Le diagnostic n’est pas une baguette magique

Je vois des adultes découvrir leur HPI autour de moi. Principalement grâce à ce blog, d’ailleurs.
Et je constate que la même réaction est présente :

« Je suis HPI ok, c’est bien je ne suis pas anormal-e. Mais je n’ai pas de solution à mes problèmes pour autant. »

C’est un tel désarrois pour elles et eux.
Une souffrance même parfois, une désillusion très souvent.
Ces personnes vont passer le test comme on se jette dans le vide, c’est l’ultime tentative, après ça, il ne semble y avoir plus rien – ou la folie – pour expliquer leur mal-être, leurs « problèmes » comme elles disent.

Alors la réponse fait du bien quand le diagnostic est positif, oui vous êtes différent-e-s et oui tout va bien. Vos souffrances s’expliquent autrement que par la pathologie mentale.
Le diagnostic est formel.

C’est là que le bas blesse. Le diagnostic est une clef de relecture de passé et de compréhension de soi. Une explication sur le pourquoi.
Mais pas la réponse à la question qui semble tant les torturer : comment ?
Comment être au monde avec ce que je suis.

Je suis si désolée et je me sens si impuissante face à leurs difficultés.
Je n’ai jamais ressentis cela, le comment n’a jamais été un problème pour moi. Ma souffrance venait et vient toujours des pourquoi.
J’ai toujours trouvé comment.

Ma clef, c’est l’acceptation par la compréhension. Si je comprends je peux accepter. Si je comprends je peux faire avec. Et faire avec résout le comment.

La seule chose que je puisse tenter pour peut-être aider, c’est de dire comment moi je fais, comment je vis la chose. Peut-être que cela aidera…hein ?

Je disais donc, savoir pourquoi et comprendre les différences qui pouvaient exister entre moi et les autres m’a permis d’accepter.
Ce n’est pas du fatalisme c’est juste l’intégration d’une donnée qu’on ne peut changer.
Je suis comme cela, les autres sont autrement, et malgré toute la peine que ça peut me provoquer, il y a des distances entre moi et les autres qui ne se combleront jamais.
D’accord.
Mes relations avec les autres n’ont pas changées. C’est ma relation à moi-même qui a changé. Je n’étais plus l’anormale que je croyais être. J’étais légitime dans mes pensées comme dans mes émotions. J’avais le droit tout autant que les autres d’être telle que je j’étais.
C’est cette idée qui a changé les choses pour moi.
Il m’est toujours difficile de me lier avec les gens, je trouve toujours la majorité des personnes que je croise/vois/rencontre banale, peu intéressantes, etc. Je m’ennuie toujours autant en société, me savoir  hypersthèse* ne m’a pas rendu les bains de foule ou les transports en commun ou les grande surface soudainement agréables, et me savoir plus intelligente que beaucoup ne m’a rendue moins procrastinatrice pour autant ou plus sûre de moi en société.
Je suis toujours sensible au jugement des autres. Je suis toujours timide, je me remets toujours en question avant même de penser que l’autre pourrait avoir tort…
Bref, rien n’a changé ou presque.

Presque parce que maintenant, tout ça – procrastinatrice, timide, sensible au jugement des autres, hypersthèse* etc – j’ai le DROIT de l’être. C’est normal.

Alors maintenant, avec les autres, plutôt que de me flageller intérieurement, de me culpabiliser et de me maudire d’être une anormale, je m’autorise à être telle que je suis.
Ca n’a pas plus de succès qu’avant, mais moi je le vis mieux.
Les autres me rejettent ? Mais ce n’est pas parce que je ne vaux rien, que je suis anormale ou monstrueuse, c’est juste parce que c’est comme ça.
C’est une histoire de nature et de goût, comme de personnalité.
Il ou elle ne m’apprécie pas, je le/la met mal à l’aise ? Et bien moi je n’aime pas les endives et les neurotypiques me mettent aussi très souvent mal à l’aise.
Et c’est tout.

Si j’ai envie de faire un effort pour aller un peu plus vers cette personne, je le fais. Si ce jour là, c’est ZUT, je suis comme je suis et faites avec, et bien je ne ferais rien.

Le diagnostic n’est pas une baguette magique qui va résoudre spontanément tout vos problèmes ou états d’âmes. Il va simplement les expliquer, au moins en partie.
Il va éclairer votre histoire, passée comme présente. Mais il ne va pas la réécrire.

Ça c’est à vous de le faire. Ou pas. C’est comme vous voulez.

N’oublions pas que le diagnostic ne concerne que vous. Il n’agira pas sur les autres. Enfin si, si vous leur dites, vous verrez qu’il y a tout plein de réactions plus ou moins agréables et drôles.
Mais c’est d’abord une clef intérieure.

Le diagnostic ne viendra pas avec un plan de carrière et l’explication de tous ce que vous considérez comme des échecs dans votre vie, malheureusement.
Parce que, comme toutes choses, tout dans votre vie n’a pas pour origine votre nature entre autre de HPI.
Parce que vous n’êtes pas QUE cela.

