Compassion et complaisance

Suite au partage de mon article « Surdoué•e•s : ceux et celles qui font croire qu’ils en sont. » par le site Centre arborescence, j’ai eu beaucoup de vues, et surtout pas mal de retours.
Bien moins que de vues, mais quand même bien plus que d’habitude.

Hormis les éternels reprochent faits aux tests (« Ils ne sont pas fiables », « Ils ne sont pas accessibles ») il était beaucoup question de compassion dans les commentaires. Et du fait que j’en manquais de façon plus ou moins importante ou que je devrais en faire plus preuve.

Il se trouve que c’est une remarque qui revient souvent de la part d’inconnu•e•s.
Une seule fois de la part d’une personne qui m’est proche, mais à ma décharge, le contexte émotionnel était intense.

Alors fidèle à moi-même je me mets à cogiter.
Si l’on me fait cette remarque plus d’une fois, c’est qu’il y a une raison. Manquerais-je de compassion ?
Ni une ni deux, je vais poser la question à ma psy (pas entre vendredi et aujourd’hui, je vous rassure, c’était avant.).
Selon elle, la réponse est non. Mon problème serait même inverse : à avoir tant de compassion, j’en oublie de vivre pour moi.
C’est rassurant, mais une énigme demeure, comment ces deux perceptions de moi peuvent-elles coexister sans que pour autant elles ne soient perceptibles ensemble ?

Ou, plus simplement dit, comment puis-je être si compatissante sans que des gens qui ne me côtoient pas dans l’intimité ne s’en rendent compte ? Plus encore, pour qu’ils et elles pensent que j’en manque, de compassion ?

*Triture, triture. Cogite, cogite*

Ça c’est le bruit que font mes neurones quand ils s’activent.

Et puis *FLASH* me revient l’essence d’un passage du – pour moi, fabuleux – ouvrage de Béatrice Millêtre : compassion n’est pas complaisance.

Jackpot !

C’est ça. Enfin, je trouve que ça fait sens.
Du coup, fidèle à moi-même, de l’exemple particulier de mon petit cas anecdotique, je passe à une réflexion plus globale.

Compassion n’est pas Complaisance

Je sais que ce qui gêne chez moi, c’est ce que je dis. Je crois fondamentalement que ce n’est pas comment je le dis, parce que je le dis clairement.
Je pense que c’est vraiment le contenu qui gêne.

Je dis des choses qui dérangent. Parfois malgré moi, parfois volontairement.

Est-ce que ces propos dérangent parce qu’ils manquent de compassion ? Est-ce que dire ce qui est, c’est faire preuve de manque de compassion ?
Je veux bien croire que parfois, oui. Parfois, le silence est la plus grande preuve de compassion que l’on puisse apporter.
Néanmoins, ce n’est bon qu’un temps. Je crois que pour avancer, pour progresser, il faut à un moment ou à un autre faire face à ce qui ne fonctionne pas. À ce qui nous dérange.

Compatir, c’est, étymologiquement, souffrir avec. Du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec συμ πἀθεια , sym patheia, sympathie.

Donc faire preuve de compassion, c’est souffrir avec l’autre.
La complaisance c’est la « disposition d’esprit de celui qui cherche à faire plaisir en s’adaptant aux goûts ou aux désirs de quelqu’un ».
Ainsi, lorsque l’on compatit, il n’est pas question de faire plaisir. Il n’est pas question de s’adapter à l’autre.

La compassion est une résultante de l’empathie.
La complaisance cherche à plaire.

La compassion ne cherche pas à plaire.
On peut compatir, sans pour autant faire preuve de complaisance.

Donc, j’en déduis que c’est ce que certaines personnes reprochent à ce blog : qu’il ne fasse pas dans la complaisance.

Béatrice Millêtre disait :
« A l’inverse, la complaisance n’est pas une marque d’estime. Accepter la médiocrité revient à dégrader les autres, à dévaloriser leurs qualités, à croire qu’ils sont incapables de bien faire ». – Ch. Toujours viser le meilleur : perfectionnisme et exigences. – Le livre des vrais surdoués. Surdoués et heureux !


