Did you meet Malcom ?

Ou, en français, « Connaissez-vous Malcom ? ».

Je vous parle bien du personnage principal de la série Malcom in the Middle.
Cette série raconte l’histoire d’un jeune garçon dont on découvre le génie alors qu’il est à l’école. Il est alors transféré dans la classe pour surdoués de son école. Nous suivons sa vie, dans sa famille, à l’école, dans ses loisirs.

Si je vous parle de cette série c’est parce que je trouve qu’elle est une illustration tout à fait pertinente de ce que c’est que d’être surdoué·e.

Etre différent·e et parfois en avoir un peu peur

Malcom saisit confusément qu’il fait des choses qu’il qualifie lui-même d’étrange et qu’il tâche tant bien que mal de cacher par peur de ne plus être aimé de sa famille, des autres, si ses bizarreries venaient à se savoir.
Une scène très touchante le montre en train de poser la question à sa maman (il me semble) de savoir si sa famille l’aimerait toujours même s’il était vraiment très bizarre. Sa mère lui assure qu’il sera toujours un membre de sa famille et qu’on l’aimera quoi qu’il arrive.
Rassuré par cette affirmation, il trouve le courage de montrer ce dont il est capable lors d’une démonstration de science faite par chacun des élèves de la classe de surdoué·es (un concours même je crois).
Il démontre alors toute la puissance de sa mémoire de travail et son habileté à manipuler les chiffres. Et aussi, avec une seule question, sa culture générale (et donc sa curiosité, car Malcom est issu d’une famille très moyenne sur le plan de l’éducation et de la culture).
Suite à cette impressionnante démonstration de ses capacités, sa famille est sans voix, et son plus jeune frère demande même s’il n’est pas un robot.
Cette scène, qui se déroule dans la voiture familiale au retour du concours est aussi très touchante pour qui se relie à Malcom.
On voit Malcom, assis à l’arrière au milieu de ses trois autres frères, les parents devant, tous silencieux parce que dépassés par les capacités de Malcom qu’ils découvrent tous.
Le père répond par une la simple vérité : non Malcom n’est pas un robot, il est juste vraiment, vraiment, vraiment, vraiment, vraiment, très intelligent.
Un autre silence suit cette réponse, et l’on voit Malcom s’inquiéter. Il a peur de la réaction de sa famille, de ce que signifie ce coming-out. Va-t-on le rejeter ? Aura-t-il toujours le droit de faire partie de cette famille ?
Alors son frère aîné lui fait une blague scatologique complètement stupide, et c’est là la réponse tant attendue par Malcom.
Toute sa famille sait maintenant à quel point il est différent, mais cette différence ne change rien au fait qu’il est un membre de cette famille, et que personne ne le traitera différemment pour ça.

C’est un de mes épisodes préférés.
Il illustre bien comment être surdoué·e peut être anxiogène quant à l’acceptation sociale. Même au sein de sa propre famille. Et je trouve que c’est une jolie leçon pour celles et ceux qui entourent le ou la surdoué·e : faire simplement preuve de compréhension et accepter les choses, ni plus ni moins.

Briser quelque idées préconçues

Au-delà de cela, cette série -même si elle joue sur bien des stéréotypes sous couvert d’effet comique – illustre qu’être surdoué·e , ne signifie pas tout savoir, ni tout savoir faire, ni ne jamais pouvoir se tromper ou même faire ou dire des chose stupides.

Malcom s’avère avoir une grande facilité avec les nombres, de fait il est très à l’aise avec toutes les sciences, des maths jusqu’à l’ingénierie, en passant par la chimie et la biologie. Mais c’est une buse en musique. Une BUSE.
Et c’est sans compter sur son incroyable capacité à avoir des idées stupides, inutiles et dangereuses avec ses frères.
Lors d’un autre épisode, toutes leurs machinations fraternelles pour faire des choses interdites finissent avec les forces de l’ordre dans leur salon et un interogatoire de chacun des membres de la famille.
Malcom est interrogé et raconte sa version de l’histoire. Le policier qui prend son témoignage s’arrête un instant, regarde Malcom alors qu’il vient d’exposer toute la stupiditéde ses actions, et lui demande : « Et c’est vous qui êtes un génie ? ».
J’ai tellement ri !
Ce qui illustre qu’être surdoué·e ne signifie pas être bon·ne en tout, ni être brillant·e en tout temps.

