De retour d’examen – édition 2019

Entre deux billets de vulgarisation scientifique, en voici un autre au ton plus personnel, à ranger dans la catégorie témoignage (donc à ne pas généraliser).

Au début de ce mois de juin 2019, je passais mes examens de master 1. Au 15 juin, je devais rendre mon rapport de stage. Ce rapport de stage s’annonçait comme une épreuve particulièrement pénible pour moi, comme tous mes précédents rapport de stage l’ont été. Je déteste, je déteste, écrire ces rapports de stage.

Au-delà de l’occasion d’apprendre sur soi-même que sont ces situations de révisions d’examens et d’examens, c’est aussi pour moi une occasion d’observer, d’apprendre, de constater et de mieux définir le ou les décalages de fonctionnement qui peuvent exister entre moi – en tant que surdouée – et les autres – à priori en tant que non surdoué·es.

Comme d’habitude, je me suis mise à sérieusement travailler pour les examens (comprendre plus d’une heure par jour et plus d’un ou deux jours par semaine) une semaine avant les-dits examens.
Sur cette unique semaine de travail sérieux, j’ai travaillé les après-midi. A partir de 14h ou 15h, jusqu’à 19h ou 20h.
Le week-end, j’ai travaillé un peu plus, en ajoutant le matin, à partir de 9h ou 10h.

Sans mentir, c’est ainsi que j’ai travaillé cette année. Sans parler de mon travail de recherche pour mon mémoire que je présenterai en septembre.

Grâce aux réseaux sociaux, je pouvais voir comme certain·es autres camarades de promotion travaillaient longtemps, et beaucoup ; s’y mettaient depuis facilement avril et semblaient travailler jusqu’à minuit.
Alors que moi, pleine de bonnes intentions, je nourrissais les mêmes ambitions mais je me retrouvais à effectivement travailler à peine une heure ou deux par jour, deux ou trois fois par semaine. (Bon sauf pour mon mémoire, mais mon mémoire fera l’objet d’une soutenance en septembre, je ne le compte donc pas dans mon temps de travail pour les examens de juin.) Jusqu’à cette fameuse semaine pré-examens.

Et comme les réseaux sociaux sont le temple du narcissisme exacerbé, plusieurs de mes camarades de promotions n’ont pas hésité à clamer leurs excellentes notes sur ces mêmes réseaux. Grand bien leur fasse et félicitations à elles et eux. Personnellement je déteste cela, mais c’est ma névrose et mon problème. J’y trouve cependant mon compte car cela me permet d’établir un rapport estimé investissement/résultat que je peux comparer au mien. Non pas pour juger mais pour comprendre, estimer l’écart, s’il existe, entre le résultats de leur fonctionnement cognitif et le mien.
Par exemple, je peux comparer pour une même matière leur 20/20 à mon 16, 17 ou 18/20. Mon but est d’estimer le rapport investissement/résultat pour chacun·e d’entre nous.
D’où mon choix de ne pas comparer un 20 avec un 13 par exemple.

Et bien force est de constater que les 20 de certain·es, arrivent au prix d’un travail bien plus long, mais vraiment plus long que le mien. Quand je travaillais une après-midi par jour, sur une semaine pour avoir entre 16 et 18, d’autres avaient travaillé depuis avril pour avoir 4 à 2 points de plus seulement.

Il ne s’agit pas pour moi de dire « ô regardez comme je suis plus efficace que d’autres » (ce serait ridicule, d’autant plus que ce n’est pas moi qui aie eu les meilleurs notes ici) mais bien de mesurer un écart en terme d’effort de travail, de mémorisation, d’analyse, de raisonnement.
C’est quelque chose qui m’a toujours intriguée et dont je commence à peine à définir les contours.

Déjà au collège je constatais ce phénomène, quand mes camarades devaient préparer un contrôle une semaine à l’avance pour avoir le même résultat que moi, qui ne relisais la leçon qu’une fois et seulement la veille au soir. Puis au lycée, quand je voyais les efforts titanesques déployés par mes amis pour avoir des notes excellentes pour certains (le premier de la classe, 19 de moyenne annuelle) ou juste semblables au miennes pour d’autres (à savoir entre 12 et 13 de moyenne annuelle) : des révisions une semaine avant le contrôle, 3 mois avant le bac, des heures de boulot le week-end (jusqu’à 8h par jour ! une autre journée de cours quoi !). C’était dément pour moi !
Et moi qui ne faisait rien de tout ça, qui en faisais sans aucun doute 10 fois moins, si ce n’est plus encore (enfin moins encore en fait, mais plus moins que 10 fois moins), je me retrouvais avec des notes qui certes n’atteignaient pas toujours 19 (mais ça arrivait !) mais qui ne descendaient pas en dessous de 8 (ce qui était réservé à la physique) non plus.

