Compassion et complaisance

Suite au partage de mon article « Surdoué•e•s : ceux et celles qui font croire qu’ils en sont. » par le site Centre arborescence, j’ai eu beaucoup de vues, et surtout pas mal de retours.
Bien moins que de vues, mais quand même bien plus que d’habitude.

Hormis les éternels reprochent faits aux tests (« Ils ne sont pas fiables », « Ils ne sont pas accessibles ») il était beaucoup question de compassion dans les commentaires. Et du fait que j’en manquais de façon plus ou moins importante ou que je devrais en faire plus preuve.

Il se trouve que c’est une remarque qui revient souvent de la part d’inconnu•e•s.
Une seule fois de la part d’une personne qui m’est proche, mais à ma décharge, le contexte émotionnel était intense.

Alors fidèle à moi-même je me mets à cogiter.
Si l’on me fait cette remarque plus d’une fois, c’est qu’il y a une raison. Manquerais-je de compassion ?
Ni une ni deux, je vais poser la question à ma psy (pas entre vendredi et aujourd’hui, je vous rassure, c’était avant.).
Selon elle, la réponse est non. Mon problème serait même inverse : à avoir tant de compassion, j’en oublie de vivre pour moi.
C’est rassurant, mais une énigme demeure, comment ces deux perceptions de moi peuvent-elles coexister sans que pour autant elles ne soient perceptibles ensemble ?

Ou, plus simplement dit, comment puis-je être si compatissante sans que des gens qui ne me côtoient pas dans l’intimité ne s’en rendent compte ? Plus encore, pour qu’ils et elles pensent que j’en manque, de compassion ?

*Triture, triture. Cogite, cogite*

Ça c’est le bruit que font mes neurones quand ils s’activent.

Et puis *FLASH* me revient l’essence d’un passage du – pour moi, fabuleux – ouvrage de Béatrice Millêtre : compassion n’est pas complaisance.

Jackpot !

C’est ça. Enfin, je trouve que ça fait sens.
Du coup, fidèle à moi-même, de l’exemple particulier de mon petit cas anecdotique, je passe à une réflexion plus globale.

Compassion n’est pas Complaisance

Je sais que ce qui gêne chez moi, c’est ce que je dis. Je crois fondamentalement que ce n’est pas comment je le dis, parce que je le dis clairement.
Je pense que c’est vraiment le contenu qui gêne.

Je dis des choses qui dérangent. Parfois malgré moi, parfois volontairement.

Est-ce que ces propos dérangent parce qu’ils manquent de compassion ? Est-ce que dire ce qui est, c’est faire preuve de manque de compassion ?
Je veux bien croire que parfois, oui. Parfois, le silence est la plus grande preuve de compassion que l’on puisse apporter.
Néanmoins, ce n’est bon qu’un temps. Je crois que pour avancer, pour progresser, il faut à un moment ou à un autre faire face à ce qui ne fonctionne pas. À ce qui nous dérange.

Compatir, c’est, étymologiquement, souffrir avec. Du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec συμ πἀθεια , sym patheia, sympathie.

Donc faire preuve de compassion, c’est souffrir avec l’autre.
La complaisance c’est la « disposition d’esprit de celui qui cherche à faire plaisir en s’adaptant aux goûts ou aux désirs de quelqu’un ».
Ainsi, lorsque l’on compatit, il n’est pas question de faire plaisir. Il n’est pas question de s’adapter à l’autre.

La compassion est une résultante de l’empathie.
La complaisance cherche à plaire.

La compassion ne cherche pas à plaire.
On peut compatir, sans pour autant faire preuve de complaisance.

Donc, j’en déduis que c’est ce que certaines personnes reprochent à ce blog : qu’il ne fasse pas dans la complaisance.

Béatrice Millêtre disait :
« A l’inverse, la complaisance n’est pas une marque d’estime. Accepter la médiocrité revient à dégrader les autres, à dévaloriser leurs qualités, à croire qu’ils sont incapables de bien faire ». – Ch. Toujours viser le meilleur : perfectionnisme et exigences. – Le livre des vrais surdoués. Surdoués et heureux !


Demeurer honnête

Si je donnais dans la complaisance avec ce blog, alors je n’écrirais que ce que d’autres veulent entendre, ce qui leur plaira.
Je n’ai pas démarré ce blog pour cela. Je l’ai voulu un témoignage sincère et honnête. Si je me mets à ne plus écrire que ce qui plaira,  je me mettrais alors à mentir. Dans le sens où je n’écrirais pas toujours ce que je penserais, ni ce que je vivrais, parce que ça risquerait de ne pas plaire.


Conclusion

Alors, non, définitivement non, ni ce blog ni moi ne manquons de compassion.
En revanche, ni ce blog ni moi ne donnons dans la complaisance.

Donc, ce que je dirai, ce que j’écrirai, continuera de déranger parfois.

Mais ce ne sera jamais du manque de compassion.

La différence existe-t-elle vraiment ?

