L’amour chez les AHPI

C’est un aspect de la vie qui, malheureusement trop souvent, pose problème aux AHPI.

Trouver l’autre…

Trouver l’amour, c’est trouver l’autre. Cet (ou ces) autre(s) avec qui on sera bien, simplement bien. En la présence de qui nous pouvons être nous-même, entièrement, totalement, sans aucun fard.

Quelle merveille n’est-ce pas ? Quel paradis pour nous qui, pour parfois simplement survivre au milieu des autres, nous amputons d’une partie de nous-même, ou qui portons des masques.

… seul(e) au milieu des autres

Mais comment trouver cet-te autre quand toute notre existence, au quotidien, nous nous sentons comme un-e extraterrestre, seul(e) individu de son espèce sur cette planète ?
Parfois, certain-e-s préfèrent simplement renoncer aux relations amoureuses telles qu’ils/elles les conçoivent.
Pour se conformer aux normes sociales (la pression en ce sens est très forte) certain-e-s se contentent de relations qui ne les nourrissent pas. Ou bien renoncent totalement.

Neurotypique ou HPI ?

Pour celles et ceux qui n’ont pas renoncé (et évidemment, je ne saurai que vous encourager à ne pas renoncer. Pas pour la conformité sociale, mais pour le bonheur que cela représente) se pose parfois la question de la nature du/de la/des partenaire-s : Neurotypique(s) ou HPI(s) ?

Il y a toutes les réponses à cette question, et je vais tenter de vous exposer succinctement les arguments des un-e-s et des autres.


HPI/HPI
Il y a ceux et celles qui pensent qu’il vaut mieux pour un-e HPI de trouver un-e partenaire (ou plus) HPI également.
Ceci se comprend aisément.
Etre HPI c’est penser différemment, à un rythme particulier, et être malgré beaucoup d’efforts parfois, des marginaux dans la société.
Les HPI témoignent souvent de la difficulté à échanger, communiquer profondément avec les non-HPI. Il est souvent question de cette sorte de barrière invisible, de rythme différent, et d’efforts colossaux à produire pour simplement « être avec les autres ».
Avec une autre personne HPI, souvent on constate des échanges plus fluides, plus faciles, plus sereins. Plus nourrissants et stimulants également.
C’est un peu comme trouver quelqu’un qui parle la même langue maternelle. Avec les autres, on parle notre seconde langue. Etant bilingue ça se passe bien, mais il n’empêche qu’un échange dans notre langue maternelle sera sans doute plus riche.
Aussi sur le long terme, une relation HPI-HPI peut être plus facile à mener, moins éprouvante et donc ayant plus de chance de durer.

HPI/NT (neurotypiques)
L’amour c’est l’amour, et il ne connait aucune règles ni aucune loi.
Vous trouverez moult exemple de HPI en couple ou en relations amoureuse avec des personnes non-HPI sans qu’elles n’éprouvent aucune difficulté ni aucune frustration et vivent un bonheur complet.
La différence est une richesse, aussi ce qui pose parfois des difficultés peut aussi être source d’enrichissement profond.
Construire une relation sur le long terme, c’est aussi accepter l’autre tel-le qu’il/elle est, et s’accepter soi tel-le que nous sommes.
Et nous sommes bien plus qu’un réseau nerveux, une couleur de peau, une couleur de cheveux, ou une taille ou un poids.

Se trouver soi pour trouver l’autre

De ma fenêtre, une histoire d’amour ne dépend pas tant de l’autre que de soi.
Aimer quelqu’un-e, c’est pour moi l’aimer telle que cette personne est. Non pas telle qu’on la souhaiterait, pas telle que l’on aimerait qu’elle soit, pas non plus telle qu’on l’idéalise, mais bien telle qu’elle est.

Et pour être capable de voir l’autre tel-le qu’il/elle est, il faut être capable de ne pas projeter sur lui/elle ses blessures, ses manques, et les vieux schémas relationnels inconsciemment hérité de ses parents.
Pour arriver à cela, je crois que s’aimer soi-même est la clef.
S’aimer tel-le que l’on est.
Cela demande (pour moi en tout cas!) beaucoup de travail, beaucoup d’indulgence envers soi-même, et aussi – toujours dans mon cas – deux amies sincères pour vous rappeler à la réalité quand vous délirez.

Une fois libérer, ou du moins conscient-e des projections et névroses que l’on sur soi-même, il nous est possible de ne pas les projeter sur l’autre.
Et donc de le/la voir tel-le qu’il/elle est vraiment.
(Pour peu qu’il/elle soit transparent avec ce qu’il/elle est mais c’est une autre question sur laquelle nous n’avons pas prise.)

