Le « business » du HPI

Alors que j’affichais mes ambitions professionnelles sur une application de réseau social professionnel, en écrivant clairement que je souhaitais (entre autre) faire du HPI une sorte de spécialisation de mon exercice, je reçus (oui, au passé simple) d’un complet inconnu ce péremptoire message : « Ah, le business du HPI ! …  » .

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L’Hypersensibilité

Vous ne manquerez pas de lecture sur le sujet sur internet.
Tapez « hypersensibilité » dans votre moteur de recherche et vous aurez pléthore de liens, surprenants par la consistance de leur discours. Les uns et les autres rabâchent joyeusement la même chose, et en plus de partager le même contenu, ils partagent également la même caractéristique : ne se référer à aucune source.
Il s’agit en grande majorité de contenu purement déclaratif, d’affirmations et de définitions diverses et variées, sans qu’aucun moyen ne nous soit proposé pour en vérifier la validité.

J’en ai eu assez, et je me suis mise en quête de réponses.
Je ne prétends pas que cet article soit exhaustif, mais j’ose penser qu’avec les quelques éléments que vous trouverez ici, vous pourrez compléter vos propres recherches sur le sujet et vous construire une opinion plus fine par vous-même.

C’est parti.

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Psychologie : sciences vs. empathie ?

Plus d’une fois en commentaires sur ces pages, ou bien sur les comptes de réseaux sociaux associés au blog, il lui a été fait le reproche (et donc à travers le blog, à moi aussi) d’être, je cite « scientiste ».

De ce que je comprends de ce néologisme, être « scientiste » ce serait faire preuve de convictions extrémistes relatives aux sciences.
Le « scientisme » viendrait donc se ranger au côté de tous les courants jugés « extrémistes ». N’ayant ni l’envie ni l’énergie pour débattre de ce qui fait qu’une chose est extrême ou non (relativement à qui ou quoi ? Pourquoi ne pas interroger la norme à partir de laquelle cet extrême est défini, etc), je vais me contenter – et me semble-t-il cela est déjà bien – de m’intéresser aux implications de ces propos.

En somme ce « scientisme » empêcherait l’autrice de ce blog – et donc la future professionnelle de santé psychique – de faire preuve d’empathie, de compréhension de la nature humaine, et d' »humanisme » (que je mets entre guillemets car j’ai cru comprendre que toutes les personnes ayant usé de ce terme dans leurs commentaires à propos du blog ne semblaient pas faire toutes référence à la même chose en l’employant).
En un mot comme en cent, ce scientisme semble faire de celles et ceux qui l’appliquent des robots sans âmes, incapables de compréhension des élans et tourments de l’âme humaine, des émotions et des sentiments.
Effectivement, pour un·e psy, cela peut-être embarrassant.

Pourtant, je m’accroche aux sciences, à la recherche scientifique, à la méthodologie scientifique, à la méthode expérimentale précisément, aux principes de preuves, et à tous les outils, intellectuels ou matériels, qui permettent l’évolution, l’application et le progrès des sciences, comme un arapède à son rocher.
Pourquoi ?

Parce que, contrairement à ce que certaines personnes semblent penser, les sciences, la recherche (et précisément en psychologie et biologie) sont pour moi un outil indispensable, fondamental, pour mieux accueillir encore l’infinité des possibles variations du fonctionnement de l’esprit humain.
La recherche scientifique est le plus bel outil que j’ai pu trouvé pour démontrer l’étendue insondable de mon ignorance et de l’ignorance de l’humanité en général. La recherche scientifique en général et particulièrement en sciences cognitives et psychologie sociale, me rappelle chaque fois que j’y mets mon nez, à quel point l’on peut se tromper dans ce que l’on croit savoir. À quel point les choses ne sont pas forcément ce que l’on croit. À quel point tout est plus vaste, plus varié que ce qu’il nous est confortable de penser et/ou de croire.

