Retour sur l’émission Mille et une vies « Comment vivre lorsque l’on est surdoué ? »

Avant que je ne réponde par une boutade, voici le lie de l’émission :

 

D’abord, un petit retour sur l’émission.

Comme d’habitude, une jolie émission qui respecte ses invité-e-s et le sujet dont ils et elles viennent parler.
J’ai regretté que cela soit pls centré sur les ados, et aurait aimé entendre d’avantage Sophie, qui a découvert son HPI à 40 ans.

L’excellente surprise fut pour moi les interventions de Mme J.Siaud-Facchin (JSF dans la suite de l’article).
Je ne m’en suis jamais cachée, je ne suis pas celles qui sont sensibles à l’approche de Mme JSF sur le sujet de la douance.
Je ne m’étalerai pas ici sur le pourquoi, mais si vous me demandez, je vous répondrai avec plaisir.
J’admets donc avoir été dans mes petits souliers lorsque j’ai appris que Mme JSF était également invitée de l’émission.

Et bien, mal m’en a pris, car j’ai été figurativement percutée par ses interventions.
D’accord, pour être honnête, j’en ai versé quelques larmes là ! C’est vite passé, mais j’ai été très touchée.

Alors je peux être aussi pas en accord que je veux avec une conception de la douance qui me semble un peu « fluffy », mais en attendant, Mme JSF a eu des paroles d’une justesse, d’une compréhension et, oui, d’une douceur qui m’ont beaucoup étonnée et touchée.

Elle a notamment souligné l’injustice patente dont pouvaient souffrir les surdoués à savoir qu’ils et elles étaient comme tenus à la réussite – puisqu’ils/elles sont surdoué-e-s – mais n’y avaient pourtant pas droit.
La phrase donnait quelque chose comme cela : « Les surdoués aussi ont le droit de réussir ».

C’est bête n’est-ce pas ? Mais c’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée.

Je suis donc ressortie de cette émission avec une compréhension plus juste (dans le sens de plus équitable) je crois, du travail de Mme JSF.
Si je ne suis pas en accord avec sa conception et son abord de la douance, je ne peux que lui reconnaître une compréhension et empathie certaine avec au moins certains tourments que peuvent rencontrer les surdoués. Et c’est suffisamment rare pour être apprécié ET souligné.

Je vous invite à écouter et visionner la première heure de l’émission, et découvrir ces douces familles, qui font de leur mieux avec ce qu’elles ont et ce qu’elles n’ont pas. 🙂

Les mêmes commentaires ridicules…

Lors de mon propre passage  à cette émission , certains commentaires m’ont complètement étonnée.
Je ne m’attendais évidemment pas à des salves de compliments, j’étais même préparée à tout un tas de désagréments plus ou moins grands, mais je dois admettre que je n’en avais pas prévu certains.
C’était ceux qui venaient supposer et critiquer…mon appartenance sociale et mon droit -qui en découlait visiblement – à souffrir ou pas.

Ainsi, quelques commentaires disaient en substance que l’émission « n’invitait que des bourges » ou que mes problèmes étaient ceux « d’une pauvre petite fille riche » qui « ne sait pas ce que c’est que de souffrir ».

J’en ai été estomaquée.
Je ne voyais pas comment on pouvait supposer de quoi que ce soit quant au niveau de vie de mes parents ou de moi-même avec cette émission. Et je ne comprenais pas non plus en quoi, « si on avait de l’argent », on ne connaissait pas la souffrance humaine…

Et bien figurez-vous que j’ai vu exactement le même genre de commentaires suite à l’émission et aux témoignages de Justine et Constant !
Sur Twitter, le tweet a du être supprimé je ne trouve que ma réponse à ce dernier, quelqu’une qui me dit que « c’est quand même des problèmes de bourges tout ça ».

Quelle drôle d’idée que seule une certaine catégorie de personne puisse avoir le droit de souffrir ou d’avoir des soucis…

Ce que tout ça m’évoque

Un grand plaisir de voir le sujet de nouveau traité. 🙂
Bon, on aurait encore pu faire mieux en ne parlant pas des problèmes. Mais chaque chose en son temps, je suppose.
Laissons le temps aux gens de se faire à l’idée que déjà nous existons et avons le droit d’exister dans notre différence.
Ensuite, on tachera de leur faire comprendre qu’on va très bien, ou au moins pas plus mal qu’eux fondamentalement, et que c’est juste l’étroitesse d’esprit de cette société qui nous met à mal.

