Retour sur la soirée (et nuit) sur le thème du HPI sur M6 – 1/2 « Petits Génies » –

Hier, était diffusée sur M6 une nouvelle émission « Petits Génies » dont le principe est de mettre en compétition dans un concours une vingtaine d’enfants surdoué-e-s.
Ils et elles ont de 9 à 12 ans.
A la suite de cela, la chaîne diffusait un documentaire « Enfants surdoués, quels adultes deviennent-ils ? ».

Vous le savez, ce blog se veut centré sur le sujet des adultes à haut potentiel intellectuel. Il m’a cependant semblé pertinent de regarder les deux émissions, au cas où la seconde faisait d’une façon ou d’une autre référence à l’autre.

Je partage donc avec vous mon retour sur ces deux émissions.

Petits génies, à la découverte des enfants surdoués

Vous pouvez revoir l’émission en replay sur le site dédié de M6, en suivant le lien ici ou plus haut dans l’article.

Un « freak show » ou une foire au monstre.
Pour être honnête, j’ai trouvé cela moins violent que ce que TF1 avait fait en son temps, avec son émission les « Extraordinaires » qui m’avait vraiment mise très, très mal à l’aise.
Ceci étant, je demeure contre ce genre d’exhibition.
Que ces enfants s’amusent dans des compétions intellectuelles, je trouve cela très bien. Il n’y a aucune raison pour empêcher les enfants de s’amuser.
Ce qui me heurte c’est l’exhibition, sous le prétexte fallacieux d’informer.

Pas d’informations ou presque

Car cette émission n’a quasiment pas informé sur la réalité du HPI.
Les référents en matières de HPI sur l’émission ? L’association Mensa, en les personnes de sa porte parole et sa psychologue.
Ces femmes sont tout à fait compétentes dans leur fonctions, je ne mets pas cela en doute une seconde.
Mais MENSA, si vous connaissez cette association, se présente comme une association d’aide à l’épanouissement des personnes surdouées.
Ceci étant ses processus de recrutement ne garantissent pas que toutes les personnes membres soient surdouées.
Je m’explique.
MENSA recrute notamment par des sessions de tests, qui s’inspirent des tests psychométriques. La sélection se fait en se basant sur les performances de personnes HPI à ces tests, je crois.
Le principe étant que, selon MENSA, si l’on réussit les tests d’admission, alors on est censé être à plus de 130 de QIT.
Sauf que les tests de MENSA ne sont pas des stricts équivalents aux tests psychométriques de QI et qu’il n’est pas correct d’affirmer que réussir les tests de MENSA est équivalent à un diagnostic de HPI.
Les test psychométriques de QI ainsi que les critères diagnostiques de HPI sont précis, et il n’est pas possible de faire ce diagnostic en dehors de tests standardisés et d’entretiens cliniques menés comme il se doit.
Le résultat est donc que parmi les Mensan-e-s, tout le monde n’est pas HPI.
(Et je dis ça en étant membre de cette association ! Donc j’ai une petite vue de l’interieur de comment cela marche à peu près.)

Donc, que la référence de l’émission en matière de HPI soit Mensa est déjà un bémol pour moi.

Cette émission n’a donné que très peu d’informations sur le sujet du HPI.
Même si, reconnaissons le, le peu qui a été dit était à peu près juste.
A peu près.
Notamment, lorsque la question a été posée de savoir si on naissait HPI ; la réponse qui a été diffusée était selon moi bancale.
(Je n’accuserai pas la psychologue de ne pas savoir ou d’avoir réellement eu ces propos, parce que je sais que le montage peut faire dire n’importe quoi, et en particulier ce que l’on a pas dit.)
La réponse diffusée, donc, a été à mon sens incomplète et tronquée, de sorte qu’elle en devenait incorrecte.
Si, effectivement, le potentiel intellectuel se développe, se cultive et est sensible à des paramètres environnementaux, la structure cellulaire cérébrale, elle, est de naissance.
Et le HPI c’est aussi ce paramètre d’une architecture cellulaire cérébrale différente : une myélinisation des neurones différente, et une proportion supérieure d’astrocytes (il me semble, à vérifier).
Donc, OUI, le HPI est de naissance et cela ne disparaît pas avec le temps. On naît HPI, on meurt HPI.
Mais oui, aussi, ce HPI est sensible à l’environnement et se développera plus ou moins, en fonction des expériences de vie de l’individu.
Mais on naît HPI.

