Différence entre les femmes surdouées et les hommes surdoués (?)

Peut-être avez-vous lu l’ouvrage de Monique de Kermadec « La Femme surdouée, double différence, double défi. »
Je n’ai pas encore eu le loisir de le lire, je n’en ai lu que quelques extraits ici et là, au grès des articles et entretiens dont l’autrice a été l’objet ou l’invitée.
Je ne me risquerai donc pas à m’étendre sur un ouvrage que je n’ai pas lu. Mais il me sert d’amorce de réflexion.

Existe-t-il une différence entre les femmes surdouées et les hommes surdoués ? Et si oui, je reviens à la charge avec ma question fétiche, cette différence (ou ces différences) est-elle bien due à la douance ?

Quelle(s) différence(s) ?

A mon grand étonnement, la question du genre dans la douance a été pas mal explorée en sciences sociales, particulièrement en sciences de l’éducation et chez les enfants. Mais très peu en psychologie, encore moins en psychologie cognitive, et la quantité d’études en neuro-psychologie sur le sujet à l’air de flirter avec le 0 absolu.

Voici néanmoins un petit résumé de ce que j’ai trouvé sur le sujet. Ne me jetez pas de cailloux (sauf des diamants, je le rappelle) parce que mes recherches ne sont pas exhaustives, s’il-vous-plait. Parce que, effectivement, elles ne le sont pas.
J’ai cherché, mais je ne fais pas que ça de mon temps non plus hein.

Donc, voici ce que j’ai trouvé.

Il existerait des différences entre homme et femmes surdoué·es, sur le plan des hyper-excitabilités définies par Dabrowski.*

  • Hyper-excitabilité psychomotrice : le niveau d’énergie d’une personne en termes d’activité physique, de mouvements et d’actions compulsives.
  • Hyper-excitabilité sensorielle : le niveau d’expérience sensorielle enrichie et ses perceptions à travers ses sens comme le goût et/ou le toucher.
  • Hyper-excitabilité intellectuelle : la poursuite de connaissances et la recherche de vérité, exprimées à travers la découverte, le questionnement, l’appétence pour les idées et les analyses théoriques.
  • Hyper-excitabilité imaginative (traduction directe de l’anglais, je ne suis pas certaine que ce soit la plus appropriée) : fait référence au domaine des fantasmes (dans le sens de rêveries, histoire que l’on s’imagine), du rêve, des dramatisations, des inventions, des grandes asociations, de la recherche de l’originalité.
  • Hyper-excitabilité émotionnelle : se réfère à la la force des sensations et expériences émotionnelles exprimées à travers les sentiments, l’attachement, et la compassion envers les autres.
    A noter qu’il ne s’agit pas ici d’une instabilité des émotions.

Les femmes surdouées présenteraient donc une hyper-excitabilité sensorielle et émotionnelle plus élevée comparativement aux hommes surdoués, et ces derniers présenteraient une hyper-excitabilité intellectuelle et psychomotrice plus importante que les premières.
Néanmoins (!), l’étude précise que ces résultats sont parfaitement cohérents avec les résultats d’études sur la socialisation genrée, qui ont démontré que l’on socialise différemment les filles et les garçons.
Par exemple, on encourage (ou tolère plus facilement) les comportements remuants, exploratoires, mobilisants le corps chez les garçons, quand on encourage les filles à demeurer immobiles et à se (pré)occuper des autres et de leurs bien-être, encourageant ainsi l’introspection (et donc la connaissance et l’expression des émotions).
Cela mène a de meilleurs performances chez les filles et femmes en expression et gestion des émotions, en relations sociales (en général), en des comportements quotidien, et des croyances (par exemple, en général une plus faible estime de soi chez les filles et femmes, une moins grande confiance en leur capacités) différents de ce que l’on peut trouver chez les garçons.
La ou les différences entre hommes et femmes surdoué·es ainsi démontrées, semblent bien plus être la conséquence de procédés de socialisation différenciés selon les genres, que celle de la douance elle-même.

Enfin, une différence notable, est qu’on identifie bien moins les filles et femmes surdouées, qu’on n’identifie les garçons et hommes surdoués.
Jean-Charles Terrassier, notemment, fait état d’un ration dans ses consultations de 3 à 4 garçons pour seulement 1 fille.
(alors que le HPI ou douance concerne de façon strictement égale les garçons et les filles. Le biais, qui fait la « différence  » ici, se situe au niveau de l’identification des unes et des autres.)

