Parcours Professionnels de surdoué•e•s

J’en ai parlé sur Facebook, j’en ai parlé sur Twitter, et enfin je rentre chez moi et je peux en parler ici !

Je vous avez dit il y a quelques temps, que j’avais tourné une petite interview avec Laure Mariet pour sa série de vidéo « Parcours Professionnels de surdoués ».

La voici la voilà, toute chaude ou presque !

 

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Les études épisode 6 – L’évaluation par les pairs.

Avant toutes choses, je tiens à faire cette déclaration : je ne suis pas prête pour mes examens qui ont lieu dans 15 jours. Pas du tout. Du tout.
Voilà, ceci étant établi, passons au sujet du jour.

L’évaluation par les pairs

Dans le petit monde des sciences, l’évaluation par les pairs est une chose courante. En fait c’est même une pierre angulaire de la recherche.
Je m’explique.
En sciences, ce qui fait avancer le schmilblick et qui permet aux laboratoires de recherche d’avoir plus de sous, ce sont les sacro-saintes publications. La publication scientifique, c’est la façon qu’on les scientifiques de communiquer leurs trouvailles (comprendre travaux de recherche).
La publication scientifique a ses règles, on n’écrit pas juste « Whouhou ça y est j’ai trouvé ça ! » pour pouvoir espérer être publier dans des grandes revues scientifiques comme Nature par exemple (la biologie étant mon premier amour universitaire, Nature est LA référence de publication pour moi. Mais chaque domaine des sciences à SA référence de publications).
En plus du format particulier d’un article scientifique (aussi appelé publication scientifique) les règles de soumissions sont très précises.
Pour espérer pouvoir voir ses travaux publier, il faut passer deux étapes cruciales, en plus de celles d’effectivement trouver quelque chose à dire.
Lorsque l’on envoie son papier, il passe entre les mains d’une sorte de jury, constitué de…pairs !
Un•e qui est rattaché•e à la revue en question. Il/elle en connait les lignes éditoriales et en somme il/elle peut décider si, en plus de la cohérence de votre recherche, votre article peut être publier tel quel ou avec modifications dans leur jolie revue.
Cette personne est en charge de choisir deux ou trois autres personnes, scientifiques du domaine auquel se rapporte votre article, pour qu’elles effectuent une lecture critique de votre article. Comme en générale, ces personnes sont donc des concurrentes, elles gardent l’anonymat.

Et c’est ça, le « peer-revue » in english ou « évaluation par les pairs ».

Cette année, dans une des matières proposée au choix, nous avons donc l’opportunité de nous livrer à cette exercice. En tant que correcteur ou correctrice mais aussi en tant que celle ou celui qui soumet son papier.

C’est une horreur.

Si, si, je vous assure, c’est une horreur.

L’impression d’illégitimité totale

Le principe :
Nous remettons un premier jet d’article (en version initiation à la recherche, autant vous dire que c’est léger comme contenu comparé à un véritable article) et deux étudiant•e•s ayant choisi la même thématique de recherche que nous se voit attribuer notre devoir à évaluer.
Dans le même temps, chaque étudiant•e•s ayant soumis son devoir à l’évaluation par les pairs se voir confier deux devoirs de deux étudiant•e•s différent•e•s pour le évaluer.

En tant que celle qui soumet son travail à l’évaluation des autres, je le vis très bien.
J’ai l’outrancier orgueil de me dire que moi je suis issue d’un cursus universitaire préalable de science « dure » (enfin la plus « molle » des « dures », la biologie. Oui le monde des sciences a aussi ses « populaires » et ses moins populaires) et que moi, je sais ce que c’est qu’une démarche expérimentale scientifique. Donc, l’avis de personnes qui découvrent ça cette année, ça ne me perturbe pas beaucoup.
Bon même si, je l’admets, j’ai dû faire le deuil préalable de presque 6 points sur ma notes finale.
Parce que voyez-vous, cette évaluation par les pairs compte pour 6 points dans notre note finale.
(Sauf qu’en écrivant ces lignes, je me souviens que notre propre travail d’évaluation est évalué par les professeurs, ce qui fait que peut-être notre note n’est pas celle que les autres nous donneront, mais celle que les professeur donneront à notre propre travail d’évaluation. Auquel cas je suis très tranquille, j’ai fait un travail tout à fait sérieux et honnête.)

En tant que celle qui évalue, c’est l’horreur.
Nous avons beau avoir des critères d’évaluation, je ne me sens absolument pas légitime ni compétente pour noter mes camarades de classe.
D’autant plus que, pour ceux que j’ai eu à corriger, leur devoir n’est même pas complet. Je me retrouve à devoir évaluer une expérience qui n’a même pas de résultats et pour les deux, même pas de méthode de traitement des dits résultats.
C’est donc franchement compliqué.

Quand bien même j’ai réussi à me conformer strictement à ce qui était donné comme critères d’évaluation, les résultats obtenus me semblent terriblement sévères.
Ils sont cohérents, justifiés et argumentés, mais tellement…bas !
J’avais pour secrète ambition de ne pas mettre une note en dessous de la moyenne (nous devions noter de 1 à 6. Je m’étais donc promis de ne pas mettre une note en dessous de 3,5/6. Si parce que comme le 0 n’est pas possible, la note médiane est 3,5).
Sauf que j’ai du mettre un 3,3/6.
Et ça me tarabuste.

Même si je sais que mon évaluation est honnête, qu’elle est bien argumentée et justifiée, il n’empêche que je ne me sens pas le droit de juger comme ça la qualité du travail d’un•e autre étudiant•e de même niveau que moi.
Je ne me sens pas légitime à le faire.

