Voir le monde du travail autrement

[Cet article est rédigé sous l’influence de la grippe, et sans aucun médicaments dans le sang. Désolée pour sa qualité médiocre.]

Ma vie professionnelle est à la fois difficile est très facile.
Très facile parce qu’une fois en poste, tout le monde est particulièrement satisfait de mon travail et de ma personne.
Je suis très appréciée.

Mais sur le papier, j’ai la « carrière » la plus chaotique du monde, et ça fait très peur aux recruteurs.

J’ai d’abord beaucoup lutté et souffert de ne pas comprendre ce qui clochait. Je ne comprenais pas qu’en lisant mes études et compétences sur mon CV on n’en déduise pas que je pouvais très bien remplir les fonctions du poste que je briguais.
Après tout, je ne postule pas à quelque chose que je me sais incapable de faire, et quand on lit que quelqu’un à un master de sciences, on peut quand même se dire que la personne n’est pas complètement demeurée.

Je ne comprenais pas, mon CV présenter les compétences demandées et même des expériences similaires à celles décrites dans le poste. Alors pourquoi ça coinçait ?

Il a fallut que je me heurte à beaucoup de critiques, plus ou moins constructives et heureuses, à beaucoup de refus de poste et que je puise profondément en moi pour ne pas me laisser déborder par le sentiment de nullité qui m’envahissait face à ces recherche qui ne débouchaient pas.
Et puis j’ai compris, c’était aussi simple que problématique.

Je ne vivais ni ne voyais pas le travail (et par extension le monde du travail) comme « les autres ».

Quand je signe un contrat, je m’engage à remplir des fonctions et faire des tâches, et – cela va sans dire – à le faire bien. Voir même parfaitement. Parce que c’est le contrat qui a été passé. On me donne de l’argent pour effectuer -bien – quelque chose.
Et je mets un point d’honneur à remplir ma part.
Je suis une employée hyper réglo, fidèle à l’entreprise, fiable et investie.
J’ai l’esprit d’équipe, parce qu’il m’importe que les personnes avec qui je travaillent soient bien. J’aime rendre service, j’aime soutenir et aider. Je suis là pour les autres autant que faire se peut.

Et c’est là que l’on glisse doucement vers ce qui « coince ».
Même si je mets un point d’honneur à bien faire mon travail, à remplir mes engagements en somme, le travail ce n’est pas tout pour moi.
Je ne me définis pas par ma profession, ni par mon statut dans l’entreprise qui m’emploie.
Non que je n’ai pas d’ambition, mais mon ambition n’est pas dans le paraitre, ni dans le statut social.
Mon ambition est dans la qualité de mon travail, quel que soit ce travail.
Mon ambition est dans mon bonheur.

Et c’est là où ma vision des choses diffère de celle « des autres ».
Je vois bien comme c’est important pour les autres « le travail ». Comme s’il s’agissait d’une définition d’eux-même, que cela leur donnait une valeur, comparativement aux autres évidemment.

Ce n’est pas mon avis.
Le travail que l’on fait ne définit pas l’individus que l’on est.
Le travail, c’est un moyen de gagner de l’argent, pour assurer sa subsistance (et l’on oublie que l’on n’est pas obligé de travailler pour vivre, dans l’absolu).

Je crois que contrairement à beaucoup de gens, je mets l’individus et son bonheur au centre de mes préoccupation. Je sais décorréler ce qu’un-e individus fait pour payer ses factures de ce qu’il/elle est.
Je sais qu’on doit toutes et tous payer un loyer ou un crédit, se nourrir, se chauffer, et que pour tout cela il faut gagner de l’argent.
Je sais qu’un parcours professionnel ou scolaire ne dit pas grand choses des capacités ( aussi intellectuelles) d’une personnes.
Regardez le chanteur Antoine, il est Polytechnicien je crois (ou je ne sais plus quelle grande école française) et il et chanteur.
J’ai eu vent de l’histoire d’une femme HPI qui travaillait en usine, au tri de je ne sais pas quoi sur tapis roulant, avec dans les oreilles des conférences et cours de Philosophies du Collège de France.