Demeurer honnête

Si je donnais dans la complaisance avec ce blog, alors je n’écrirais que ce que d’autres veulent entendre, ce qui leur plaira.
Je n’ai pas démarré ce blog pour cela. Je l’ai voulu un témoignage sincère et honnête. Si je me mets à ne plus écrire que ce qui plaira,  je me mettrais alors à mentir. Dans le sens où je n’écrirais pas toujours ce que je penserais, ni ce que je vivrais, parce que ça risquerait de ne pas plaire.


Conclusion

Alors, non, définitivement non, ni ce blog ni moi ne manquons de compassion.
En revanche, ni ce blog ni moi ne donnons dans la complaisance.

Donc, ce que je dirai, ce que j’écrirai, continuera de déranger parfois.

Mais ce ne sera jamais du manque de compassion.

Du bonheur, du bonheur et des surprises – Retour à chaud sur la journée du 17 juin

J’y suis !

Enfin un peu de calme, un moment à moi pour vous raconter ma merveilleuse journée du 17 juin 2017.
J’étais, comme vous n’êtes pas sans savoir, invitée à intervenir lors d’une conférence à l’occasion d’une journée d’échange sur le thème du HPI chez l’adulte, organisée par l’association ToulouZèbre.

Ce fut merveilleux.

Mais commençons par rendre à César ce qui appartient à ToulouZebre.

Lire la suite

Morceaux choisis « Les adultes surdoués » du Dr G.Wahl

Parce que décidément plus je le lis, plus je l’aime cet ouvrage (j’ai aussi lu celui sur les enfants, qui est tout aussi bon à mon sens).

Voici quelques morceaux choisis de l’ouvrage, dans l’ordre d’apparition :

p34. Extrait du test ATIPIC : Adulte Test d’Identification du haut Potentiel Intellectuel et Cognitif.
Le Dr Wahl nous fait le plaisir de nous dévoiler les 20 premiers items de ce test. Vous pouvez donc vous amusez à y répondre.

p48. Le Dr. Wahl évoque ce qui peut représenter pour les non-initié•e•s une question pleine de passion, celle du QIT : le donner ou pas ? Le Dr. Wahl a la délicatesse et l’intelligence de ne rien imposer ni déclarer comme ce qui est à faire ou pas, mais nous livre une explication claire des tenants et aboutissants de cette question.

p.49. L’auteur nous propose son analyse et donc sa réponse aux remises en question du test de QI.
De vous à moi, j’ai profondément regretté de ne pas avoir l’homme en face de moi pour le remercier de la plus chaleureuse et reconnaissante des poignées de mains (Oui, étant donné que je n’ai pas le plaisir de connaître ce monsieur, je ne peux guère me permettre plus en terme de remerciements.).
Il livre ce qui pour moi devrait mettre fin à tout atermoiement sur la question, le fait que à ce jour il n’existe pas d’autre ni de meilleur outil pour mesurer l’intelligence. Et que celui existant est particulièrement robuste et bien construit. Il y dédie d’ailleurs tout un chapitre pour que l’on comprenne bien comme l’outil est construit.
« Toutes ces questions mériteraient d’être posées, si l’on disposait d’outils plus fiables, mais il n’en est aucun qui puissent seulement leur [les test de QI WISSP, WISC et WAIS] être comparé. »

p57. Un autre outil d’évaluation !! Cette fois sur le bien-être de vie. De même vous pouvez répondre à quelques questions pour vous amuser. 🙂

p58. Une phrase qui soutient mon idée qu’une relation amoureuse (ou amicale) est plus facile lorsqu’on partage un même ordre de niveau d’intelligence.
« […] semblet-il, les appariements amoureux sont, le plus souvent, cognitivement homogènes. » Ch.IV le Bien-être subjectif et l’intelligence.

p60. Un joli exemple, mais qui n’est pas le plus grand, du sens de l’humour de l’auteur.
« […] en finir avec l’écriture de ce satané chapitre pourrait m’inspirer un bonheur eudémonique (tout chapitre en cours d’écriture est satané). » Ch.IV le Bien-être subjectif et l’intelligence.