Une fois cela fait, c’est la personne dans sa globalité qui nous séduit, qui nous plait.
C’est son intelligence, son humour, son allure, son physique, son caractère, ses blessures, ses forces, ses extravagances (ou non), ses fêlures…
C’est l’être humain en face de nous qui nous séduit.

On peut aimer « n’importe qui », indépendamment de son caractère nerveux.

Personnellement

Je sais que le bonheur sans nuage que je vis avec mon fiancé s’explique par ce simple fait : nous nous comprenons.
Et jusqu’à présent je n’ai été comprise – il ne s’agit pas là de communication, mais de compréhension de ce que vis, ressens et est l’autre – que par des personnes officiellement diagnostiquées HPI.
Mon fiancé est la seule exception à cette règle puisqu’il n’a passé aucun test.

Je n’ai donc que mon ressenti pour me prononcer sur sa nature neuro(a)typique.
De vous à moi, je suis persuadée « qu’il en est ».
Lui est persuadé du contraire. Ce qui ne fait que renforcer ma conviction qu’il en est.

Je serai donc plutôt de celles qui vous diront qu’en étant HPI, avec un-e autre HPI, c’est mieux qu’avec un-e NT.
Mais « mieux » ne veut pas dire « obligatoire » ou encore « unique possibilité ».

En conclusion

L’amour, ou les relations humaines, sont des histoires d’individus dans leur globalité avant tout.
Le fait d’être ou non HPI est un des ingrédients qui participent (ou non) à l’harmonie de la relation.
Mais c’est à vous et à vous seul de déterminer quelle part cela occupe(ra) dans votre relation.
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse en la matière, il n’y a que ce qui fonctionne pour vous.

#AHPI #douance #amour

Témoignage dans la presse

Grâce à Nadine Kirchgessner, auteure et créatrice du site Planète Surdoué, j’ai été mise en contact avec une journaliste du Figaro Madame, qui recherchait des témoignages des femmes surdouées.

Le but était de trancher avec la vision mélodramatique du #HPI chez les adultes, et d’en proposer un point de vue plus positif.

Le résultat, vous pouvez le lire ici : « Je suis sourdouée et ça n’a pas été facile tous les jours »

Oui je sais, à lire le titre de l’article comme ça, on ne dirait pas que le but est d’être positif !
Mais, je vous assure c’est déjà beaucoup mieux que ce qu’on nous sert régulièrement sur le sujet.

Pour être tout à fait honnête avec vous, je suis partagée au sujet de cet article.
Je suis heureuse de la conclusion, qui est résolument positive, et qui est fidèle à mes derniers mots de l’interview.
Mais je suis contrariée par la façon dont les choses sont racontées. Du moins en partie.
Telle qu’écrites là, on dirait que les difficultés que j’ai pu rencontrées sont dues au HPI.
Alors que les choses ne sont pas si simples et que de tels troubles n’ont jamais une seule cause. Si le HPI doit être mêlé à cela, c’est surtout par l’ignorance de ma nature, plus qu’au HPI lui-même.

Je suis aussi contrariée par le raccourcis et l’association qui pourra être faite après lecture entre femme, HPI, TCA et souffrances.

J’aurais aimé que l’article en général soit plus positif. Les troubles et les difficultés prennent beaucoup de place dans le récit, alors que moi, je ne leur en accorde que peu dans ma vie.
Mais je comprends que le but d’un article est d’être lu, que pour être lu il faut inciter à la lecture, et que certains sujets sont plus porteurs que d’autres à un temps T. Aussi, avec la sortie cette année du livre-témoignage d’un ancien mannequin, et la rentrée des classes, le combo TCA et harcèlement scolaire était bienvenu.

Ceci étant, ces troubles font partie de mon histoire, de ce que je suis, et ce serait être malhonnête que de les nier ; et ce n’est pas une honte d’en être affecté·e. Pour autant, ils ne me résument pas non plus et j’aurais préféré que l’accent soit plutôt mis sur le HPI dans l’article.

Je tiens également à préciser trois choses :
Mon enfance, contrairement à l’impression que l’article laisse, a été très heureuse.
Ma famille ne m’a jamais empêchée ou découragée à être la meilleure de la classe (ça c’est une GROSSE erreur dans l’article).
Et ce n’est pas la lecture du site Planète Surdoué qui m’a déprimé, mais le livre de JSF.

Mais je suis heureuse du ton de conclusion, contente du fait que cela transmette bien que le diagnostic a été pour moi un tournant et une clef majeur qui m’a permis de construire plus d’harmonie dans ma vie.
Je suis contente aussi, qu’à la fin, on entende que le HPI peut présenter des difficultés, mais que ce n’est ni une tare ni un handicap, et que l’on vit très bien avec.