Dans un épisode que j’aime aussi particulièrement, Malcom rencontre plus intelligent que lui. Et oui.
Un nouvel élève intègre sa classe et il s’avère que cet élève est bien plus jeune, mais aussi bien plus intelligent que tous les autres élèves de la classe, Malcom compris.
Face à cette situation absolument inédite, Malcom est pour le moins frustré.
Dans ma scène préférée de cet épisode, Malcom travaille avec l’aide de ce jeune garçon et sous le coup de la frustration se met à presque crier :

« Je ne comprends pas ! Comment ça se fait que je ne comprends pas ?! Je comprends toujours tout d’habitude ! C’est comme ça, j’ai toujours tout compris depuis toujours ! Et là je ne comprends pas ! Comment ça se fait ?! C’est pas juste ! ».

Il demande alors au jeune garçon comment c’est dans sa tête, et pour illustrer son propos décrit comment son propre esprit fonctionne. Ce passage est d’une justesse qui m’a vraiment fait plaisir. Pas de « pensée en arborescence » mais bien ce qui peut créer la confusion, l’enchaînement d’idée foisonnantes, à grande vitesse et qui semble sans limite.
La réponse du jeune garçon est hilarante, car elle renvoie Malcom – et nous aussi par la même occasion ! – à toute sa « médiocrité » face au génie du petit en face de lui.

J’ai trouvé ça génial, absolument génial. Et je choisi mes mots.
Parce que cet épisode permet d’illustrer que tout génial que l’on puisse être, y compris quand on a passé toute une (jeune) vie à être le/la premier·e, le/la meilleur·e, et bien il y a ou aura quand même quelqu’un·e de plus intelligent·e que vous quelque part un jour.

Le génie ne se limite pas aux sciences

Alors que pendant des dizaines d’épisodes, nous assistons aux mises en pratiques des idées toutes plus dangereuses, et stupides, de la fratrie de Malcom et auxquelles il prend une part active, ses frères révèlent eux aussi leur génie.
Le plus jeune a une révélation en tombant un jour par hasard sur un opéra lyrique (bon, d’un coup, le petit maîtrise comme ça tout le vocabulaire de la musique, ça c’est raté scénaristiquement mais bon, je leur pardonne) et s’avère avoir l’oreille absolue et être un pur génie de la musique. Il sait d’ailleurs spontanément et naturellement jouer du piano sans prendre aucun cours.

Même le frère cadet, le plus stupide de la fratrie (tel est-il décrit) s’avère avoir un talent unique et extraordinnaire pour… la cuisine.
Mais réellement, un génie de la cuisine. Créatif, audacieux et naturellement doué pour ça.

Alors ne sauter pas sur cette illustration pour croire que je cautionne l’idée des « intelligences multiples ». Parce que je ne la cautionne toujours pas.
Mais je vois dans ce choix scénaristique une occasion idéale pour dire que le talent et même le génie peut exister dans bien des domaines.
Ainsi les surdoué·es n’ont pas le monopole de la création et de l’inventivité, pas plus que tous les surdoué·es expriment forcément leur potentiel à travers les sciences.

Avoir un talent et en faire ce que l’on veut

Cerise sur le gâteau pour moi, pour ces trois personnage, avoir un don ne signifie pas l’obligation de l’exploiter.
Malcom, lui, fait de son mieux pour intégrer Harvard et suivre le programme de biologie nucléaire qui lui fait envie (ça c’est MON petit plaisir de la série, Malcom et moi aimons la biologie. ❤ ) ; Dewie (le plus jeune frère) vit pour la musique, et semble vouloir en faire sa vie. Reese, le cadet, lui n’a aucune intention d’exploiter son don pour la cuisine, il est heureux de l’utiliser une fois par an (Thanksgiving) pour témoigner son amour à sa famille, mais finit par devenir concierge de son ancien lycée; ce qui le ravit complètement.