p72 et p73. Celles et ceux qui comme moi ont eu des difficultés à conserver leur santé mentale intacte face à ce qui leur semblait être des aberrations totales du fonctionnement de leur structure professionnelle seront ravi•e•s de découvrir la loi de Putt et la loi de futilité de Parkinson. La première exprime en gros que les personnes compétentes ne sont pas forcément celles qui encadrent/dirigent (managers) et la seconde exprime que les institutions dédient souvent un temps considérable à des choses insignifiantes.
(Je vous invite à lire les articles de la catégorie « Au travail » si vous souhaitez connaitre mes expériences avec ces deux lois. :p).

p74. « La vie professionnelle n’est pas toujours du goût des surdoués, car elle leur impose parfois un affadissement intellectuel et existentiel peu compatible avec leur personnalité et leur talent. » Ch.VLes « risques » du surdon.
Cette phrase m’a fait du bien, car elle m’a déculpabiliser de ne trouver absolument aucun élan ni motivation profonde aux postes que j’ai pu occuper, mais aussi aux postes des autres que j’ai pu observer.

p87. Le passage qui suit m’a évoqué ce que B.Milletre appelle « faire son Archimède » et ce qu’elle dit de ce qu’elle nomme le raisonnement intuitif.
« Le mathématicien Henri Poincaré a tenté de préciser le processus de la découverte scientifique. Il distingue quatre étapes, que sont l’imprégnation ( les questions sont posées), l’incubation (cheminement inconscient), l’illumination (la solution surgit) et l’explication (la solution est rationalisée). » Ch.VII Intelligence et créativité.

p94 et 95. Autre grande source de plaisir et de joie pour moi. Une bonne remise en place des pseudo-fantasmes sur les hémisphères du cerveau.
« Comme d’autres études ont montré que l’hémisphère droit des surdoués offre des capacités proches de celles de l’hémisphère gauche, on a retenu que les adultes intellectuellement surdoués pourraient disposer de deux hémisphères dévolus à la rationalité, au langage, au calcul, à la pensée analytique, tandis que le commun des « cérébrés » n’en possède qu’un.[…]. Si l’on considère que les deux hémisphères des surdoués sont indifférenciés, et donc disposent chacun de toutes les qualités en doublon, on peut supposer que les registres de l’abstraction et de l’émotion sont indissociés ; ils donnent alors à toute approche de la connaissance, une grande amplitude émotionnelle. » – Ch.VIII Biologie de l’intelligence.

p101. On retrouve encore cette notion d’appariement en couple par QI homogène.
« Précisons que les couples parentaux se forment le plus souvent sur la base d’un appariement homogène de l’intelligence ou de ses signes extérieurs, le niveau d’étude notamment. » – Ch.VIII Biologie de l’intelligence.

p119. J’aime, j’aime, j’aime.
« C’est cependant la petite chance qu’offre la comparaison des inégalités naturelles sur les inégalités sociales : elles donnent un moindre sentiment d’injustice.On applaudit au talent mais l’on méprise l’entregent. […] Descartes écrivait imprudemment que l’intelligence est « une faculté dont nous sommes tous également pourvus » […] » – Conclusion

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Pourquoi j’écris ce blog (petit rappel. Et un peu de moi aussi dedans.)

Quel est le but que je poursuis en écrivant ainsi sur le net ? Ce qui revient somme toute à me planter au milieu d’une place publique et commencer à penser tout haut.

Je veux aider.
Non je ne « souhaite » pas aider. Je le veux.
C’est très clair pour moi et je suis très déterminée à le faire. J’essaie d’ailleurs de me donner les moyens de le faire.

Comment m’y prends-je ?

D’abord par la force de l’exemple

Je ne me crois pas exemplaire dans le sens le plus valorisant du terme. Je ne suis pas un modèle.
Je suis, en revanche, un exemple de chemin de vie qui existe. Un exemple de façon de vivre avec ce que l’on est, les autres et le monde.
Juste cela.

Mais je crois que parfois, il ne suffit que d’un exemple, que de voir que « c’est possible d’être comme ça » pour ouvrir une porte vers d’autres possibles encore ignorés.

Ensuite, rien de ce qui ne nous dérange ou nous touche n’est anodin

Une amie très chère à mon cœur m’a dit un jour : « Quand quelqu’un est dérangé dans une discussion avec moi, ce n’est pas moi qui le dérange, mais ce que je dis. »
Elle m’a aussi dit que « Je suis responsable de ce que je dis, pas de comment les autres le reçoivent. »

Ces paroles ont longtemps raisonné en moi, et elles m’ont été et me sont encore très précieuses au quotidien.