On va y arriver, à force. 🙂

Retour sur l’émission -« Les cerveaux » sur TF1 – 11 février 2017

C’est donc officiel, l’intelligence est à la mode dans les media (sans « s » parce que media est déjà le pluriel de medium en latin) cette saison 2016/2017.
Enfin, « intelligence »…

Hier (le 11 février 2017) TF1 proposait une émission au titre tapageur « Les cerveaux ». Cette émission déclarait tester les différents types d’intelligences chez des candidat-e-s présélectionné-e-s par une batterie de tests appropriés.

Les intelligences « testées » par l’émission étaient « l’intelligence visuelle, l’intelligence musicale, l’intelligence corporelle, l’intelligence logique, l’intelligence verbale et l’intelligence sociale ».

Cliquez sur l’image ou copier/coller le lien pour visionner l’émission :

Le principe de base :

Vous l’aurez probablement deviné, l’émission s’inspire de l’hypothèse des intelligences multiples de Howard Gardner.
Je vous avez déjà proposé un résumé de cette hypothèse (et non théorie, une théorie étant étayée par des arguments et des expérience et surtout validée par les pairs du domaines. Une hypothèse étant une suggestion, qui n’est pas forcément juste ou vérifiée. Malheureusement l’usage galvaudé et quasiment indifférencié des mots théorie et hypothèse dans la vulgarisation du savoir fait beaucoup de mal aux savoirs effectifs…) dans ce blog, mais vous trouverez d’autres articles facilement sur le web.
Pour aller directement à la source je vous conseille l’ouvrage en français, et actuel (c’est rare, les derniers ajouts de l’auteur à son hypothèse datant de 1993 !), suivant :

Ceci étant établi passons à mon analyse (et critique soyons honnêtes) de l’émission.

De l’imprécision, du n’importe quoi, mais avec des décors et des lumières.

  • Une erreur de concept de base

L’émission démarre avec une affirmation fausse à savoir « nous avons plusieurs types d’intelligence ».
Non.
A ma connaissance (et si je me trompe, je vous encourage à me le dire et à me donner le lien de la publication en question) la science n’a jamais prouvé l’hypothèse de Gardner, aussi il est incorrect d’affirmer que l’on possède plusieurs types d’intelligence.
Tout au plus pouvons nous dire que nous pensons correcte l’hypothèse de Gradner, mais c’est tout.
Ceci est un exemple de ce qui pourrait passer pour de la pinaillerie aux yeux des certains neurotypiques, et qui pour l’AHPI que je suis, revêt un caractère fondamental dans l’émission. En effet il s’agit de définir le concept même sur lequel repose toute l’émission, démarrer sur une erreur est à mon sens considérable.

  • Une définition des « types d’intelligence » bancale.

Selon l’hypothèse de Gardner, nous posséderions huit types d’intelligence (huit et demi même parait-il). L’émission n’en propose que six.
Je tente ici de faire une correspondance entre l’hypothèse de Gardner et les types d’intelligence proposés par l’émission « Les cerveaux ».

capture

Comme vous le voyez, il n’y a pas de correspondance exacte entre chaque type d’intelligence.

A commencer par l’intelligence visuelle, qui ne se retrouve pas chez Gardner, et qui, telle que proposée par l’émission « Les Cerveaux » n’est pas de l’intelligence mais de la mémoire tout bêtement.
Cette « intelligence visuelle » m’a d’ailleurs provoquée cette remarque : « Donc, si on leur bande les yeux à ces gens, ils ont le QI d’une huître, mais les yeux ouverts ce sont des génies ? ».

Ce que j’ai évidemment décliné à loisir pour chaque type d’intelligence soi-disant.
Là, oui, c’était de la mesquinerie. Mais ça m’a faite rire.

Mais revenons à ces types d’intelligence proposés par l’émission.
Quant on analyse les épreuves, on se rend compte qu’en fait, il ne s’agit de rien d’autre que de la mémoire, de la vitesse de traitement, et de la coordination visuo-motrice.

Ex : « intelligence visuelle » de l’émission est en fait de la pure mémoire dite « visuelle ».

« L’intelligence musicale » est en fait là aussi de la mémoire dite « auditive », et les épreuves ne faisaient que mesurer la capacité de mémoire de travail (le nombre d’informations que l’on peut retenir au maximum) et éventuellement la discrimination grave/aïgu. ce qui ne relève pas tellement de l’intelligence, mais plutôt de la sensibilité auditive et ça c’est purement physiologique (les cils dans les oreilles, les osselets marteau enclume tout ça.)