N’hésitez pas à me laisser vos commentaires sur l’article, je suis très curieuse !

N’hésitez pas non plus à visiter le site Planète Surdoué, c’est une mine d’informations.

#HPI #HQI #douance #témoignage #presse #surdouée

Etre incomprise. Littéralement. – Les études épisode 5

A force de ne pas me faire comprendre dans mes échanges avec mes contemporains d’études, via groupe privé facebook, j’en suis arrivée à me demander ce qui n’allait pas.

Voici le résultat de mes réflexions.

1. Un problème de vocabulaire ?
Avec un QI verbal qui crève le plafond, au point qu’il n’y a pas beaucoup entre le maximum et mon score, je doute de manquer de vocabulaire adéquat.
Mais c’est une possibilité.
Mais j’admets ne pas y accorder beaucoup de crédit.
Ou alors c’est le manque de vocabulaire de l’interlocuteur qui provoque cette incompréhension. Mais je n’y crois pas beaucoup plus.

2. Une récurrence :  « On ne parle pas de la même chose ».
On tient un début de piste je crois.
A force de m’entendre dire que je ne parlais pas de la même chose que les autres, j’ai fini par réaliser qu’ils/elles n’avaient pas entièrement tort.
C’est une question de vitesse et de profondeur.

En somme, je crois que je (et j’imagine nous les HPI) suis victime ici de notre rapidité de pensée, et de la lenteur (relative) de celle des autres.
Car quand ils/elles nous disent A1, nous passons très vite à A2, B4 et J12. Et nos questions et remarques partent du coup, de ces inférences que nous avons faites et qui nous semblent limpides, évidentes.

Mais malheureusement, ce n’est pas toujours évident pour les gens en face.
Alors que nous sommes partis depuis longtemps loin du sujet initial mais pour nous, toujours en rapport avec, les autres sont loin derrière ou toujours au même point qu’au début.
Ce qui fait qu’avec la distance, ils finissent par penser qu’on ne parle plus du tout de la même chose.

3. Quelles solutions ?
Faire très très attention au rythme de réflexion des autres. Vérifier à chaque fois qu’ils nous suivent dans le raisonnement.
En somme ralentir le rythme.
Mais est-ce seulement faisable ?
Si nous partons trop loin, revenir sur nos pas, en expliquant ce qui nous semble évident. En refaisant le chemin qu’ils n’ont pas fait, pour qu’ils nous rejoignent.
C’est long, c’est fastidieux, c’est énergivore.
Pour moi du moins.

Alors on fait quoi ?

On se prépare !
Toujours savoir qu’on va faire face à ce décalage, et faire ses choix.
Quand parler, quand ne pas le faire.
Comment.

Le conseil de Tata Line : Votre choix est légitime ! 

Quel qu’il soit, vous avez le droit de le faire.
Faire les efforts, ou pas.
L’essentiel est de faire ce qui vous permet d’être bien. Et votre bien-être est non-négociable !

Le dire, le redire et le crier s’il le faut

Je sais, je sais, je devrais bosser mes exams. Je le fais, pas autant que je devrais mais je le fais.
Mais là, tout de suite, j’ai besoin de vous dire quelque chose : je suis plus intelligente que beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde ici.

Je l’ai déjà dit, je sais. Mais laissez moi vous expliquer pourquoi là, c’est une urgence absolue.

Vous le savez peut-être (pas) je suis féministe.
De toute façon quelle personne humaine sur terre n’est pas féministe ? Parce qu’être féministe c’est « simplement » considérer les femmes comme des personnes à part entières. Normalement, à moins d’être le/la dernière des dangereux monstres sans âmes qui traînent sur terre, tout le monde est d’accord sur le fait que toutes les personnes sont égales entre elles.
En pratique, il y en a des gens pour penser que les femmes sont vraiment inférieurs aux hommes. Alors ce n’est pas toujours de leur faute et ces personnes n’en n’ont souvent pas conscience. Mais c’est facile de savoir si on en fait partie ou pas : est-ce que pour vous l’expression « comme une fille » est synonyme de médiocrité voir de nullité ?
Si oui, alors c’est que vous avez intégré l’idée qu’être une « fille » (même pas une femme, vous noterez qu’on n’a même pas le doit d’être adulte dans l’histoire) c’est moins bien.
Moins bien que quoi ? Bah comme dans notre espèce il n’y a pas 36 alternatives, mais seulement 3 dont une infertile et proprement mutilée depuis des centaines d’années pour correspondre à l’une des deux autres, on comprend que « être une fille » c’est moins bien qu’être un garçon.

C’est aussi simple et triste que cela.