Différences construites

Ainsi, lorsque l’on parcours les recherches sur le sujet de la douance et du genre ( taper « giftedness + gender » lors de vos recherches) vous constaterez que les études ne font « que » constater des différences, mais les expliquent assez peu.
Ce qui est honnête de leur part, démontrer l’existence d’une différence entre deux populations, ce n’est pas en expliquer la source.
La bonne nouvelle (enfin, à mes yeux s’en est une) c’est que toutes les différences que l’on peut identifier entre les femmes surdouées et les hommes surdoués ne semblent pas du tout innées, mais intimement liées à l’éducation donnée aux unes et aux autres.

Autrement dit, en terme d’inné, de nature même de la douance ou du HPI, il ne semble pas y avoir de différence entre les femmes et les hommes.
En revanche, à cause d’une éducation (comprendre toutes les règles et attentes données explicitement ou implicitement aux enfants) différenciée, reçue tant au sein de la famille qu’à l’école et dans la société en générale, l’expression du Haut Potentiel Intellectuel chez les femmes et les hommes va varier, et l’on pourra globalement tirer de grands traits pour décrire ces deux sous-populations (dans le sens de sous-groupe, pas dans le sens d’inférieur évidemment !) que sont les hommes surdoués et les femmes surdouées.
A cause de normes et attentes sociales différenciés selon le genre, une fille ou une femme n’exprimera et n’exploitera pas forcément de la même façon son Haut Potentiel Intellectuel qu’un garçon ou un homme.
Ceci étant, toutes les femmes surdouées n’expriment et n’exploitent pas leur HPI de la même façon, de même que tous les hommes n’expriment et n’exploitent pas leur HPI de la même façon.

Si différence il y a entre femmes et hommes surdoué·es, elle se joue au niveau de la reconnaissance du potentiel et des accomplissements, mais pas dans la nature même de la douance.

 

 

Sources : 

* The Relationship Among Giftedness, Gender, and Overexcitability
Nicole Bouchet, R. Frank Falk
Gifted Child Quarterly, vol. 45, 4: pp. 260-267. , First Published Oct 1, 2001.

The Development of Gender Identity, Gender Roles, and Gender Relations in Gifted Students
Barbara A. Kerr Karen D. Multon
First published: 10 March 2015 https://doi.org/10.1002/j.1556-6676.2015.00194.x

Les dyssynchronies des enfants intellectuellement précoces.
Jean-Charles Terrassier

Pour les curieuses et curieux :
Les différences cognitives entre les sexes du blog Ramus Méninge, de Franck Ramus.

6 réflexions sur “Différence entre les femmes surdouées et les hommes surdoués (?)

  1. Athalset dit :

    Salut ! Ça fait encore une fois trop longtemps que je suis pas passé dans le coin 😀
    J’en profite donc pour souhaiter une joyeuse période orbitale à tous ! ^^
    J’espère également que ça va mieux de ton côté 🙂
    Un de mes profs ce matin nous a dit « ah, vous vous êtes encore à l’âge où on se sent immortels » et ça m’a fait penser à un ancien billet et dire qu’il fallait vraiment que je repasse par ici depuis le temps que je me le dis x)

    J’ai adoré lire les derniers billets, c’est vraiment des bonbons pour cerveau. Le coup du guide de survie pour parents d’enfants surdoués m’a laissé un petit goût amer au moment où je l’ai lu, parce que j’ai du mal à imaginer le HPI en source de maux horribles comme il est parfois décrit. J’aurai tendance à voir le fait d’avoir un enfant HP comme une chance, mais c’est encore loin pour moi donc je n’ai pas non plus vraiment réfléchi à toutes les implications que ça pouvait avoir. Je suis juste parti du principe que si je devais avoir un humain format de poche à charge, je préférerai sûrement qu’il soit comme moi d’un point de vue intellectuel parce que ça me paraît presque plus simple à gérer, et parce que je pourrai ne pas être aussi frustrant que mes parents quand ils ne pouvaient pas répondre à des questions (en tout cas sans essayer vraiment) ou qu’ils y répondaient par des « pfff… tu penses trop ».
    Dans tous les cas, les parents ont bien du mérite d’arriver à gérer tout ça, ça à l’air assez terrifiant et anxiogène. Surtout pour le peu de reconnaissance, reçu en échange. Y a des médailles qui se perdent :’)