Être, avant d’être surdoué·e

Chacun des frères a un talent, un don, et tous en sont conscients, mais aucun n’est résumé à cela. Ils sont avant tout ceux qu’ils sont. Avec leur caractère, leur folie, leurs défauts, leurs qualités…
Ils sont des frères, des élèves, des voisins, des camarades de classe, des fils…
Ils sont des individus complets, en construction, en devenir, mais des individus avant tout.
Ils ne sont pas résumés à leur don, que ce soit pas la série, ou par leur parents.

Des parents absolument touchants (complètement tarés, effrayants parfois) qui font du mieux qu’ils peuvent, pour leur enfants en gardant à l’esprit leurs particularités mais en travaillant d’arrache-pieds pour que chacun de leurs enfants trouvent leur place dans cette société telle qu’elle est.
Jamais ils ne font croire à leurs fils, et à Malcom en particulier, que la vie sera facile ou plus douce parce qu’il est plus intelligent que les autres. Qu’ils pourront compter sur leurs dons pour s’épargner quoi que ce soit. Ils sont encouragés à faire de leur mieux, à être fidèles à leurs valeurs, à leur moral, et à garder à l’esprit que si leurs particularités leurs seront souvent utiles, elles seront aussi parfois difficile à vivre, qu’on pourra parfois les leur reprocher, mais qu’ils ne doivent jamais renier. Parce qu’elles font partie de ce qu’ils sont.

En résumé

Si vous ne connaissez pas la série, je vous invite à la regarder.
Ne vous attendez pas à du haut débat philosophique, ni même à une série exempte de clichés sur les surdoué·es (parce qu’il y en a plein) mais si comme moi vous redécouvrez cette série après en avoir appris plus sur le HPI, vous y verrez peut-être plus de sens que ce à quoi ça ne prétend. Comme j’ai pu le faire.

Et croyez-moi, je ne m’en lasse pas. 🙂

Malcom

Les adultes, de gauche à droite : Hal, le père et Loïs, la mère. Les enfants, de gauche à droite : Malcom, Rease, Dewie, Françis (dans l’ordre de naissance : Françis, Rease, Malcom, Dewie. Et si Malcom est « au milieu » c’est qu’un 5e enfant arrive dans la famille.)

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Retour sur l’émission Mille et une vies « Comment vivre lorsque l’on est surdoué ? »

Avant que je ne réponde par une boutade, voici le lie de l’émission :

 

D’abord, un petit retour sur l’émission.

Comme d’habitude, une jolie émission qui respecte ses invité-e-s et le sujet dont ils et elles viennent parler.
J’ai regretté que cela soit pls centré sur les ados, et aurait aimé entendre d’avantage Sophie, qui a découvert son HPI à 40 ans.

L’excellente surprise fut pour moi les interventions de Mme J.Siaud-Facchin (JSF dans la suite de l’article).
Je ne m’en suis jamais cachée, je ne suis pas celles qui sont sensibles à l’approche de Mme JSF sur le sujet de la douance.
Je ne m’étalerai pas ici sur le pourquoi, mais si vous me demandez, je vous répondrai avec plaisir.
J’admets donc avoir été dans mes petits souliers lorsque j’ai appris que Mme JSF était également invitée de l’émission.

Et bien, mal m’en a pris, car j’ai été figurativement percutée par ses interventions.
D’accord, pour être honnête, j’en ai versé quelques larmes là ! C’est vite passé, mais j’ai été très touchée.

Alors je peux être aussi pas en accord que je veux avec une conception de la douance qui me semble un peu « fluffy », mais en attendant, Mme JSF a eu des paroles d’une justesse, d’une compréhension et, oui, d’une douceur qui m’ont beaucoup étonnée et touchée.