Voilà un commentaire que j’ai lu à propos de la douance, sur un groupe de réseau social dédié à ce sujet :

« Bonjour à vous toutes et tous,
Je viens juste de rentrer dans ce groupe par le biais d’une amie ; après avoir lu attentivement les récits précédents que vous faites, je me reconnais dans beaucoup d’entre eux.
J’ai rencontré l’année dernière une thérapeute qui m’a parlé de la douance et m’a suggéré que j’en avais de nombreuses caractéristiques. Il est quand même une question qui ne cesse de me travailler et sur laquelle je n’arrive pas à prendre position, à savoir celle de la différence.
Depuis toute petite, je me sens différente des autres et ai bien remarqué que les règles d’interaction sociale m’étaient complexes à intégrer. Je vois bien dans mon entourage que plein de personnes ne se posent pas autant de questions, ne font pas preuve de la même hypersensibilité, culpabilité, doute sur soir-même…

Cependant, je me dis que ces difficultés et ces émotions que je peux rencontrer sont partagées par le reste de l’humanité. Et je ne peux concevoir que les autres (quels autres, d’ailleurs ?) soient tellement différents car toute personne est si singulière qu’elle en est incatégorisable. Je ne sais pas si je suis très claire.
Bien sûr que je me rends compte que plein de personnes ne réagissent et ne fonctionnent pas comme moi mais cela me parait très étrange de penser en terme de groupes qui auraient des schémas comportementaux et des regards sur la vie si dissemblables. N’est-on pas toutes et tous différent.e.s ? En somme, si vous avez des pistes pour m’aider à avancer sur cette question qui me complique sacrément l’existence, je suis preneuse ! »

(J’ai pris la liberté d’aérer un peu le texte original pour plus de lisibilité.)

Différent•e•s et séparé•e•s ?

Voilà ma réponse, qui comme toute réflexion est destinée à s’enrichir par l’expérience et le temps.

L’apaisement peut venir, peut-être de la réalité physiologique.
On ne se torture pas de la différence de couleur d’yeux, de cheveux, de peau, de taille. Et bien, le HPI est une réalité physiologique autant que psychologique.
Nos neurones ne sont pas fait de la même façon, et le cerveau ne fonctionne pas (ne s’active pas si vous préférez) de la même façon.
Différence il y a, c’est un fait, comme il y a des blondes, des brunes, des grandes des petites…
Est-ce que cela doit nous séparer ? C’est à nous de le décider.

Pour ma part, les différence sont l’expression de la vie, et font aussi sa richesse.
Différence et séparation ne sont pas forcément synonyme de rejet ou de conflit.
Il ne tient qu’à nous de choisir ce que l’on fait de nos différences.

Mais les nier, en revanche, est pour moi ce qui mène le plus surement aux mal-être de tout•e•s.
Nier ses différences revient à nier ce qui nous rend unique. D’individus à individus, ou de groupe d’individus à groupe d’individus.
Etre dans un groupe ce n’est pas être en prison.
Il ne tient qu’à nous de comprendre que nous sommes tou•te•s uniques, tous humain•e•s et tou•te•s différent•e•s.

Il ne vous viendrez pas à l’idée de dire à une personne daltonienne ou sourde qu’il ne sert à rien de stipuler sa différence parce que nous sommes tou•te•s de l’espèce humaine non ?
Le HPI ne fait pas exception selon moi.

Que se cache-t-il derrière cette question ?

Il y a celles et ceux qui soulignent cette différence, et celles et ceux qui souhaitent la masquer.
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise attitude, seulement l’attitude qui vous convient. Mais qu’il s’agisse de réclamer sa différence ou d’insister sur ce qui vous lie aux autres, le mieux est de faire un choix qui ne soit pas motivé par une blessure ou une peur. Ou plusieurs.
Car les choix et les attitudes (ou comportements) que l’on adopte en réaction à nos peurs ou nos blessures ne font en général que nous maintenir dans ces dynamiques délétères.

Parfois, et c’est plus souvent qu’on ne le voudrait, il est bon de ne pas tout de suite faire face à ses peurs et d’adopter une attitude qui nous en préserve. Parce que, à l’instant T nous ne sommes pas prêt•e•s pour y faire face. Il nous faut plus de temps, plus de ressources intérieures que nous n’en avons à l’instant T. Dans ces cas là, ne pas affronter ses peurs ou blessures demeure la solution la plus sûre pour notre équilibre.
Néanmoins, pour que cela demeure constructif, nous devons être très clair avec nous-même et ne pas nous voiler la face : Oui, nous refusons d’affronter nos peurs/blessures, oui nous en avons conscience, et NON nous ne souhaitons pas entretenir ces peurs/blessures éternellement.

Besoin d’appartenance et construction de soi

Ainsi donc, en plus de se demander si la différence existe vraiment entre « nous » et « les autres » (si vous voulez mon avis, c’est une simple histoire de référentiel. Changez le référentiel, vous changerez votre groupe d’appartenance), la question intéressante pour notre petite personne est surtout : « Quel est le besoin, la peur, l’espoir qui motive ce questionnement chez moi ? »

On trouve souvent derrière (mais pas que, et pas toujours) un besoin d’appartenance et/ou un besoin d’identification (dans le sens de prendre ou construire son identité).

Le besoin d’appartenance est un besoin fondamental de notre construction psychique. Je suis la première à râler à ce sujet, mais c’est comme ça.
Nous avons besoin d’un groupe auquel nous référer, nous avons besoin de nous sentir appartenir à un groupe de pairs.
La bonne nouvelle, c’est que ce groupe de pair peut être en fait une seule personne. Vous n’êtes pas obligé•e de vous coltiner le groupe des « populaires » du coin.

Quoi qu’il en soit nous avons besoin de nous relier à quelqu’un. De faire partie d’un plus grand groupe que soi. Mettez ça sur notre côté bovin si vous voulez. Ou ovin.