    Ensuite, je trouve le sujet des différences comportementales liées à la pression sociale aussi triste que passionnante. Même si c’est aux études de trancher, je ne pense pas non plus que le fait d’être un homme ou une femme change « fondamentalement » notre façon de vivre avec des capacités cognitives différentes, mais la pression sociale qui façonne inconsciemment notre personnalité par contre… Je trouve ça tellement passionnant ! Je regardais les trois saisons de MindField encore récemment (une émission de la chaîne youtube Vsauce, une excellente chaîne de vulgarisation soit dit en passant, qui avait pour objectif d’explorer certains domaines de la psychologie comportementale tout en mettant en place des expérimentations), c’est passionnant et parfois inquiétant de voir à quel point nous sommes tous sensibles à des biais et programmés inconsciemment pour avoir certaines réactions particulières. Malheureusement, c’est une série youtube premium et si elle a été mis à disposition gratuitement ces derniers mois, je ne crois pas que ce soit toujours le cas (même s’il est toujours possible d’utiliser son essai gratuit pour elle).
    Bref, le monde est passionnant dans tellement de domaines ! J’ai vu dans un billet récent je crois un message où tu disais qu’on te reprochait d’être trop pragmatique, scientifique dans ton approche et que ça t’empêchait soit-disant de gérer l’aspect plus émotionnel de l’ensemble.
    Je trouve cet argument tellement invraisemblable !! J’attends plus que quelqu’un me dise qu’en portant mes lunettes, je rentre trop dans le détail sans accepter l’harmonie de l’ensemble. (Je viens d’improviser cette analogie à la myopie mais je la trouve pas si mal 😛 )
    La beauté peut émerger de pleins de choses, et pour paraphraser très grossièrement Richard Feynman, un artiste peut reprocher à un scientifique de ne pas voir la beauté d’une fleur devant lui et de ne pas ressentir les émotions qu’elle provoque mais il aurait tord, le scientifique peut lui s’émouvoir de la beauté première de la fleur comme de la beauté de son métabolisme, partir de l’odeur de celle-ci pour penser aux molécules qui font imaginer cette odeur, ouvrant alors soit sur les portes de la neuro-biologie, soit sur celle des atomes qui composent ces molécules pour remonter jusqu’au premier instant de l’univers !! 😀
    Je viens de voir que la ligne que j’avais prévu a fait sa chrysalide et que le petit message que je voulais écrire est devenu un gros papillon :’)
    Je divague et me fait emporter beaucoup trop facilement, donc je vais sûrement m’arrêter là ! :’D

    D’ailleurs, je me suis rendu compte qu’en avril ça ferait 3 ans que je viens ici, je me sens vieux d’un coup ahah, tout ça me paraît si loin et si proche à la fois…
    Bref, bonne soirée et je vais essayer d’arrêter de venir que tous les 6 mois, c’est pas très sérieux (surtout que c’est jamais une perte de temps) 😛
    Ah et pour « génie » je ne sais pas, mais pour « géniale » je vous l’accorde sans l’ombre d’un doute ! 😀
    Mais je vais devoir me contenter de jeter des mines de crayons de papier, mais après tout c’est comme du diamant, faut juste appuyer « un peu fort » dessus 😀

    (Ps: C’est terrible mais je suis quasi sûr que j’ai radoté des trucs que j’avais déjà écris sous d’autres billets, désolé xP )

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    • Line dit :

      Athalseeeet !
      Je suis RAVIE de te retrouver ici ! 3 ans déjà, vraiment ? Seigneur… Le temps passe.
      Heureuse de savoir que ce blog est toujours un espace agréable pour toi.
      Tu n’as pas loupé grand chose en 6 mois, comme tu le vois.
      Je suis vraiment touchée de savoir qu’après tout ce temps ce blog te plaît toujours. 😊

      Et tes commentaires, quelle que soit leur longueur sont toujours appréciés. 😊

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  2. Daedalus dit :

    Bon, on va essayer de pas faire un pavé ce coup-ci 😉

    J’ai une amie qui habite en angleterre et qui, aussi loin que je regarde, ma plus grande confidente … dans tout.

    Et non seulement elle est HPI, voire THPI, mais elle aussi à vécu … pas mal d’aléas on va dire çà comme cela. Je ne vais pas dévoiler sa vie car c’est la sienne et je la respecte trop pour cela.

    Mais, vu l’article, je voudrais poser quelque questions:

    EN en parlant avec elle et d’autres HP, je voudrais savoir si la synesthesie chez le HP, et particulièrement LA hp, peut trouver sa source dans « l’hyper-excitabilité sensorielle ».