Je m’accroche à la science parce qu’elle est la science, et non la croyance. Parce que la science sait qu’elle ne sait rien. La croyance en revanche (je ne parle pas de convictions religieuses, attention) croit qu’elle sait, et de ce fait accepte moins facilement l’éventualité de l’altérité, de la différence, de l’erreur, de doute. Si l’on est convaincu·e que l’ont sait ce qui est, que ce qui est est uniquement et précisément ce que l’on sait, quelle place y’a-t-il pour l’inconnu, la découverte, la différence, l’autre ? Une place moins grande que lorsqu’on sait qu’on ne sait pas, que ce que l’on sait est peut-être incomplet mais surtout, que l’on ne sait pas tout.

C’est la science, la biologie en premier, qui m’a appris l’infinité des possibles. C’est elle, qui m’a démontré que la règle, dans le vivant, c’était l’exception, la variation. Les mathématiques et les probabilités m’ont enseigné que tout était possible ( avec une probabilité d’apparition plus ou moins forte). La physique m’a appris qu’au-delà du perceptible pour nous pauvres petits êtres humains, il y avait encore des mondes entiers (le microscopique, l’atomique, les ondes, l’infiniment grand, etc). Et la psychologie enfin, m’a appris que l’on pouvait se tromper soi-même, être trompé par son propre corps, son propre cerveau et passer même jusqu’à côté de soi-même.

Les sciences sont plus qu’une invitation, elles sont une ode à considérer tout ce qui peut (-) être, à concevoir ce qui nous dépasse, et à s’appuyer sur le peu que l’on sait, à un temps donné, pour concevoir, imaginer, aller explorer tout ce que l’on ne sait pas et ce qui pourrait être ou ne pas être.

Au-delà de ces considérations philosophiques, m’appuyer sur les connaissances scientifiques est aussi pour moi un moyen de protéger mes futurs patient·es. C’est une façon de ne pas me poser en « celle qui sait tout, qui sait mieux », et de ne pas les exposer à des idées, concepts qu’ils et elles ne pourraient pas vérifier par eux-même, dont ils et elles ne pourraient trouver les fondements, les mécanismes, et donc choisir de façon éclairée de se les approprier ou non.
Parce que je m’appuie sur la recherche, et que c’est ce qu’elle a trouvé, démontré que je relaie, je permets à toutes celles et tous ceux qui me lisent ou m’écoute de vérifier mes propos, de les analyser ; je ne me pose pas en « toute sachante et toute puissante ».

Cela serait trop facile, de vous dire « les choses fonctionnent comme cela, et sont telles que je les dit parce que je/il/Freud l’a dit ». Non, le caractère verbalisé d’une chose n’a aucune influence sur son caractère de véracité, de fiabilité.
Et il est hors de question pour moi, je trouve cela dangereux en fait, de faire reposer la santé et/ou le bien-être psychique des personnes qui me consulteraient uniquement sur mes déclarations.
Etre professionnel·le de soin, c’est une responsabilité. On ne peut pas, on ne doit pas se vautrer dans l’autorité que notre situation nous donne, au risque de devenir un danger pour nos patient·es.

Tout le monde n’aura pas été convaincu par ce billet, et il est fort probable que celles et ceux qui croyaient déjà que mon appétence pour les sciences, et la volonté que je démontre à appuyer ma formation et ma pratique sur elles, m’amputait et amoindrissait ma capacité de compassion, de compréhension et d’accueil de l’expérience humaine, continueront de le croire.

Mais peut-être aurais-je réussi à plaider sinon ma cause, celle des sciences et du bien fondé de la présence et de l’usage de la méthode scientifique et de la méthode des preuves en psychologie, que ce soit dans son étude ou dans son exercice.
Car toute humaine qu’elle soit, la psychologie est aussi une science.

Différence entre les femmes surdouées et les hommes surdoués (?)