Or quand on nous annonce : « Félicitation ! Vous n’êtes semblables qu’à, dans me meilleur des cas, 2,4% de vos pairs et dans le pire des cas, 0,13% ! «  , il se peut que vous entendiez : « Vous êtes seuuuuuuuuuuuuuuuuuul•e, teeeeeeeeeeellement seuuuuuuuuuuuuuuul•e ! »
Et votre besoin d’appartenance en prend un sacré coup. D’un coup, tous vos groupes de référence n’en sont plus, puisque vous n’y appartenez plus. (Tout ça c’est la faute du/de la psy. Méchant•e psy !)
Envolée la référence de la famille, parce qu’avec votre bol, vous êtes le/la seul•e de votre famille concernée.
Envolée la référence de vos ami•e•s, si vous en avez, parce que…bah les statistiques sont contre vous là quand même. Jusqu’à preuve du contraire mais bon, soyons pessimistes.

Envolés tous vos repères, pouf !
Vous voilà seul•e dans votre petit monde interieur. DRAME.

Alors la bonne nouvelle (il y a TOUJOURS une bonne nouvelle) c’est que le drame est plus ou moins grand en fonction de l’intensité de votre besoin d’appartenance.

Plus le besoin d’appartenance est grand, plus on cherchera à gommer ce que l’on voit comme des différences, des barrières entre nous et les autres. Jusqu’à parfois le nier complètement.
Certaines personnes ne supportent tellement pas cette idée d’être « autre » qu’elles vont jusqu’à nier leur nature de surdouée. Cette négation ne relève pas forcément uniquement d’un besoin d’appartenance mis à mal, mais ça peut y participer.

D’autres vont prendre le chemin d’en face, celui de l’identification.
Leur besoin de s’individualiser est tel, qu’il peut les pousser à mettre en avant et à toutes les sauces leur différence.
Sans être allée jusqu’à ne plus vivre qu’à travers ça, j’ai eu ma période du genre moi aussi.
Le travers de ce comportement c’est justement de créer un clivage « eux/nous » complètement stérile et sclérosant.

Eux, nous, les autres, ensemble. 

Et toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent ; plus lui, plus elles et tous ceux qui sont seuls ; allez venez et entrez dans la danse, allez venez, c’est notre jour de chance !

Voilà.
Ce léger délire passé, finalement, est-ce qu’elle existe cette différence ?

Oui à l’évidence.
Elle n’est pas univoque, simple. Elle s’étend sur plusieurs niveau de nos êtres.
Elle nous distingue des autres, les un•e•s des autres, mais elle ne nous sépare pas.
(Même quand on aimerait bien. Qui est content•e d’être un humain « comme » Hitler ? Qui ?)

La question, comme souvent, n’est pas tant celle de son existence – qui dépend de l’échelle à laquelle nous nous situons – mais de ses conséquences dans nos vies.
C’est à nous de trouver la position qui nous donnera l’équilibre dont nous avons besoin pour avancer.
Et le mieux, c’est que cette position peut varier au cours du temps.
Nous sommes en constante évolution (j’en suis convaincue), ce que nous vivons nous transforme. A chaque transformation, notre état se modifie, donc, nos positionnement internes doivent suivre pour maintenir notre équilibre.
(Est-ce que vous me suivez toujours ?)
Si aujourd’hui, votre équilibre intérieur requiert que vous réclamiez votre appartenance au genre humain et que votre nature de HPI soit passée au second voir 10e plan, très bien. Peut-être que demain, votre évolution personnelle (et par évolution, j’entends changements, il n’y a pas de notion d’aller vers un mieux ou un moins bien. Juste de changer) vous amènera à revoir votre position et à vous situer vers une différenciation plus prononcée. Et après-demain, votre équilibre (comprendre bien-être) intérieur demandera un autre changement.

La différence existe belle et bien oui.
Vous êtes différent•e•s, nous le sommes tout•e•s.
A nous de choisir si cela nous rassemble ou nous divise. Si cela est une richesse ou une condamnation.

Personnellement, j’ai choisi la richesse.

(Enfin pour moi. Pour les autres, je ne sais pas si ma différence est une richesse, mais personne n’en est mort•e encore. Alors j’imagine que ça va.)

Découvrir que mes réflexions ne sont pas complètement ineptes.

Ou « Quand mes analyses personnelles sont confirmées par la recherche. *Joie* »

Bonjour à toutes et tous !

Je reviens après un bon moment de non production. Mes écrits sont donc, en ce moment majoritairement destinés à mes productions universitaires.

La bonne nouvelle pour ce blog, c’est que mes recherches bibliographiques m’amène à plonger dans un délicieux univers de recherches scientifiques sur le HPI, et des recherches récentes ! Okay, je précise, récentes ça veut dire dans les 17 dernières années.

Oui bah dites-vous que des recherches sur le HPI, même s’il y en a, c’est pas non plus le sujet préféré des chercheu-r-se-s psychologues. Surtout le HPI chez les adultes.
Donc hein, on fait avec ce que l’on a.

Bref, dans ce billet je vais vous parler de l’étude de J.Lautrey : « Hauts potentiels et talents : la position actuelle du problème » datant de 2004.
Je vous conseille très chaleureusement sa lecture, qui vous donne un bon aperçu du panorama sur le HPI dans la recherche.
Vous y trouverez l’état des lieux sur la terminologie, mais aussi, et c’est là que c’est intéressant, un balayage complet des différentes conceptions de l’intelligence, en passant des conceptions « traditionnelles psychométriques » jusqu’au concept des intelligences multiples de Gardner.