Peu d’informations donc.
Et quand elles étaient présentes, tout cela n’était que tristement superficiel. J’ai trouvé aussi que l’on entendait un peu trop que les intervenant-e-s de Mensa récitaient un texte appris.
C’est dommage.
Ceci étant, encore une fois, je compatis avec elles, qui ont eu le courage de s’exposer ainsi, et qui ont certainement dû obéir aux directives de la chaîne. Il ne faut pas oublier que le montage fait dire à peu près n’importe quoi à n’importe qui.
Gardons donc à l’esprit que celle qui doit être l’objet de critiques, à mon sens, reste la rédaction de l’émission, et non ses participant-e-s.

De la violence émotionnelle

Je vous disais que j’étais heurtée par le côté exhibition.
Quand on connaît la sensibilité des enfants, leur fragilité émotionnelle, et quand on sait que chez les enfants précoces, le besoin d’amour et de validation est encore plus grand, on ne peut que trembler pour tou-te-s ces petit-e-s.

Voyez-vous, l’émission, dans tout son voyeurisme, n’a pas omis de montrer des enfants en larmes devant leur « échec » aux épreuves, ni face à cette réalité -complètement nouvelle pour certain-e-s – qu’ils/elles ne seront pas toujours les premier-e-s.

Mais moi, je n’ai pas vu ça.

Moi, j’ose dire que j’ai vu ce qui était vraiment, j’ai vu – parce que je l’ai ressenti avec eux, pour eux – ce qui se jouait aussi au-delà de cette compétition.
J’ai vu un enfant effondré de faillir, effondré de décevoir ses parents. Je vu son estime de lui-même s’effondrer parce qu’il a « échoué ».
J’ai vu cet autre enfant voir tout ce qu’il savait jusqu’ici, tout ce sur quoi il s’était construit (son statut de premier) s’effondrer et se retrouver sans sol où poser les pieds, parce que pour la première fois de son existence, il n’était pas le meilleur, le premier.

J’ai vu leur souffrance, leurs doutes, leurs peurs.
J’ai vu aussi, dans leurs regards cette peur terrible, ce message muet à leurs parents : « Est-ce que tu m’aimes toujours ? Est-ce que tu veux bien encore m’aimer même si je ne suis pas le/la meilleur-e ? Est-ce que je mérite encore d’être aimé-e si je ne suis pas le/la meilleur-e ? »

Parce que, ne vous y trompez pas, ce n’est pas l’orgueil de ces enfants qui est touché.
Parce qu’ils n’en n’ont pas beaucoup je crois.
Non, ce qui s’est effondré en eux, c’est leur estime d’eux-même, ces sont les règles même de fonctionnement de leur vie jusque là.
Imaginez, depuis votre naissance, vous constatez quelque chose d’immuable, quoi que vous fassiez, quoi que les autres fassent. C’est toujours comme ça que ça se passe.
Cette évidence devient un fondement de votre existence, une règle de vie, un repère.
Et d’un coup, on retire à l’enfant que vous êtes cette règle.
C’est d’autant plus violent que dans ce cas, c’est de leur identité qu’il s’agit. On arrache, on détruit quelque chose qui leur permettait de se construire en tant qu’individu.

C’était horrible à voir pour moi.

J’ai passé la moitié de l’émission à pleurer.
J’ai pleuré avec eux, pour eux, et sur eux. J’aurais voulu, tous et toutes, sans exception, les prendre dans mes bras, me mettre à genoux pour les regarder dans les yeux et leur dire qu’ils/elles étaient merveilleu-ses-x, qu’ils/elles étaient brillant-e-s, fantastiques.
Que même les plus grands esprits de notre humanité ont fait des erreurs, ont connu des échecs, se sont trompés. Et que c’est précisément cela aussi qui a fait d’eux les grands esprits qu’ils et elles étaient.
J’aurais voulu leur dire qu’ils et elles étaient tous et toutes aimé-e-s, inconditionnellement, sans considération pour leur notes ou leurs trophées.
Que leurs esprits étaient des merveilles, sublimes, et qu’ils et elles pouvaient en faire ce qu’ils et elles voulaient, comme ils et elles voulaient.
Qu’ils seraient formidables, toujours, qu’on les regarde ou pas.