Peut-être avez-vous lu l’ouvrage de Monique de Kermadec « La Femme surdouée, double différence, double défi. »
Je n’ai pas encore eu le loisir de le lire, je n’en ai lu que quelques extraits ici et là, au grès des articles et entretiens dont l’autrice a été l’objet ou l’invitée.
Je ne me risquerai donc pas à m’étendre sur un ouvrage que je n’ai pas lu. Mais il me sert d’amorce de réflexion.

Existe-t-il une différence entre les femmes surdouées et les hommes surdoués ? Et si oui, je reviens à la charge avec ma question fétiche, cette différence (ou ces différences) est-elle bien due à la douance ?

Quelle(s) différence(s) ?

A mon grand étonnement, la question du genre dans la douance a été pas mal explorée en sciences sociales, particulièrement en sciences de l’éducation et chez les enfants. Mais très peu en psychologie, encore moins en psychologie cognitive, et la quantité d’études en neuro-psychologie sur le sujet à l’air de flirter avec le 0 absolu.

Voici néanmoins un petit résumé de ce que j’ai trouvé sur le sujet. Ne me jetez pas de cailloux (sauf des diamants, je le rappelle) parce que mes recherches ne sont pas exhaustives, s’il-vous-plait. Parce que, effectivement, elles ne le sont pas.
J’ai cherché, mais je ne fais pas que ça de mon temps non plus hein.

Donc, voici ce que j’ai trouvé.

Il existerait des différences entre homme et femmes surdoué·es, sur le plan des hyper-excitabilités définies par Dabrowski.*

  • Hyper-excitabilité psychomotrice : le niveau d’énergie d’une personne en termes d’activité physique, de mouvements et d’actions compulsives.
  • Hyper-excitabilité sensorielle : le niveau d’expérience sensorielle enrichie et ses perceptions à travers ses sens comme le goût et/ou le toucher.
  • Hyper-excitabilité intellectuelle : la poursuite de connaissances et la recherche de vérité, exprimées à travers la découverte, le questionnement, l’appétence pour les idées et les analyses théoriques.
  • Hyper-excitabilité imaginative (traduction directe de l’anglais, je ne suis pas certaine que ce soit la plus appropriée) : fait référence au domaine des fantasmes (dans le sens de rêveries, histoire que l’on s’imagine), du rêve, des dramatisations, des inventions, des grandes asociations, de la recherche de l’originalité.
  • Hyper-excitabilité émotionnelle : se réfère à la la force des sensations et expériences émotionnelles exprimées à travers les sentiments, l’attachement, et la compassion envers les autres.
    A noter qu’il ne s’agit pas ici d’une instabilité des émotions.

Les femmes surdouées présenteraient donc une hyper-excitabilité sensorielle et émotionnelle plus élevée comparativement aux hommes surdoués, et ces derniers présenteraient une hyper-excitabilité intellectuelle et psychomotrice plus importante que les premières.
Néanmoins (!), l’étude précise que ces résultats sont parfaitement cohérents avec les résultats d’études sur la socialisation genrée, qui ont démontré que l’on socialise différemment les filles et les garçons.
Par exemple, on encourage (ou tolère plus facilement) les comportements remuants, exploratoires, mobilisants le corps chez les garçons, quand on encourage les filles à demeurer immobiles et à se (pré)occuper des autres et de leurs bien-être, encourageant ainsi l’introspection (et donc la connaissance et l’expression des émotions).
Cela mène a de meilleurs performances chez les filles et femmes en expression et gestion des émotions, en relations sociales (en général), en des comportements quotidien, et des croyances (par exemple, en général une plus faible estime de soi chez les filles et femmes, une moins grande confiance en leur capacités) différents de ce que l’on peut trouver chez les garçons.
La ou les différences entre hommes et femmes surdoué·es ainsi démontrées, semblent bien plus être la conséquence de procédés de socialisation différenciés selon les genres, que celle de la douance elle-même.

Enfin, une différence notable, est qu’on identifie bien moins les filles et femmes surdouées, qu’on n’identifie les garçons et hommes surdoués.
Jean-Charles Terrassier, notemment, fait état d’un ration dans ses consultations de 3 à 4 garçons pour seulement 1 fille.
(alors que le HPI ou douance concerne de façon strictement égale les garçons et les filles. Le biais, qui fait la « différence  » ici, se situe au niveau de l’identification des unes et des autres.)