La très bonne surprise pour moi, c’est le passage sur les intelligence multiples justement. L’auteur analyse cette conception de l’intelligence et la rapproche du QI et de sa mesure par le test psychométrique. Quelle plaisir pour moi de constater que son analyse est semblable à ma petite tentative de compréhension et d’analyse des intelligence multiples dans ce billet.

Je suis heureuse de constater que ce qui est une analyse personnelle de concepts divers, n’est pas un simple délire individuel.
Je suis heureuse de constater que, même si mes billets ici sont toujours à prendre comme uniquement des réflexions personnelles,  ces réflexions ne sont pas complètement à jeter à la poubelle, puisqu’elles croisent aussi l’état « actuel » de la recherche sur le sujet.

Quoi qu’il en soit, cette joie personnelle mise de côté, je vous invite très très vivement à toujours vous faire votre propre avis sur une question, à toujours questionner ce que les autres déclarent, et même à le vérifier.

Voici donc de quoi nourrir votre propre réflexion sur le sujet de la fausse opposition, en PDF :
« Hauts potentiels et talents : la position actuelle du problème » de  J.Lautrey. 2004.

Surdoué-e, ça ne veut rien dire ?

Vraiment ?

Si vous êtes lectrice/lecteur de ce blog, vous savez sans doute déjà que – contrairement à beaucoup il semble – je n’ai aucun problème a utiliser le mot surdoué-e, à le faire mien.
Pire, à le réclamer.

Et plus je lis, plus je me dis que c’est bien que je – et bien d’autres j’espère – réclame l’utilisation de ce terme, au même titre que tous les autres.

Je m’explique.

En refusant le mot « surdoué-e »

Ce que l’on reproche au terme de surdoué-e, c’est qu’il induirait une supériorité.
« sur »-« doué ».
C’est le « sur » qui gène. Parce qu’il positionne au-dessus de quelque chose. Le problème étant que « les gens » le comprennent comme « au-dessus de quelqu’un » et plus précisément, d’eux.

Et je conçois que cela puisse être désagréable.

Par rapport aux premièr-e-s concerné-e-s, ce mot surdoué-e serait responsable d’une trop grande pression sur les épaules des concerné-e-s.
C’est à dire qu’à se mot est associé l’idée d’obligation de performances extraordinaires.
Ceci serait donc délétère pour les sujets HPI, qui se mettraient la rate au court-bouillon, pour satisfaire à cette exigence de réussite.

Tout cela est indéniable.
Il y a beaucoup de gens pour entendre du mépris et de la supériorité dans le mot « surdoué-e- » et il y a beaucoup de personnes HPI qui se mettent en tête qu’elles doivent absolument être excellente en tout, en en tout temps.

Entre les désagréments sociaux et personnels que les projections sur ce mot peuvent apporter, il est parfaitement compréhensible et légitime de choisir de ne pas l’utiliser.

On refuse aussi ce qu’il peut apporter

Ce qui me pose problème ce n’est absolument pas que des gens trouvent une alternative plus adaptée pour eux. Au contraire, j’en suis ravie.
Non, ce qui me tracasse, c’est cette tendance à dire que « surdoué-e, ça ne veut pas dire grand chose ».
Là je m’inscris en faux.

Parce que surdoué-é veut bien dire ce que cela veut dire. Cela veut dire « plus doué par rapport à une norme ».
Et, on ne peut pas le nier, les personnes HPI (ou surdouées) ont des capacités cognitives, dites intellectuelles donc, supérieures à la moyenne.
Elles ont un potentiel intellectuel supérieur à la moyenne.

C’est comme ça.

Aussi quand j’entends que « sourdoué-e » ne veut rien dire, j’entends qu’on efface la dimension de « plus » qui existe dans ce terme et dans la réalité qu’il recouvre.

Parce que oui, je crois -d’après ce que je lis des études et des témoignages sur le sujet – que oui, fondamentalement, les personnes surdouées sont dotées d’un plus, au niveau cognitif, par rapport à la population moyenne.

Encouragement

Si le mot « surdoué-e » est un cadeau empoisonné pour certain-e-s (à juste titre, je ne le conteste pas) je pense qu’il peut aussi être un atout.
Un outil formidable pour croire en soi et se réaliser.

Car s’entendre dire que l’on est surdoué-e, c’est s’entendre dire que l’on est dotée de potentialités hors du commun.
Que l’on a quelque chose de bien, que oui, on est plus intelligent-e que la majorité des personnes.

C’est valorisant non ?

Et n’est pas encourageant aussi ?

De se dire qu’on peut essayer, juste essayer, ce que peut-être on ne ce serait même pas autorisé à rêver sans cela ?

Question/Conclusion

Mais pour vous, quelle est la signification de ce mot « surdoué-e » ?

Attention à ce que vous lisez sur le net.

