Psychologie : sciences vs. empathie ?

Plus d’une fois en commentaires sur ces pages, ou bien sur les comptes de réseaux sociaux associés au blog, il lui a été fait le reproche (et donc à travers le blog, à moi aussi) d’être, je cite « scientiste ».

De ce que je comprends de ce néologisme, être « scientiste » ce serait faire preuve de convictions extrémistes relatives aux sciences.
Le « scientisme » viendrait donc se ranger au côté de tous les courants jugés « extrémistes ». N’ayant ni l’envie ni l’énergie pour débattre de ce qui fait qu’une chose est extrême ou non (relativement à qui ou quoi ? Pourquoi ne pas interroger la norme à partir de laquelle cet extrême est défini, etc), je vais me contenter – et me semble-t-il cela est déjà bien – de m’intéresser aux implications de ces propos.

En somme ce « scientisme » empêcherait l’autrice de ce blog – et donc la future professionnelle de santé psychique – de faire preuve d’empathie, de compréhension de la nature humaine, et d' »humanisme » (que je mets entre guillemets car j’ai cru comprendre que toutes les personnes ayant usé de ce terme dans leurs commentaires à propos du blog ne semblaient pas faire toutes référence à la même chose en l’employant).
En un mot comme en cent, ce scientisme semble faire de celles et ceux qui l’appliquent des robots sans âmes, incapables de compréhension des élans et tourments de l’âme humaine, des émotions et des sentiments.
Effectivement, pour un·e psy, cela peut-être embarrassant.

Pourtant, je m’accroche aux sciences, à la recherche scientifique, à la méthodologie scientifique, à la méthode expérimentale précisément, aux principes de preuves, et à tous les outils, intellectuels ou matériels, qui permettent l’évolution, l’application et le progrès des sciences, comme un arapède à son rocher.
Pourquoi ?

Parce que, contrairement à ce que certaines personnes semblent penser, les sciences, la recherche (et précisément en psychologie et biologie) sont pour moi un outil indispensable, fondamental, pour mieux accueillir encore l’infinité des possibles variations du fonctionnement de l’esprit humain.
La recherche scientifique est le plus bel outil que j’ai pu trouvé pour démontrer l’étendue insondable de mon ignorance et de l’ignorance de l’humanité en général. La recherche scientifique en général et particulièrement en sciences cognitives et psychologie sociale, me rappelle chaque fois que j’y mets mon nez, à quel point l’on peut se tromper dans ce que l’on croit savoir. À quel point les choses ne sont pas forcément ce que l’on croit. À quel point tout est plus vaste, plus varié que ce qu’il nous est confortable de penser et/ou de croire.

Je m’accroche à la science parce qu’elle est la science, et non la croyance. Parce que la science sait qu’elle ne sait rien. La croyance en revanche (je ne parle pas de convictions religieuses, attention) croit qu’elle sait, et de ce fait accepte moins facilement l’éventualité de l’altérité, de la différence, de l’erreur, de doute. Si l’on est convaincu·e que l’ont sait ce qui est, que ce qui est est uniquement et précisément ce que l’on sait, quelle place y’a-t-il pour l’inconnu, la découverte, la différence, l’autre ? Une place moins grande que lorsqu’on sait qu’on ne sait pas, que ce que l’on sait est peut-être incomplet mais surtout, que l’on ne sait pas tout.

C’est la science, la biologie en premier, qui m’a appris l’infinité des possibles. C’est elle, qui m’a démontré que la règle, dans le vivant, c’était l’exception, la variation. Les mathématiques et les probabilités m’ont enseigné que tout était possible ( avec une probabilité d’apparition plus ou moins forte). La physique m’a appris qu’au-delà du perceptible pour nous pauvres petits êtres humains, il y avait encore des mondes entiers (le microscopique, l’atomique, les ondes, l’infiniment grand, etc). Et la psychologie enfin, m’a appris que l’on pouvait se tromper soi-même, être trompé par son propre corps, son propre cerveau et passer même jusqu’à côté de soi-même.