A l’écrire, encore, j’en pleure.

Je sais que j’ai aussi mis des projections personnelles dans cette lecture. Je le sais.
Mais je sais aussi, que même avec ces projections, j’ai vu juste.

Du sexisme et des clichés en bonus

Et comme si cela ne suffisait pas, on a eu droit au renforcement des clichés (sexistes)  sur les enfants surdoués.
Parmi les enfants mis en avant, on compte 4 garçons pour 2 filles. Soit deux fois plus de garçons. Alors que, brièvement dans le reportage, il est bien dit que le HPI concerne autant les femmes que les hommes.
Qui plus est, les deux filles sont présentées comme moins performantes.
Vous allez me dire, elles ont fait moins de points, c’est comme ça.
Et bien je vous répondrai que ce serait vite oublier que le stress influe énormément sur le fonctionnement cognitif, et qu’il y a une vie en dehors de cette émission.
Et la jeune Béline par exemple, en dehors de l’émission, est parfaitement prodigieuse. Bilingue Chinois-Français, elle est multi-championne d’échec en compétition internationale. Elle participe à un concours intellectuel dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle, et qui n’a même pas d’alphabet ! Venez faire un concours en chinois, à la télévision et dont les épreuves se passent devant les autres concurant-e-s et en public (et vos parents alors que vous avez entre 9 et 12 ans !)  vous viendrez me dire comment vous vous en sortez.
Leurs performences dans les situations de stress absolu que représente cette émission, ne sont pas représentatives de leurs potentiels.
On le voit bien avec le petit Paul.
Il est habitué, plus encore que les autres, à la compétition et à l’exigence de travail. Lui ne semble pas trop troublé par le contexte de l’émission (mais je le répète je le soupçonne de traits autistiques très prononcés voir plus, ce qui permettrait aussi une certaine imperméabilité à la pression que représente la présence des autres, des parents, des pairs).
Il semblait plus à l’aise, et je ne m’étonne donc pas de ses performences plus grandes que celles des autres.

Aussi les filles sont toutes aussi brillantes au quotidien, mais j’en suis certaine, ce n’est pas ce qui sera retenu, ni ce qui a été montré.

Quoi qu’il en soit, cette émission relaie les clichés des filles littéraires et des garçons matheux.
Et puis, on a le droit au cliché du premier de la classe.
Ah ça ! Ils et elles sont tou-te-s premièr-e-s de la classe !

On nous vend aussi du rêve en nous présentant des enfants tou-te-s acceptés par leurs camarades de classe et enseignant-e-s.

Alors attention, je suis RAVIE si c’est le cas pour ces enfants. Du plus profond de mon coeur, je suis ravie pour elles et eux, et je bénis sincèrement les ensiegnant-e-s et les enfants qui ont l’ouverture d’esprit et de coeur pour accepter ces enfants tel-le-s qu’ils et elles sont.
C’est merveilleux, c’est formidable et c’est à reproduire massivement.

Mais je crois que pour la majorité, ça ne se passe pas comme ça.
Vraiment pas.

Conclusion

Ces enfants ont emporté mon coeur. Tellement que j’ai même pensé à leur écrire, via la chaîne de télévision, pour leur dire comme ils et elles sont formidables et comme ils le sont en dehors de leur performances cognitives et scolaires.
Je suis admirative de Jean et son ami qui a malheureusement quitté le concours après l’épreuve des cartes, qui manifestaient une confiance sereine et merveilleuse en eux et leur capacités.
Je suis admirative de Béline, qui est pour moi prodigieuse.
Je suis époustouflée par Tia, et la maturité qu’elle dégage. Cette enfant semble si pleine de sagesse !
Enfin, Paul a emporté mon coeur, avec sa tête toute ronde et ses lunettes en écailles.  Et ce je ne sais quoi, qui me fait dire qu’il est doublement différent.