J’ai découvert et compris quelle magnifique réalité elles recouvraient.
Car oui, quand j’étais blessée, choquée, ou vexée par ce que d’autres pouvaient dire, c’était (et c’est encore) souvent parce que ces paroles me renvoyaient à une blessure intérieure.
Quelque chose en moi de blessé, une part de moi qui n’était pas sereine vis à vis du sujet abordé.
C’est ainsi que j’ai compris et réglé bien des choses en moi. Ce qui m’a permis de gagner en sérénité, en assurance, mais aussi en compassion vis à vis de moi en premier lieu mais aussi des autres.

Depuis, à chaque petite ou grande contrariété je me demande « pourquoi ? ». Qu’est-ce qui me contrarie dans ce que j’ai entendu ? Qu’est-ce que ça gène en moi ? Quelle insécurité, quelle faille, quelle fragilité cela vient-il toucher ?

Bousculer pour faire réfléchir

Même si je ne cautionne pas toutes les pratiques sociales, et si j’en juge beaucoup complètement inutiles et certaines carrément hypocrites, je les connais toutes.
Je sais que ce que j’écris ici est parfois perçu comme choquant (parce qu’inhabituel, parce que brisant les conventions sociales, parce que pas « politiquement correct », parce que inattendu, etc). Je le sais, et c’est précisément un outil pour moi pour faire réagir, et donc réfléchir, ceux et celles qui me lisent.

Réfléchir pour (aider à) trouver son chemin

Je crois que le bonheur est quelque chose de fondamentalement personnel.
Je crois aussi que nous avons en nous toutes les ressources nécessaires pour être heureu-x-se.
Et je crois aussi que nous avons besoin d’outils extérieurs pour pouvoir accéder à nos ressources intérieures insoupçonnées.

Ce blog se veut précisément être ceci : une ressource, un outil.
Une ressource à consulter, lire, sur laquelle s’interroger, une ressource à juger même !
Oui, oui, mille fois oui, faites-vous une idée, une opinion de ce que vous voyez écrit ici (et ailleurs) ! Soyez d’accord avec ce qui y dit, soyez en complète opposition avec ce qui y est écrit. Trouvez cela brillant, trouvez cela stupide, trouvez cela sans intérêt, trouvez cela pertinent.

Faites-vous votre idée.
Parce que c’est aussi en se positionnant par rapport à d’autres idées, d’autres points de vue que l’on affine les nôtres, et donc que l’on se connait mieux.

Et mieux l’on se connait, plus il est facile de construire son bonheur.

Il y a autant de chemins et de réalités que de vies

Mon chemin, mes avis, mes opinions, mes réflexions, ne sont que cela. Et ça ne vaut pas plus que ce que d’autres pensent.
C’est juste une option. Un exemple de ce qui existe.

Je n’ai absolument pas la vérité sur le HPI, sur ce que c’est ou comment on devrait vivre avec ou pas. Ni sur quels professionnel•le•s sont les mieux formé•e•s ou informé•e•s ou que sais-je.
J’ai des avis, des opinions, des expériences parfois.
Et je les partage avec vous parce que je vous souhaite de les utiliser pour vous forger vos propres avis.

Ce qui fonctionne pour moi n’est valable que pour moi. Mais peut-être cela pourra-t-il vous aider ? Ce que je n’aime pas vous conviendra peut-être mieux que ce qui me plait ?

Du partage, des réflexions, et surtout, du bonheur

Voilà pourquoi j’écris ce blog.
Pour aider, par le partage, et un peu de bousculades parfois.
Parce que je crois en la force de l’exemple, parce que je crois sincèrement et fondamentalement que tou-te-s autant que nous sommes nous avons tout ce qu’il nous faut en nous pour être épanoui-e-s.
Même si nous l’ignorons nous-même. Ce sera justement en puisant à l’extérieur, en cherchant, en trouvant, en errant parfois, qu’on finira par découvrir la réponse qu’il nous fallait…en nous-même. 🙂

J’ai foi en l’être humain en tant qu’individu.
Réellement.
Profondément.