Je sais que les étiquettes que le système de notre société nous collent ne sont pas ce que nous sommes.
Je sais que ne pas réussir brillamment à l’école, supérieure ou non, ne dit pas grand chose de la capacité d’innovation, de créativité, de l’intelligence et de la volonté.

Ce sont des indices bien évidemment, mais je crois que trop souvent on oublie l’individu derrière.

En dernier lieu, il faut admettre et reconnaître que pour beaucoup, travailler c’est faire de l’argent. Ce n’est pas gagner de l’argent pour vivre, mais bien « faire de l’argent ». Obtenir de l’argent pour avoir de l’argent.
Pour en avoir beaucoup, plus. Pour montrer que l’on en a. Comme si la valeur de cet argent se transférer à nous. Comme si ne pas avoir d’argent était synonyme d’être médiocre.

Non je ne pense pas comme cela.
Et je vous arrête immédiatement, ce n’est pas la discours d’une « petite fille pauvre » qui essaie comme elle peut de se rassurer en se disant qu’elle vaut quelque chose elle aussi.
J’ai grandi dans un foyer tout à fait à l’aise. Je suis partie en vacances à la mer et à la montagne chaque années de vie avec mes parents. J’ai fait des études supérieures à 700km de chez mes parents, tout ça uniquement soutenue financièrement par eux.
Et aujourd’hui, si l’on cumule le patrimoine de la famille de mon fiancé et de la mienne, croyez moi bien, nous ne sommes pas à plaindre.
Nous ne sommes pas l’élite dorée française, mais nous ne sommes pas démunis.

Moi je crois que la vie va bien, bien au-delà du travail.

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Pourquoi j’en parle (partout) ?

On pourrait se demander pourquoi je n’hésite pas à parler du HQI et à dire que je suis surdouée.
Pourquoi j’en parle sur ma page Facebook et sur mon compte Twitter.
Pourquoi j’aborde le sujet sur les réseaux sociaux, au milieu de mes autres centres d’intérêts (tricots, lecture, écriture, féminisme, filage, broderie, sciences, pour ne citer que ceux-là).

Pourquoi j’en parle quand tant restent caché-e-s ?

C’est ,entre autre, pour ça : parce que beaucoup restent caché-e-s.
Un commentaire (magnifique) sur ce blog comparait le « coming-out » en intelligence à celui de l’homosexualité en terme de difficultés.
Attention, n’étant pas homosexuelle, je ne saurais moi-même faire cette comparaison ou la revendiquer comme vraie.
Sans aller donc jusqu’à postuler de la stricte équivalence, on peut admettre que surdoué-e ou homosexuel-le, on est trop souvent rejeté-e pour ce que l’on est, depuis notre naissance, par nature.

Alors j’en parle, pour que nous n’ayons plus à nous cacher.
Pour que nous n’ayons plus honte d’être ce que l’on est.
Pour que les autres comprennent que nous existons, et que nous ne sommes pas une insulte à ce qu’ils et elles sont.

J’en parle pour qu’à force, ça devienne aussi dénué de projection négative que de dire qu’on aime le chocolat et pas le caramel.

J’en parle aussi pour les autres AHP.
Pour les égaré-e-s. Pour celles et ceux qui au détour du web atterriraient ici et verraient que le don intellectuel ce n’est pas ni la honte ni l’horreur qu’on veut bien nous vendre. Que déjà, ce n’est pas que l’histoire des enfants, et par extension, de leur parents.
Et que, bon sang, nous existons et avons le droit d’être TOUT ce que nous sommes aux yeux de tous ceux et celles que l’on voudra.
Autant que les autres.
J’en parle pour les gens autour de moi changent leur regard sur la douance et finisse par répandre autour d’eux cette idée qu’être plus intelligent-e (selon des critères bien précis) ce n’est pas être un-e ennemi-e.
J’en parole parce qu’à force, les gens qui m’auront fréquentée en sachant ce que j’étais, diront un jour autour d’eux : « ah moi, j’ai connu une surdouée, c’est pas du tout ce que je croyais ». Les HQI autour d’eux entendrons ça eux aussi, et peut-être qu’ils et elles y trouveront un peu d’espoir, de réconciliation avec eux-même.
Et les autres, les neuro-typiques, peut-être qu’ils et elles arrêteront de martyriser et d’avoir peur de celles et ceux qui sont différent-e-s d’eux/elles.