Je souhaite à ces enfants  et tous les autres que cette expérience soit enrichissante, qu’ils et elles en retirent de bons souvenirs et des expériences épanouissantes. Des amitiés même !
Je souhaite aux parents d’avoir pu rencontrer d’autres parents, des spécialistes, de s’être sentis moins seul, d’avoir saisi l’occasion de mieux comprendre leurs enfants.

Mais je n’ai pas d’espoir quant à ce que le grand public a pû retenir, penser et croire du HPI suite à cette émission.
Je pense que cela n’aura rien changé et que les « petits génies » seront encore vus de la même façon : comme des bêtes de cirque, des machines à performances, premier-e-s de la classe. Et c’est tout.

D’autres retour sur cette émission, que vous encourage à lire, car ils donnent à lire chacun une analyse différente du sujet, mais qui ne sont pas du tout incompatible à mon sens  :

Là, un article sur le bolg du site Planète Surdoué.
Ici un autre billet sur le sujet, issu du blog « Les Tribulations d’un petit zèbre ».

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SPOILER

Ou quand vous apprenez que , peut-être, je cite « votre potentiel est peut-être encore plus grand que ce qu’on a estimé ».

Bienvenu dans les méandres de la découverte de potentiels troubles cachés ! Whouhou ^^

Les intelligences multiples

La « théorie des intelligences multiples » a été pensée par M.Gardner en 1983. Arrivée en France en 1997.
Vous trouverez un résumé – à prendre pour ce qu’il est – sur wikpédia.

Avant de vous faire part de mon point de vue sur la chose, je vous laisse prendre connaissance des vidéos, podcast et définition que je vous propose sur le sujet. Et aussi de toutes celles que vous trouverez.
Parce que mon avis n’est que mon avis, et ce n’est pas la vérité absolue.

Voici donc un joli PDF sur les intelligences multiples.
Ici, un TedEx sur le sujet, par Bruno HOURST.

Et là un PodCast de Nicolas Gauvrit.


Ce que j’en pense – et qui n’engage que moi.

Je crois que dans ce sujets de « la théorie des intelligences multiples » il y a beaucoup de confusion.
La première étant la notion de « théorie ».
Voici la définition d’une théorie en sciences selon Wikipédia :

« Une théorie (du grec theorein, « contempler, observer, examiner ») est un ensemble d’explications, de notions ou d’idées sur un sujet précis, pouvant inclure des lois et des hypothèses, induites par l’accumulation de faits prouvés par l’observation, par l’expérience ou même de façon axiomatique : théorie des matrices, des torseurs, des probabilités. Elle ne doit pas être confondue avec un principe, ni avec une hypothèse. »

Ce que la « théorie des intelligences » de Gardner ne permet pas.
Donc, tout au plus nous pourrions parler d’hypoyhèse des intelligences multiples.

Ensuite, c’est le terme d’intelligence qui me semble mal employé au vu de ce qui est devellopé par Gardner.
De ce que je comprends, Gardner définit huit supports d’apprentissages privilégiés, ou huit domaines de facilités. Mais pas 8 types d’intelligences.

L’intelligence, telle que définit en psychologie :

1. Capacité d’interprétation, de pondération, de choix et d’association de données, source de connaissances, de créativité et de plans d’action, notamment d’adaptation à des situations nouvelles.
 2. Rendement général des processus mentaux, évalué par des « tests d’efficience ».

A partir de là, vous comprenez pourquoi il est impropre de parler d’intelligence pour les huit concepts traités par Gardner.

Ces confusions sémantiques ont leur importances, puisqu’à travers son titre, cette « théorie des intelligences multiples » me semble vendre du rêve, si vous me permettez m’expression.