Mais je ne peux pas mettre 6/6 partout parce que ce ne serait pas juste.
C’est aussi un exercice, une partie d’examen, et ça doit être traité sérieusement et rigoureusement pour que tout cela ait du sens et de la valeur.
Mais bon sang, c’est difficile.

Tambouille personnelle de notation

En plus, la grille de notation n’étant pas explicite, j’ai dû construire un système de notation qui me paraissait aussi cohérent et juste que possible.
J’ai donc pris la liberté de donner des demis point voir des quarts de point.
Et encore une autre manipulation mathématique qui me permettait, à mon sens, d’être le plus exhaustive possible dans ma revue de critère d’évaluation.

Mais je ne sais même pas si c’est permis. Rien n’est indiqué à ce sujet nulle part.
BREF !

Je prie seulement pour que, de même que dans le véritable procédé d’évaluation par les pairs, les évaluateurs et évaluatrices demeurent anonymes, parce que j’ai un peu peur pour moi.
Les notes que j’ai donné ne sont pas inférieures à 3,3/6, mais depuis l’accueil infernal qui m’a été réservé l’an dernier suite aux résultats de l’épreuve de statistiques (la petite histoire est ici ) j’ai peur de TOUT ce que je fais ou dit dans le cadre de ma « classe ».
Cela fait remonter de vieux souvenirs de collège et ce n’est pas franchement agréable.
Tant les souvenirs eux-même, que la triste constatation qu’une part de moi est toujours la petite fille terrifiée par les autres et qui ne sait ni quoi faire ni quoi répondre face à leur agressivité et leur rejet…alors que j’ai 32 ans !

Le mythe de l’effort

Je discutais hier avec ma meilleure amie  (qui passe un de ses examens de L1 psycho ce soir : GO Siter GO !!!) et l’on se marrait comme des baleines en échangeant sur notre incapacité mutuelle, partagée et inconnue jusqu’alors dans son caractère partagé, de nous mettre à travailler avant le dernier moment. Mais aussi de notre difficulté à produire suffisamment de contenu pour satisfaire nos professeur•e•s lors de nos productions écrites de types explications, démonstrations.
Et, malgré cela, l’une comme l’autre nous en sortons correctement aux examens. Voir carrément brillamment (c’est à dire avec des notes à partir de 17/20).
Bon entre vous et moi, personnellement, je suis beaucoup plus abonnées au 14/20 « sans efforts » qu’aux 19/20 sans efforts. Étrangement j’ai augmenté ma moyenne en augmentant de niveau scolaire : j’étais plutôt à 12 ou 13/20 « sans rien faire » en collège lycée, puis 14 ou 15/20 en université. Bref !)

Entre deux éclats de rire, cela m’a amenée à évoquer la culpabilité que cela pouvait provoquer, notamment chez moi.
Je me sens, encore aujourd’hui, coupable de « ne pas travailler assez ».
Ceci pour deux raisons.
La première parce que, comparativement aux autres élèves des classes que j’ai pu traverser (et quand je pouvais avoir accès à la somme de travail qu’ils et elles effectuaient) je travaillais nettement, mais alors nettement moins. Pour certaine matières on frisait le pas du tout (Français par exemple).
La seconde est plus récente, je me sens coupable de ne pas faire mieux.
Après tout je suis surdouée non ? Je devrais faire mieux. Je devrais avoir au moins 18, 17 si je suis malade, parce que je suis surdouée. Ça devrait être facile pour moi, et je devrais avoir de bons résultats.
Sinon quelque chose cloche non ?

Cette (délicieuse) conversation m’a donc amenée à réfléchir un peu plus sur ce que j’ai rebaptisé « le mythe de l’effort » appris à l’école.
C’est donc à ma meilleure amie que vous devez cet article. Gloire à elle !

Le mythe de l’effort, apprentissage précoce

On nous le dit très tôt, dès la primaire : il faut travailler pour réussir. Et il faut bien travailler. Travailler pour avoir de bonnes notes. Faire des efforts.
Et plus vous progressez dans votre scolarité (en cursus général du moins) plus on vous le rabâchera et plus l’exigence se fera pesante.
Il faut TRAVAILLER !
Quand est arrivé le bac, j’étais dans un lycée (absolument gé-ni-al. J’ai adoré mes années lycées, mon lycée et quasiment tou•te•s mes profs. En particulier Mme Bouchard prof. de lettre classiques latin-grec-français et M Bret, prof. de biologie. Je vous AIME ! ❤ ) qui avait pour ambition de préparer ses élèves à réussir les concours d’entrée aux grandes écoles de France et aux plus prestigieuses classes préparatoires.
Donc le bac, c’était un peu caca en fait.
Résultat, il fallait travailler. Fort, dur. Suer sang et eau parce qu’on était pas là pour faire tapisserie !
C’était Rambo version lycée, avec des encyclopédies à la place des altères et des tableau noir ou blanc à la place du sac de sables. (En terme d’ambition, parce qu’en terme d’ambiance, c’était trop bien. ^^)

Et pendant que mes ami•e•s ne voyaient pas la lumière du jour durant le mois précédant les épreuves du bac (donc une période allant de début mai à mi juin grosso modo) à bachoter jusqu’à ce que mort s’en suive, moi je répétais mon gala de danse classique.
J’avais TROIS rôles dont UN SOLO. Non mais c’était la GLOIRE pour moi. J’avais UN SOLO ! Sur POINTES ! J’étais à ça d’être danseuse étoile quoi.
J’ai donc fait des choix.
Un jour je vous raconterai peut-être comment s’est passé mon baccalauréat. C’était drôle. ^^

Donc alors que mes ami•e•s suaient sang et eau en visant une mention, moi j’enchaînais les entrechats (3 et 4) et je laissais traînais sur le banc à côté du piano 4 leçons d’histoire. Parce que c’est la seule matière que j’ai daigné réviser. Mais seulement 4 chapitres, faut pas pousser non plus.