Quel rapport avec le fait que j’ai envie de hurler que je suis plus intelligente que plus de 99% de notre population ?
Parce que ce rapport de hiérarchie arbitraire et injuste me fait terriblement souffrir et que les jours où cette souffrance vient à bout de ma patience, j’ai juste envie de répondre à la domination par la domination.  J’ai juste envie d’écraser dans la face de ceux qui se croient supérieurs par leur simples appareils génitaux, que je leur suis TELLEMENT plus supérieure qu’ils ne croient l’être à moi.
Je veux leur retourner la souffrance qu’ils m’infligent, l’humiliation qu’ils distillent sans même y penser, je veux leur retourner la monnaie de leur pièce et je veux les toucher avec les armes qu’ils utilisent contre moi. Contre nous, les femmes.

Vous connaissez le mensplaining ? Ou la mecxplication en français ?
C’est quand un homme vous coupe la parole pour vous dire qu’il s’y connait mieux que vous sur un sujet qu’il ne maitrise pas, mais dont vous êtes experte, juste parce que c’est un homme.
C’est quand un mec vous demande de vous taire, plus ou moins élégemment et respectueusement, simplement parce qu’il ne veut pas vous écouter. C’est toute les fois où en réunion, on a préféré demander à votre collègue Paul ce qu’il convenait de faire pour la suite du dossier que VOUS avez géré. C’est toutes les fois où Paul ne vous a pas laissé en placer une en réunion, et où les patrons (pas qu’il n’y ait pas de femmes patronnes, mais le mensplaining se fait par des hommes) n’ont pas relevé ni jugé bon de vous écouter.
Tout ça étant encouragé par les croyances patriarcales et misogynes qui sont que les « la compétition, c’est pour les hommes. Dans le milieu des affaires, il faut être combatifs, s’imposer et les femmes sont trop douces pour ça ».
Facile à dire, quand à chaque fois que l’on s’impose, que l’on coupe la parole, ou que l’on « ne se laisse pas marcher sur les pieds » comme ces messieurs, on nous accuse d’être hystérique ou (la réplique qui pourrait me pousser à verser du cyanure dans le café de son auteur) « que l’on a nos règles ».

A tous ces hommes qui se croient tellement plus intelligents parce qu’ils ont un pénis, je voudrais les écraser de toute MON intelligence, tellement supérieure à la leur. Supérieure selon les chiffres, la science, les données, les échelles…Un truc bien objectif, inattaquable à leurs yeux.

Vous comprenez surement un peu mieux, aussi, pourquoi je tiens très fort à ce que cette caractéristique de « + » dans l’intelligence des surdoué-e-s ne soit pas gommée, et soit réclamée haut et fort.
Tout particulièrement pour les femmes.

Parce qu’on nous répète, directement ou non, que nous sommes « moins » que les hommes.
C’est FAUX.
C’est FAUX.

Les hommes sont aussi intelligents que nous.
Pourquoi je le dis comme ça ? Parce que dans ce sens, c’est eux qui doivent se hisser à notre niveau, et nous, les femmes qui constituons la référence.

Je ne veux pas inverser l’oppression, je veux qu’on en prenne conscience.

Je veux que plus aucun petit garçon ne fonde en larme parce qu’on l’a comparé d’une manière ou d’une autre à une fille. Quel mal y a-t-il à être une fille ?

Je veux que toutes les femmes et filles se sentent capables et légitimes pour être Présidente de la République, pour être Prix Nobel de Physique, pour être la Plus Grande Artiste de ce siècle et des autres.

Je veux que nous soyons libre d’être ce que nous sommes. Sans crainte pour nos vie ou notre intégrité.

Parce qu’aujourd’hui notre culture patriarcale déteste et méprise les femmes, nous sommes violées, battues, tuées, persécutées, humiliées, restreintes dans nos libertés.
On nous suit dans la rue, on nous regarde comme des objets, on nous insulte, on nous enjoint de nous habiller et de nous comporter en fonction des hommes plutôt qu’en fonction de nos désirs. On nous explique que nous sommes coupables quand nous sommes agressées. On s’emploie à nous expliquer comment vivre et faire les choses. Parce qu’on considère qu’on ne sait pas faire, ou qu’on est trop bête pour cela…

Alors oui, je continuerai de dire que je surdouée, très surdouée même.
Quitte à me faire regarder de travers, je m’en fiche ou plutôt je suis prête à endurer de me faire voir comme une prétentieuse méprisante.
Qu’importe, je sais que je ne le suis pas.

Moi je veux ouvrir la voie. Je veux ouvrir la porte à celles qui n’osent pas.

Voir le monde du travail autrement

[Cet article est rédigé sous l’influence de la grippe, et sans aucun médicaments dans le sang. Désolée pour sa qualité médiocre.]