J’en parle enfin, pour moi.
Parce que je suis comme ça. Parce que j’existe dans toute ma complexité. Parce que j’ai le droit de le dire. Ou de la taire.
J’en parle parce que c’est ce que je suis, c’est ma réalité.
J’en parle parce que j’existe et que j’ai le droit d’exister, comme je suis.

Parcours professionnel d’une surdouée

Parce que je ne voulais pas faire apparaître ça sure la page « à propos » je me suis dit qu’un article n’était pas une mauvaise idée.
Je pourrais y développer bien plus de choses.

Un mot pour décrire mon parcours ? Atypique.
Qualificatif bien pratique et ô combien peu surprenant quand on parle de HPI.

Je bataille avec le monde du travail. Non que j’y sois incompétente, mais je ne rentre pas bien dans les cases. Sur le papier, mon profil fait peur.
Une fois en poste, mes supérieurs sont dithyrambiques sur mon travail.
Malheureusement, j’ai toujours été dans des structures « précaires » où l’argent manque cruellement. Les postes aussi donc.

Mais commençons pas le commencement.

Le diplôme
Je suis diplômée d’un Master 1 en Ecologie, avec une spécialisation en communication scientifique.
Pourquoi « juste » un master 1 ? Parce que j’ai vécu un phénomène qui commence à se faire connaitre, mais qui à l’époque était absolument invisibilisé et tabou : le nombre inégale de place en M1 et M2 dans une même mention.
Sur la plaquette de l’université il était inscrit que chaque étudiant pris en M1 aurait une place en M2 de son parcours. Pas forcément de sa spécialité, mais de son parcours. Nous étions assuré-e-s de terminer avec un master 2 si nous étions pris en M1.
C’était faux.
Arrivée en fin de M1, mes candidatures non acceptée par mes 3 premiers voeux, je me tourne vers les autres mentions et… rien. Pas de place.
J’apprendrais plus tard que nous étions 30 dans ce cas là, 30 étudiant-e-s qui se sont vu laissé-e-s sur le carreau parce qu’il y avait 30 places de moins dans le(s) M2 que dans le M1…
Lorsque j’ai voulu trouver une solution, refaire un M1 pour avoir de meilleure notes, on m’a dit que c’était impossible. J’étais donc sans rien.

Il a fallut rebondir.

La première année de galère

Fraîchement diplômée avec un an de moins que prévu, je me lance dans le monde du travail. Ou du moins dans le monde de la recherche du travail.
Je passerai sur les difficultés psychologiques et émotionnelle d’une telle situation, cela mériterait un billet à part entière.

J’ai mis un an, tout rond, à trouver un premier stage. J’étais à Toulouse, le stage, en région parisienne, dans le 91.
6 mois de stage, en tant que chargée de mission animation. J’ai conçu de bout en bout des animations scientifiques à destination du jeune te grand public, sur la base de recherche académique d’un institut de recherche français.
C’était en association à but non lucratif. Autant vous dire que l’on était payé au lance-pierre. Mais l’ambiance était sympathique.
J’y ai tout appris. Petit service et association sans argent oblige, nous étions « obligés » de tout faire : compta, administratif, commercial, créatif, manuel, gestion, tout.
J’ai donc tout fait.
On m’a renouvelée pour un CDD d’un an. Puis les fonds ont manqué, je ne rentrais plus dans les conditions d’un contrat aidé, donc pas de renouvellement.

La suite

J’ai ensuite été embauchée par l’institut de recherche avec qui j’avais travaillé lors de mon premier emploi.
Chargée de communication scientifique.
J’ai été engagée et ré-engagée plein de fois comme vacataire. On m’a même proposé un CDD, mais c’était trop loin, trop mal payé, j’ai dit non.

Petit boulots ici et là, missions. Tout plutôt que de rester à ne rien faire.
Assistante de Professeure de dans classique, professeur particulier en sciences et latin.
J’ai faillit redevenir serveuse également.

Re un CDD dans un institut de recherche. Encore.
Chargée de communication.
Boulot sympa, supérieure psychotique et maléfique.
Dépression, démission.