A l’époque déjà j’étais en proie à ces sentiments paradoxaux qui étaient d’assumer totalement mes choix d’impasse et de non-travail, et la culpabilité de ne pas travailler. Néanmoins, si je tentais de me forcer à travailler, j’étais absolument non productive. J’aurais même presque juré que mes connaissances diminuaient.

Je me retrouvais donc comme coincée, entre une injonction à travailler et la peur de l’échec (parce que si j’assumais de ne pas travailler, je n’étais pas naïve ou sûre de moi au point de me dire que j’allais décrocher mon bac sans problème comme ça), et un espèce de fonctionnement étrange qui faisait que j’étais incapable de me forcer à travailler, ou de me mettre spontanément à travailler avant le dernier moment.

Je culpabilisais donc.
Et j’avais peur.

Puisque mes professeur•e•s me l’avaient répété et répété encore, il faut travailler !

Sans efforts, la réussite est considérée comme illégitime

Le pendant de cette exigence à l’effort est que si jamais il y avait réussite sans effort, alors cette dernière n’est ni méritée, ni justifiée, ni légitime.
Sans efforts, pas de réussite, pas de mérite et pas de gloire.

Et en France, il semble que l’on soit particulièrement friand de cette pensée. La réussite ne semble acceptable, noble, propre, que si elle est le fruit d’un effort jugé proportionnel à la réussite.
C’est, je crois, hérité de l’esprit révolutionnaire, à bas les privilèges tout ça.

Résultat, ce phénomène est le terreau fertile et la nourriture idéale au complexe de l’imposteur•e : Puisque pour réussir il faut travailler, que moi je trouve que je n’ai pas (beaucoup ou du tout) travaillé, alors je n’ai pas vraiment réussi. Ou ma réussite est forcément due à autre chose qu’à moi. Puisque je n’ai pas la condition sine-qua-non pour réussir, c’est à dire le travail, l’effort.

C’est absolument aliénant. Limitant. Voir souffrant.

Je lutte encore avec cette culpabilité ancrée profondément en moi, avec ce jugement intérieur qui me dit que je ne travaille pas assez, que je ne suis pas à la hauteur de mes prétentions. Que je ne mérite pas d’être surdouée, que je ne suis pas à la hauteur des autres surdoué•e•s. (C’est complètement stérile comme jugement, mais j’y travaille.)

Résultat, je – et je suppose d’autres – me retrouve piégée par cette culpabilité qui me paralyse et me fait douter de tout ce que je fais et de tout ce que j’obtiens.

Se libérer du mythe, et comprendre quelle réalité il illustre

A toutes celles et tous ceux qui se retrouveraient dans une situation semblable à la mienne, je vous encourage : Libérez-vous du mythe !

C’était mon moment  « Gourou d’un mouvement développement personnel new-age toutpourri. »

Plus sérieusement, je vous encourage vivement à travailler à vous libérer de ce qui, dans notre cas, est une injonction fausse et limitante.

Mon premier pas sur ce chemin a été de lire le livre de Béatrice Millêtre qui explique très bien comment le fonctionnement cognitif particulier des surdoué•e•s fait qu’il est inutile et stérile de vouloir leur appliquer une méthode « traditionnelle » de production intellectuelle quelle qu’elle soit.

Mais lire un ouvrage, aussi grand soit l’écho qu’il provoque en soi, ne suffit pas à défaire des années d’injonctions. C’est donc un travail de tous les jours.
A fortiori quand vous êtes en train de faire vos études, et que parmi vos « camarades » de classe, certain•e•s  semblent s’être donné comme objectif de vous prouvez que vous valez moins qu’eux/elles ou que vous n’êtes pas à la hauteur du don que vous avez reçu à la naissance. (Commentaire purement subjectif pour vous transcrire l’état d’esprit déplaisant dans lequel je peux me trouver parfois.)

Je crois qu’il faut commencer par comprendre que cette injonction au travail est au départ un conseil judicieux et véridique pour la plupart des gens.
Et, en vérité, il l’est aussi pour nous, surdoué•e•s parce que nos capacités cognitives ne font pas de nous des personnes avec la sciences infuses.
Il faut travailler pour acquérir des nouvelles connaissances, des nouvelles compétences, et pour améliorer les unes et les autres.
C’est comme ça.

Néanmoins, je crois qu’il y a une nuance à apporter. Si nous devons travailler, et faire des efforts, sans doute ne devons nous pas le faire dans les mêmes proportions et sur les mêmes choses que la plupart des gens.
Et cette petite subtilité fait toute la différence.

Finalement, l’écueil n’est pas dans le conseil de l’effort et du travail pour réussir. Parce que ceci reste une vérité.
Il est, je pense, dans le fait d’appliquer la même échelle et le même référentiel à toutes et tous, et en particulier aux surdoué•e•s.

On n’attendra pas d’une personne avec déficience mentale de fournir les mêmes efforts pour les mêmes résultats qu’une personne sans déficience mentale.
De même il est illusoire d’attendre d’une personne surdouée les mêmes efforts pour les mêmes résultats qu’une personne qui n’est pas surdouée.
Ou, on ne demandera pas les mêmes efforts et les mêmes résultats à une harpiste concertiste qu’à un étudiant en première année de solfège et de cours de musique.

Découvrir, connaitre et accepter son propre fonctionnement. Sans jugements.

Pour un•e adulte surdoué•e qui se découvre surdoué•e tardivement, cela peut représenter un tour de force. Parce qu’il faut non seulement accepter que l’on fonctionne différemment (ce qui est valable pour tou•te•s surdoué•e•s) mais aussi, défaire toutes les constructions et jugements préalablement élaborés sur soi-même.
Et ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple !

Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse de déconstruire des idées inadaptées sur soi-même ou de découvrir ou se réconcilier avec son fonctionnement naturel, cela demande de s’écouter.
De s’observer, sans jugements si possible, un peu comme on mènerait une phase d’observation dans une expérimentation dont on serait le sujet.

Se regarder, s’observer.
Et vraiment, éviter les jugements. En bien comme en mauvais.
Parce que s’auto congratuler ou bien s’auto-flageller sur son fonctionnement avant de l’avoir analyser, n’est pas la meilleure façon d’obtenir une conclusion aussi objective que possible.
L’auto-congratulation et l’auto-flagellation auront éventuellement leur place APRES l’analyse.

L’exercice consiste à tenter de poser un regard objectif et neutre sur notre fonctionnement intellectuel (si j’ose dire).
Quel travail produisez-vous pour quel résultat ?
Commencez par être bien clair avec les notions que vous allez utiliser. Définissez ce que « travailler » ou « faire des efforts » signifie pour vous.
Passez au crible toutes les notions que vous utilisez dans vos jugements et analyses ou critiques sur vos fonctionnement.
Qu’est-ce que c’est que travailler beaucoup ? Un peu ? En terme de contenu mais aussi de durée. Est-ce que c’est travailler une heure ? Deux ? Dix ? Par jour ? Par semaine ? La nuit ? Est-ce que c’est lire, écrire, analyser, y réfléchir ? Noter des trucs ?Apprendre par cœur ? Faire des lecture complémentaires ? Prévoir les questions éventuelles ? Projeter à N+6 jours après le dossier ? Connaitre par cœur le numéros de téléphone direct de la caserne de pompier et l’hôpital le plus proche du lieu de votre colloque et maîtriser tous les gestes des premiers secours ainsi que les comportements à avoir en cas d’attaques terroristes, tremblement de terre et tsunami ? Penser à avoir un stylos de rechange pour l’examen ?

N’hésitez pas, passez tout ça au crible.

Une fois votre grille de définition bien au clair, vous pouvez passer à l’analyse. Commencez par du très binaire et très basique, des questions dont les réponses sont oui ou non. Pour répondre référez-vous à une situation concrète passée : votre dernière présentation, votre dernier examen, votre dernier devoir, etc.
Avez -vous travailler pour cette présentation ? Oui/Non
Avez-vous eu l’impression de fournir des efforts ? Oui/non
Avez-vous rempli les objectifs ? (Validation de la matière, présentation faite en temps et en heure, sur le sujet demandé dans le temps demandé)  Oui/Non.

Il n’est pas question de savoir si vous avez bien travaillé, ou bien réussi, ou suffisamment réussi. Juste est-ce que vous avez travaillé et/ou réussi ?

Cette démarche est directement inspirée et reprend les questions et analyses que vous trouverez dans « Le livre des vrais surdoués » de Mme B. Milletre. Une mine d’or je vous dis.

Ensuite vous pourrez passer aux questions sur le comment.
Comment travaillez vous ? Allongé•e par terre, devant la télé, en jouant aux jeux vidéos ? (Si c’est possible, pas évident, mais possible)
Vous avez besoin de combien de lectures ou écoutes pour retenir une, deux, dix infos ? Mots à mots ? Pas mots à mots ?
Encore une fois, pas de jugements. On s’intéresse aux faits, rien que les faits.

Quand vous aurez consciencieusement disséqué votre fonctionnement, vous pourrez le comparer, sans le juger, à ces injonctions à l’effort que l’on nous rabâche joyeusement.
Vous pourrez noter où sont les différences et quelles sont ces différences.

Le but n’est pas de juger, parce qu’il n’y a pas un fonctionnement meilleur qu’un autre dans l’absolu. Il n’y a que des fonctionnement qui vous sont naturels et d’autres pas.

Une fois cet état des lieux en votre possession, vous pourrez – évidemment si vous en avez le besoin, parce que sinon, tout ça est inutile :p – travailler à simplement accepter que vous fonctionnez comme cela, et que ce qui compte c’est que vous arriviez à vos fins, et pas tellement que vous le fassiez comme « les autres » attendent de vous que vous le fassiez.

Avoir sa propre notion d’effort, de travail. Et surtout, réclamer sa réussite.

J’en suis arrivée à la conclusion que le problème pour moi n’était pas tant l’injonction au travail que celle à l’effort.
Comme si toute réussite devait être le fruit d’un travail pénible, difficile, douloureux.
Comme si, tout travail devait être demandant en énergie, pénible.

Et bien non.
Je peux, vous pouvez, travailler sans effort.
Et la réussite qui s’en suit n’est pas moins valable, moins honorable, parce qu’elle n’est pas obtenue en suant sang et eau.

Vous avez le droit à la réussite sans efforts !
(Pour reprendre à ma sauce les mots de Mme J.S-F. dans l’émission Mille et une vie sur les familles de surdoués.)

L’effort, la pénibilité n’est pas obligatoire, contrairement à ce que l’on pourrait comprendre de ce que l’on nous a rabâché tout au long de notre scolarité.
Cela ne veut pas dire qu’il ne sera jamais nécessaire, ni même jamais bien venu ou utile. Mais, simplement, qu’il n’est pas obligatoire.
Ainsi, ce n’est pas parce que ce que vous produisez ne vous demande pas d’efforts que c’en est dépourvu de valeur ou que ce n’est pas à reconnaître comme une réussite.