Elle a notamment souligné l’injustice patente dont pouvaient souffrir les surdoués à savoir qu’ils et elles étaient comme tenus à la réussite – puisqu’ils/elles sont surdoué-e-s – mais n’y avaient pourtant pas droit.
La phrase donnait quelque chose comme cela : « Les surdoués aussi ont le droit de réussir ».

C’est bête n’est-ce pas ? Mais c’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée.

Je suis donc ressortie de cette émission avec une compréhension plus juste (dans le sens de plus équitable) je crois, du travail de Mme JSF.
Si je ne suis pas en accord avec sa conception et son abord de la douance, je ne peux que lui reconnaître une compréhension et empathie certaine avec au moins certains tourments que peuvent rencontrer les surdoués. Et c’est suffisamment rare pour être apprécié ET souligné.

Je vous invite à écouter et visionner la première heure de l’émission, et découvrir ces douces familles, qui font de leur mieux avec ce qu’elles ont et ce qu’elles n’ont pas. 🙂

Les mêmes commentaires ridicules…

Lors de mon propre passage  à cette émission , certains commentaires m’ont complètement étonnée.
Je ne m’attendais évidemment pas à des salves de compliments, j’étais même préparée à tout un tas de désagréments plus ou moins grands, mais je dois admettre que je n’en avais pas prévu certains.
C’était ceux qui venaient supposer et critiquer…mon appartenance sociale et mon droit -qui en découlait visiblement – à souffrir ou pas.

Ainsi, quelques commentaires disaient en substance que l’émission « n’invitait que des bourges » ou que mes problèmes étaient ceux « d’une pauvre petite fille riche » qui « ne sait pas ce que c’est que de souffrir ».

J’en ai été estomaquée.
Je ne voyais pas comment on pouvait supposer de quoi que ce soit quant au niveau de vie de mes parents ou de moi-même avec cette émission. Et je ne comprenais pas non plus en quoi, « si on avait de l’argent », on ne connaissait pas la souffrance humaine…

Et bien figurez-vous que j’ai vu exactement le même genre de commentaires suite à l’émission et aux témoignages de Justine et Constant !
Sur Twitter, le tweet a du être supprimé je ne trouve que ma réponse à ce dernier, quelqu’une qui me dit que « c’est quand même des problèmes de bourges tout ça ».

Quelle drôle d’idée que seule une certaine catégorie de personne puisse avoir le droit de souffrir ou d’avoir des soucis…

Ce que tout ça m’évoque

Un grand plaisir de voir le sujet de nouveau traité. 🙂
Bon, on aurait encore pu faire mieux en ne parlant pas des problèmes. Mais chaque chose en son temps, je suppose.
Laissons le temps aux gens de se faire à l’idée que déjà nous existons et avons le droit d’exister dans notre différence.
Ensuite, on tachera de leur faire comprendre qu’on va très bien, ou au moins pas plus mal qu’eux fondamentalement, et que c’est juste l’étroitesse d’esprit de cette société qui nous met à mal.

On va y arriver, à force. 🙂

Retour sur l’émission -« Les cerveaux » sur TF1 – 11 février 2017

C’est donc officiel, l’intelligence est à la mode dans les media (sans « s » parce que media est déjà le pluriel de medium en latin) cette saison 2016/2017.
Enfin, « intelligence »…

Hier (le 11 février 2017) TF1 proposait une émission au titre tapageur « Les cerveaux ». Cette émission déclarait tester les différents types d’intelligences chez des candidat-e-s présélectionné-e-s par une batterie de tests appropriés.

Les intelligences « testées » par l’émission étaient « l’intelligence visuelle, l’intelligence musicale, l’intelligence corporelle, l’intelligence logique, l’intelligence verbale et l’intelligence sociale ».