Ma vie professionnelle est à la fois difficile est très facile.
Très facile parce qu’une fois en poste, tout le monde est particulièrement satisfait de mon travail et de ma personne.
Je suis très appréciée.

Mais sur le papier, j’ai la « carrière » la plus chaotique du monde, et ça fait très peur aux recruteurs.

J’ai d’abord beaucoup lutté et souffert de ne pas comprendre ce qui clochait. Je ne comprenais pas qu’en lisant mes études et compétences sur mon CV on n’en déduise pas que je pouvais très bien remplir les fonctions du poste que je briguais.
Après tout, je ne postule pas à quelque chose que je me sais incapable de faire, et quand on lit que quelqu’un à un master de sciences, on peut quand même se dire que la personne n’est pas complètement demeurée.

Je ne comprenais pas, mon CV présenter les compétences demandées et même des expériences similaires à celles décrites dans le poste. Alors pourquoi ça coinçait ?

Il a fallut que je me heurte à beaucoup de critiques, plus ou moins constructives et heureuses, à beaucoup de refus de poste et que je puise profondément en moi pour ne pas me laisser déborder par le sentiment de nullité qui m’envahissait face à ces recherche qui ne débouchaient pas.
Et puis j’ai compris, c’était aussi simple que problématique.

Je ne vivais ni ne voyais pas le travail (et par extension le monde du travail) comme « les autres ».

Quand je signe un contrat, je m’engage à remplir des fonctions et faire des tâches, et – cela va sans dire – à le faire bien. Voir même parfaitement. Parce que c’est le contrat qui a été passé. On me donne de l’argent pour effectuer -bien – quelque chose.
Et je mets un point d’honneur à remplir ma part.
Je suis une employée hyper réglo, fidèle à l’entreprise, fiable et investie.
J’ai l’esprit d’équipe, parce qu’il m’importe que les personnes avec qui je travaillent soient bien. J’aime rendre service, j’aime soutenir et aider. Je suis là pour les autres autant que faire se peut.

Et c’est là que l’on glisse doucement vers ce qui « coince ».
Même si je mets un point d’honneur à bien faire mon travail, à remplir mes engagements en somme, le travail ce n’est pas tout pour moi.
Je ne me définis pas par ma profession, ni par mon statut dans l’entreprise qui m’emploie.
Non que je n’ai pas d’ambition, mais mon ambition n’est pas dans le paraitre, ni dans le statut social.
Mon ambition est dans la qualité de mon travail, quel que soit ce travail.
Mon ambition est dans mon bonheur.

Et c’est là où ma vision des choses diffère de celle « des autres ».
Je vois bien comme c’est important pour les autres « le travail ». Comme s’il s’agissait d’une définition d’eux-même, que cela leur donnait une valeur, comparativement aux autres évidemment.

Ce n’est pas mon avis.
Le travail que l’on fait ne définit pas l’individus que l’on est.
Le travail, c’est un moyen de gagner de l’argent, pour assurer sa subsistance (et l’on oublie que l’on n’est pas obligé de travailler pour vivre, dans l’absolu).

Je crois que contrairement à beaucoup de gens, je mets l’individus et son bonheur au centre de mes préoccupation. Je sais décorréler ce qu’un-e individus fait pour payer ses factures de ce qu’il/elle est.
Je sais qu’on doit toutes et tous payer un loyer ou un crédit, se nourrir, se chauffer, et que pour tout cela il faut gagner de l’argent.
Je sais qu’un parcours professionnel ou scolaire ne dit pas grand choses des capacités ( aussi intellectuelles) d’une personnes.
Regardez le chanteur Antoine, il est Polytechnicien je crois (ou je ne sais plus quelle grande école française) et il et chanteur.
J’ai eu vent de l’histoire d’une femme HPI qui travaillait en usine, au tri de je ne sais pas quoi sur tapis roulant, avec dans les oreilles des conférences et cours de Philosophies du Collège de France.

Je sais que les étiquettes que le système de notre société nous collent ne sont pas ce que nous sommes.
Je sais que ne pas réussir brillamment à l’école, supérieure ou non, ne dit pas grand chose de la capacité d’innovation, de créativité, de l’intelligence et de la volonté.

Ce sont des indices bien évidemment, mais je crois que trop souvent on oublie l’individu derrière.

En dernier lieu, il faut admettre et reconnaître que pour beaucoup, travailler c’est faire de l’argent. Ce n’est pas gagner de l’argent pour vivre, mais bien « faire de l’argent ». Obtenir de l’argent pour avoir de l’argent.
Pour en avoir beaucoup, plus. Pour montrer que l’on en a. Comme si la valeur de cet argent se transférer à nous. Comme si ne pas avoir d’argent était synonyme d’être médiocre.