Et vous n’avez pas non plus à en avoir honte.
Encore une fois, il vous/nous faut jongler et trouver notre équilibre entre notre propre légitimité et le droit à partager notre réalité (que nous produisons, parfois/souvent, moins d’efforts pour autant ou plus de résultats que d’autres sur certains/beaucoup de sujet) et la façon dont elle sera reçue par les autres et les jugements qui en découlent trop souvent (prétention, vantardise, volonté d’humilier ou rabaisser les autres…*soupir*).

Néanmoins, je vous invite à réclamer vis à vis de vous même en premier lieu, que votre réussite est tout aussi valable que celles des autres.
Que la réussite ne se mesure pas à l’effort produit pour l’atteindre. (Je rappelle que je parle d’efforts intellectuels, de travail scolaire ou intellectuels, etc.)
Vous avez le droit de réussir, et de réussir « facilement » à vos yeux ou à ceux des autres.

Personnellement, j’ai déclaré en mon for intérieur que je n’avais pas forcément ni systématiquement besoin de trimer pour atteindre mes objectifs.
Que considérer que j’ai réussi n’était pas conditionné aux efforts que je produisais ou non pour y parvenir.
J’ai le droit de ne pas peiner pour produire certaines choses, même si d’autres le font avec plus difficultés que moi.
Et l’inverse est tout aussi vrai ! Je patauge sur des exercices mentaux (notamment produire un niveau de détail d’explication de mon raisonnement suffisant pour satisfaire les profs ou me rendre compréhensible pas tou•te•s) qui ne demande aucun efforts à la plupart des gens.

Ce n’est pas encore gagné, mais je travaille à me libérer du mythe de l’effort. Et je sens qu’une fois que ce sera fait, la vie sera plus facile. :p

Le génie et la réussite (sociale)

A ne pas confondre.

Ce matin je lis cela à propos des surdoué•es via les Tribulations d’un Petit Zèbre :
« Un surdoué n’est pas un génie, sauf (très) rares exceptions… Un surdoué est une personne comme une autre, pas quelqu’un d’exceptionnel. Une personne qui n’a pas forcément mieux « réussi » dans la vie, qui n’a pas forcément fait de brillantes études, qui n’a pas forcément une aura délirante qui l’imposerait aux yeux de tous comme un être suprêmement intelligent & charismatique 😉 « 

C’est un point de vue, une opinion qui se respecte et se défend.

Cela génère chez moi une réflexion autour de la réussite sociale attendue et de l’intelligence.

Exceptionnel par nature

Je suis de celles et ceux qui conçoivent les personnes surdouées comme exceptionnelles par nature.
La douance est entre autre définit par une occurrence statistique ( le seuil des 2,5%) qui, par définition – certes arbitraire mais néanmoins valide – définit l’exception à la norme lors d’une proportion allant de 0 à 5%.
Les surdoué-e-s ne représentant que 2,5% (ce sont les personnes déficientes mentales qui représentent les 2,5% restant, l’autre bout de la courbe) ils et elles sont par définition des personnes exceptionnelles.

Ce qui déstabilise c’est l’idée de la réussite sociale associée à l’idée que l’on se fait de l’intelligence.
En résumé, si on est un génie, on rencontre forcément le succès social et la réussite professionnel. Ou inversement.

Erreur.

La société : une construction de la majorité par la majorité

Il faut bien comprendre que la société est une pure construction humaine, arbitraire, immatérielle, qui a pour but de permettre de vivre ensemble.
Pour ce faire, « on » édicte des règles de vie, des interdits, des critères de ce qui est bien et bon et de ce qui mauvais et mal.

Se construisent ainsi des rites sociaux, des usages, explicites et implicites et tout cela est le tissu de notre société.

La société est donc le produit de l’esprit humain, façonné par diverses contraintes et intérêts, comme par exemple, le climat et la volonté de rester en vie et de vivre en paix.

Pour que tou•tes, ou tout du moins le plus grand nombre puisse vivre ensemble, il est donc logique d’édicter des critères sociétaux qui correspondent au plus grand nombre.

Et c’est là que le bas blesse.
Les surdoué-e-s ne sont pas le plus grand nombre.
Il y a donc de grandes chances pour que les critères sociétaux de réussite aient été construits par et pour des neurotypiques.
Ceci étant, il est compréhensible que les surdoué•es ne remplissent pas forcément les dits critères.

Des histoires d’interactions individuelles et de structures fonctionnelles

Ceci dit, l’intelligence étant ce qui nous permet de nous adapter aux situations nouvelles (entre autres choses) les personnes surdoué•es devraient donc pouvoir s’adapter avec aisance à ce qui, par nature, n’est pas fait pour eux/elles.

Oui mais non.

Dans notre petite société française, la réussite sociale et professionnelle tient énormément aux interactions humaines. Mais pas les interactions basées sur l’empathie et la compréhension de l’autre. Non.
Les interactions sociales que je qualifie de « politiques » ou « égotiques ».
On réussit presque mieux en cirant les bonnes bottes et en écrasant – à tort ou raison – les bonnes personnes, qu’en faisant effectivement du bon travail.

Attention, on peut aussi réussir en faisant du bon travail.

Sauf que, pour beaucoup de personnes surdouées, ces règles du jeu professionnelles sont anti-naturelles. Qu’elles en souffrent, ou qu’elles refusent simplement de se prêter à un jeu vide de sens pour elles, la conséquence est à peu près la même : désinvestissement, et donc non progression professionnelle.

Bon il y a aussi ceux et celles qui s’en fichent, et qui n’ont simplement pas le goût de « réussir » comme la société le définit.

D’autres aspirations, peut-être

Il y a aussi tou-te-s ces génies, qui sont de pures merveilles humaines, mais qui – très simplement – n’ont pas les mêmes aspirations que ce que la société dans laquelle ils/elles vivent leur proposent comme « réussite de vie ».