Voici un bel exemple de contenu à prendre avec des pinces à barbecue. Les pincettes me semblant dans ce cas bien trop petites.

http://hypersens.fr/Les-surdoues-ne-sont-pas-ceux-que.html

Dans l’article, après nous avoir dit comme le QI est une mesure surfaite et finalement vide de sens ou presque (bah voyons) vient ce passage M-E-R-Veilleux :

Les « surdoués » émotionnels développent souvent une autre forme d’intelligence, pourtant moins connue : l’intelligence perceptive. De nombreuses personnes, sans oser l’avouer, ont développé d’incroyables capacités perceptives : intuition mais aussi hyperesthésie – terme scientifique pour désigner le fait d’avoir les cinq sens dotés d’une acuité exceptionnelle – précognition, extralucidité, clairvoyance…

« Plus vous êtes empathique, plus vous allez avoir la capacité de lire le langage non verbal et de capter des informations, assure Christel Petitcollin. De comprendre les autres au point de pressentir leur personnalité, leurs attentes et leurs pensées. Les personnes que j’ai pu identifier comme surefficients, vivent aussi, bien souvent, des expériences inexpliquées : de la télépathie aux rêves prémonitoires en passant par des états extatiques de paix et d’amour pur, de sensation de communion avec la nature, et parfois plus : comme la capacité à percevoir les auras, à ressentir des entités et autres présences occultes, à se souvenir de vies antérieures, à se connecter à d’autres dimensions… » Si ces capacités perceptives ne sont pas encore reconnues par la majorité de la communauté scientifique, certaines recherches tendent à démontrer leur existence et à changer notre regard sur l’être humain qui ne doit plus être simplement vu comme un cerveau sur pattes.

Là on nous vend du rêve. De l’extra-lucide en fait.
Et oui, parce que bon, être surdoué, avoir un gros QI c’est surfait donc, ce n’est pas tout. Mais quand même, les surdoués peuvent êtres des médiums et ouais !

Attention, je ne blâme aucune croyance. Mes propres croyances en ferait rire beaucoup, et je les assume. (Non je ne crois pas aux licornes. Pas encore.) Mais je ne confonds pas ma vie spirituelle et ses questionnements qui cherchent le « pourquoi ? » avec les sciences de notre monde qui cherchent à répondre au « comment ? ».
Chacune des deux sphères à son champ d’étude et d’investigation, et les mélanger n’est pas sans risque. Pour les deux champs.

Je disais donc, on touche le pompom.

D’abord l’article nous dit que, en résumé, le QI c’est nul, ça n’est pas ce qui définit les surdoué-e-s.  On est vachement content-e. Pourquoi pas hein, mais dans ce cas, ce serait bien de nous dire ce qui définit les surdoué-e-s. Non parce que, comme l’article ne cesse pas de parler de ces personnes là, ce serait bien de savoir de qui il s’agit.

Alors on ne sait pas bien de qui il s’agit, ni comment on les définit ces surdoué-e-s selon cet article, mais par contre, et là les choses commencent à être intéressantes, on nous dit les fabuleux pouvoir magiques qu’ils détiennent.
D’accord, l’article de ne dit pas « pouvoir magique » mais « incroyables capacités perceptives ».
Ouuuuuuuuuuuuuuuh.

Je vous laisse savourer la liste ci-dessus.
Ami-e-s surdoué-e-s réjouissez-vous, vous êtes des extra-lucides potentiels ! WHOU-HOU !
Par contre, si – pas de bol – vous êtes d’une quelconque confession qui a plutôt tendance à condamner ces choses là et à les qualifier de diaboliques, bah…visiblement le/les auteurs de l’articles ne pensent pas à vous, ni à vos âmes visiblement. Débrouillez-vous donc.
(Ce paragraphe est mesquin, je sais. Mais il n’empêche que certaines personnes peuvent mal vivre l’idée d’être, par nature, rejeter par leur confession. Comme, je ne sais pas, les personnes homosexuelles dans les confessions qui les condamne par exemple !)

Au-delà de cet philosophico-religieux, j’aime beaucoup, mais alors beaucoup, la suite d’affirmations sans aucune sources ou lien sur les soi-disant recherches évoquées.
Ca c’est du béton comme démonstration.
Le coup de « j’ai un-e ami-e qui dit que » c’est mignon dans les réunions de famille, mais en tant que démonstration scientifique, ça n’est pas recevable.
Désolée.

D’accord, d’accord, je vous entends me reprocher ma mesquinerie, mon âpreté et peut-être même ma méchanceté.
Pour la méchanceté, je proteste. Pour le reste, je ne peux qu’humblement reconnaître que c’est possible.

Alors venons-en à du concret, du scientifique, de l’objectif.
Comme je le disais plus haut, toutes affirmations sur l’état des connaissances scientifiques doit être soutenue par une citation de la publication scientifique qui relate cet état de fait.
Sans cela, toute affirmation relève des « on dit » et n’a pas de valeur scientifique. Ensuite, dans l’ article qui m’occupe, il y est question d’hyperesthésie. Et cette hyperesthésie est décrite comme une « capacité perceptive » qui a été développée par des personnes surdoué-e-s.
C’est tout simplement doublement faux.
L’hyperesthésie est considéré comme un trouble voir une pathologie. C’est une anomalie sensorielle.
 Définition selon Vulgaris Medical « L’hyperesthésie est la sensibilité exacerbée des différents sens. Cela affecte la perception des sensations : Douloureuses, vibratoires, thermiques, tactiles. »

Cette condition n’est pas quelque chose que l’on développe, c’est à dire ce n’est pas quelque chose que l’on peut faire grandir, progresser ou augmenter. C’est une condition qui est soit de naissance (parce que votre système sensoriel/nerveux est fait ainsi) soit qui est la conséquence d’une lésion nerveuse ou d’une pathologie nerveuse ou d’un problème rhumatologique. (cf.Vulgaris Medical)

L’article se lance ensuite (joyeusement) dans une énumération d’hypothèses qui mêle joyeusement capacités hypothétiques de l’esprit et carrément croyances diverses et variées sur l’âme, la vie après la mort, etc.