Différences construites

Ainsi, lorsque l’on parcours les recherches sur le sujet de la douance et du genre ( taper « giftedness + gender » lors de vos recherches) vous constaterez que les études ne font « que » constater des différences, mais les expliquent assez peu.
Ce qui est honnête de leur part, démontrer l’existence d’une différence entre deux populations, ce n’est pas en expliquer la source.
La bonne nouvelle (enfin, à mes yeux s’en est une) c’est que toutes les différences que l’on peut identifier entre les femmes surdouées et les hommes surdoués ne semblent pas du tout innées, mais intimement liées à l’éducation donnée aux unes et aux autres.

Autrement dit, en terme d’inné, de nature même de la douance ou du HPI, il ne semble pas y avoir de différence entre les femmes et les hommes.
En revanche, à cause d’une éducation (comprendre toutes les règles et attentes données explicitement ou implicitement aux enfants) différenciée, reçue tant au sein de la famille qu’à l’école et dans la société en générale, l’expression du Haut Potentiel Intellectuel chez les femmes et les hommes va varier, et l’on pourra globalement tirer de grands traits pour décrire ces deux sous-populations (dans le sens de sous-groupe, pas dans le sens d’inférieur évidemment !) que sont les hommes surdoués et les femmes surdouées.
A cause de normes et attentes sociales différenciés selon le genre, une fille ou une femme n’exprimera et n’exploitera pas forcément de la même façon son Haut Potentiel Intellectuel qu’un garçon ou un homme.
Ceci étant, toutes les femmes surdouées n’expriment et n’exploitent pas leur HPI de la même façon, de même que tous les hommes n’expriment et n’exploitent pas leur HPI de la même façon.

Si différence il y a entre femmes et hommes surdoué·es, elle se joue au niveau de la reconnaissance du potentiel et des accomplissements, mais pas dans la nature même de la douance.

 

 

Sources : 

* The Relationship Among Giftedness, Gender, and Overexcitability
Nicole Bouchet, R. Frank Falk
Gifted Child Quarterly, vol. 45, 4: pp. 260-267. , First Published Oct 1, 2001.

The Development of Gender Identity, Gender Roles, and Gender Relations in Gifted Students
Barbara A. Kerr Karen D. Multon
First published: 10 March 2015 https://doi.org/10.1002/j.1556-6676.2015.00194.x

Les dyssynchronies des enfants intellectuellement précoces.
Jean-Charles Terrassier

Pour les curieuses et curieux :
Les différences cognitives entre les sexes du blog Ramus Méninge, de Franck Ramus.

De retour !

Bonjour à toutes et à tous !

Me voilà de retour sur ce blog, et avec mon esprit disponible pour ce faire. Vous en avez de la chance !

Les derniers mois (depuis septembre) n’ont franchement pas été folichons-folichons pour moi.
Avant d’aller plus loin, je rappelle que je suis très aisément sujette à l’angoisse qui colore ma vie de cette nuance inimitable et indélébile qu’est l’anxiété diffusé, permanente et polymorphe. Mes moments de pure et totale sérénité sont rares, et mes angoisses atteignent des sommets que nous sommes peu à avoir côtoyés. Vraiment. Demandez à mon cher et tendre, je vous assure, parfois, c’est moche.
Mais je vis avec depuis toujours et, bon an mal an, ça va bien.
Ainsi donc, ces derniers mois n’ont pas été les meilleurs que j’ai connu, et vous m’avez donc bien peu lue.
Cette dernière année est particulièrement lourde d’enjeux pour moi. Car si j’ai bien travaillé jusqu’ici, si je ne valide pas cette année, tous mes efforts auront été vains.
J’aurais sacrifié 6 ans (de vie mais aussi d’expérience professionnelle), plusieurs milliers d’euros (à savoir presque toutes mes économies) et embarqué mon époux là-dedans pour rien. Ajoutez à cela que faute de moyens, je ne pourrais pas redoubler cette dernière année, même si (ce qui n’est pas gagné d’avance) on m’autorisait à la doubler.
Dans le genre, je joue un peu ma vie là-dessus, on fait difficilement mieux.