Non je ne pense pas comme cela.
Et je vous arrête immédiatement, ce n’est pas la discours d’une « petite fille pauvre » qui essaie comme elle peut de se rassurer en se disant qu’elle vaut quelque chose elle aussi.
J’ai grandi dans un foyer tout à fait à l’aise. Je suis partie en vacances à la mer et à la montagne chaque années de vie avec mes parents. J’ai fait des études supérieures à 700km de chez mes parents, tout ça uniquement soutenue financièrement par eux.
Et aujourd’hui, si l’on cumule le patrimoine de la famille de mon fiancé et de la mienne, croyez moi bien, nous ne sommes pas à plaindre.
Nous ne sommes pas l’élite dorée française, mais nous ne sommes pas démunis.

Moi je crois que la vie va bien, bien au-delà du travail.

Après le diagnostique : et maintenant, je fais quoi ?

C’est une question, je crois, inévitable pour tout adulte diagnostiqué adutle.
Notez que je n’emploie pas les termes « diagnostique tardif » qui me donne l’impression d’un sous-entendu de « trop tard ». Je crois que quand il s’agit de soi, il n’est trop tard que quand on est mort.

Cette question donc : et maintenant, que faire avec cela ?
Je suis surdoué-e d’accord, et après ?

Si vous êtes comme moi, vous vous êtes dit ou vous vous direz que vous devez en faire quelque chose. Ce ne sera pas vraiment conscient, ce sera plus de l’ordre du réflexe.
Comme si cet état devait être mérité.

C’est aussi inexacte que potentiellement blessant pour soi.
Mais c’est humain comme réaction.
Surtout avec une estime de soi basse, on ne se sent digne de pas grand chose, et quand quelque chose de positif arrive, on a ce réflexe de vouloir se prouver à soi et prouver en général qu’on le mérite. Qu’on est assez bien pour ça.

Ridicule.

Cette question est la source d’une cascade d’autres questionnements personnels et intérieurs. Le très célèbre complexe de l’imposteur-e en découle d’ailleurs (c’est là mon idée, je ne fais référence à aucunes lectures ou études sur le sujet, je n’en ai pas lues. Mais elles existent.)
Je suis (T)HPI donc je dois faire des choses bien, voir extraordinaires. Si je ne réussis pas à faire ces choses, alors c’est que je ne suis pas vraiment ce que je prétends être ou ce que l’on m’a dit que j’étais.
Complexe de l’imposture (c’est mon côté féministe qui préfère des termes qui peuvent être appliqués au sujet féminin comme au sujet masculin).

C’est un passage qui mérite un article à lui tout seul ! *Note pour plus tard*
Aussi je reviens à la question première : et maintenant, j’en fais quoi ?

On apprend énormément de choses sur son fonctionnement, mais surtout – dans mon cas – le diagnostique vient mettre du sens là où il n’y en avait pas avant. Il répond à des pourquoi posés dans l’enfance et dont l’absence de réponse n’a cessé de creuser des blessures intérieures.
Mais même si l’on se sent changé-e, parce que notre regard sur nous-même et les autres a changé (ou change avec le temps après le diagnostique), le fait est que nous sommes toujours les mêmes personnes. Quelqu’un a simplement éclairé une partie de nous qui demeurait dans l’ombre. Mais cette partie a toujours été là.

C’est très simple comme constatation, mais je crois que pour moi, ça a été une clef importante. Au début, ce constat a été une façon de me rassurer, de me dire que, malgré le choc de l’annonce, je n’étais pas si différente. C’était une sorte de tampon.
Et puis, quand l’idée de la différence comme étant constitutionnelle de mon être s’est inscrite en moi, je suis passée à une autre façon de voir les choses.

J’ai toujours été comme cela.
C’est à dire que tout ce que je trouve merveilleux, toutes les possibilités que je vois dans le fait d’être HPI, tout cela a toujours été mien. Puisque j’ai toujours été ainsi.

C’est une prise de conscience de son potentiel, mais surtout, un regard positif (enfin) posé sur soi.
Mon regard sur mon être intérieur à changé, et plutôt que de me dire que je ne suis capable de rien, que je suis trop nulle pour tout, aujourd’hui je me dis que je peux au moins essayer. Ce n’est ni illusoire ni orgueilleux, c’est une simple réalité : je peux le tenter, parce que j’ai cette particularité.

C’est ce nouveau regard posé sur soi qui m’a permis de trouver la réponse à cette question, posée pourtant si précocement dans l’histoire de mon diagnostique : que faire de moi ?