Je suis convaincue qu’il existe des Camille Claudel en puissance qui sont dans leur petite maison dans leur petite ville ou grand village, qui ont un métier complètement quelconque, mais qui font preuve quotidiennement d’un génie créatif hors norme. Simplement, il n’y a ni l’entourage pour le valoriser ni sans doute l’envie de le faire.

Il faut bien avoir à l’esprit qu’aujourd’hui, un pendant – non obligatoire mais assez présent – de la réussite sociale est la médiatisation. Moyenne ou grande, on « parle » de vous.
Déjà qu’avec la télé-réalité on parle des gens pour tout et  n’importe quoi, alors s’il y a une BONNE raison de parler de vous, vous pensez bien que les médias ne vont pas se priver (enfin… oui bon, vous comprenez).

Peut-être que bien des génies n’ont simplement pas envie de cette exposition. Peut-être aussi que de par leur fonctionnement psychique, un petit complexe de l’imposteur les empêche de se mettre en avant de peur de voir leur « imposture » dévoilée.

La réussite sociale n’est pas une définition du génie; et le génie n’implique pas la réussite sociale

Tout ça pour aborder superficiellement l’idée que la réussite sociale n’est pas liée directement à l’intelligence.
Cela demande des capacités et une aisance certaines avec les règles sociales implicites.

Ça demande aussi de tomber sur celles et ceux qui feront que vous pourrez progresser et réussir socialement.

Car dans une structure sociale pyramidale patriarcale, il y a UN TAS de raison pour que vous ne réussissiez pas socialement, et ça n’a rien à voir avec votre intelligence.
Je dirai même que, en fait, si vous êtes un-e génie et que ça se voit, vous partez plutôt avec un handicap si vous comptez réussir socialement. (Mais ça, c’est juste mon impression, je n’ai pas réfléchi à la question.)

EDIT :
Ceci étant, il y a des surdoué•e•s qui n’éprouvent aucun mal à jouer selon ces règles du jeu professionnelles, et qui y brillent.
Personnellement, je suis convaincue qu’il s’agit en majorité d’hommes blancs hétérosexuels, parce qu’ils n’ont pas à lutter contre les préjugés et les discriminations de notre société pour pouvoir faire valoir leur travail (qui doit être excellent, ceci dit).

Conclusion : Surdoué-e-s, génie et réussite sociale

Est-ce que tou•tes les surdoué•es sont des génies ? Non je ne pense pas.
Mais je suis certaine que tou-te-s les génies sont des surdoué•es !

Qu’est-ce qui fait le génie (le concept, pas la personne) ?
Je ne sais pas. Il faut « quelques choses en plus » ça j’en suis certaine.
Mais je ne saurai pas vous dire quoi précisément.

Ce dont je suis certaine également, c’est que un critère extérieur et arbitraire comme « la réussite sociale » n’a rien à voir avec le niveau d’intelligence et donc le génie supposé d’une personne.

Pour exemple, une personne avec léger retard mental peut obtenir des 19/20 de moyenne sur une scolarité de niveau BTS en France.
Oui, oui, oui.
Alors des bonnes notes c’est « une réussite sociale » mais voyez-vous, dans ce cas, ça n’a rien à voir avec l’intelligence. C’est sans doute plus lié à la répétition que j’appelle « bête et méchante ». Mais je m’égare !

La réussite sociale, c’est en très résumé, le produit du regard des autres.
Ce n’est pas tant lié à votre production, vos idées, votre travail. C’est juste l’avis des autres qui décide si oui ou non vous avez réussi.

Regardez Van-Gogh, il a vécu dans la misère et payé ses repas avec des toiles, que les restaurateurs refusaient à force ! Il était méprisé, raillé. Aujourd’hui, ses productions valent une fortune et le peintre est considéré comme l’un des plus grand génies de la peinture.
A son époque Van-Gogh était un exemple d’échec social. Il aurait produit les mêmes œuvres quelques décennies plus tard, il aurait été l’une des personnes les plus adulées du monde.

Et c’était un génie pourtant. Qu’on le reconnaisse, qu’il vive dans l’opulance ou non. C’était un génie.

Evidemment, toutes les personnes qui ne réussissent pas socialement ne sont pas des génies ignoré-e-s.

Mais le point de cet article c’est que le génie et la réussite sociale ne sont pas liés par une relation de cause à effet.
La réussite sociale dépend grandement du regard que « les autres », la société posent sur vous et ce que vous faites.
Le génie est intrinsèque, naturel, inhérent à l’être concerné. Qu’il soit reconnu ou non par d’autres ne change rien à sa présence en une personne.

Retour sur l’émission Mille et une vies « Comment vivre lorsque l’on est surdoué ? »

Avant que je ne réponde par une boutade, voici le lie de l’émission :

 

D’abord, un petit retour sur l’émission.

Comme d’habitude, une jolie émission qui respecte ses invité-e-s et le sujet dont ils et elles viennent parler.
J’ai regretté que cela soit pls centré sur les ados, et aurait aimé entendre d’avantage Sophie, qui a découvert son HPI à 40 ans.

L’excellente surprise fut pour moi les interventions de Mme J.Siaud-Facchin (JSF dans la suite de l’article).
Je ne m’en suis jamais cachée, je ne suis pas celles qui sont sensibles à l’approche de Mme JSF sur le sujet de la douance.
Je ne m’étalerai pas ici sur le pourquoi, mais si vous me demandez, je vous répondrai avec plaisir.
J’admets donc avoir été dans mes petits souliers lorsque j’ai appris que Mme JSF était également invitée de l’émission.

Et bien, mal m’en a pris, car j’ai été figurativement percutée par ses interventions.
D’accord, pour être honnête, j’en ai versé quelques larmes là ! C’est vite passé, mais j’ai été très touchée.