Aujourd’hui
Et puis maintenant, mission d’intérim.
Assistante service Achat-Qualité-Logistique, octobre 2015.
Censément pendant 1 an, remplacement de congé parental.
Et en fait non. On me remerciera à la fin de ma période d’essaie,sans me dire pourquoi dans un premier temps.
Collègue en larmes, supérieure hiérarchique atterrée, personne ne comprend, la décision tombe du ciel, de plus haut manifestement.

Plus tard j’apprendrai que la personne remplacée souhaitait revenir plus tôt que prévu. Tout simplement.

On me rappelle. La même boite, pour un autre remplacement, assistante-coordinatrice de projet Design
Tout roule. Tout le monde est content de mon travail.

Pour cette dernière expérience, j’ai repris au pieds levé les fonctions et dossier d’une personne qui, manifestement, ne travaille pas pour que quelqu’un d’autre puisse reprendre les dossiers.
Je suis arrivée au milieu d’un chaos impressionnant. Personne ne savait rien, la personne gérant tout seule, sans transmission d’aucune sorte.
J’ai du reprendre des facturations desquelles je ne savais rien et sur lesquelles personne ne pouvait m’aider, parce qu’en plus, le service se retrouvait sans responsable.
Ce qui était tomber en décomposition depuis 1 mois et demi, il ne m’a fallut que 18 jours précisément pour le remettre en ordre.
Si il ne s’agissait pas d’un remplacement, j’aurais également optimiser le système de fonctionnement, classement et archivage du service depuis longtemps. Notamment le système de gestion des factures qui est un désastre.
Mais bon.

Etre un gant de boxe

Sur le papier, mon profil déroute aux bas mots. Il fait peur sans doute, mais je crois qu’en fait, en le lisant, les gens se disent que je ne suis capable de rien, puisque personne ne me garde. Que je suis instable, puisque je fais tout et n’importe quoi.

Je ne demande que ça moi, de la stabilité. Est-ce que j’ai tort de croire quand on me dit qu’il n’y avait pas de budget ?
Je ne suis pas assez naïve pour ne pas croire que c’est une excuse pratique. Mais dans la fonction publique, et l’associatif, je me dis que quand même, ça doit jouer, même un peu.

Je n’ai toujours eu que des compliments sur mon travail, et sur moi-même.

Je suis appréciée, comme le travail que je produis, et je le sais.

J’ai fait tout et n’importe quoi, c’est vrai.
Mais justement, j’ai tout fait. C’est la preuve que je peux, sous conditions, tout faire.
[Pour peu que cela ne demande pas des apprentissages très spécifiques, on s’entend. Je ne pourrais pas être prof de physique nucléaire pour des doctorants on est d’accord]

Je peux m’adapter à beaucoup, beaucoup de choses et de gens. J’apprends vite.
J’aime à croire que je peux faire beaucoup de choses. Et bien.

Mais sur le papier, ce n’est pas ça que l’on voit.

Je suis un gant de boxe, pas une cuillère en argent et je dois me battre.
Comme beaucoup, je sais.
Mais je suis frustrée parce que je sais que j’ai plus que ça à offrir.
Je sais que je serai un atout, pour peu qu’on me donne ma chance.

Mais bon, le monde du travail aujourd’hui en France, il est fait pour ceux qui correspondent au profil type.
Je ne suis pas typique.

C’est mon plus grand problème, je sais. Mais c’est mon plus grand atout aussi.

Après le diagnostique : et maintenant, je fais quoi ?

C’est une question, je crois, inévitable pour tout adulte diagnostiqué adutle.
Notez que je n’emploie pas les termes « diagnostique tardif » qui me donne l’impression d’un sous-entendu de « trop tard ». Je crois que quand il s’agit de soi, il n’est trop tard que quand on est mort.

Cette question donc : et maintenant, que faire avec cela ?
Je suis surdoué-e d’accord, et après ?

Si vous êtes comme moi, vous vous êtes dit ou vous vous direz que vous devez en faire quelque chose. Ce ne sera pas vraiment conscient, ce sera plus de l’ordre du réflexe.
Comme si cet état devait être mérité.