Enfin, pour finir de passer un pseudo-vernis scientifique, on conclut en citant une dame, qui est sans doute tout à fait compétente dans ses domaines d’activités mais qui n’est absolument pas scientifique, a qui l’on a fait des EEG en état normal et en état de transe.
Pour éclairer la chose, un EEG est une façon de visualiser l’activité cérébrale en la traduisant en compilations de tracés.

Voici une présentation de ce qu’est un EEG

On le sait depuis un certain temps maintenant, la méditation, la prière et la transe sont des activités qui modifie l’activité cérébrale. C’est à dire (grosso modo) que l’activité électrique de notre cerveau change de longueur d’onde.
Si cette constatation est actée par les sciences, aucune corrélation ou causalité avec des soi-duisant capacités occultes ou parapsychique n’ont été démontrées.
Pour la bonne et simple raison que l’existence de ces capacités parapsychique n’a pas été démontrée.
Donc faire un lien avec quelque chose qui n’existe pas (en théorie) c’est compliqué.

Aussi, cette citation n’a rien à voir avec le sujet du QI ou même des surdoués.

Enfin, la référence de l’article : INREES.
Institut qui n’a de national que le nom, car c’est une structure privée, dont la robustesse scientifique et l’objectivité restent à démontrer.

Conclusion

Voilà une belle illustration de quelques unes de mes convictions quant au sujet des surdoué-e-s/personnes HPI/etc :
1) Le sujet fait (complètement) fantasmé.
2) L’idée d’un haut QI dérange. On semble s’acharner à « détruire » la validité de cette mesure, comme si la frustration de ne pas être concerné (par le HQI) était trop insupportable pour ne pas dénigrer cette chose qui ne nous concerne pas.
3) Il est nécessaire de parler du HPI et d’en parler correctement.

Pour ce troisième point, je précise ce que j’entends par correctement.
Correctement c’est à dire avec honnêteté, lucidité, et précision.
L’honnêteté, consiste à ne pas se déclarer expert-e quand on ne l’est pas.
La lucidité consiste à reconnaître ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas (et entre nous, c’est de ne pas savoir qui est intéressant, puisque cela nous pousse à apprendre ! Donc pas de honte quant au fait de ne pas savoir. Personne n’a reçu la science infuse à la naissance.).
La précision, c’est de vérifier qu’on ne dise pas des bêtise, citer ses sources, utiliser les bons mots pour les bons concepts, etc.
C’est aussi ne pas mélanger les choses.

Nous avons le droits d’avoir toutes les croyances que l’on veut. Mais l’honnêteté intellectuelle nous oblige à faire la distinction entre ce que l’on croit -même dur comme fer- et ce qui est démontré par la science.

Sur un sujet encore très obscure pour la science comme le HPI, il est facile de dire tout et n’importe quoi. D’autant plus quand les personnes concernées sont potentiellement fragilisées et/ou en souffrance de part leur différence.

Aussi, je vous encourage à maintenir un esprit très très très critique quant à ce que vous lisez sur le HPI.
Je vous conseille de vous en tenir aux références scientifiques revues, base de donnéesn maison d’éditions spécialisée : Nature, American Psychology Association, Société Française de Psychologie, Cairn Info, Persée, Dunod, etc.

Et évidemment, site hautement référencé, sérieux, impliqué, honnête, précis, et drôle : ce blog.

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(Je plaisante. Mais quand même, je tâche de ne pas vous raconter de bêtises quand même !)

Une question de temps

Le temps.

Vous trouverez dans la littérature spécialisée, comme dans bien des témoignages, l’idée que la personne HPI est en décalage constant.Décalage avec les autres, décalage intellectuel, mais aussi décalage temporel.

Un temps d’avance nous dit-on.

Ce serait tellement plus simple, pour moi, si c’était effectivement cela.

Être à côté du temps

Je suis à côté du temps.
Le temps s’écoule autour de moi, à côté de moi. Il s’écoule dans mon dos, m’échappe sans que je ne le vois ni ne puisse le retenir.
Pour moi, le temps file et s’écoule si discrètement qu’il ne semble pas exister de la même façon que chez les autres.

Chez moi le temps s’écoule sans que je n’en ai conscience.
Je ne parle pas des heures, ou des minutes, que j’estime plutôt bien pourvu que je ne sois pas profondément absorbée par une tâche.
Non je vous parle des semaines, des mois, des ans, des décennies même.

Un rapport au temps différent

Le temps dans la vie des autres semble plus dense, plus remarquable.
Ils me semblent vivre le temps différemment.
Ces autres, ils me semblent vivre en permanence dans une urgence, souvent matérielle, qui m’est étrangère.
Il faut avoir le permis dès ses 18 ans, il faut avoir une voiture aussi, vite. Et puis il faut s’installer, être en couple, avoir des enfants, se marier, être propriétaire. Il faut voyager aussi.
Vite, vite tout cela.
Paradoxalement, cette urgence matérielle cohabite avec une quasi inertie interne. Et si aux yeux des normes sociales je suis « en retard » pour tout ce qui est matériel et attendu, il semble que je sois beaucoup plus en avance et rapide dans ma réflexion quant à ce qui touche à l’introspection et les questionnements existentiels.
Là ce sont les autres qui me semblent terriblement lent.

Le temps s’écoule, se répète et personne n’écoute.