Alors je peux être aussi pas en accord que je veux avec une conception de la douance qui me semble un peu « fluffy », mais en attendant, Mme JSF a eu des paroles d’une justesse, d’une compréhension et, oui, d’une douceur qui m’ont beaucoup étonnée et touchée.

Elle a notamment souligné l’injustice patente dont pouvaient souffrir les surdoués à savoir qu’ils et elles étaient comme tenus à la réussite – puisqu’ils/elles sont surdoué-e-s – mais n’y avaient pourtant pas droit.
La phrase donnait quelque chose comme cela : « Les surdoués aussi ont le droit de réussir ».

C’est bête n’est-ce pas ? Mais c’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée.

Je suis donc ressortie de cette émission avec une compréhension plus juste (dans le sens de plus équitable) je crois, du travail de Mme JSF.
Si je ne suis pas en accord avec sa conception et son abord de la douance, je ne peux que lui reconnaître une compréhension et empathie certaine avec au moins certains tourments que peuvent rencontrer les surdoués. Et c’est suffisamment rare pour être apprécié ET souligné.

Je vous invite à écouter et visionner la première heure de l’émission, et découvrir ces douces familles, qui font de leur mieux avec ce qu’elles ont et ce qu’elles n’ont pas. 🙂

Les mêmes commentaires ridicules…

Lors de mon propre passage  à cette émission , certains commentaires m’ont complètement étonnée.
Je ne m’attendais évidemment pas à des salves de compliments, j’étais même préparée à tout un tas de désagréments plus ou moins grands, mais je dois admettre que je n’en avais pas prévu certains.
C’était ceux qui venaient supposer et critiquer…mon appartenance sociale et mon droit -qui en découlait visiblement – à souffrir ou pas.

Ainsi, quelques commentaires disaient en substance que l’émission « n’invitait que des bourges » ou que mes problèmes étaient ceux « d’une pauvre petite fille riche » qui « ne sait pas ce que c’est que de souffrir ».

J’en ai été estomaquée.
Je ne voyais pas comment on pouvait supposer de quoi que ce soit quant au niveau de vie de mes parents ou de moi-même avec cette émission. Et je ne comprenais pas non plus en quoi, « si on avait de l’argent », on ne connaissait pas la souffrance humaine…

Et bien figurez-vous que j’ai vu exactement le même genre de commentaires suite à l’émission et aux témoignages de Justine et Constant !
Sur Twitter, le tweet a du être supprimé je ne trouve que ma réponse à ce dernier, quelqu’une qui me dit que « c’est quand même des problèmes de bourges tout ça ».

Quelle drôle d’idée que seule une certaine catégorie de personne puisse avoir le droit de souffrir ou d’avoir des soucis…

Ce que tout ça m’évoque

Un grand plaisir de voir le sujet de nouveau traité. 🙂
Bon, on aurait encore pu faire mieux en ne parlant pas des problèmes. Mais chaque chose en son temps, je suppose.
Laissons le temps aux gens de se faire à l’idée que déjà nous existons et avons le droit d’exister dans notre différence.
Ensuite, on tachera de leur faire comprendre qu’on va très bien, ou au moins pas plus mal qu’eux fondamentalement, et que c’est juste l’étroitesse d’esprit de cette société qui nous met à mal.

On va y arriver, à force. 🙂

Bien-être au travail pour les AHPI

J’avais lu quelque part, et malheureusement je ne sais plus où, que la solution pour un épanouissement et un bien-être complet au travail pour les personnes HPI était d’être son propre patron, ou bien de pouvoir travailler seul et en autonomie avec l’accord de sa hiérarchie.

Je ne vous cache pas que cette analyse de la situation professionnelle des AHPI m’a un peu heurtée.
Cela réduisait drastiquement les possibilités d’épanouissement et me semblait contradictoire avec ce qui est censé caractériser les surdoué-e-s, à savoir leur capacité d’adaptation et de résilience.

Un horizon professionnel réduit

Si la seule solution d’épanouissement pour une personne HPI réside dans l’autonomie voire l’indépendance, cela ramène, dans un premier temps, les possibilités d’exercice aux professions libérales ou à la direction d’entreprise.
L’une comme l’autre de ces options demande des investissements massifs, que cela soit en terme d’argent ou en terme de temps, et tout le monde n’a pas forcément les moyens (de temps ou d’argent) pour se créer cette condition d’exercice professionnel.

La grande majorité des actifs et actives le sont en tant qu’employé•es.
Dans ce cas, « on » nous recommande le travail autonome, voire solitaire, avec une hiérarchie ouverte et réceptive à nos particularités et les besoins qui en découlent. Ce qui concrètement se traduirait par un-e supérieur-e qui accepte de nous donner, à l’heure des open-space, un bureau individuel, ou des équipements d’isolation sonore voire lumineux conséquent ; des collègues qui respectent notre rythme de travail, acceptent que l’on ne se plie pas forcément aux rites sociaux (repas entre collègues, soirées, cafés, etc) en fonction de notre mode d’activité (lors d’une phase d’hyperconcentration et de productivité, les AHPI sont capables de ne plus boire ni manger, ni aller aux toilettes parce qu’ils/elles sont en train de faire quelque chose qui les intéresse) et restent bienveillant•es avec nous malgré ce qui pourrait les déstabiliser dans notre travail ou notre façon d’être.

Cela peut arriver et j’aime à croire que cela est déjà arrivé. Qu’un•e supérieur•e hiérarchique intelligent•e et bienveillant•e a été attentif ou attentive à la particularité d’un•e employé•e sous sa responsabilité et lui a donné les moyens de s’épanouir et d’exploiter au maximum son potentiel.