C’est aussi inexacte que potentiellement blessant pour soi.
Mais c’est humain comme réaction.
Surtout avec une estime de soi basse, on ne se sent digne de pas grand chose, et quand quelque chose de positif arrive, on a ce réflexe de vouloir se prouver à soi et prouver en général qu’on le mérite. Qu’on est assez bien pour ça.

Ridicule.

Cette question est la source d’une cascade d’autres questionnements personnels et intérieurs. Le très célèbre complexe de l’imposteur-e en découle d’ailleurs (c’est là mon idée, je ne fais référence à aucunes lectures ou études sur le sujet, je n’en ai pas lues. Mais elles existent.)
Je suis (T)HPI donc je dois faire des choses bien, voir extraordinaires. Si je ne réussis pas à faire ces choses, alors c’est que je ne suis pas vraiment ce que je prétends être ou ce que l’on m’a dit que j’étais.
Complexe de l’imposture (c’est mon côté féministe qui préfère des termes qui peuvent être appliqués au sujet féminin comme au sujet masculin).

C’est un passage qui mérite un article à lui tout seul ! *Note pour plus tard*
Aussi je reviens à la question première : et maintenant, j’en fais quoi ?

On apprend énormément de choses sur son fonctionnement, mais surtout – dans mon cas – le diagnostique vient mettre du sens là où il n’y en avait pas avant. Il répond à des pourquoi posés dans l’enfance et dont l’absence de réponse n’a cessé de creuser des blessures intérieures.
Mais même si l’on se sent changé-e, parce que notre regard sur nous-même et les autres a changé (ou change avec le temps après le diagnostique), le fait est que nous sommes toujours les mêmes personnes. Quelqu’un a simplement éclairé une partie de nous qui demeurait dans l’ombre. Mais cette partie a toujours été là.

C’est très simple comme constatation, mais je crois que pour moi, ça a été une clef importante. Au début, ce constat a été une façon de me rassurer, de me dire que, malgré le choc de l’annonce, je n’étais pas si différente. C’était une sorte de tampon.
Et puis, quand l’idée de la différence comme étant constitutionnelle de mon être s’est inscrite en moi, je suis passée à une autre façon de voir les choses.

J’ai toujours été comme cela.
C’est à dire que tout ce que je trouve merveilleux, toutes les possibilités que je vois dans le fait d’être HPI, tout cela a toujours été mien. Puisque j’ai toujours été ainsi.

C’est une prise de conscience de son potentiel, mais surtout, un regard positif (enfin) posé sur soi.
Mon regard sur mon être intérieur à changé, et plutôt que de me dire que je ne suis capable de rien, que je suis trop nulle pour tout, aujourd’hui je me dis que je peux au moins essayer. Ce n’est ni illusoire ni orgueilleux, c’est une simple réalité : je peux le tenter, parce que j’ai cette particularité.

C’est ce nouveau regard posé sur soi qui m’a permis de trouver la réponse à cette question, posée pourtant si précocement dans l’histoire de mon diagnostique : que faire de moi ?

Parce que oui, la question qui se cache sous « que faire de ce HPI? »  c’est en fait « que faire de moi ? ».
Simplement je crois que juste après le diagnostique, le travail d’intégration du caractère identitaire, essentiel, constitutif du HPI n’est pas fait. Il y a encore une séparation, une différence, entre le HPI et nous.
Il m’a fallut du temps pour intégrer que le HPI c’était moi.
(Comprenons-nous bien, je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a qu’une façon d’être HPI en l’occurrence la mienne. Pas du tout ! Je dis qu’il m’a fallut comprendre que le HPI n’était pas quelque chose d’extérieur à moi, mais que j’étais HPI.)

Une fois cette dissociation résolue, la réponse à la question « que faire de moi ? » a enfin pu se faire entendre.
Aussi simple que vague et tout à la fois limpide et évidente : ce que je veux.

Non pas que j’ai la science infuse et qu’il me soit impossible d’échouer.
Mais, ma vérité intime et profonde, c’est que je peux au moins essayer.

C’est un pas absolument immense quand enfin, on s’estime un tout petit peu plus qu’avant. Juste un tout petit peu plus.