Les sciences sont plus qu’une invitation, elles sont une ode à considérer tout ce qui peut (-) être, à concevoir ce qui nous dépasse, et à s’appuyer sur le peu que l’on sait, à un temps donné, pour concevoir, imaginer, aller explorer tout ce que l’on ne sait pas et ce qui pourrait être ou ne pas être.

Au-delà de ces considérations philosophiques, m’appuyer sur les connaissances scientifiques est aussi pour moi un moyen de protéger mes futurs patient·es. C’est une façon de ne pas me poser en « celle qui sait tout, qui sait mieux », et de ne pas les exposer à des idées, concepts qu’ils et elles ne pourraient pas vérifier par eux-même, dont ils et elles ne pourraient trouver les fondements, les mécanismes, et donc choisir de façon éclairée de se les approprier ou non.
Parce que je m’appuie sur la recherche, et que c’est ce qu’elle a trouvé, démontré que je relaie, je permets à toutes celles et tous ceux qui me lisent ou m’écoute de vérifier mes propos, de les analyser ; je ne me pose pas en « toute sachante et toute puissante ».

Cela serait trop facile, de vous dire « les choses fonctionnent comme cela, et sont telles que je les dit parce que je/il/Freud l’a dit ». Non, le caractère verbalisé d’une chose n’a aucune influence sur son caractère de véracité, de fiabilité.
Et il est hors de question pour moi, je trouve cela dangereux en fait, de faire reposer la santé et/ou le bien-être psychique des personnes qui me consulteraient uniquement sur mes déclarations.
Etre professionnel·le de soin, c’est une responsabilité. On ne peut pas, on ne doit pas se vautrer dans l’autorité que notre situation nous donne, au risque de devenir un danger pour nos patient·es.

Tout le monde n’aura pas été convaincu par ce billet, et il est fort probable que celles et ceux qui croyaient déjà que mon appétence pour les sciences, et la volonté que je démontre à appuyer ma formation et ma pratique sur elles, m’amputait et amoindrissait ma capacité de compassion, de compréhension et d’accueil de l’expérience humaine, continueront de le croire.

Mais peut-être aurais-je réussi à plaider sinon ma cause, celle des sciences et du bien fondé de la présence et de l’usage de la méthode scientifique et de la méthode des preuves en psychologie, que ce soit dans son étude ou dans son exercice.
Car toute humaine qu’elle soit, la psychologie est aussi une science.

22 réflexions sur “Psychologie : sciences vs. empathie ?

  1. Lou Galino dit :

    Très joli plaidoyer pour la Science. Ca fait du bien, merci ! Je viendrai certainement le relire de temps en temps, dans mes moments de doute..
    Je m’abstiens d’alimenter le débat science vs empathie, même si, en tant que biologiste, je suis plutôt convaincue que l’un n’exclut pas nécessairement l’autre.

    Aimé par 3 personnes

    • Line dit :

      Merci beaucoup.

      En fait, l’opposition que je fais là est totalement artificielle, car opposer un concept et une capacité cognitive c’est un peu comme opposer un rocher à un lombric… Cela n’a pas tellement de sens. :p
      Mais comme c’est la façon dont les gens qui n’ont pas eu d’éducation scientifique semblent avoir tendance à comprendre les choses, je me suis permise cette liberté stylistique.

      Ami·e biologiste, c’est un plaisir de vous accueillir ici !

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  2. myriam dit :