Vous êtes -rayez les mentions inutiles et rajoutez celles qui manquent – enfant, parent-e, ami-e, conjoint-e, frère, soeur, artiste, scientifique, drôle, têtu-e, opiniâtre, ambitieu-x-se, radin-e, généreu-x-se, angoisé-e, avanetureu-x-se, mécano, infernal-e, dou-x-ce, gentil-e, déterminé-e, chanteu-r-se, accro aux puzzles, rat de bibliothèque, game-r-use, technophile, technophobe, nul-le en sport, nul-le en maths, nul-le en dessin, insupportable le matin, énergivore pour vos proches, rêveu-r-se, …

Le HPI c’est un peu comme de dire que vous êtes roux : même si on essaie de le cacher, ça se voit un peu quand même. Et ça engendre plein de conséquences dans vos rapports au monde et aux autres.
D’abord, alors que les autres peuvent se tartiner d’huiles et faire la sardine sur la plage, vous, rien que de penser au soleil, vous avez la peau qui brûle.
Ensuite et bien il y a les gens qui seront fous de vous, sans même vous connaitre, juste parce que vous êtes roux, et ça les fait fantasmer.
Et puis ceux qui vous détesterons juste parce que vous êtes roux. Ceux qui vous jalouserons parce que vous êtes roux et pas eux (c’est plus rare mais ça existe).
Et tous les préjugés débiles qui vous sont collés sur le dos, plus sympathiques les uns que les autres : vous puez, si vous êtes une femme vous frisez la nymphomanie, ou vous êtes une sorcière ou les deux (et vous puez aussi hein faut pas croire).
Vous aurez aussi droit à toutes les réflexions débiles sur les tâches de rousseurs.
Et oui, ça fait partie de vous, ça impacte et explique plein de choses sur vous mais de le savoir ne résout pas vos problèmes relationnels.

C’est un peu pareil pour le HPI.

La clef, la seule véritable clef, c’est vous. 🙂
Vous avez les ressources intérieures pour trouver votre équilibre et votre solution. Peu importe le temps que vous mettrez, c’est votre temps. Vous n’avez pas à culpabiliser de ne pas avoir immédiatement la réponse parce que vous croyez que d’être intelligent devrait vous servir précisément à cela.
C’est un cliché sur l’intelligence.

Le diagnostique apaise, il rassure ou effraie un peu, il donne des réponses aux « pourquoi » un peu.
Mais le comment, c’est à vous de le trouver. Et vous pouvez le faire, je vous le promets.

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3 réflexions sur “Le diagnostic n’est pas une baguette magique

  1. Jarod dit :

    Je pense que ça dépend de l’état d’esprit de chacun(e) au moment de se décider à passer le test, je sais que dans mon cas par exemple c’est l’exaspération et l’accumulation des différences et des incompréhensions au fil des années qui m’y a poussé, à la recherche d’une explication en somme (même si je me doutais du résultat, il me semble impératif de solliciter l’avis d’un test standardisé exécuté par un professionnel, afin d’avoir un avis le plus objectif possible).

    Maintenant que je sais à quoi m’en tenir et que j’ai lu plusieurs ouvrages consacrés à ce sujet, découvrant au passage l’hyperesthésie (« tiens donc, ça explique bien des choses ») ou les sources possibles d’incompréhension (« ha, c’est donc pour ça »), ben je le vis beaucoup mieux. Comme toi, je me suis enfin autorisé à être « moi » et je suis passé à autre chose – sans pour autant oublier ces précieux enseignements.

    Je pense également que le diagnostic, bien plus qu’une explication, est un « filtre » de lecture/interprétation (pas que du passé d’ailleurs, on l’utilise tous les jours à moins de vivre isolé) et non une solution miracle, encore faut il faire le travail d’analyse qui en découle et ne pas se satisfaire d’une solution partielle (« c’est pas ma faute, c’est la leur ») qui ne satisfaira personne, à commencer par soi même.

    C’est aussi, à mon sens, une erreur de faire de cette particularité (et plus généralement, de toute particularité) le centre de sa vie et/ou la clé de voûte de sa personnalité : comme tu dis, nous ne sommes pas « que » ça – néanmoins je pense que c’est une étape normale dans la progression de l’analyse et de l’acceptation de soi, qui durera plus ou moins longtemps selon le cheminement mental de chaque personne. Loin de représenter une conclusion/arrivée, le résultat du test n’est qu’une étape qu’il faut savoir dépasser.

    Enfin… Comme toujours en matière de développement personnel on peut guider les personnes et tenter de les orienter dans la bonne direction, mais pas faire le travail à leur place 😉

    PS: Je vais faire mon Sheldon, mais diagnostic ça prend un « c » :p

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  2. Melly dit :

    Bonjour, je découvre votre blog et j’aime beaucoup!
    Je rebondis juste sur la métaphore du roux (très parlante en effet). J’utilise personnellement celle du gaucher. La visibilité est plus proche, on peut essayer de le cacher en utilisant la main droite mais on y perd tant, comme un hpi qui se bride. Il y a « de plus en plus de gaucher » depuis quelques décennies uniquement parce qu’enfin on les autorise à exister. Ils etaient déjà plus d’un quart de la population mais brimés, « contrariés » comme disent élégamment les droitiers. La société est et reste faite pour les droitiers, si on regarde un peu c’est fou la quantité de petits détails qui ne sont pas « mixtes ». Ça demande une très forte adaptabilité en permanence. Fonctionnement du cerveau différent également etc. la métaphore est riche.
    My 2 cents

    Melly

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