Néanmoins, je vois un premier obstacle à cette solution, c’est la divulgation de sa nature différente.
L’annonce du caractère HPI d’une personne à sa hiérarchie n’est pas quelque chose d’aisé. Et parfois même, trop souvent, ce n’est même pas quelque chose de sûr à faire.
Il existe cependant une pirouette à effectuer, si la divulgation de sa particularité est hors de question (pour des raisons qui vous appartiennent et ne se discutent pas) qui est celle de parler d’une condition neurologique particulière, qui s’exprime par une sensorialité différente et potentiellement souffrante/handicapante/ralentissante ou mieux pour le vocabulaire hyper compétitif du travail pouvant « masquer  vos capacités réelles de travail ».

Ceci étant, l’accueil positif de ce genre de déclaration est rare, et qu’il y ait effectivement des actions de prises dans votre sens par la suite encore plus.

C’est donc ce qui m’a fait penser que ce conseil de « travail en autonomie » était quelque peu bancal.

Oublier les capacités d’adaptation des personnes HPI

Je suis convaincue que, plus que la moyenne, les personnes HPI sont capables de résilience et de capacités d’adaptation.
Aussi, dépeindre comme seul avenir possible d’épanouissement des conditions de travail autonomes et très difficiles à acquérir, me semble aussi cruel qu’inexacte.

Il existe beaucoup de personnes HPI qui ne travaillent pas dans ces conditions dites idéales pour elles, et qui pourtant se décrivent comme tout à fait épanouies.
Cela ne signifie pas forcément que leur travail les enthousiasme totalement et qu’elles ne s’y ennuient jamais et n’y rencontrent aucun souci, mais ces personnes trouvent un équilibre avec les autres composantes de leur vie.
Ce qu’elles ne trouvent pas dans le travail pour les nourrir intellectuellement, elles le trouvent ailleurs, dans leurs loisirs ou autres intérêts, ou leur famille, ou que sais-je.

Ne pas en abuser non plus

Néanmoins, comme toute tension, une souffrance même si elle semble minime, ne doit pas être ignorer si elle persiste et prend de l’ampleur.
Aussi, si les inconvénients que vous trouviez dans votre travail deviennent des souffrances, miser uniquement sur votre capacité d’adaptation en vous disant que « c’est supportable » ou que « cela va passer » n’est pas forcément la meilleure stratégie à adopter sur le long terme.
Si effectivement, la souffrance disparait, alors tout va bien, vous avez retrouvé votre équilibre et c’est parfait.
Mais si la souffrance demeure, si les inconvénients persistent, prennent de l’ampleur jusqu’à ne plus s’équilibrer avec ce que vous trouviez positif dans votre travail, alors il convient de ne pas l’ignorer.

Si nous sommes particulièrement adaptables et résilient-e-s, nous sommes donc aussi susceptibles de vivre des tensions psychiques et émotionnelles plus grandes.
Il ne faut pas négliger ce paramètre et ne pas se prendre pour des êtres invulnérables. Parce que nous sommes plus lucides, nous sommes plus exposé-e-s. Et là où les neurotypiques n’ont à faire face qu’à un ou deux points de tension, parce qu’il ne sont pas en capacité de percevoir les autres, leur énergie n’est distribuée que sur deux fronts ; nous nous retrouvons à faire face à des multiples points de tensions, diminuant par la même la quantité de ressources psychique et émotionnelle que nous pouvons allouer à chacun de ces points.
Aussi, nous nous devons d’être vigilant-e-s quant à cette quantité de ressources intérieures que nous utilisons pour résister.

Un épanouissement possible, quoi qu’il en soit

Sans nier qu’il nous est plus facile d’être à l’aise et pleinement épanoui-e-s au travail dans certaines conditions, plutôt que dans d’autres, cela ne signifie pas pour autant qu’il est impossible de vivre cet épanouissement et ce bien-être en dehors des conditions d’autonomie citées en début d’article.

La clef réside en chacun-e d’entre nous. C’est à chacun-e d’entre nous de trouver notre équilibre en nous connaissant et en donnant la priorité à ce qui nous nourrit.
De savoir ce que nous acceptons de vivre, et ce que nous refusons.
Tant au niveau individuel et intérieur qu’au niveau social.

C’est à dire que, pour bien vivre son travail, cela demandera peut-être d’aller à l’encontre de l’attente sociale, avec tout ce que cela a de conséquences. La question sera alors de savoir ce qui est le plus désagréable et ce qui est le plus agréable, pour ensuite agir en conséquences. Si le rejet social est plus insupportable que le désagrément de se prêter à des discussions qui vous désintéressent, ou d’être avec des personnes qui vous ennuient, alors vous opterez pour aller à tous les événements sociaux avec la satisfaction de l’intégration sociale.
Si au contraire, vous retrouver plus de sérénité à vous soustraire à des rites sociaux qui sont vides de sens et que l’ostracisation ne vous gène pas trop, alors vous préférez l’ostracisation et la sérénité.

Aucune solution n’est préférable à une autre en tant que telle, le seul paramètre qui compte est l’équilibre personnel.

Conclusion

Si certaines conditions de travail nous permettent d’être plus épanoui-e-s que d’autres, ne pas pouvoir devenir sa/son propre patron-ne ne nous condamne en aucun cas à une vie professionnelle de malheur et de mal-être.

Il me semble que l’épanouissement personnel et professionnel dépend plus de notre connaissance de nous même et des sacrifices que nous sommes prêt-e-s à faire, que de notre cadre de travail.
Je ne nie pas qu’il existe des situations insupportables, et des contraintes financières très fortes. Parfois l’argent (ou son manque) nous maintient dans une situation délétère.
Mais je crois que s’il y a bien une personne pour y trouver une solution, c’est bien vous, les HPI.