    Bonjour Line,
    Le fait (scientifique ?) est que plus on en sait plus on sait qu’on ne sait rien… Voilà à mon sens ce qu’apporte principalement la science. Un scientifique est pas conséquent quelqu’un qui devient de plus en plus modeste au fil de ses recherches.
    J’apprécie, Line, que vous tentiez d’être le plus objectif possible en vous documentant au maximum. C’est en effet une démarche plutôt scientifique. C’est, entre autres, ce que je viens chercher sur ce blog. Pour le reste, je pense être suffisamment critique pour me faire une opinion.
    Là où la démarche ne serait pas honnête/scientifique serait de brandir constamment la banderole « c’est scientifiquement prouvé » faute d’arguments. Et, c’est un fait également que l’on abuse beaucoup de la science qui en sait souvent moins que ce qu’on lui fait dire.
    Un autre fait scientifique est que la science évolue ! Rien n’est figé puisqu’au fil des avancées scientifiques, nous remettons en question ce qui était jusqu’alors tenu pour un dogme. Et c’est peut-être en partie cela qui permet au clinicien d’avoir à la fois une approche scientifique… tout en s’en détachant et en entrant en relation (et donc en empathie) avec l’autre. C’est peut-être aussi une question d’expérience ?
    Quant au « scientisme », ne serait-il pas une façon de remplir le vide qu’ont laissé les croyances en s’esquivant ? La science et une certaine forme de croyances (interprétations de la science) ne pouvaient-elles pas cohabiter ?
    Est-ce que finalement, nous n’aurions pas laissé émerger le scientisme en faisant disparaître toutes formes de croyances ?
    Je vous souhaite une très belle année, Line ! Et je nous souhaite, à nous lecteurs, de très riches lectures…

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      • Un lecteur dit :

        Le débat est faussé.
        Cela fait longtemps que je vous lis. Je pense que vous avez une foi indéfectible en la science et que cette foi vous empêche de considérer certaines choses qui me semblent essentielles pour comprendre le HPI. Pourtant, une discussion passionnante – amorcée par Hamza – concernant la pensée arborescente, me semblait pouvoir ouvrir à cela. Mais, au lieu de discuter cette pensée, vous aviez levé le bouclier de la science (comme le font Messieurs Wahl, Ramus, Gauvrit – Mais je préfère cela aux désolantes zébritudes).
        Le scientisme est une position qui consiste à croire que la science – même si elle ne peut tout expliquer – est toujours la mieux placée pour parler des phénomènes. Mais toute approche scientifique est toujours réductrice dans le sens où elle ne prend pas en compte certaines données relatives aux objets examinés. Pour cette raison, en bonne scientifique je pense que vous faite preuve de scientisme mais je ne crois pas que vous fassiez preuve d’un manque d’empathie.
        A vous lire, je suis même persuadé que vous serez une très bonne clinicienne.
        Bonne continuation.

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  3. Daedalus dit :

    Wow … quel article! Je trouve vraiment dommage que ce genre de post soit encore nécessaire de nos jours, à nôtre époque soit disant « moderne ».
    Et je trouve que vous avez tout à fait raison dans vôtre raisonnement … ainsi que les motivations qui vous poussent à vous accrocher à la science (future) docteur Pauline *thumbs up*
    Et d’une certaine manière, ca me fait penser à ce fameux faux débat qui oppose la raison et l’émotion, le rational avec l’intuitif.
    Désolé de le dire à ceux qui n’y croient pas, mais il n’y a rien de plus faux. Une leçon que j’ai commencé à comprendre, devinez ou?… dans un cours de dessin!! Ceux qui en ont fait savent peut-être pourquoi.
    De la même manière, la science a clairement démontré que les émotions, devinez quoi, elles jouent un rôle important, voir essentiel dans les capacités cognitives (n’étant pas scientifique de formation, je sais juste qu’elles servent, entre autres, à optimiser les capacités d’un cerveau déjà bien surchargé en taches diverses).
    Et pour en revenir au débat initial évoqué ici, à savoir que ceux qui se « revendiquent du scientisme » seraient « aveuglés » par leur foi en la science, je pourrais vous parler de mon expérience avec, justement, bon nombre de psys qui ne le font pas et se basent trop sur leur « intuition « , presque d’une manière religieuse. (car c’est bien de cela dont il s’agit).
    Je ne veux pas rentrer dans le détail, mais ceux qui se basent trop sur leur intuition se montrent souvent très critique envers la sciences … j’en paie encore les dégâts aujourd’hui.
    Et heureusement que je sais et ais appris que la science et l’intuition peuvent très bien se mélanger, voir même que c’est un peu, d’une certaine manière, le mode par défaut qui devrait être le nôtre.
    Pour finir, je voudrais ajouter ceci: Je me demande si ces critiques ne viennent justement pas de ceux, comme l’a dit quelqu’un très bien avant moi, qui ont peur de remettre leur modèle et vue du monde en question (cfr: les nombreux stéréotypes entre autres qui entourent le phénomène du HP … et la grande intelligence en général).
    TLDR: Je ne vois vraiment pas ce qui justifie la critique de « scientisme » pour celle qui est, et de loin, une des mes références préférées en matière d’HP, car ce blog lie, justement, les recherches scientifiques (la ‘raison’) avec le vécu même de la (future) docteur Pauline (« l’émotion » ou « l’intuitif »).
    PS: Je serais curieux de savoir ce que les gens ici pensent de l’émotion connue sous le nom de colère … cinquième péché selon la bible si je ne me trompe. Je ne sais pas si il y a moyen de lancer un débat la-dessus (c’est pas trop grâve si ca ne marche pas ici).
    Car ca me parait, d’une certaine manière, un peu lié à ce qui a été évoqué ici.
    C’est juste que le post ici touche, selon moi, à la source du problème et que, d’une manière peu conventionnelle, je pense que de parler du sujet de la colère pourrait illustrer, de manière concrète, le sujet.
    A chacun de décider si participer à un tel débat est intéressé ou pas. (« tout est proposé, rien n’est imposé » 😉 ).
    PS 2 : désolé pour le pavé !:O

