore plus rare

 

 

Si je combine à cela la rareté du fait de dépasser les 145 de QI, je deviens d’un coup une rareté parmi les raretés.

Drôle de coup, drôle d’impression. Plus encore que lorsque j’ai découvert ma condition, je me sens indécemment différente. Comme si, jusque là ma différence n’était pas trop importante et pouvait demeurer flatteuse. Alors que tous ces critères de rareté me font me sentir non plus étrangère mais honteuse. J’ai la triste impulsion de vouloir me cachet, me dissimuler, que personne ne le dise trop fort. Je suis trop différente.

Même au milieu de mes pairs, voilà que je m’ostracise encore un peu.

Que dire de moi alors ? Que faire de moi ?

Quand notre simple existence menace

Je l’évoquais déjà dans ce blog, le concept de HPI peine a se faire connaître et reconnaître.

Est-ce par manque de données ? Est-ce par manque de vocabulaire juste pour décrire une réalité aux multiples expressions ?
Sans doute qu’il y a de tout cela oui.

Je crois aussi qu’au niveau des individus, il y a toute une partie plus ou moins consciente qui bloque subtilement mais surement, et empêche la réalité du HPI d’émerger et de se faire (re)connaitre de toutes et tous.
La peur.

Plus précisément, le sentiment de menace.

Je défie qui que ce soit, HPI ou non, de m’affirmer sans mentir qu’il ou elle n’a jamais entendu qui que ce soit associer le HPI à de l’arrogance ou du mépris pour les autres.
Je crois que cette réaction est celle de la peur.

La peur de l’inconnu, mais surtout, la peur de se voir priver de quelque chose, dévalorisé•e et donc moins aimé•e.

Voici comment j’analyse les choses.

Le manque ou La personne HPI, cette voleuse.

Bien peu de personnes sont suffisamment bien avec elles-même pour ne jamais se comparer et autres et ne jamais souffrir de cette comparaison.
Et parmi celles qui y parviennent, il faut ôter les narcissiques pathologiques, qui se sentent éminemment supérieures au reste de l’humanité (quelque soient leurs raisons).
Ainsi donc nous avons tous cette blessure liée à l’altérité et la différence de l’autre.

C’est une blessure d’ego, dans le sens où le Soi est fragile, blessé.
Il s’agit d’estime de soi. Estime de soi que notre société de consommation et de l’image nous sommes – pour moi il s’agit clairement d’injonctions, même si non verbalisées – de ne construire que par et grâce au regard de l’autre.
Nous construisons notre structure égotique de façon complètement extérieure à nous-même. Ainsi, nous cherchons et puisons ce qui nous sert de ressources « intérieures » en dehors de nous-même. Pis, c’est l’autre qui le distille, nous rendant complètement dépendant de son opinion.

Dans ce rapport presque dépendant à l’autre, le HPI est vite perçu comme un danger substantiel. Car le HPI, pour la personne neurotypique, est perçue comme ayant quelque chose en plus. Mais quelque chose en plus qui lui a été « donné » à la naissance, une aptitude qu’il n’est pas possible d’acquérir à force d’entrainement ou de discipline.
En somme, une injustice dont le neurotypique est la victime, puisque, en comparaison de la personne HPI, il lui « manque » quelque  chose.

(On demeure dans le jugement hiérarchique et quantitatif…*Tristesse*.)

Parfois, on peut pousser plus loin cette idée de manque, et constater que l’idée sous-jacente à ce manque est une dépossession.
S’il manque quelque chose, c’est que la chose était là avant, ou devrait être là. Son absence est donc anormale, cette chose a été enlevée.
C’est comme cela qu’on se retrouve avec l’idée que, grosso-modo, la personne HPI est plus intelligente parce qu’elle a « volé » une part d’intelligence qui devrait se retrouver normalement chez les autres.
C’est complètement irrationnel nous sommes d’accord. Mais c’est un phénomène plus inconscient que conscient et qui n’obéit pas exactement à la logique.

L’usurpation ou l’illégitimité

Dans la même veine de l’idée d’un don immérité, le HPI peut être perçu comme une usurpation.
Parce que la personne HPI n’a rien fait pour être plus intelligente, elle n’est qu’une usurpatrice. Quelqu’un qui ne mérite pas ce qu’elle a.

La menace ou le vol d’estime

Ultimement on en vient à l’idée de menace. Menace pour l’estime de soi.
On fait tous l’erreur (ce n’est que mon avis) de définir notre valeur personnelle selon un axe graduée quantitatif, où le plus est le mieux.
Plus on « a » ou plus on est quelque chose de bien, plus on vaut, à nos yeux et à ceux des autres.
Enfant on peut penser que nos parents ne nous aiment que si l’on rapporte de bonnes notes, ou que si l’on est sage, conforme à leurs attentes.
Ado on peut croire que l’acceptation de ses pairs ne passera que par notre apparence, ou les vêtements et accessoires que l’on possède.
Adultes, on peut penser que notre valeur d’individus se mesure à notre salaire.

Ainsi, lorsque le concept du HPI arrive dans cette organisation, les choses se compliquent et c’est l’affolement.
Car, comme je le disais plus haut, le HPI est perçu comme un état. L’état d’être plus intelligent-e que les autres. Toutes les tentatives de négation de la chose n’y font pas grand chose, la menace est quand même là : quelqu’un d’autre à quelque chose de plus que moi, et je pourrais faire tous les efforts du monde, jamais je ne l’aurais et elle l’aura toujours.
On se retrouve donc totalement impuissant face à cet état de fait : l’autre à quelque chose en plus, de jugé bien par la communauté, que je n’ai pas.
La menace sur l’estime de soi est terrible.
On a peur de passer pour un crétin face à cet être supérieurement intelligent, on a peur que les autres pensent qu’on est crétin comparé à la personne HPI. On a peur d’être mésaimé•e, dévalorisé•e, rejeté•e.
C’est notre propre valeur d’individus que la personne HPI vient questionner, et nous pousser à revoir à la baisse.

Tristes réactions et conséquences

Le rejet est bien souvent la conséquence de tout cela.
Le rejet permet de ne pas s’embarrasser de ce qui nous gène. C’est la méthode dite de l’autruche, je ne vois pas donc ça n’existe pas.
Au travail le rejet peut être très violent. Pour ma part, on s’emploie à me faire me sentir insignifiante autant que faire se peut. De peur qu’à un moment je sois trop brillante et ne jette une ombre sur ses messieurs les directeurs…
Dans la vie, ça peut être la simple négation de la réalité du HPI.
Ou la remise en question : prouve-nous que tu es vraiment surdoué•e.

Et parfois…

Bien sur, parfois, et plus souvent qu’on en a l’impression, nous faisons face à des personnes charmantes, bienveillantes, voire curieuses de cette réalité nouvelle.
Ces personnes là sont très précieuses, même si on ne fait que les croiser.

Alors j’en profite pour leur dire merci.
Nous avons besoin de personnes pour nous accepter et nous reconnaitre. Pour que justement, un jour, ce besoin disparaisse. Pour qu’un jour, la chose soit tellement intégrée et « normale » qu’il ne sera plus besoin de la faire (re)connaitre.
Et ce chemin commence avec vous, vous qui acceptez la réalité du HPI simplement, en nous laissant être et nous reconnaissant nos différences.