« L’intelligence corporelle » mettait à l’épreuve en vérité les capacité visuo-motrices et la proprioception (les pauvres messieurs, rien qu’à les voir j’avais la nausée comme eux !).

« L’intelligence sociale » était le summum du n’importe quoi.
Un coup il s’agissait pour l’émission d’identifier des émotions « vraies ou fausses » c’est à dire feintes ou spontanées, mais uniquement sur des photos. Puis il s’agissait d’estimer l’âge de personnes costumées et maquillées pour la scène et/ou le plateau.
Pour ce qui est d’identifier des émotions, on appelle cela l’empathie. C’est certes une capacité cognitive, mais ce n’est pas du domaine de l’intelligence stricto-sensu.
Ensuite, l’épreuve de reconnaissance des émotions, même si elle s’inspire de test psychologiques réels pour aider au diagnostique notamment de l’autisme, était complètement fallacieuse à mon sens. * (voir en bas de page)
Reconnaitre des émotions est une chose, l’intelligence sociale telle que définie par l’émission « savoir être avec les autres » c’est autre chose.
Est-ce que quand dans la vie on « est avec les autres », on ne côtoie que des photos figées et uniquement des visages ? Non, on côtoie des personnes entières et animées, et la lecture ou reconnaissance des émotions passent par une multitude de facteurs comme le langage corporel, le contexte social, l’environnement, les normes sociales et culturelles…
Bref estimer si un sourire est « vrai ou faux » sur une photo est une très belle capacité, et qualité, mais de là à parler d’intelligence et à dire que ce que proposait l’émission sur le sujet était cohérent, il y a un abîme que je ne franchirai pas.
Enfin, je n’ai pas compris le rapport entre l’intelligence sociale, qui dixit la présentatrice, est la capacité à communiquer avec les autres et reconnaître leurs émotions, et le fait d’estimer de façon juste l’âge de quelqu’un-e. Quelqu’un-e maquillée pour un plateau télé en plus !
Quand on sait ce que des techniques de maquillage comme le contouring peuvent faire, on comprend comme l’épreuve proposée est ridicule.

« L’intelligence verbale » qu’on pourrait prendre, à cause de son nom, pour un Indice de Compréhension Verbale, est en fait pour l’émission la capacité à jouer avec les mots.
En somme, à faire des rébus.
Ce qui en fait, fait appel à la logique, à la manipulation de concepts abstraits, et aux codes.

« L’intelligence logique » enfin, est la moins bancale du lot. C’est bien d’indice logico-mathématique dont il est question dans les épreuves du même nom dans l’émission.

Finalement, on réalise que ce qui est mis à l’épreuve dans cette émission est en fait précisément ce qui constitue l’intelligence telle que mesurée par les tests psychométriques : mémoire de traitement, vitesse de traitement, raisonnement perceptif, compréhension verbale.
La seule qui soit définie et reconnue par la science à ce jour de façon unanime et (é)prouvée.

  • Des tests de sélection inappropriés

Lors des portraits de chaque participant-e-s, on nous montre des extraits de leurs performances aux tests de sélection.
Et, si vous êtes comme moi, vous vous êtes demandé-e plus d’une fois pour quel « type d’intelligence » les tests étaient passés.
Par exemple, quand la « championne de l’intelligence visuelle » passe les tests où elle a été la plus performante, on la voit remplir des béchers et faire passer un œuf dur dans un erlenmeyer. Ce sont des « casse-têtes » de logique, qui font appel à des notions de physique. N’importe quel-le-s curieu-x-se de sciences, ou même qui a simplement feuilleter un Picsou magazine ou un Science et Vie Junior ou Okapi ou même lu le dos d’une boite de céréales dans ses jeunes années connait ces expériences.
Et je ne vois pas en quoi il s’agit d’épreuve « d’intelligence visuelle ».

Puis, plus tard, on voit les candidats au titre de champion de l »intelligence corporelle » passer exactement la même épreuve de l’œuf, puis celle d’équilibre d’un marteau et d’une règle en bois… Des casse-têtes de physique donc. Encore.
En quoi est-ce cohérent de les voir passer les mêmes épreuves que la championne de la mémoire visuelle ?
Même si tous les candidat-e-s ont passé toutes les épreuves, le but des portraits est de montrer les champions dans leur domaines d’excellence.
Il faudra donc m’expliquer.