    Et sur le sujet que moins de femmes sont détéctés que les hommes:
    Hum … j’ai l’impression qu’on va plus facilement regarder chez un garçon ou un homme tout ce qui sort « de la norme », alors qu’avec la façon dont on « normalise » justement les filles ou les femmes … ben … il est probable que cela soit moins visible.

    Et je voudrais savoir aussi si on a noté une différence d’age dans la détection tardive chez les HP adultes entre femmes et hommes. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne serais pas surpris que la detection tardive soit plus courante chez la femme;

    Enfin, que des théories dont je n’ai aucune preuve scientique, d’ou la raison pour laquelle je poste ici 😉

    PS: Zut! plus long que je ne l’aurais voulu … sorry 😦

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    • Line dit :

      Bonsoir Deaedus,

      Je ne saurais vous dire si l’hyperesthesie trouve sa source dans « l’hyper excitabilité sensorielle » des HPI ; comme cela je dirais que non. Les hyper excitabilité citées ici sont des traits comportementaux rapportés et non des fonctionnements cérébraux physiologiques observés (c’est mal formulé, navrée).
      L’hyperesthesie, la pathologie du sens du toucher ou la sensorialité exacerbée rapportée et semblerait il observée chez les surdoué*es sont dues, avec certitude pour la première, et seulement supposition pour la seconde, à un fonctionnement différent du système nerveux. L’étiologie est donc biologique.
      Les hyper excitabilité rapportées semblent être d’ordre comportementales.
      Donc je ne pense pas que l’on puisse expliquer le biologique par le comportement dans ce cas là.

      Effectivement, il ne serait pas surprenant de constater que non seulement les femmes surdouées sont moins identifiées que les hommes mais qu’elles le seraient potentiellement plus tardivement.
      Cela pourrait s’expliquer par les attentes sociales évoquées dans l’article mais aussi par une (triste) réalité sociale qui est celle de la charge du soin à la famille qui est imposée aux femmes : contraintes de s’occuper des autres, enfants puis parents dependants, elles ont moins le temps, y compris passer l’âge de la retraite, de s’occuper d’elles-mêmes et de se poser des questions sur leurs vies.
      Quand les hommes afultes découvrent aussi souvent leur douance par le biais de leurs enfants que de leur carrière, les femmes elles, en dehors du médium que représentent leurs enfants, ont peu d’occasion de penser à la douance (ou autre particularité psychologique) pour elles-même.

      Les pavés littéraires sont toujours bienvenus sur ce blog. 😊

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  3. Kks dit :

    J’ai du mal à comprendre pourquoi de la question « y a-t’il une différence entre femmes et hommes HPI » il faudrait associer, dans l’affirmation, « est-elle *bien* due au HPI ».

    Bref tout ça me semble plutôt évident… C’est exactement pareil pour l’autisme (qui s’exprime différemment à cause des attentes/stéréotypes/rôles genré-e-s différents, avec le même ratio de « (sous)détection » a priori..!) et on pourrait ajouter « femme, racisée et HPI, triple différence, triple défi ». Et ce à décliner à l’infini…

    Ce que j’adore dans toutes ces études ceci dit, c’est qu’elles se focalisent exclusivement sur les personnes cisgenres… du moins ça m’étonnerait fortement qu’elles incluent des personnes transgenres (donc socialisées d’une manière, pendant une période donnée, en ayant plus ou moins intégré cette socialisation, puis socialisées d’une autre manière plus tardive, rarement au moment de « l’éducation » donc à un moment de la vie où on est surement moins perméables à (ou du moins + conscient-e de) certaines injonctions)…

    Je suis surpris toutefois parce que je n’ai jamais entendu qu’une différence entre femmes et hommes HPI serait due au HPI. Ça ne me semble pas avoir beaucoup de sens.

    Est-ce vraiment une croyance répandue ?

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    • Line dit :

      Oui, c’est intégré assez couramment d’après ce que j’observe. Il y a des articles et ouvrages qui s’adressent spécialement aux femmes surdouées.
      Je suis persuadée que ce traitement différencié relève de l’intégration du sexisme et que si différence on croit percevoir elle est due à la croyance que hommes et femmes seraient essentiellement differents quant à leur psychisme. Mais c’est si intégré que de fait, toute caractéristique partagée entre hommes et femmes se voit teintée de cette différenciation.

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