Cliquez sur l’image ou copier/coller le lien pour visionner l’émission :

Le principe de base :

Vous l’aurez probablement deviné, l’émission s’inspire de l’hypothèse des intelligences multiples de Howard Gardner.
Je vous avez déjà proposé un résumé de cette hypothèse (et non théorie, une théorie étant étayée par des arguments et des expérience et surtout validée par les pairs du domaines. Une hypothèse étant une suggestion, qui n’est pas forcément juste ou vérifiée. Malheureusement l’usage galvaudé et quasiment indifférencié des mots théorie et hypothèse dans la vulgarisation du savoir fait beaucoup de mal aux savoirs effectifs…) dans ce blog, mais vous trouverez d’autres articles facilement sur le web.
Pour aller directement à la source je vous conseille l’ouvrage en français, et actuel (c’est rare, les derniers ajouts de l’auteur à son hypothèse datant de 1993 !), suivant :

Ceci étant établi passons à mon analyse (et critique soyons honnêtes) de l’émission.

De l’imprécision, du n’importe quoi, mais avec des décors et des lumières.

  • Une erreur de concept de base

L’émission démarre avec une affirmation fausse à savoir « nous avons plusieurs types d’intelligence ».
Non.
A ma connaissance (et si je me trompe, je vous encourage à me le dire et à me donner le lien de la publication en question) la science n’a jamais prouvé l’hypothèse de Gardner, aussi il est incorrect d’affirmer que l’on possède plusieurs types d’intelligence.
Tout au plus pouvons nous dire que nous pensons correcte l’hypothèse de Gradner, mais c’est tout.
Ceci est un exemple de ce qui pourrait passer pour de la pinaillerie aux yeux des certains neurotypiques, et qui pour l’AHPI que je suis, revêt un caractère fondamental dans l’émission. En effet il s’agit de définir le concept même sur lequel repose toute l’émission, démarrer sur une erreur est à mon sens considérable.

  • Une définition des « types d’intelligence » bancale.

Selon l’hypothèse de Gardner, nous posséderions huit types d’intelligence (huit et demi même parait-il). L’émission n’en propose que six.
Je tente ici de faire une correspondance entre l’hypothèse de Gardner et les types d’intelligence proposés par l’émission « Les cerveaux ».

capture

Comme vous le voyez, il n’y a pas de correspondance exacte entre chaque type d’intelligence.

A commencer par l’intelligence visuelle, qui ne se retrouve pas chez Gardner, et qui, telle que proposée par l’émission « Les Cerveaux » n’est pas de l’intelligence mais de la mémoire tout bêtement.
Cette « intelligence visuelle » m’a d’ailleurs provoquée cette remarque : « Donc, si on leur bande les yeux à ces gens, ils ont le QI d’une huître, mais les yeux ouverts ce sont des génies ? ».

Ce que j’ai évidemment décliné à loisir pour chaque type d’intelligence soi-disant.
Là, oui, c’était de la mesquinerie. Mais ça m’a faite rire.

Mais revenons à ces types d’intelligence proposés par l’émission.
Quant on analyse les épreuves, on se rend compte qu’en fait, il ne s’agit de rien d’autre que de la mémoire, de la vitesse de traitement, et de la coordination visuo-motrice.

Ex : « intelligence visuelle » de l’émission est en fait de la pure mémoire dite « visuelle ».

« L’intelligence musicale » est en fait là aussi de la mémoire dite « auditive », et les épreuves ne faisaient que mesurer la capacité de mémoire de travail (le nombre d’informations que l’on peut retenir au maximum) et éventuellement la discrimination grave/aïgu. ce qui ne relève pas tellement de l’intelligence, mais plutôt de la sensibilité auditive et ça c’est purement physiologique (les cils dans les oreilles, les osselets marteau enclume tout ça.)

« L’intelligence corporelle » mettait à l’épreuve en vérité les capacité visuo-motrices et la proprioception (les pauvres messieurs, rien qu’à les voir j’avais la nausée comme eux !).