Et je ne souhaite que le bonheur pour tou-te-s.

Et quelqu’une d’affirmée derrière le clavier !

On m’a dit que je passais pour quelqu’un d’orgueilleux voir de méprisant parfois tellement j’étais sûre de ce que je disais.
Alors d’abord, je trouve cela triste qu’on confonde assurance et orgueil, mais passons.

Je comprends cette réaction, ce sentiment. Et je crois qu’en fait, ce qui est destabilisant pour les autres, est cette sérenité que j’ai vis à vis de mes propres imperfections et erreurs effectives, possibles et/ou futures.
Je ne suis qu’humaine. Je me trompe. J’ai des défauts.
Je travaille très sincèrement à être la meilleure version de moi-même à chaque jour qui passe, et je ne me voile pas la face quant à mes défauts.

Mais j’ai cessé d’en avoir honte.
Parce qu’il n’y a pas de honte à avoir des défauts ! C’est juste humain.
La honte serait, je ne sais pas, de se vautrer dedans, de faire du mal aux autres et … d’en être fière tiens peut-être.

Mais je ne suis pas fière de mes défauts, je les accepte, nuance.

Comme j’accepte de n’être que moi. De ne pas être aimée par tout le monde (même si ça me blesse). De ne pas penser comme tout le monde.
D’avoir éventuellement (mais éventuellement hein !) tort.

C’est juste « ok ».

Je n’écris pas pour avoir raison, je n’écris pas pour la gloire ( même si je prends volontiers la gloire) , je n’écris pas pour qu’on soit d’accord avec moi.
J’écris pour partager.
Pour aider.

Parce que oui j’ai la prétention de penser que témoigner d’un chemin de vie atypique, ça peut aider. 🙂

Neurodiversité et Questionnaire

Hier, on m’a demandé mon avis sur un blog/site/page Facebook/compte Instagram (oui tout ça) traitant de ce que l’autrice appelle « neurodivergence et neurodiversité ».

Neurodiversité

Dans un premier temps, il a s’agit de découvrir ces publications et billets.
C’est un blog personnel avant tout, d’une personne qui s’est vue être diagnostiquée atteinte de Trouble Anxieux Généralisé (TAG) et d’un Trouble de Déficit de l’Attention avec Hyperactivité (TDAH). Et cette personne nous confie que sa compagne est je cite « Autiste de Haut Niveau ».

A priori rien de mal dans tout cela, rien de nouveau non plus. C’est comme ce blog, et des milliers d’autres jusque-là.
Je n’avais donc pas grand-chose à dire, si ce n’est que les troubles cités ne m’intéressent pas plus que cela à l’instant t.

Et puis, je me suis mise à parcourir les publications, les partages et les billets.
Et là, j’ai commencé à tiquer.

Alors attention, que les choses soient bien claires.
Je ne remets pas en question une seconde la bonne foi de l’autrice. Elle nous témoigne de son expérience de vie, avec ses troubles, et évoque ceux de sa compagne, aussi tout ceci n’est pas à remettre en cause.
C’est un partage d’expérience de vie qui est à accueillir pour ce qu’il est, avec bienveillance.

J’ai été gênée par le fait que le blog présente des concepts et des définitions de concepts, sans ne jamais citer aucunes sources scientifiques. Certes il y a des liens Wikipédia, mais nous savons tou-te-s que ce n’est pas une garantie de validité ou de vérité.

Par exemple, le blog est centré sur la neurodiversité et la neurodivergence.

Qu’est-ce que la neurodiversité ?
La neurodiversité n’est pas un concept scientifique, pas plus que ne l’est la neurodivergence.
Vous pouvez le constater en lisant l’article suivant, qui est extrait des archives scientifiques Française, HAL.