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  4. Yvan dit :

    Bonjour Line,

    C’est cette fois-ci, encore un plaisir que de vous lire.

    Je n’ai pas envie cette fois de rebondir (de contredire ?) sur votre propos mais, de m’adresser aux précédents intervenants. Il m’est difficile de vous en demander la permission, alors je le fais d’autorité.

    @MYRIAM, je vous assure que  » Un scientifique est par conséquent quelqu’un qui devient de plus en plus modeste au fil de ses recherches. » n’est pas une généralité, loin de là. Il y en a même qui utilisent l’aura obtenue dans leur domaine de compétence pour expertiser d’autres domaines sur lesquels ils n’ont visiblement pas travaillé.

    Utiliser le terme « dogme » dans la même phrase où vous utilisez « fait scientifique », ne fait pas sens à mes yeux.

    A la fin de votre texte alors que vous semblez affirmer une conviction, vous présentez en fait un ou des sujets dignes d’être développé en philosophie.

    _La science a-t-elle fait disparaitre la religion ?
    _La science est-elle une croyance.
    _L’interprétation de la science sans esprit critique est-elle une religion ?

    Et aussi : _Dire « c’est scientifiquement prouvé » est-ce, à votre avis, une fin de non-recevoir ou est-ce simplement factuel ?

    @UN LECTEUR, autant j’ai trouvé très confortable à un moment « la pensée arborescente » tout en sachant que ça n’était qu’une description de mon ressenti qui collait aux ressentis d’autres personnes. Autant à ce même moment quand une psychologue m’a affirmé que j’avais une pensée arborescente je me suis senti agressé.

    _Quelle est la description de la pensée arborescente ? Non pas celle que vous ressentez mais celle que pourrait vous faire une psychologue objective ou un neurologue peut-être ?
    _Quelles sont les choses ou les phénomènes ou les objets que la science n’examine pas ?

    @DEDALUS je n’ai lu qu’en diagonale votre commentaire, ayant écrit ce qui précède lundi et oublié de le poster. Alors je rebondis seulement sur la fin de votre post.
    Vous venez de lire une certaine expression de ma colère.

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      • Line dit :

        Si je puis me permettre, précisément la psychologie est la science qui étudie la vie intérieure dans le sens de l’activité de la pensée et des émotions. En ce sens même la vie intérieure est un objet de science.

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        • Un lecteur dit :

          La science ne peut qu’étudier la structure de la vie intérieure et formuler des concepts qui permettent son objectivation et donc sa compréhension. Mais la science ne peut toucher la vie intérieure subjective qui est la véritable vie intérieure. Donc, à proprement parler, la science n’étudie pas la vie intérieure car elle n’en a pas les moyens. Celle-ci lui échappera toujours.
          Nous ne sommes que des ensembles complexes de points isolés, autant de nous-mêmes que les uns des autres. Fondamentalement, nous ne pouvons nous comprendre. Chaque compréhension est une illusion reposant sur le compromis.
          Exemple : la science étudie la colère, mais elle ne pourra jamais objectiver ni rendre compte de ma colère. Il y a plus de réalité dans ma colère que dans la colère, telle que la détermine la science. La vérité scientifique portant sur la vie intérieure comporte toujours, de ce point de vue, une part d’irréalité qui, au bout du compte, est totalement inutile car toujours en marge de la vie.
          Personne ne peut authentiquement savoir ce que chacun ressent.