Combien de fois, combien de fois !, ai-je annoncé et prévenu mon entourage de la conclusion malheureuse d’une situation qui leur semblait anodine.
Combien de fois ?
Mais personne n’écoute, parce que, ce n’est pas le bon moment. C’est trop tôt pour eux/elles.
C’est immanquable, six mois, un an, parfois trois ou six ans plus tard, on en arrive à ce que j’avais analysé.
Immanquablement.

Pourtant je préviens, j’avertis, je supplie presque parfois. Mais c’est trop tôt, on n’écoute pas.
Dans ces moments, je me sens comme une Cassandre que l’on ne veut pas entendre parce qu’elle annonce la perte des un-e-s et des autres.
Mais je ne peux pas me taire, ce serait les trahir pour moi.
Ne pas avertir ceux et celles qui comptent pour moi qu’il y a danger, conséquences malheureuses ou simplement risque réels liés à leurs décisions ? Impensable.
Trahison, malhonnêteté, méchanceté même.
Non, je dois dire.
Mais personne n’écoute.

Même maintenant, maintenant que certains de mes plus proches connaissent mon fonctionnement, même après la démonstration de maintes et maintes occasions où j’avais dit, averti, et que le temps m’avait donné raison; même maintenant on ne m’écoute pas.

Comment leur en vouloir ?
Ils et elles oublient, et parfois, il y a longtemps entre ce que je dis et ce qui advient.
Mais moi, je n’oublie pas. Moi, je me souviens et je le dis.
« Je l’avais dis ».
Je comprends que c’est agaçant, et j’ai compris récemment que c’était entendu comme de la fanfaronnade, comme une volonté narcissique et stérile de simplement démontrer que j’avais « mieux su » que les autres.
Mais il ne s’agit pas de cela pour moi. J’essaie juste de prévenir, de les aider à éviter quelque chose de plus grave, de souffrant.
Et si je leur rappel que je l’avais dit, c’est simplement dans l’espoir que la prochaine fois, ils et elles s’en souviendront et qu’ils et elles écouteront cette fois.

Un temps différent

De ma fenêtre, derrière mes yeux, il me semble que le temps s’écoule différemment chez « eux » et chez moi.
Le temps chez moi, les années, les décennies, je ne suis pas certaine qu’elles existent. Du moins qu’elles existent de la même manière.
Leur temps à eux semble plus dense. Je ne veux pas dire plus riche, ni plus rempli. Mais…plus dense.

J’ai 32 ans.
Et, je ne suis pas certaine que cela signifie la même chose pour les autres et pour moi.
Mon âge n’est rien d’autre qu’un compte-tour. Ou, de façon plus morbide, un décompte inversé.
Tic-Tac, la terre tourne et ton temps s’écoule.

Je me réveille le 1er du mois. Je vais chez les kiné 3 ou 4 fois, et puis d’un coup, c’est le mois suivant.
Je suis là, je vis ma vie tranquillement, je passe mon week-end avec mon fiancé, le suivant nous voyons nos familles, après il faudra aller acheter des meubles de rangement. Ensuite nous visiterons un lieu pour le mariage et puis…
Et puis déjà 6 mois, un an…

Je ferme les yeux et le temps s’écoule. Il disparaît.

Mon temps n’existe pas

Il y a mon anniversaire, celui de mon fiancé. Après il y a Noël et le nouvel an qui sont pour moi, un jour et son lendemain.
Alors qu’il a lieu à la mi janvier, il me semble que deux jours, une semaine maximum après le 1er janvier, il y a l’anniversaire de ma mère. Oh et puis celui de mon meilleur ami, avant.
Et puis après, seulement après je suis un peu tranquille.
Le temps à la temps de s’écouler, tranquillement, sans heurts. Il a le temps de se remplir, doucement. De prendre consistance, de prendre de la vie, de se remplir de conscience.
De prendre du sens.
Il lui faut du temps, au temps, pour cela.

Mais déjà, il y a les fêtes des mères, des grands-pères, des pères, des grands-mères. Et puis il y a Pâques, les congés de mai, les vacances d’été, la rentrée.

Et mon anniversaire.

Je suis autant bousculée par ces marqueurs de temps que j’ai besoin d’eux pour m’y raccrocher.

Sans ces marqueurs de temps, je perdrais le fil et le temps n’aurait plus de substance.
Il serait sans…point d’ancrage. Les années passeraient sans que rien ne me les signales et moi-même je ne le sentirai pas.

Non, je ne suis pas en train de dire que je me pense éternelle ! :p

Le temps semble juste…vide se substance pour moi.
C’est comme si ce n’était qu’une information. Quelque chose sans réalité effective. Quelque chose qui n’existe que par construction, que par l’assemblage des souvenirs, des de la sommes des moments passés, effectivement vécus, ancrés dans la réalité.

Et pourtant, il y a un début et une fin

Mon temps n’est pas une ligne, comme il semble l’être pour « les autres ».
Mon temps est une succession de points, de moments, plus ou moins disjoints, plus ou moins conjoints.
Il y a le début, ma naissance et encore. Je n’en ai pas souvenir, mais j’en ai des souvenirs, des preuves. Des photos de moi, a quelques minutes seulement de ma venue au monde.
Il y donc, en fait ce premier temps. T+30 minutes.
Un Polaroïde de mon premier temps, mon premier moment.