Alors que faire de moi ?
Dans toute ma candeur de HPI, moi je veux aider les gens.
Mais il y a peu de temps encore, je ne m’en estimais pas capable parce que pas digne. Qui aurais-je pû aider et comment ? Moi qui ne valais rien, qui n’étais bonne à rien. Moi si imparfaite, si consciente de toutes mes limites, de toutes mes peurs, de toutes mes incapacités (réelles ou inventées).
Pourquoi se lancer dans quoi que ce soit dans le but d’aider les gens, puisque je ne le méritais pas, que je n’en étais ni capable ni digne ?
Et puis.
Et puis avec le temps après le diagnostique, j’ai changé d’avis sur moi.
Je suis très loin d’avoir une très bonne estime de moi. Mais véritablement, ça va mieux. Vraiment mieux.
Aujourd’hui, je me dis que je peux essayer. Pas forcément réussir, mais essayer avec des chances tout à fait raisonnables de réussite.

Alors je me suis autorisée.
Je me suis autorisée à essayer.
Cette autorisation en dit long sur le chemin parcouru, parce qu’elle dit aussi que je suis prête à au moins faire face à la possibilité de l’échec sans m’effondrer et me dire de nouveau que je ne vaux rien. C’est un IMMENSE pas.
Entre vous et moi, je ne garantis pas du tout dans quel état je me retrouverais si réellement je me plantais. Je dois être honnête et je pense que ce serait vraiment glauque.
A coup de « Mais qu’est-ce que je croyais ? Je suis nulle, je suis incapable je le savais depuis le début, je me suis juste illusionnée comme une dinde » (oui, les dindes s’illusionnent dans mon monde).

Mais voilà, j’ai quand même ma réponse.
Que faire de moi ? Ce que j’ai toujours voulu : aider les gens.

Alors j’ai choisi la psycho pour ça, c’est bien plus liée à mon histoire personnelle qu’au HPI. C’est une revanche que je m’autorise à prendre. Je vous en parlerai peut-être un jour. (Où est-ce que je l’ai déjà fait ? Han, ça aussi , ça mériterait que je vous en parle, mon étrange perte de mémoire totalement chaotique et anarchique. Ça m’inquiète. Alzheimer précoce ça existe hein…)

Conclusion

Se demander quoi faire avec son HPI après le diagnostique, c’est finalement se demander quoi faire de soi.
C’est un questionnement auquel, je crois, on doit accorder le temps qu’il demande. Le processus à pris pour moi 1 à 3 ans. Je vous souhaite à tous que cela prenne moins pour vous. Mais c’est, quel que soit sa durée, quelque chose qui se vit.
C’est une question qui ne trouve sa réponse (ou ses réponses, parce qu’après tout, on a le droit de changer d’avis) que par la re-découverte de soi, l’abandon de quelques fausses idées sur soi-même et l’intégration de son HPI et de ce qu’il représente pour chacun-e.

C’est une belle question à se poser, et malgré les tourments que la recherche de sa réponse peut générer, je crois qu’elle en vaut la peine.
Parce que quand vous aurez trouvé la réponse, c’est un peu de vous que vous aurez trouvé.

#AHP #HQI #HPI #surdoué #adultesurdoué #zebre #douance #question #diagnostique

Être et dire

Episode 28 342. Version 165.438.

Vous l’aurez deviné, je vais (encore!) me pencher sur le sujet de dire que l’on est surdoué-e ou pas.

Ouiiiiiiiiii, je saiiiiiiiiiiiiiiiiiis, j’en ai déjà parlé trois ou quatre fois dans ce blog. Je sais.
Et bah ça fera une fois de plus !

En ce moment je fais l’expérience du dire la chose en contexte relativement sécurisé.
En somme, je dis que je suis surdoué-e dans le cadre de mes études de psycho.

C’était lors des TD en présentiels, obligatoires (sur le papier) pour valider l’année. J’ai forcément rencontré d’autres étudiants et nous avons échangé sur le pourquoi de notre présence ici, les centres d’intérêt et souhaits de futures orientations et études pour les un-e-s et les autres. Fatalement, quand je dis que je m’intéresse à la neuropsychologie avec comme sujet privilégié la plasticité neuronale de l’AHP et l’accompagnement des AHP diagnostiqué à l’âge adulte, on me demande pourquoi cet intérêt précis. Et souvent ça prend la forme de la question : « Tu es concerné par le sujet d’une manière ou d’une autre pour t’y intéresser si précisément ? » Là je réponds « oui ». Et la seconde question arrive « Tu es toi-même surdouée ? »
Et là bah, je ne vais pas mentir non plus (même si expérimentalement ce serait SUPER intéressant) alors je dis oui.
Il y a souvent suite à cela un petit flottement, comme si on ne savait pas très bien comment enchainer avec ça.
Mais, jusque là, j’ai eu la chance d’interagir avec des gens adorables, délicats et ouverts. Voir même curieux de la chose.