 

En voici un extrait :

« […] Par contre, l’association francophone de personnes autistes, SAtedI, créée en 2003, n’adopte pas le concept de neurodiversité et ne fait pas référence à la notion de communauté. […]  Alors que les Français ont intégré la notion de dysfonctionnement du cerveau, les Canadiens adoptent le concept de neurodiversité. […]

Conclusion 
Comme nous avons pu le montrer, ce ne sont pas des neuroscientifiques qui sont à l’origine du concept de neurodiversité et de sa diffusion mais une chercheuse en sciences sociales 10 (disability studies) et des personnes autistes qui échangeaient sur internet. Mais c’est bien l’essor des neurosciences dans les années 1990, avec la circulation des images du cerveau en fonctionnement et des théories sur les réseaux neuronaux qui ont inspiré ceux qui préféraient redéfinir l’autisme comme une autre façon de penser plutôt que comme une maladie psychiatrique. Des neuroscientifiques et des chercheurs en sciences cognitives se sont ensuite emparés de ce concept pour explorer ces façons différentes de penser mais en se concentrant sur des personnes qui parlent et qui présentent des capacités cognitives importantes. […] « 

Le concept de neurodiversité ou l’éloge de la différence
Brigitte Chamak
CERMES3 (Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé Mentale, Société) INSERM U988, CNRS UMR 8211, EHESS, Université Paris Descartes

La neurodiversité est donc un mot qui a pour but de déstigmatiser les pathologies mentales, en interrogeant sur ce qui, dans la pathologie, découle d’un regard social négatif posé sur une différence de fonctionnement de pensé.

Pour la neurodivergence, c’est le mot qui définit le caractère des individus qui présente un trouble/pathologie qui rentrerait dans la « neurodiversité ».
Il s’agit aussi d’un néologisme, utilisé sur Internet, et par les Canadiens en particulier.

Le concept est flou, et vous l’aurez compris, concerne avant tout l’autisme.
Néanmoins, il a été élargi, intégrant désormais des pathologies et troubles mentaux qui n’impliquent pas de différence neuronales (c’est à dire au niveau des neurones) mais « seulement » un fonctionnement physiologique différent (déséquilibre de neurotransmetteurs, retard mental, pensées récurrentes, troubles psychiques sans substrats physiologiques.).

J’en profite pour faire une précision : l’autisme, comme le HPI, présente non seulement un fonctionnement de la pensée différent (visible par IRMf et EEG) mais aussi un substrat physiologique différent (architecture neuronale différente, et proportion des types neuronaux différente). 

Ce qui n’est pas le cas des troubles tels que les troubles Dys, ou les trouble de l’anxiété ou les pathologies mentales qui présentent eux, un dysfonctionnement physiologique mais pas un système nerveux différent dans son architecture cellulaire (exemple, les schizophrènes n’ont pas des neurones myélinisés différemment).
Donc les troubles Dys, l’autisme et le HPI ne sont pas identique en termes de troubles ou de famille de troubles.

On constate donc que ce blog, qui pourtant avance des définitions, et se présente comme « sachant » est en fait plein de confusions et d’imprécisions. Et sans références solides (d’un point de vie scientifique).
Si l’expérience personnelle n’a pas à être discutée, et ce en aucune façon, on peut être déçu-e du manque de solidité du contenu.

 

Le Questionnaire
Le site/blog/page Facebook partage un questionnaire qui a pour ambition, je cite de : « créer des statistiques concernant la population neuroatypique ».

Le questionnaire pose des questions de l’ordre de votre santé : traitements médicamenteux, diagnostics de troubles mentaux (individuels et familiaux) ; mais aussi sur votre vie privée : orientation sexuelle, situation personnelle (en couple, etc.) ; mais aussi des questions sur l’origine ethnique, le pays d’origine, la ou les langues parler, la ville de naissance, et d’autres ; sans oublier la catégorie socio-professionnelle.

L’autrice n’étant pas française, je ne peux vous dire quelles lois régissent la confidentialité des informations concernant la santé, la vie privée et la vie professionnelle dans son pays (le Canada).
Mais sachez qu’en France, les informations de santé et vie privée sont considérées comme confidentielles. Vos médecins et professionnel-le-s de santé n’ont pas le droit de les communiquer sans qu’elles ne soient anonymiser et que votre santé le requiert.

Vous faites, bien évidemment, ce que vous voulez de vos données personnelles.