Après il y a les autres points temps. Des photos, des souvenirs parfois avant même mes quatre ans. Et tous les autres. Ces moments gravés dans la mémoire, dans ma chaire. Ces souvenirs dont j’ai non seulement les images, mais aussi les sensations physiques et émotionnelles.
Pour beaucoup d’entre eux, me souvenir c’est comme vivre de nouveau l’instant.
C’est un replay, encore et encore.
Pour d’autres, il y a ce voile à peine opaque, celui de l’usure qui atténue les couleurs, les émotions. Mais qui n’efface pas les souvenirs.
Ceux-là me rendent un peu triste. Non par leur contenu, mais parce qu’ils on perdus en vivacité.

Et c’est ainsi que se construit ma vie. Des points-temps.

Les instants vécus entre ces souvenirs ne sont ni insignifiants ni sans intérêts. Car je suis heureuse, et je vis ma vie avec plaisir et bonheur.
Il semble juste que je ne vive pas sur une ligne de temps. Que cette notion de trait continu ne soit pas adéquat pour décrire ma temporalité.

Je ne me ballade pas sur une ligne temporelle droite et finie.
Je suis en suspension et autour de moi et en moi jaillissent des bulles, des points-temps, remplis de moments, remplis de substance de vie.

Et quelque part (quelque temps ?) jaillira le dernier point-temps.

Retour sur l’émission Mille et une vies « Comment vivre lorsque l’on est surdoué ? »

Avant que je ne réponde par une boutade, voici le lie de l’émission :

 

D’abord, un petit retour sur l’émission.

Comme d’habitude, une jolie émission qui respecte ses invité-e-s et le sujet dont ils et elles viennent parler.
J’ai regretté que cela soit pls centré sur les ados, et aurait aimé entendre d’avantage Sophie, qui a découvert son HPI à 40 ans.

L’excellente surprise fut pour moi les interventions de Mme J.Siaud-Facchin (JSF dans la suite de l’article).
Je ne m’en suis jamais cachée, je ne suis pas celles qui sont sensibles à l’approche de Mme JSF sur le sujet de la douance.
Je ne m’étalerai pas ici sur le pourquoi, mais si vous me demandez, je vous répondrai avec plaisir.
J’admets donc avoir été dans mes petits souliers lorsque j’ai appris que Mme JSF était également invitée de l’émission.

Et bien, mal m’en a pris, car j’ai été figurativement percutée par ses interventions.
D’accord, pour être honnête, j’en ai versé quelques larmes là ! C’est vite passé, mais j’ai été très touchée.

Alors je peux être aussi pas en accord que je veux avec une conception de la douance qui me semble un peu « fluffy », mais en attendant, Mme JSF a eu des paroles d’une justesse, d’une compréhension et, oui, d’une douceur qui m’ont beaucoup étonnée et touchée.

Elle a notamment souligné l’injustice patente dont pouvaient souffrir les surdoués à savoir qu’ils et elles étaient comme tenus à la réussite – puisqu’ils/elles sont surdoué-e-s – mais n’y avaient pourtant pas droit.
La phrase donnait quelque chose comme cela : « Les surdoués aussi ont le droit de réussir ».

C’est bête n’est-ce pas ? Mais c’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée.

Je suis donc ressortie de cette émission avec une compréhension plus juste (dans le sens de plus équitable) je crois, du travail de Mme JSF.
Si je ne suis pas en accord avec sa conception et son abord de la douance, je ne peux que lui reconnaître une compréhension et empathie certaine avec au moins certains tourments que peuvent rencontrer les surdoués. Et c’est suffisamment rare pour être apprécié ET souligné.

Je vous invite à écouter et visionner la première heure de l’émission, et découvrir ces douces familles, qui font de leur mieux avec ce qu’elles ont et ce qu’elles n’ont pas. 🙂

Les mêmes commentaires ridicules…

Lors de mon propre passage  à cette émission , certains commentaires m’ont complètement étonnée.
Je ne m’attendais évidemment pas à des salves de compliments, j’étais même préparée à tout un tas de désagréments plus ou moins grands, mais je dois admettre que je n’en avais pas prévu certains.
C’était ceux qui venaient supposer et critiquer…mon appartenance sociale et mon droit -qui en découlait visiblement – à souffrir ou pas.

Ainsi, quelques commentaires disaient en substance que l’émission « n’invitait que des bourges » ou que mes problèmes étaient ceux « d’une pauvre petite fille riche » qui « ne sait pas ce que c’est que de souffrir ».

J’en ai été estomaquée.
Je ne voyais pas comment on pouvait supposer de quoi que ce soit quant au niveau de vie de mes parents ou de moi-même avec cette émission. Et je ne comprenais pas non plus en quoi, « si on avait de l’argent », on ne connaissait pas la souffrance humaine…

Et bien figurez-vous que j’ai vu exactement le même genre de commentaires suite à l’émission et aux témoignages de Justine et Constant !
Sur Twitter, le tweet a du être supprimé je ne trouve que ma réponse à ce dernier, quelqu’une qui me dit que « c’est quand même des problèmes de bourges tout ça ».

Quelle drôle d’idée que seule une certaine catégorie de personne puisse avoir le droit de souffrir ou d’avoir des soucis…

Ce que tout ça m’évoque

Un grand plaisir de voir le sujet de nouveau traité. 🙂
Bon, on aurait encore pu faire mieux en ne parlant pas des problèmes. Mais chaque chose en son temps, je suppose.
Laissons le temps aux gens de se faire à l’idée que déjà nous existons et avons le droit d’exister dans notre différence.
Ensuite, on tachera de leur faire comprendre qu’on va très bien, ou au moins pas plus mal qu’eux fondamentalement, et que c’est juste l’étroitesse d’esprit de cette société qui nous met à mal.

On va y arriver, à force. 🙂