Car, que nous dit cette théorie ?
Que « tout le monde est intelligent ».
En étant bêtement pragmatique on pourrait rétorquer que non, « tout le monde » n’est pas intelligent, puisqu’il existe 2% à 5% de la population avec un retard mental.
Mais ce serait une pinaillerie limite mesquine, je vous l’accorde. Juste, mais un peu mesquine.
Plus sérieusement, évidemment que « tout le monde » est intelligent, personne n’a jamais dit le contraire. C’est aussi ce que décrit la courbe de Gauss du QI : 98% de la population est normalement à très supérieurement intelligente.
Donc oui, « tout le monde est intelligent »et cela n’a rien de nouveau.

Cette théorie qui n’en est pas une dit aussi, lorsqu’on tire un peu dessus, que tout le monde est un géni en quelque chose.
Et c’est là que je commence à grincer des dents.
Si j’aime à dire, pour bousculer les préjugés, que « je suis une génie » j’ai bien conscience que je ne suis pas non plus Sophie Germain ou Hyppathie.
Et j’ai tout autant conscience que des Ada Lovelace ou des Emilie de Berteuil, ça ne court pas non plus les rues.
Donc de là à dire que « tout le monde est un géni en quelque chose » faut pas non plus pousser.

Il faut être honnête, non, tout le monde n’est pas un géni en quelque chose.
Que vous sachiez dessiner un arbre ne fait pas de vous le digne successuer de Michel Ange.
Que vous soyez très bon en orientation ne fait pas de vous la réincarnation de Dédale.

Mais de quoi parle-t-on ? D’autres intelligences que celle mesurée par les test de QI ? Admettons, donc ces formes d’intellligence ne devraient relever ni : de la mémoire, des capacités visuo-spatiale, des capacités de logique, des capacité de calculs, de la linguistique, des connaissances générales, des capacités d’analyses, bref, de tout ce qui est balayé par les test psychométriques.

Or que ce soit par leur titre ou leur description  (cf pdf plus haut), on constate trois des huit intelligences que définit gardner (linguistique, visuo-spatiale, logico-mathémathique, naturaliste) sont semblables à des concepts déjà pris en compte par les test de QI, à savoir les test de vocabulaire, les test des matrices, barrages, arithmétique, suite, et question sur les connaissances générales.

Je vais plus loin, et je trouve que la description même de certaines des intelligences de Gardner démontre qu’il ne s’agit pas d’intelligence mais de connaissances. Et/ou d’appetence pour un sujet ou une discipline.
Mais le goût pour une chose n’est pas une intelligence.

Par exemple :

L’intelligence naturaliste est l’intelligence de l’amérindien, du biologiste, du botaniste, de l’écologiste, de l’océanographe, du zoologiste, de l’explorateur, du chasseur, du pêcheur et du chef cuisinier. L’individu est capable de classifier, de discriminer, de reconnaître et d’utiliser ses connaissances sur l’environnement naturel, les animaux, les végétaux ou les minéraux. Il a une habileté à reconnaître des traces d’animaux, des modèles de vie dans la nature, à trouver des moyens de survie; il sait quels animaux ou plantes sont à éviter, de quelles espèces il peut se nourrir. Il a un souci de conservation de la nature

Ce que je vois là, c’est un catalogue de formations qui permettent d’acquérir des savoirs et savoir-faire.
Personne ne vient au monde avec la connaissance intuitive des espèces botaniques et la capacité à les discriner entre elles.
Cela s’apprend.
Et si l’on est capable de retenir le nom de plante, on peut retenir aussi bien le nom de chaque pièce mécanique d’un moteur à combustion.
La différence de performence entre la restitution des deux listes ne pourra être imputé à un type d’intelligence dite « naturaliste » mais à un interet pour la chose ou non.
Et un interet pour un sujet n’est pas de l’intelligence. On peut être la dernière des cruche et aimer les fleurs et savoir distinguer une tulipe d’une marguerite ou une feuille d’erable d’une épine de sapin.

Bref, je m’emballe et je m’égare.

Je vais m’arreter là dans la dissection de cette théorie.