Pour ce qui est de l’intelligence musicale, on voit que la sélection se fait sur un jeu qu’on a TOU-TE-S eu entre les mains, et qu’on  tou-te-s voulu jeter par la fenêtre de frustration ou d’ennui : le bidule rond, plat, avec quatre touche de couleur qui chacune produisent un son passablement désagréable et différent.
Le but étant de reproduire la plus longue séquence musicale/visuelle possible.
Pour une épreuve étant censée avoir un lien avec la musique, 4 notes, ça me semble moyen.
Et en plus, l’objet support permet de faire appel à la mémoire dite visuelle en plus de la mémoire auditive. On fait mieux comme critère clair de sélection.
Qu’en sait-on que c’est uniquement grâce au son que les candidats ont pu réussir ? Cela pourrait très bien résulter de la combinaison son/couleur.
Même si, on s’en doute, il y avait d’autres épreuves de sélection, celle-ci témoigne du grand bloubiboulga conceptuel de cette émission.

Quant aux tests pour l’intelligence verbale, ils m’ont laissée perplexe.
Même si évidemment, résoudre des rébus c’est jouer avec les mots aussi, je me demande bien en quoi ces rébus-là faisaient appel à l’intelligence verbale telle que décrite dans l’émission (la capacité à bien s’exprimer, l’apanage des avocats et des présidents de la république).
Si vous avez une réponse, je serai ravie de l’entendre !

Et un peu de réification des femmes et une injustice notoire avec tout ça !

En plus de l’imprécision et des incohérences notoires, je retiens de cette émission deux choses qui m’ont profondément agacées.

L’épreuve de « logique ».
Par logique, on s’attend à avoir des épreuves de types suite logique à compléter, ou lien logique à trouver.
On a eu du calcul mental.
*soupir*
Mais, admettons, c’est comme cela qu’ils ont présenté « l’intelligence logique », en fait c’est le goût et la facilité avec les chiffres et le calcul mental.
Pour le calcul mental, on s’attend donc à ce qu’on présente brièvement des chiffres aux candidat-e-s , et qu’on leur demande d’effectuer des opérations mentales avec.
C’est effectivement ce qui a été fait.
Mais…

Mais des gens hautement créatifs, et manifestement brillants, on pensé que ce serait quand même très pertinent et utile que de présenter les chiffres en questions sur des femmes quasiment nues et qui dansent.
Bah oui, calcul mental, femmes presque nues, logique.
Pure logique.

DE-SES-POIR !
Lors de la seconde phase de jeu, une question portait sur la discrimination droite/gauche (les direction, pas les orientations politiques).
Puis, dans la même phase de jeu, on demande de bien regarder une pose de danse et de repérer le nombre de fois où cette pose apparaît dans la chorégraphie. Puis de multiplier ce nombre par un autre donné et de donner le résultat.
Bon.
J’ai joué le jeu, et j’ai bien fait attention de ne compter que ce qui correspondait EXACTEMENT à la pose en question, avec le bras droit levé et le bras gauche baissé.
Je vois que seul le plus jeune des candidat-e-s à eu la même démarche, ce qui me fait sourire puisque ce jeune garçon s’avère être HPI lui aussi.
Je m’attends à ce que seul lui ait le point.
ET NON !
Alors là d’un coup, la gauche et la droite, on s’en fiche. On compte une pose, même si les bras sont inversés.
(Il faut regarder l’émission pour me suivre là, désolée.)
Alors je m’insurge.
Si en danse, quelle qu’elle soit, lever le bras droit ou gauche était la même chose, ça se saurait.
J’ai plus de 20 ans de danse classique au compteur et croyez-moi, la droite et la gauche ce n’est PAS la même chose !
Le jeune Cyprien a eu la même réaction choquée que moi, et je le soutiens totalement. On lui a volé un point. Et on en a donné un de façon totalement injuste et incohérente aux autres.

Incohérence, injustice !

Oh et puis, pour la dernière épreuve avant la finale, ils auraient pu au moins changer le puzzle à faire à chaque question. Parce qu’au bout d’un moment, faire le même puzzle trois fois de suite, ce n’est plus exactement une difficulté…

Conclusion 

Pour être honnête, l’émission était un divertissement acceptable, même si le niveau était de l’ordre des rébus, labyrinthes et jeux des 7 différences au dos des boites de céréales.
Simplement, l’émission aurait largement gagné à ne pas vouloir se donner des airs plus sérieux que ce qu’elle n’était en réalité.
On se serait aussi largement passé d’affirmations aussi fausses que mal venues, des imprécisions et incohérences, et du sexisme.

 

*Je vous joins ici un lien pour faire un test de l’université de Geneve sur la reconnaissance des émotions. Amusez-vous bien !