Parce que oui, la question qui se cache sous « que faire de ce HPI? »  c’est en fait « que faire de moi ? ».
Simplement je crois que juste après le diagnostique, le travail d’intégration du caractère identitaire, essentiel, constitutif du HPI n’est pas fait. Il y a encore une séparation, une différence, entre le HPI et nous.
Il m’a fallut du temps pour intégrer que le HPI c’était moi.
(Comprenons-nous bien, je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a qu’une façon d’être HPI en l’occurrence la mienne. Pas du tout ! Je dis qu’il m’a fallut comprendre que le HPI n’était pas quelque chose d’extérieur à moi, mais que j’étais HPI.)

Une fois cette dissociation résolue, la réponse à la question « que faire de moi ? » a enfin pu se faire entendre.
Aussi simple que vague et tout à la fois limpide et évidente : ce que je veux.

Non pas que j’ai la science infuse et qu’il me soit impossible d’échouer.
Mais, ma vérité intime et profonde, c’est que je peux au moins essayer.

C’est un pas absolument immense quand enfin, on s’estime un tout petit peu plus qu’avant. Juste un tout petit peu plus.

Alors que faire de moi ?
Dans toute ma candeur de HPI, moi je veux aider les gens.
Mais il y a peu de temps encore, je ne m’en estimais pas capable parce que pas digne. Qui aurais-je pû aider et comment ? Moi qui ne valais rien, qui n’étais bonne à rien. Moi si imparfaite, si consciente de toutes mes limites, de toutes mes peurs, de toutes mes incapacités (réelles ou inventées).
Pourquoi se lancer dans quoi que ce soit dans le but d’aider les gens, puisque je ne le méritais pas, que je n’en étais ni capable ni digne ?
Et puis.
Et puis avec le temps après le diagnostique, j’ai changé d’avis sur moi.
Je suis très loin d’avoir une très bonne estime de moi. Mais véritablement, ça va mieux. Vraiment mieux.
Aujourd’hui, je me dis que je peux essayer. Pas forcément réussir, mais essayer avec des chances tout à fait raisonnables de réussite.

Alors je me suis autorisée.
Je me suis autorisée à essayer.
Cette autorisation en dit long sur le chemin parcouru, parce qu’elle dit aussi que je suis prête à au moins faire face à la possibilité de l’échec sans m’effondrer et me dire de nouveau que je ne vaux rien. C’est un IMMENSE pas.
Entre vous et moi, je ne garantis pas du tout dans quel état je me retrouverais si réellement je me plantais. Je dois être honnête et je pense que ce serait vraiment glauque.
A coup de « Mais qu’est-ce que je croyais ? Je suis nulle, je suis incapable je le savais depuis le début, je me suis juste illusionnée comme une dinde » (oui, les dindes s’illusionnent dans mon monde).

Mais voilà, j’ai quand même ma réponse.
Que faire de moi ? Ce que j’ai toujours voulu : aider les gens.

Alors j’ai choisi la psycho pour ça, c’est bien plus liée à mon histoire personnelle qu’au HPI. C’est une revanche que je m’autorise à prendre. Je vous en parlerai peut-être un jour. (Où est-ce que je l’ai déjà fait ? Han, ça aussi , ça mériterait que je vous en parle, mon étrange perte de mémoire totalement chaotique et anarchique. Ça m’inquiète. Alzheimer précoce ça existe hein…)

Conclusion

Se demander quoi faire avec son HPI après le diagnostique, c’est finalement se demander quoi faire de soi.
C’est un questionnement auquel, je crois, on doit accorder le temps qu’il demande. Le processus à pris pour moi 1 à 3 ans. Je vous souhaite à tous que cela prenne moins pour vous. Mais c’est, quel que soit sa durée, quelque chose qui se vit.
C’est une question qui ne trouve sa réponse (ou ses réponses, parce qu’après tout, on a le droit de changer d’avis) que par la re-découverte de soi, l’abandon de quelques fausses idées sur soi-même et l’intégration de son HPI et de ce qu’il représente pour chacun-e.

C’est une belle question à se poser, et malgré les tourments que la recherche de sa réponse peut générer, je crois qu’elle en vaut la peine.
Parce que quand vous aurez trouvé la réponse, c’est un peu de vous que vous aurez trouvé.

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Être et dire

Episode 28 342. Version 165.438.

Vous l’aurez deviné, je vais (encore!) me pencher sur le sujet de dire que l’on est surdoué-e ou pas.

Ouiiiiiiiiii, je saiiiiiiiiiiiiiiiiiis, j’en ai déjà parlé trois ou quatre fois dans ce blog. Je sais.
Et bah ça fera une fois de plus !

En ce moment je fais l’expérience du dire la chose en contexte relativement sécurisé.
En somme, je dis que je suis surdoué-e dans le cadre de mes études de psycho.