C’est là que l’univers s’est dit : « Tiens, c’est le moment de la tester la petite. Elle veut être psy, voyons comment elle s’en sort sous pression. Mais une pression sur mesure s’il-vous-plait, on va la faire paniquer GRAVE ! ».
Je vous passe les détails de ce qui m’a fait paniquer et pourquoi, mais en résumé, j’ai traversé une période de très très grande angoisse (je ne suis toujours pas au top de ma forme là, mais ça va mieux), du genre angoisses existentielles et crises de panique.
De ces périodes d’angoisse qui vous font arrêter de manger et ne penser qu’à ce qui vous angoisse, tout le temps. Pendant 3 mois, je n’ai pas été capable d’imaginer un avenir favorable, j’ai été terrifiée de tout, j’ai perdu beaucoup de poids (forcément je ne mangeais plus), je ne sortais plus (trop peur), je me sentais incapable de tout et du coup je ne faisais plus rien. Je ne faisais rien de mes journées, si ce n’est paniquer. J’en étais arrivée à redouter de me réveiller parce qu’être éveillée signifiait paniquer. Je ne voulais pas mourir du tout, je voulais juste dormir en continu, parce que quand je dormais, j’étais tranquille.
Je paniquais aussi sur ma future activité, en me disant que mon cabinet ne tournerait jamais, que je n’aurais pas assez de patient·es, que je m’endetterait terriblement et finirais donc à la rue.
Amie dépression associée n’était pas loin !

Alors voilà, grosse révélation : les (futur·es) psy sont aussi humain·es et ne sont pas immunisés contre les aléas de la vie psychique.

Heureusement, j’ai réussi à m’inscrire et j’ai réussi à trouver un stage (condition sine qua non pour valider cette dernière année). Très drôle d’ailleurs, mon stage se fait dans une start-up qui promeut la neurodiversité au travail, dont le HPI.
Je n’ai pas du tout fait exprès, mais je reste donc dans du connu.

Aujourd’hui, je commence à aller un peu mieux et à retrouver de l’espace mental à dédier à autre chose que de contempler le futur et certain effondrement de ma vie à cause de choix misérables.
De l’espace se crée pour un futur plus plaisant, où j’aurais un cabinet qui me permettrait de vivre normalement.
Mais cette projection est encore fragile, et il en faut peu pour me faire vaciller.

Quoi qu’il en soit, je suis de retour ici, avec vos suggestions d’articles et une idée pour un nouveau billet pour le côté psy de ce blog (celui-ci étant un billet plus personnel).

Avant de vous quitter, j’aimerais ajouter quelques lignes.
Même si je ne suis pas (encore) psy, il est probable que l’on me fustige pour faire étalage de ma vie intérieure à celles et ceux qui pourraient, éventuellement, être mes futur·es patient·es et se faisant compromettre les bonnes conditions de « juste distance » entre la psychologue et ses patient·es.
Je me permets ce luxe aujourd’hui, précisément parce que je ne suis pas (encore) psy. On ne peut donc pas me reprocher quelque chose qui ne me concerne pas (encore).
Ceci étant, je trouve aussi important d’agir pour démystifier et sortir du tabou qui l’entoure en France, la santé mentale. Qu’il s’agisse de traitement de psychopathologie lourdes ou du simple fait d’être humain·es, vivant·es, et donc de connaitre des hauts et des bas dans sa vie, y compris sa vie psychique.
La santé, mentale ou pas, comprend l’état de bien-être et ne se définit pas seulement par l’absence de maladies.
Ainsi, la santé mentale, ce n’est pas juste ne pas avoir de maladies mentales, c’est aussi être « bien dans sa tête ». Et c’est normal de ne pas toujours être bien dans sa tête, nous n’en sommes pas pour si peu « fous/folles » ou simplement malades.
Nous n’avons pas à avoir honte de notre vie psychique, nous n’avons pas à avoir honte de nos souffrances. Personne n’en est exempt, et souffrir n’est pas une tare ou un tort.
C’est humain, et il n’y a pas de souffrances illégitimes. Ce n’est pas parce que vous n’avez pas de psychopathologie que vous n’avez pas de raison de souffrir et/ou d’aller mal. La fait d’être soignant·e ne fait pas non plus de vous une exception en la matière.
Aller mal, ou moins bien, cela fait partie de la vie. Comme aller bien, et même bien mieux.