Ce n’est pas pour autant facile, parce que certains cherchent comme à gommer la différence. Ils me demandent en quoi je suis réellement différente. Et quand je leur expose la différence ils me répondent « mais c’est pareil pour tout le monde ».
Oui certes, nous sommes tous humain-e-s, nous avons tous des problématiques humaines.
Mais décrire sa psychée, ses sentiments, et surtout leur caractère différents par rapport à ceux des autres (alors qu’on ne peux pas savoir, on ne les ressens pas les sentiments des autres) ce n’est pas facile.

Pour moi la difficulté c’est de faire face à cette blessure, où j’ai le sentiment que toutes les questions en fait dissimulent cette affirmation :  « Tu n’es PAS différente de moi. Tu n’es pas surdouée« .
J’ai la chance jusque là d’avoir à faire à des personnes gentilles et qui sont simplement curieuses. Le reste, je crois, m’appartiens et à part moi je pense qu’il n’y a personne pour penser à ces affirmations cachées.

C’est ce travail sur moi qui est intéressant.
J’apprends donc à dire ce que je suis, et à tâcher d’en faire un sujet d’apprentissage et non de rejet (dans les deux sens, que les autres ne me rejettent pas et que je ne reste pas coincée dans mes peurs d’être rejetée)
Ça me demande des efforts, notamment pour ne pas paniquer parce que je ne sais pas répondre à certaines questions.
Comment répondre quand on vous demande « En quoi tu penses, ressens différemment ? Quelles sont les problématiques propres aux surdoué-e-s ? »
Spontanément je voudrais répondre, les autres, le rapport au monde.
Mais pour tout le monde ces choses là peuvent être un problème.

Comment parler de quelque chose qui se vit plus qu’il ne se dit ? Bien sur il y a les études, et les découvertes des scientifiques.
Mais comment retranscrire la réalité émotionnelle et surtout son caractère exceptionnelle (dans le sens de rare, inhabituel, peu fréquent) quand, il est vrai, les problème rencontrés sont sur le même thème que ceux des « autres » mais d’une autre intensité et d’un autre ordre ?
Comment donner de la réalité, de la substance, à la pensée dite en arborescence quand on sait qu’en face, on se heurte à la pensée linéaire ?

C’est compliqué.
Mais j’ai découvert que dire : « je ne sais pas te répondre » était une voie plus douce et bien meilleure pour dialoguer.
Je crois que le fait de dire que l’on ne sait pas répondre apaise un peu l’autre, en lui prouvant que je ne sais pas tout. Cette ignorance me rend sans doute plus humaine, plus proche, moins différente.
Moins menaçante également j’imagine.

Pour le moment, l’expérience se passe bien. Je ne le crie pas sur les toits, je réponds quand on me pose la question. Et ça se passe bien.
Je n’en rajoute pas, je ne mets pas ma différence à toutes les sauces et sur tous les tapis. Et de leur côtés, mes camarades étudiant-e-s ne me pointent pas du doigt et se comportent avec moi comme avec n’importe qui d’autre.

C’est chouette.
Je redécouvre avec plaisir la joie de l’échange, le courage de dire et surtout, surtout le bonheur de partager, d’être ce que l’on est sans honte.

Bien evidemment je ne suis pas naïve au point de ne pas voir quand ça en heurte certain-e-s. Quand ça leur fait peur ou que cela génère un biais de perception de ce que je suis.
Mais j’apprends aussi à voir mes propres projections, mes propres peurs.

Et c’est cool.

Ils et elles ne le savent pas, mais je leur en suis très reconnaissante.

Oh et le bonus c’est que du coup, au détour d’un TD, on en croise d’autre des HPI 😉

 

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