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          • Yvan dit :

            Bonjour UN LECTEUR,
            En effet ce que vous dites ne me semble pas faux.
            Pourtant, vous admettrez que les affirmations faites au nom d’une connaissance que la science ne peut objectiver sont potentiellement fausses.
            Par exemple parler de la pensée arborescente comme d’un ressenti commun à un certain type de personne ne peut-être invalidé.
            Pourtant cela ne peut en aucun cas être présenté comme une vérité intangible du HPI. Personne d’extérieur à une autre ne peut lui dire « vous avez une pensée en arborescence ».
            Je reprend en cela votre propos « Personne ne peut authentiquement savoir ce que chacun ressent. »
            Par contre, la question était de savoir si la science examinait « certains objets », Line y a répondu. Oui la science examine ces objets et quand elle en tire des conclusions c’est qu’elle a suffisamment de résultats pour le faire, elle ne se contente pas d’impressions subjectives pour en faire une vérité.

            Quand vous dites, pour invalider la démarche scientifique, « la science n’étudie pas la vie intérieure car elle n’en a pas les moyens. Celle-ci lui échappera toujours. » , vous invalidez en même temps les démarches non scientifiques qui se targuent d’expliquer l’humain.

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            • Un lecteur dit :

              Bonjour YVAN
              Je me suis mal exprimé car, à vous lire, je comprends que vous n’avez pas saisi le sens de mes propos.
              Vous dites : « parler de la pensée arborescente comme d’un ressenti commun à un certain type de personne ne peut être invalidé ». Le ressenti dépend tellement du vécu personnel, de la sensibilité de la personne, de ses idées, bref d’éléments très subjectifs, que la notion de « ressenti commun » est contradictoire. [En ce sens, je pense que la notion de « ressenti commun » est invalidée car elle se détruit elle-même. Pour cette raison, la zébritude ne peut être prise au sérieux car elle donne au caractère subjectif d’un élément un caractère objectif par simple itération clinique (sans compter le côté interprétatif qui a permis de créer de toute pièce cet élément). La pensée dite « en arborescence » est construite de la même manière. C’est l’art de construire un neuromythe.]. Un ressenti ne peut être que singulier, même au sein de ma propre histoire personnelle (je ne ressens jamais véritablement la même chose, chaque ressenti est unique ; lorsque je dis que je ressens la même chose, en réalité je ne fais que gommer la singularité de mes deux ressentis pour les identifier au moyen du commun qu’ils me semblent partager mais qui, en réalité, est purement fabriqué par l’usage de la pensée rationnelle et conceptuelle, l’usine à fabriquer du commun). Et c’est pour cette raison que le ressenti ne peut être érigé en élément appartenant en propre au HPI (ce n’est pas parce que le ressenti commun ne peut être invalidé par la science).
              J’espère que vous aurez compris que je ne cherche pas à invalider la démarche scientifique. Je dis simplement que la science ne peut pas et ne pourra jamais expliquer les émotions et les pensées des personnes car ces pensées et émotions ne sont pas de simples coquilles vides et objectives qu’on aurait remplies par notre subjectivité ( et qu’il suffirait de vider pour retrouver l’élément objectif, la structure). Une pensée ou une émotion (d’ailleurs, peut-on réellement distinguer la pensée de l’émotion ?) est un complexe d’éléments dont les natures ne sont pas distribuées de manière tranchée entre « objectif » et « subjectif ». Car « objectif » et « subjectif » sont eux-mêmes des concepts qui ne renvoient pas à grand chose dans la réalité (combien il faut gommer la réalité pour faire de nos idées une expression prétendue vraie du réel ! C’est d’ailleurs exactement ce que je suis en train de faire, j’en ai honte.)
              J’irais un peu plus loin. La psychologie en elle-même, c’est-à-dire la psychologie en tant que science, est totalement impuissante à aider quelqu’un. Seule la clinique, c’est-à-dire la rencontre entre deux personnes, peut créer un espace thérapeutique. Je ne suis pas certain que les meilleurs psychologues soient nécessairement ceux qui sont les plus versés dans la science. Lorsque je disais, lors d’un ancien commentaire, que l’auteure du blog n’avait pas trop de soucis à se faire au niveau de sa réussite future en tant que clinicienne, j’entendais par là qu’elle me semblait savoir créer des relations de qualité entre les personnes, et non parce qu’elle me semblait avoir une foi indéfectible en la science.
              J’espère avoir été plus clair.