Mais, en tant que future professionnelle de santé  mentale, je ne peux que vous recommander de ne répondre à ce genre de questions que lorsqu’elles sont posées par des professionnel-le-s tenu-e-s à la non divulgation et à l’anonymisation de vos données par la loi.
C’est à dire : personnels de recherches (étudiants en Master de médecine ou psychologie, docteurs/chercheu-r-se-s en psychologie; professionnels de santé, avocat-e-s, assitant-e-s sociaux; professionnels de soin.)
Hormis cette catégorie de professionnel-le-s de soin, et où d’aide juridique, tenu à la discrétion par la loi, vous n’avez pas à communiquer vos données personnelles.

Encore une fois, je pars du principe que l’autrice est tout à fait de bonne foi.

Il n’empêche, qu’en dehors d’un laboratoire de recherche ou d’un cabinet médical, ce genre d’information relève de la vie privée et sont confidentielles (en France).
Faites vraiment très très très attention à ce que vous dites de vous sur internet. 

Enfin, l’autrice ne précise pas quel traitement statistique sera fait des données recueillies.
C’est à dire qu’on ne sait pas si les résultats qui seront divulgués seront exploitables ou simplement significatifs.
Comme je vous l’ai dit, les questions sont très très larges, et concernent des troubles psychiques divers et variés qui n’ont pas tous de lien entre eux, ou pas tous les mêmes.
D’un point de vue purement méthodologique, cela semble un peu léger.

Mais, si vous trouver le blog/site/page Facebook/compte Instagram dont je parle, vous pouvez toujours en contacter l’autrice et lui poser les questions qui vous viennent.

Conclusion
Quoi que vous lisez sur Internet, je vous invite toujours à vérifier les sources (auteurs/autrices, leurs métiers, leurs fonctions, leur CV), à vérifier les concepts et ce qui y est dit par vous-même (si Wikipédia est un début, n’hésitez pas à regarder les liens sources des articles et privilégier les articles scientifiques de publications de recherches et/ou universitaires), y compris ce qui est écrit dans ce (mon) blog.

Et surtout, vérifiez à qui vous partagez vos données personnelles et privées.
Renseignez-vous sur les lois en places concernant les informations privées sur les sites du gouvernement.
S’il ne vous viendrait pas à l’idée de communiquer vos coordonnées bancaire à des inconnu-e-s sur Internet, appliquer la même prudence quant à vos données de santé.

Vous l’avez remarqué, je ne mets pas le lien du blog en question, parce que le but de l’article n’est pas une chasse aux sorcières.
Si vous trouvez le site/blog, vous vous ferez votre avis.
En plus, l’autrice ne semble pas professionnelle de la santé mentale, ou statisticienne, aussi on ne saurait lui tenir rigueur de ne pas avoir les réflexes et démarches de ces professionnels.
Cependant, si j’ai pris la peine de me fendre d’un article sur le sujet, c’est aussi parce que j’estime que nous devons tou-te-s faire attention à ce que nous disons, en particulier en public (car oui, un blog publié publiquement est un espace public).
Nous avons tou-te-s nos champs de compétences et nos connaissances, et nous avons le droit de les exprimer.
Néanmoins, il est aussi de notre devoir quand on sait qu’on nous écoute, de ne pas raconter n’importe quoi et de savoir reconnaitre quand nous ne sommes pas/plus compétent pour parler de quelque chose. Ou de définir clairement les limites de notre « expertise » sur un sujet.
L’erreur est humaine et nul-le n’est tenu-e à la science infuse, bien évidemment, mais la vigilance est de mise.
J’en profite (et je termine ce billet là-dessus) pour rappeler que je ne suis QUE étudiante en psychologie.
Mon savoir sur le HPI se limite à ce que j’apprends et ce que je lis sur le sujet dans le cadre de mes études, agrémenté de ce que je vis en tant que personne HPI.
Et ce que je vis en tant que personne HPI n’est qu’un exemple de ce qui peut être, et pas une référence ni un modèle.

 

Voilà, merci pour votre patience !

 

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Quelques liens pour plus d’informations sur les données de santé et la loi encadrant leur circulation/divulgation :

Site du gouvernement français
Site de Maitre Cahen, Avocate (que je ne connais absolument pas, mais qui a le mérite d’avoir une page sur le sujet. :p)

 

« Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué » , La « bible » des AHP.

Cet ouvrage, dont j’ai mainte fois mis le lien sur ce blog, est connu par les lecteurs comme « la bible des AHP ».