Quelques nouvelles

Cher·es toutes et tous,

Vous l’avez vu, je suis moins prolixe cette année.

La fin du M1 a été bien occupée, et le début du M2 est un peu chaotique *doux euphémisme, je suis en panique absolue, et ça fait 2 mois que c’est l’APOCALYPSE dans ma tête*.

Mon énergie est dépensée ailleurs *genre survivre psychiquement*, de fait j’ai moins de choses à vous raconter.

Je rédige les résultats de la recherche que j’ai menée cette année. Je vous les enverrai dès que ce sera prêt (je sais je traîne, c’est indicible).
Je rédige aussi un article sur le même sujet, c’est un exercice nouveau qui me prend un peu de temps (certainement parce que je n’ai AUCUNE idée de ce que je fais).
Mais surtout je cherche un stage ! Et croyez-moi cela n’a rien d’évident ni de particulièrement plaisant pour l’angoissée chronique que je suis. (A ce sujet, vous pouvez retrouver mon petit speech sur Linkedin )

Pour toutes celles et ceux qui pensent que parce que l’on est surdoué·e tout doit être plus facile dans la vie, et bien je vous assure que non !
Je ne suis évidemment pas en train de dire que mon angoisse est dûe à ma douance, nous sommes d’accord que c’est absolument FAUX. Mais être surdouée ne m’immunise pas contre les difficultés de la vie ni contre les affres de l’âme et de l’esprit humain. Et là, croyez moi, je patauge dedans !

Donc, quand mon petit cerveau n’est pas occupé à me dire que je vais finir sous les ponts, que ma vie sera une horreur parce que j’ai tout gâché en prenant la pire décision de ma vie (à savoir reprendre des études), j’en profite pour justement profiter des moments où je n’angoisse pas et me reposer un peu.
(Ceci est la conséquence d’une angoisse chronique, et non de la douance. Bien que je veuille bien croire qu’avoir un cerveau capable d’envisager plus de possibilités, et notamment les pires, n’aide pas forcément à se dire que tout va rouler comme sur des roulettes… Ah angoisse généralisée quand tu es soutenue par une amygdale hyper stimulée ! *figure de style personnelle, je ne suis pas en train d’énoncer un fait scientifique là*)

D’où moins d’articles.
Ceci étant, je vous encourage/propose/suggère de me soumettre vos suggestions ou demandes de thèmes ou questions à traiter. C’est toujours intéressant ce que vous suggérez. ^^

Ah et j’ai une question pour vous : des vidéos en plus du blog, vous en penseriez quoi ?  Et n’ayez pas peur d’être hyper jugeant·es dans vos réponses. Du genre « non franchement, ça ferait baisser les standards du blog, ça me décevrait beaucoup »
J’ai déjà un avis sur la question, mais voyez-vous, je me remets en question justement. Il parait que « Youtube » est le second support de recherche sur internet. Ils semblerait que les gens, pour trouver des infos, vont chercher des vidéos sur Youtube bien plus facilement qu’ils ne prennent la peine de lire des blogs. En même temps,  vous êtes la preuve qu’il y a quand même des gens qui lisent encore !
Alors moi, ça me dépasse, mais je suis vielle moi. Moi à l’intérieur je suis Violet Grantham (de DownTown Abbey) à l’intérieur moi.
Et comme le but du blog, à la base, c’est d’informer les gens sur le HPI, je me dis que peut-être ce ne serait pas idiot d’au moins se poser la questions d’une ou deux vidéos qui renverraient au blog pour plus de contenus.
Donc, qu’en pensez-vous mes chères lectrices et mes chers lecteurs ?