« L’intelligence sociale » était le summum du n’importe quoi.
Un coup il s’agissait pour l’émission d’identifier des émotions « vraies ou fausses » c’est à dire feintes ou spontanées, mais uniquement sur des photos. Puis il s’agissait d’estimer l’âge de personnes costumées et maquillées pour la scène et/ou le plateau.
Pour ce qui est d’identifier des émotions, on appelle cela l’empathie. C’est certes une capacité cognitive, mais ce n’est pas du domaine de l’intelligence stricto-sensu.
Ensuite, l’épreuve de reconnaissance des émotions, même si elle s’inspire de test psychologiques réels pour aider au diagnostique notamment de l’autisme, était complètement fallacieuse à mon sens. * (voir en bas de page)
Reconnaitre des émotions est une chose, l’intelligence sociale telle que définie par l’émission « savoir être avec les autres » c’est autre chose.
Est-ce que quand dans la vie on « est avec les autres », on ne côtoie que des photos figées et uniquement des visages ? Non, on côtoie des personnes entières et animées, et la lecture ou reconnaissance des émotions passent par une multitude de facteurs comme le langage corporel, le contexte social, l’environnement, les normes sociales et culturelles…
Bref estimer si un sourire est « vrai ou faux » sur une photo est une très belle capacité, et qualité, mais de là à parler d’intelligence et à dire que ce que proposait l’émission sur le sujet était cohérent, il y a un abîme que je ne franchirai pas.
Enfin, je n’ai pas compris le rapport entre l’intelligence sociale, qui dixit la présentatrice, est la capacité à communiquer avec les autres et reconnaître leurs émotions, et le fait d’estimer de façon juste l’âge de quelqu’un-e. Quelqu’un-e maquillée pour un plateau télé en plus !
Quand on sait ce que des techniques de maquillage comme le contouring peuvent faire, on comprend comme l’épreuve proposée est ridicule.

« L’intelligence verbale » qu’on pourrait prendre, à cause de son nom, pour un Indice de Compréhension Verbale, est en fait pour l’émission la capacité à jouer avec les mots.
En somme, à faire des rébus.
Ce qui en fait, fait appel à la logique, à la manipulation de concepts abstraits, et aux codes.

« L’intelligence logique » enfin, est la moins bancale du lot. C’est bien d’indice logico-mathématique dont il est question dans les épreuves du même nom dans l’émission.

Finalement, on réalise que ce qui est mis à l’épreuve dans cette émission est en fait précisément ce qui constitue l’intelligence telle que mesurée par les tests psychométriques : mémoire de traitement, vitesse de traitement, raisonnement perceptif, compréhension verbale.
La seule qui soit définie et reconnue par la science à ce jour de façon unanime et (é)prouvée.

  • Des tests de sélection inappropriés

Lors des portraits de chaque participant-e-s, on nous montre des extraits de leurs performances aux tests de sélection.
Et, si vous êtes comme moi, vous vous êtes demandé-e plus d’une fois pour quel « type d’intelligence » les tests étaient passés.
Par exemple, quand la « championne de l’intelligence visuelle » passe les tests où elle a été la plus performante, on la voit remplir des béchers et faire passer un œuf dur dans un erlenmeyer. Ce sont des « casse-têtes » de logique, qui font appel à des notions de physique. N’importe quel-le-s curieu-x-se de sciences, ou même qui a simplement feuilleter un Picsou magazine ou un Science et Vie Junior ou Okapi ou même lu le dos d’une boite de céréales dans ses jeunes années connait ces expériences.
Et je ne vois pas en quoi il s’agit d’épreuve « d’intelligence visuelle ».

Puis, plus tard, on voit les candidats au titre de champion de l »intelligence corporelle » passer exactement la même épreuve de l’œuf, puis celle d’équilibre d’un marteau et d’une règle en bois… Des casse-têtes de physique donc. Encore.
En quoi est-ce cohérent de les voir passer les mêmes épreuves que la championne de la mémoire visuelle ?
Même si tous les candidat-e-s ont passé toutes les épreuves, le but des portraits est de montrer les champions dans leur domaines d’excellence.
Il faudra donc m’expliquer.