Jeanne Siaud-Facchin, ed. Odile Jacob

Je l’ai acquis avant de passer mon test, pour me faire une idée du sujet et voir si je m’y reconnaissais.
Pour être honnête, ce n’était pas très probant. A la fin de ma lecture je n’étais pas plus avancée. Je pouvais effectivement être AHP, je me reconnaissais dans certains traits décrits ou certaines expériences de vie, mais 50% du contenu me restait étranger.

Il est difficile de se reconnaître dans les descriptions élogieuses que la psychologue fait des HQI. Notamment dans la description qui, à mes yeux, flirtait avec la science fiction : hypermaturité, hyperlucidité, extrême conscience, extrême sensibilité, sens hyper développés… C’était un mélange d’X-men et de la Sentinelle.
Et, contrairement à ce que l’on pourrait peut-être croire à la lecture de ce blog, je ne me suis jamais (loin de là) considérée comme brillante.

En première lecture donc, j’ai été assez déçue par cet ouvrage. Je le trouvais bien pessimiste. A le lire, la réalité du surdon intellectuel était forcément une souffrance sans nom, et voir, sans solution.
Je n’aimais pas voir cette nature décrite comme un fardeau ou malédiction.

C’est seulement aujourd’hui, des années plus tard donc, que cet ouvrage prend du sens pour moi. Et quel sens !
Je le relis par morceaux, par thématique presque, et les quelques lignes que j’y lis (les paragraphes sont très courts) se transforment en un choc de lumière pure. Je suis frappée par la véracité de ce qui y est décrit.
Heureusement pour moi, ce n’est pas dans les passages décrivant la souffrance que je trouve une identité avec ma vie, mais dans la description des phénomènes.

Et puis, il y a toute une partie sur des suggestions sur comment mieux ou bien vivre sa différence.
Personnellement, cette partie m’a agacée. Parce que, comme un espèce de fil rouge dans ma vie, je me suis fait la réflexion de « comme si il avait fallut attendre l’auteur pour en arriver à cette conclusion… »
Je déteste que les gens pensent m’apporter la lumière ou la solution, quand je ne l’ai pas demandé ou sollicité. Si je ne demande pas, c’est que j’y ai déjà réfléchis.
Donc j’ai toujours un peu l’impression qu’on me prend pour une buse, lorsque l’on me livre des conclusions auxquelles je suis déjà parvenue, comme si il s’agissait de révélations parfaites.
Oui, je sais, il y a une blessure là-dessous à travailler. J’y travaille.

Revenons donc à cette dernière partie de l’ouvrage de J.S.F.
C’est donc là que je retrouve des identités avec mes propres expériences ou réflexions, et (passé l’agacement) cela me fait beaucoup de bien.
C’est toujours la même rengaine : celle de la reconnaissance. Ce que je ressens ou vis n’est pas le seul fruit de mon esprit malade, mais quelque chose de partagé, qui existe et qu’il est donc légitime de vivre ou ressentir.
C’est apaisant de ne pas se savoir seul.

J’ai donc le plaisir de vous partager ce passage, p.284 :

« Tous les sens au service du plaisir de vivre
L’hyperesthésie décuple les possibilités

La mise en action de tous les sens simultanément et leur remarquable capacité de discrimination donnent au surdoué une présence au monde hors du commun. L’hyperesthésie amplifie toutes les perceptions. Elle permet de créer du beau là où d’autres ne verront que le banal. Elle illumine le monde par la densité émotionnelle que tous les sens procurent. L’hyperesthésie peut être utilisée pour capturer l’environnement et le magnifier. Utiliser tous ses sens pour embrasser le monde.
Tout ressentir peut être un immense plaisir et la source de moments magiques de vie. […] Cette force est en vous. Utilisez-là pleinement pour vous sentir vivre. »

Je vous invite à vous procurer cet ouvrage, qui par ailleurs, est classé meilleur vente d’un magasin de multimédia qui commence par « F », par ici.
(De vous à moi, cela m’a assassinée…Ma pensée ? « Bah voyons… »)
Vous devriez le trouver facilement.

Si vous l’avez lu, qu’en avez-vous pensé ?

#AHP #adultesurdoué #HQI