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    • myriam dit :

      Bonjour Yvan,
      Je vous remercie de l’intérêt que vous avez porté à mes propos et vais essayer de les préciser.
      J’ai employé le mot « dogme » (c’est celui qui m’est venu spontanément à l’esprit, peut-être pas le plus judicieux donc) en ce sens que la science pense parfois avoir raison au point que la conclusion des recherches menées sur tel sujet est alors indiscutable (dans le sens irréfutable). Vous avez entièrement raison lorsque vous dites que c’est un non sens d’accoler ce terme à celui de science. C’est justement pour pointer du doigt les limites de celle-ci et, surtout, les limites de certains scientifiques, que je l’emploie ici. Comme je le disais, j’apprécie que Line s’appuie sur la recherche scientifique pour alimenter sa réflexion (et la nôtre). A nous de parfois la discuter puisqu’on sait qu’elle peut (doit) être discutable.
      On oppose trop facilement les « sciences humaines » aux « sciences exactes » parce qu’il est évidemment plus complexe de décrypter l’esprit humain que de chiffrer des distances ou de calculer des angles. Et pourtant, même dans les sciences dites exactes, on peut se tromper. Ce n’est pas grave en soi… sauf si on ne reconnaît pas que tout n’est qu’hypothèse à partir des connaissances de l’instant T. L’acquisition de connaissances nouvelles, souvent liées à de nouvelles formes d’investigations (on peut prendre l’exemple de l’imagerie médicale qui a très largement contribué à une nouvelle façon de comprendre le cerveau) remet en question les déductions faites à partir de connaissances précédemment acquises (on a longtemps pensé qu’une lésion cérébrale avait des conséquences définitives, puis on a découvert la plasticité cérébrale).
      Ce que je voulais exprimer, c’est que si la science a ses limites, les scientifiques ne le savent pas toujours et tombent donc pour certains (tout en brandissant leur fameux « c’est prouvé scientifiquement ») dans une espèce de croyance figée. Or, il ne faut pas confondre « rigueur » scientifique et « rigidité » !

      Quant aux questions à la fin de mon commentaire, peut-être n’ont-elles rien à faire là effectivement. Je me suis laissé emporter en écrivant. Dans tous les cas, ce ne sont en aucun cas des affirmations mais bel et bien des questions.

      Pour finir, je parlais de la modestie croissante du chercheur face à l’infini de ses recherches, à sa prise de conscience de plus en plus aigue de tout ce qu’il ne sait pas.

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  5. Daedalus dit :

    Bon, désolé si je vais pas répondre tout de suite, mais je viens de faire quelques ch’tit textes pour ma « x-men préférée » heheheh … elle est de retour, oui!

    Sinon, en guise d’amuse gueule, @YVAN, je dirais que ta réaction relève de la colère que je décrirais comme froide … et que de ce que je vois, est une des meilleure qu’on peut avoir dans la vie. Donc bravo d’avoir réussi à canaliser ce flot 😉

    Un petit article sur la colère au passage (désolé c’est en anglais :O ):

    https://www.goodtherapy.org/blog/value-of-anger-16-reasons-its-good-to-get-angry-0313175

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  6. ryta dit :

    Bonjour, très bon article. Je pense que rechercher l’équilibre entre ce que l’on appelle science dure et science molle nous aide à nous rapprocher de la « vérité ».

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