Pour ce qui est de l’intelligence musicale, on voit que la sélection se fait sur un jeu qu’on a TOU-TE-S eu entre les mains, et qu’on  tou-te-s voulu jeter par la fenêtre de frustration ou d’ennui : le bidule rond, plat, avec quatre touche de couleur qui chacune produisent un son passablement désagréable et différent.
Le but étant de reproduire la plus longue séquence musicale/visuelle possible.
Pour une épreuve étant censée avoir un lien avec la musique, 4 notes, ça me semble moyen.
Et en plus, l’objet support permet de faire appel à la mémoire dite visuelle en plus de la mémoire auditive. On fait mieux comme critère clair de sélection.
Qu’en sait-on que c’est uniquement grâce au son que les candidats ont pu réussir ? Cela pourrait très bien résulter de la combinaison son/couleur.
Même si, on s’en doute, il y avait d’autres épreuves de sélection, celle-ci témoigne du grand bloubiboulga conceptuel de cette émission.

Quant aux tests pour l’intelligence verbale, ils m’ont laissée perplexe.
Même si évidemment, résoudre des rébus c’est jouer avec les mots aussi, je me demande bien en quoi ces rébus-là faisaient appel à l’intelligence verbale telle que décrite dans l’émission (la capacité à bien s’exprimer, l’apanage des avocats et des présidents de la république).
Si vous avez une réponse, je serai ravie de l’entendre !

Et un peu de réification des femmes et une injustice notoire avec tout ça !

En plus de l’imprécision et des incohérences notoires, je retiens de cette émission deux choses qui m’ont profondément agacées.

L’épreuve de « logique ».
Par logique, on s’attend à avoir des épreuves de types suite logique à compléter, ou lien logique à trouver.
On a eu du calcul mental.
*soupir*
Mais, admettons, c’est comme cela qu’ils ont présenté « l’intelligence logique », en fait c’est le goût et la facilité avec les chiffres et le calcul mental.
Pour le calcul mental, on s’attend donc à ce qu’on présente brièvement des chiffres aux candidat-e-s , et qu’on leur demande d’effectuer des opérations mentales avec.
C’est effectivement ce qui a été fait.
Mais…

Mais des gens hautement créatifs, et manifestement brillants, on pensé que ce serait quand même très pertinent et utile que de présenter les chiffres en questions sur des femmes quasiment nues et qui dansent.
Bah oui, calcul mental, femmes presque nues, logique.
Pure logique.

DE-SES-POIR !
Lors de la seconde phase de jeu, une question portait sur la discrimination droite/gauche (les direction, pas les orientations politiques).
Puis, dans la même phase de jeu, on demande de bien regarder une pose de danse et de repérer le nombre de fois où cette pose apparaît dans la chorégraphie. Puis de multiplier ce nombre par un autre donné et de donner le résultat.
Bon.
J’ai joué le jeu, et j’ai bien fait attention de ne compter que ce qui correspondait EXACTEMENT à la pose en question, avec le bras droit levé et le bras gauche baissé.
Je vois que seul le plus jeune des candidat-e-s à eu la même démarche, ce qui me fait sourire puisque ce jeune garçon s’avère être HPI lui aussi.
Je m’attends à ce que seul lui ait le point.
ET NON !
Alors là d’un coup, la gauche et la droite, on s’en fiche. On compte une pose, même si les bras sont inversés.
(Il faut regarder l’émission pour me suivre là, désolée.)
Alors je m’insurge.
Si en danse, quelle qu’elle soit, lever le bras droit ou gauche était la même chose, ça se saurait.
J’ai plus de 20 ans de danse classique au compteur et croyez-moi, la droite et la gauche ce n’est PAS la même chose !
Le jeune Cyprien a eu la même réaction choquée que moi, et je le soutiens totalement. On lui a volé un point. Et on en a donné un de façon totalement injuste et incohérente aux autres.