Vous aurez compris que je n’y adhère pas telle qu’elle est énoncée.
Je ne conçois pas plusieurs type d’intellligence. Pour ce que je comprends et ce que j’ai appris, il y a une seule intelligence, dont nous sommes globalement tou-te-s pourvu-e-s.
Plus ou moins et avec parfois une qualité différente aussi.
Pour moi ce que décrit Gardner ce sont des domaines de facilités, des centres d’interet particuliers, des appétences, des talents même pourquoi pas.
Mais pas des intelligences.
Tout ce qu’il décrit, sont des expression de domaines d’investissement de l’intelligence différent. Mais l’intelligence investie est toujours la même.

En revanche, le bon côté de cette « théorie » c’est qu’elle a eu le mérite de poser la question de la pluralité des méthodes d’apprentissages. Et ça c’est BIEN !
C’est le bon côté de la chose : ouvrir le champ des possibles quant à ce qui est proposé comme supports d’apprentissages, mais aussi, plus largement, quant au savoir lui-même et à la valeur que l’on accorde aux connaissances.
Cela a questionner nos appriori sur cet ordre subjectifs de ce qui était plus valorisant de connaitre, savoir ou dans quel domaine la réussite était plus signe d’intelligence.

En cela, je trouve que c’est une bonne chose.
Car oui, l’intelligence ne s’exprime pas uniquement à travers les chiffres. Et l’art n’est pas l’opposé de l’intelligence, loin de là.
(Monet est un grand géni à mes yeux, comme Cézanne et Verleine)

Mais il faut être lucide, et honête.
Non nous ne sommes pas tous des géni-e-s en quelque chose.

Et ce n’est pas grave.

« Immaturité sociale »

J’ai découvert ce concept lors de mon stage, quand j’échangeais avec la neuropsychologue qui m’encadrait, sur les rapprochements et similitudes que l’on pouvait observer chez les personnes HPI et chez les personnes atteintes d’autisme.

Et là, parmi les décallages sociaux a jailli, concernant les HPI (et moi directement puisque dans cette conversation, je ne pouvais décemment bien parlé que de moi, ne pouvant et ne voulant pas me considérer comme une base sur laquelle faire une généralité) qu’il y avait une « certaine immaturité sociale ».

PAF !

Je me suis prise un soufflet intellectuel.
J’ai été renvoyée 17 ans en arrière, quand je reçevais les observations d’un conseil de classe, et qu’un prof m’avait qualifiée de « jeune d’esprit » (et ce n’était pas un compliment).

J’ai donc encaissé le (petit) coup.
Et j’ai ravalé ma réplique, que je vous livre ici : « Parce qu’évidemment c’est nous/moi qui sommes inadapté-e-s et pas la société qui aurait des attentes et des standards incensés. »

Je ne sais pas si cette « immaturité sociale » est considérée comme un critère sémiologique du HPI.
Ou si c’est une observation/interprétation personnelle à la personne avec qui je discutais. Interprétation/observation qui est à considérer et à laquelle je porte une vraie valeur, vu la professionnelle qui l’a émise.

Il n’empêche que ce décalage social existe, au moins dans mon cas.
Je ne le nie pas et ne le nierai jamais.
Là où je suis chiffonnée, c’est que l’expression choisie, « immaturitée sociale » traduit quelque chose d’incomplet, d’inachevé, quelque chose qui n’a pas terminé son developpement.
Or, ce n’est pas que je n’ai pas fini de comprendre les attentes et normes sociales. Je les connais, je les « comprends » – dans le sens où intellectuellement je sais de quels concepts il s’agit – et si j’avais aussez d’énergie et de volonté à gaspiller, je les appliquerais.
C’est juste, et je paraphrase en cela le Dr. Olivier Révol dans sa conférence d’Orléans en octobre 2016, que je connais et maitrise les conventions sociales, mais que ça n’a pas d’interet pour moi.
Pas tout le temps du moins.

Voyez vous, l’exemple qui a été pris pour illustrer cette immaturité sociale était que pendant les réunions de travail, je pouvais aller sur mon téléphone ou travailler sur mon ordinateur en même temps.
Dans le premier cas, j’avais besoin de m’occuper l’esprit à quelque chose de plaisant. Dans le second, je pouvais, tout bêtement, prendre en note ce qui était dit.
Exactement ce que faisaient les autres gens présent-e-s autour de la table de réunion, mais avec papier et stylos…
Bref ces comportements d’attention partagée ont été en premier abord interprétés comme de la distraction et de l’inattention, de la dispersion, avant d’être expliqués par la personne qui m’encadrait et qui a précisé « ma condition » et mes particularités de fonctionnement.