Être parent·es d’enfants à HPI

A en croire le web, et certains témoignages de parent·es concerné·es, être parent·es d’enfants à HPI (ou enfants précoces) serait quelque chose de vraiment difficile.
Je crois bien volontiers que certaines situations, certaines combinaisons familiales impliquant des enfants surdoué·es sont vécues avec peines et souffrances par les parent·es concerné·es.
Mais la cause de ces difficultés et souffrances est-elle bien le fait que l’enfant soit surdoué·e ?

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Pervers Narcissique et HPI

Le pervers narcissique, « c’est quoi qu’est-ce » ?

C’est un concept psychanalytique, dont l’auteur semble être Monsieur Paul-Claude Racamier, en 1992 dans son ouvrage Le génie des origines : psychanalyse et psychoses.
D’après ce que j’en ai compris (et je vous invite à vérifier mes propos, car connaissant mon grand amour de la psychanalyse, il se peut que ma compréhension de ces choses soit sommes toutes partiale) le pervers narcissique est un psychopathe qui ne « passe pas à l’acte ».
Le « passage à l’acte » étant une savante formule pour dire « agir, faire », passer de la pensée (ou fantasme pour rester dans la psychanalyse) à l’action. Ne plus se contenter de rêver de frapper quelqu’un mais le faire réellement.
Donc le pervers narcissique ne serait en fait qu’une sous-catégorie de psychopathe.

Sauf que, comme rien n’est jamais bien clair avec la psychanalyse (mais n’est-ce pas ce qui fait son charme inimitable ?) la définition même de la psychopathie n’est pas bien bien claire non plus.
Et oui, même entre psychanalyste, le débat fait rage : y’a-t-il une différence entre perversion et psychopathie ? Le psychopathe est-il pervers ou le pervers est-il psychopathe ? Ah, mais quel malheur que Freud ne puisse venir notre secours pour nous expliquer que fondamentalement, de toute façon, le pervers et le psychopathe ont en commun une très mauvaise mère et des désirs incestueux qui les travaillent trop fort.
(cf. Ressources Les pervers narcissiques Qui sont-ils, comment fonctionnent-ils, comment leur échapper ?)

Heureusement comme la scientificité et la cohérence absolue sont les deux piliers de la psychanalyse, certains auteurs reconnaissent volontiers cette difficulté de définition et d’étude du phénomène. Je ne résiste pas à vous livrer le passage formidable de l’article « Hystérie et perversion : le pervers narcissique » de Alain Ksensée dans Revue française de psychanalyse 2003/3 (Vol. 67), pages 943 à 958 :

« Racamier s’interrogeait : Où pourrions-nous rencontrer des pervers narcissiques ? « Bien peu dans notre bureau : un pervers ne désire se soigner que s’il ne l’est pas suffisamment. Encore moins sur le divan du psychanalyste : la démarche psychanalytique et la pente perverse sont antinomiques. » C’est la raison pour laquelle il ne nous est pas possible d’introduire par des faits cliniques le présent travail. Toutefois, il nous semble possible d’atténuer cette difficulté. En effet, le recours à des concepts théoriques validés par la pratique psychanalytique pourra nous permettre de limiter un écart clinico-théorique toujours inévitable. »