C’était lors des TD en présentiels, obligatoires (sur le papier) pour valider l’année. J’ai forcément rencontré d’autres étudiants et nous avons échangé sur le pourquoi de notre présence ici, les centres d’intérêt et souhaits de futures orientations et études pour les un-e-s et les autres. Fatalement, quand je dis que je m’intéresse à la neuropsychologie avec comme sujet privilégié la plasticité neuronale de l’AHP et l’accompagnement des AHP diagnostiqué à l’âge adulte, on me demande pourquoi cet intérêt précis. Et souvent ça prend la forme de la question : « Tu es concerné par le sujet d’une manière ou d’une autre pour t’y intéresser si précisément ? » Là je réponds « oui ». Et la seconde question arrive « Tu es toi-même surdouée ? »
Et là bah, je ne vais pas mentir non plus (même si expérimentalement ce serait SUPER intéressant) alors je dis oui.
Il y a souvent suite à cela un petit flottement, comme si on ne savait pas très bien comment enchainer avec ça.
Mais, jusque là, j’ai eu la chance d’interagir avec des gens adorables, délicats et ouverts. Voir même curieux de la chose.

Ce n’est pas pour autant facile, parce que certains cherchent comme à gommer la différence. Ils me demandent en quoi je suis réellement différente. Et quand je leur expose la différence ils me répondent « mais c’est pareil pour tout le monde ».
Oui certes, nous sommes tous humain-e-s, nous avons tous des problématiques humaines.
Mais décrire sa psychée, ses sentiments, et surtout leur caractère différents par rapport à ceux des autres (alors qu’on ne peux pas savoir, on ne les ressens pas les sentiments des autres) ce n’est pas facile.

Pour moi la difficulté c’est de faire face à cette blessure, où j’ai le sentiment que toutes les questions en fait dissimulent cette affirmation :  « Tu n’es PAS différente de moi. Tu n’es pas surdouée« .
J’ai la chance jusque là d’avoir à faire à des personnes gentilles et qui sont simplement curieuses. Le reste, je crois, m’appartiens et à part moi je pense qu’il n’y a personne pour penser à ces affirmations cachées.

C’est ce travail sur moi qui est intéressant.
J’apprends donc à dire ce que je suis, et à tâcher d’en faire un sujet d’apprentissage et non de rejet (dans les deux sens, que les autres ne me rejettent pas et que je ne reste pas coincée dans mes peurs d’être rejetée)
Ça me demande des efforts, notamment pour ne pas paniquer parce que je ne sais pas répondre à certaines questions.
Comment répondre quand on vous demande « En quoi tu penses, ressens différemment ? Quelles sont les problématiques propres aux surdoué-e-s ? »
Spontanément je voudrais répondre, les autres, le rapport au monde.
Mais pour tout le monde ces choses là peuvent être un problème.

Comment parler de quelque chose qui se vit plus qu’il ne se dit ? Bien sur il y a les études, et les découvertes des scientifiques.
Mais comment retranscrire la réalité émotionnelle et surtout son caractère exceptionnelle (dans le sens de rare, inhabituel, peu fréquent) quand, il est vrai, les problème rencontrés sont sur le même thème que ceux des « autres » mais d’une autre intensité et d’un autre ordre ?
Comment donner de la réalité, de la substance, à la pensée dite en arborescence quand on sait qu’en face, on se heurte à la pensée linéaire ?

C’est compliqué.
Mais j’ai découvert que dire : « je ne sais pas te répondre » était une voie plus douce et bien meilleure pour dialoguer.
Je crois que le fait de dire que l’on ne sait pas répondre apaise un peu l’autre, en lui prouvant que je ne sais pas tout. Cette ignorance me rend sans doute plus humaine, plus proche, moins différente.
Moins menaçante également j’imagine.

Pour le moment, l’expérience se passe bien. Je ne le crie pas sur les toits, je réponds quand on me pose la question. Et ça se passe bien.
Je n’en rajoute pas, je ne mets pas ma différence à toutes les sauces et sur tous les tapis. Et de leur côtés, mes camarades étudiant-e-s ne me pointent pas du doigt et se comportent avec moi comme avec n’importe qui d’autre.

C’est chouette.
Je redécouvre avec plaisir la joie de l’échange, le courage de dire et surtout, surtout le bonheur de partager, d’être ce que l’on est sans honte.

Bien evidemment je ne suis pas naïve au point de ne pas voir quand ça en heurte certain-e-s. Quand ça leur fait peur ou que cela génère un biais de perception de ce que je suis.
Mais j’apprends aussi à voir mes propres projections, mes propres peurs.

Et c’est cool.

Ils et elles ne le savent pas, mais je leur en suis très reconnaissante.

Oh et le bonus c’est que du coup, au détour d’un TD, on en croise d’autre des HPI 😉

 

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