Je trouve cet exemple très interessant. Il est pour moi très éclairant et représentatif de mes difficultés au travail, et j’en suis convaincue, de celles que peuvent rencontrer beaucoup d’autres HPI, particulièrement les femmes (de part les clichés et attentes genrées qu’on a vis à vis d’elles) au travail.

Constatations

Il y a décallage entre ce que les autres attendent et croient percevoir et ce que je fais vraiment.
Il y a  décallage entre ce que je perçois comme essentiel et ce qui est essentiel pour les autres.
Et dernier point, mais pas des moindre, les autres, la société, ne se remet pas du tout en question.

Pour les deux premiers points, ça n’a rien d’une découverte.
Pour le second, c’est une prise de conscience amère, je dois l’admettre.

Pas une seconde, dans la discussion, il n’a été question de se dire que l’on pouvait aussi envisager les choses sous un angle différent.
Dans le discours de l’immaturité sociale des HPI, on considère que le « bon comportement » que « ce qui doit être » et donc ce qui est « valide » est ce que la société attend. Ce que les codes sociaux demandent.
Il y a une valence dans la considération des comportements, qui place celui du HPI comme étant « celui qui ne convient pas » et celui attendu par la société comme « celui qui convient ».

Je ne suis pas d’accord.
Ce n’est pas parce que ce comportement est attendu dans notre société, dans notre culture à cette époque, qu’il est « bon » de façon absolue.
Ce comportement est une attente particulière, dans un cadre particulier et surtout il est purement subjectif.
Ce n’est pas qu’il est plus correct qu’un autre, c’est qu’il correspond à un cadre précis, à un instant précis, et surtout il correspond parce qu’une majorité de personnes le reproduit, s’y plie et le perpetue.

Mais le mien de comportement, cette soi-disant immaturité sociale, en quoi est-il « mauvais » ?
Parce que, même si je suis sur mon telephone et/ou sur mon ordi en même temps que je suis en réunion, je fais mon travail.
La tâche qui m’est confiée est faite, et bien faite, dans les temps attendus (voir avant).

Alors quid ?

Conclusion

Il n’est pas question de tout jeter à la poubelle. Les attentes sociales de notre culture et société nous permettent de vivre ensemble. Plus ou moins bien, mais il n’empêche que ça fonctionne aussi.
Donc, je n’en suis pas arrivée à me dire qu’il fallait tout brûler et se mettre à déambuler tou-te-s nu-e-s dans la rue.

Je me suis bornée à cette immaturité sociale déclarée, dans le cadre du travail.

J’en ai conclu que ce terme était inadapté, mais tout à fait parlant quant au refus de la société de se penser autrement que comme « ce qui est correct à faire ».

La réalité des HPI n’est pas que nous sommes incapables de suivre les règles implicites des codes sociaux. Je crois pouvoir le dire sans trop de risques.
Non, nous les comprenons.

Mais je crois que pour certain-e-s, certains de ces codes sont vides de sens. Ils sont perçus comme inutiles, encombrants et/ou ridicules.
Et c’est pour cela qu’ils ne sont pas suivis et/ou appliqués.
Pas parce qu’un processus nous permettant de les saisir ne serait pas arrivé à son terme.

Je pense que cette appelation rassure beaucoup les neurotypiques, plus ou moins consciemment, car ce terme d’immaturité nous renvoie à un statut inférieur d’enfant, d’être et/ou d’esprit inachevé, qui vient contrebalancer la menace de l’intelligence supérieure ou très supérieure (selon la terminologie psychométrique).

Cela m’a ramenée, aussi, à cette douloureuse considération qu’une carrière neurotypique dans cette société reposait presque plus sur cette représentation constante du rôle que l’on attend de quelqu’un au travail, que sur la qualité du travail fourni.

Les conseils de Tata Line

Au boulot, les gens se prennent aux sérieux, bien plus qu’ils ne font leur travail sérieusement.