Incohérence, injustice !

Oh et puis, pour la dernière épreuve avant la finale, ils auraient pu au moins changer le puzzle à faire à chaque question. Parce qu’au bout d’un moment, faire le même puzzle trois fois de suite, ce n’est plus exactement une difficulté…

Conclusion 

Pour être honnête, l’émission était un divertissement acceptable, même si le niveau était de l’ordre des rébus, labyrinthes et jeux des 7 différences au dos des boites de céréales.
Simplement, l’émission aurait largement gagné à ne pas vouloir se donner des airs plus sérieux que ce qu’elle n’était en réalité.
On se serait aussi largement passé d’affirmations aussi fausses que mal venues, des imprécisions et incohérences, et du sexisme.

 

*Je vous joins ici un lien pour faire un test de l’université de Geneve sur la reconnaissance des émotions. Amusez-vous bien !

 

Mille et une vies – MERCI !

A toutes les personnes qui m’ont écris, qui m’ont contactée d’une façon ou d’une autre suite à mon passage dans l‘émission Mille et une vies sur France 2 ce vendrredi 21 octobre 2016 :
Merci !
Merci pour vos mots qui donnent tout son sens à cette démarche un peu folle.
Merci d’être le pourquoi de tout ça.
Moi qui croyais que ce serait un coup d’épée dans l’eau, un coup pour rien. Moi qui croyais que cela relevait plus de l’acte de foi que de l’action efficace.
Vous m’avez montré que non !
Merci ! Je suis tellement heureuse que cela ait fonctionner, tellement heureuse d’avoir pu, même un tout petit peu, aider, soulager, apporter un peu d’espoir.
C’est magnifique. C’est merveilleux.
Merci pour ces retours si gentils. Merci pour votre compassion, votre bienveillance.
Merci pour votre confiance aussi.
Merci pour tous ces retours qui viennent me nourrir, me guérir, m’encourager.
Merci !
merci

Invitée de Mille et une vies

Et oui, après un témoignage dans la presse, me voilà invitée de « Mille et une vies », l’émission de Frédéric Lopez, sur France 2.

Le principe de l’émission est de partager des parcours de vie, où la résilience joue un rôle important, ou bien des parcours extraordinaire ou inspirant.
Personnellement, je ne pense pas rentrer dans une seule de ces catégories, si ce n’est « extraordinaire » au sens purement statistique du terme.

J’ai accepté de participé car il me tient à cœur de présenter une autre réalité du Haut Potentiel Intellectuel, une réalité heureuse et joyeuse.
Je tenais à donner un peu d’espoir aux personnes qui se découvrent surdouées à l’âge adulte et qui ne trouvent que des témoignages de souffrance et d’errance.
Je tenais aussi à parler autrement de la douance, à briser les clichés, et les tabous.

Je vous le dis souvent ici, je n’ai pas honte d’être ce que je suis.
Et j’ai de la peine pour ceux et celles qui se cachent, qui n’osent pas dire ce qu’ils/elles sont à cause des préjugés.
Alors j’ai voulu saisir cette occasion de montrer qu’on peut dire qui l’on est, ce que l’on est, avec ses blessures, sans avoir à en avoir honte.

Je voulais donner un peu d’espoir et apporter un message positif, briser les clichés sur le HPI, et témoigner d’une réalité positive de la chose.

Alors bien sur, l’émission n’est pas à propos de la douance, mais à propos de mon parcours. C’est ce parcours qui est prétexte à aborder la douance, parce que son diagnostic à été une des clefs de mon épanouissement.

J’espère donc que le montage de l’émission ne trahira pas mon propos, qu’on n’associera pas mes épreuves personnelles uniquement au HPI.
Car il n’est pas l’unique raison de mon épreuves. Comme toute histoire, mes difficultés sont le fruit d’un tout.

J’espère enfin que je ne décevrai personne.

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