Faisons donc preuve d’humilité, et reconnaissons les limites que peut parfois présenter la psychanalyse, et tournons-nous vers ce qu’il nous reste, la description statistique, certes moins folichonne mais qui a au moins le mérite de pouvoir être vérifiée, des symptômes et des psychopathologies. Bonjour le DSM-V et la CIM-10 !
Selon cela (et Wikipédia) : il n’y a jamais eu de diagnostic appelé « psychopathie » que ce soit dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (ou DSM) ou la Classification statistique internationale (CIM) des maladies et problèmes de santé connexes.
Malgré les termes similaires, les psychopathes sont rarement psychotiques. Les psychopathes ne sont pas tous violents ; ils utilisent la manipulation pour obtenir ce qu’ils souhaitent. En général, ce sont des individus qui ne ressentent pas d’empathie, ils se soucient peu de ce que les autres pensent d’eux et les utilisent pour atteindre leur but.
On ne sait donc pas vraiment de quoi l’on parle lorsque l’on parle de « pervers narcissique » mais on en parle quand même. Beaucoup. Partout.

Y compris quand on parle de HPI.

Pervers narcissique et HPI, quels liens ?

Et bien je n’en ai pas trouvé. Désolée…
Je n’ai pas trouvé, dans tout ce que j’ai lu (et croyez moi, j’en ai vu des choses…) quoi que ce soit qui démontre un lien cohérent, effectif, exclusif entre HPI et « pervers narcissique ».
Le fait est que la notion de pervers narcissique n’est pas bien définie.
Et ce flou sert bien tout le monde, puisque le manque de définition permet d’y mettre à peu près tout ce que l’on veut y mettre et donc n’importe quoi.
Le lien avec le HPI est peut-être là finalement.
Ils sont l’un et l’autre, deux objets que l’on peut s’approprier facilement et dont on peut tordre la réalité pour arranger nos petites affaires.
HPI et comme PN (pour Pervers Narcissique) représentent des prétextes idéaux pour se décharger d’une bonne part de notre responsabilité concernant des éléments de notre vie que l’on n’aime pas.
Votre histoire d’amour a périclité ? Votre partenaire était probablement un·e PN.
Ou, version HPI, c’est probablement parce que votre esprit est trop différent de celui des autres pour que vous puissiez vous lier facilement aux autres.
C’est pratique, c’est facile.
Pour conclure ce billet je vous laisse avec les mots de M.-L.Bourgeois :

« Dans le cadre du harcèlement moral, le personnage du « pervers narcissique » occupe désormais une place centrale, moins dans le cadre du milieu de travail (où il s’agit le plus souvent de harcèlement stratégique destiné à éliminer un employé indésirable) que dans les relations duelles (couples, familles, rapports interpersonnels et même psychothérapies ou psychanalyses…). Cette construction psychologique paraît dangereuse, explication facile, trop facile, et projective des conflits interpersonnels et en particulier dans le domaine expertal. Ce modèle n’a d’ailleurs jamais été validé. »
(Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique Volume 162, Issue 7, September 2004, Pages 586-587)

 

Ressources :

Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique Volume 162, Issue 7, September 2004, Pages 586-587, M.-L.Bourgeois

Hystérie et perversion : le pervers narcissique, Alain Ksensée, Dans Revue française de psychanalyse 2003/3 (Vol. 67), pages 943 à 958

Le génie des origines: psychanalyse et psychoses, Paul-Claude Racamier, Payot, 1992 – 420 pages

Les pervers narcissiques – Qui sont-ils, comment fonctionnent-ils, comment leur échapper ? – Poche Jean-Charles Bouchoux

Événement du blog à venir

Chères lectrices et chers lecteurs,

Cette année (et dans les 3 mois qui viennent maximum) aura lieu le premier événement du blog.
Ce sera un samedi après-midi, à l’abris et avec de quoi ne pas ni mourir de faim ni se déshydrater.

Et, si vous l’acceptez, vous pourrez aussi faire de la recherche avec moi.
😉

Quoi qu’il en soit, que vous soyez mes cobayes ou pas, on pourra parler ensemble. Du blog ou pas. De sciences ou pas.
Vous verrez le lieu est très sympa et ouvre forcément à des tas de questions et des tas d’horizons.

A très vite !

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Image parStockSnap de Pixabay