Aujourd’hui encore, je retrouve cet étrange phénomène d’inadéquation entre la somme de mon travail et mes résultats et ce qui semble être la somme du travail des autres et leurs résultats.

C’est un écart qui me fascine parce que je ne me l’explique toujours pas clairement.

Les examens sont donc l’occasion d’étudier encore ce phénomène, pour tenter de le comprendre un peu mieux.

Je dois me rendre à l’évidence, à force d’observations répétées, je constate bien qu’il me faut moins de temps et d’efforts, globalement, que les autres pour obtenir des résultats identiques voire supérieurs. Je dis bien globalement. Car si en général, il semble que j’ai plus de facilités, ou un meilleur ratio investissement (ou efforts)/résultats , dans certains domaines, je suis trèèèèèèèèèèèèèèèès en-dessous des performances des autres, et mon ratio efforts/résultats est catastrophique (pour moi).

Naïvement je crois que je m’attends toujours à quelque chose de plus univoque. De plus évident. Je dois toujours avoir l’espoir ridicule et illusoire de pouvoir d’un coup fonctionner comme Sherlock Holmes (BBC) et résoudre d’un regard les problèmes les lus complexes. Comme si, puisque je suis surdouée, cela devait se passer comme ça.
Ou alors, les autres devraient suer sang et eau sur quelque chose qui me semblerait complètement basique.

Comme quoi même après 5 ans de travail sur le sujet, il y a toujours une part de moi qui ne réalise pas bien ce que c’est d’être surdouées, quelles sont mes propres capacités, comment elles s’expriment, etc.
Je suis toujours en train d’apprendre, de comprendre.

 

12 réflexions sur “De retour d’examen – édition 2019

  1. Émilie dit :

    Bonjour Pauline,

    Je me permets de commenter votre article car il m’interpelle. Je me pose la question de l’influence du surdon sur ma scolarité.

    J’ai un comportement différent du votre car j’ai toujours beaucoup travaillé, j’en suis même arrivée plusieurs fois à du surmenage. Au lycée déjà il m’arrivait de travailler jusqu’à 1h du matin parfois (après j’étais dans une classe d’élèves sélectionnés sur dossier qu’on poussaient un peu plus que dans les classes ordinaires et j’avais 2 options, une LV3 et une européenne anglais).

    De part mon histoire personnelle j’ai toujours visé « l’excellence », j’avais besoin d’être « parfaite » pour être reconnue, je n’avais aucune confiance en moi et je me trouvais toujours nulle en tout, ou pas assez douée en tout cas.

    J’ai toujours eu environ 14-15 de moyenne (aux examens nationaux et aux concours j’avais toujours un peu plus que mes notes de l’année).

    J’ai été vraiment surprise d’apprendre que j’étais surdouée alors que j’ai l’impression d’avoir ramé pendant toute ma scolarité (ramer est à nuancer, je veux dire que j’avais des notes très correctes mais au prix de gros efforts, et que je n’ai jamais pu atteindre l’excellence que je disais).

    Aujourd’hui je me demande qu’elles auraient été mes notes si j’avais un peu moins travaillé. Si j’avais pris plus de temps pour moi et que je m’étais moins mise la pression.

    Du coup, la question que je me pose dans le cadre de votre article est « combien auraient eu les autres s’ils avaient travaillé la même quantité de temps que vous ? ». Est-ce-que les points les plus haut ne sont pas les plus difficiles à atteindre ? Ce que je veux dire c’est « est-ce-qu’il ne faudrait pas travailler deux fois plus pour passer de 18 à 19 que pour passer de 15 à 18 par exemple ? »

    Enfin bref, je ne sais pas, je me questionne beaucoup.

    Je vous souhaite une très belle soirée.
    Désolée pour la longueur de mon message, j’ai toujours du mal à faire court. :-/

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    • Line dit :

      Bonsoir Emilie,

      Mon cas, comme je le disais en début d’article, ne saurait être généralisable (pour tout un tas de raisons), donc surtout ne basez pas votre reflexion sur votre propre histoire en considérant des caractéristiques de la mienne, ce ne serait ni cohérent ni utile.

      Ce que je peux vous dire c’est que je sais, par les échanges avec les étudiant·es et les professeur·es, que non, passer de 18 à 19 ne tient pas du tout à plus de travail. C’est plus, dans le cas de ces examens, une question de style rédactionnel, de forme, de présentation. Les derniers points sont dans les détails dirons-nous.
      Donc, j’ose penser au risque de paraître très prétentieuse (ce n’est pas comme si c’était la première fois…) que si les camarades auxquels je pense avaient travailler exactement comme moi, ils et elles n’auraient probablement pas valider leurs matières. Je suis déjà étonnée moi-même de les avoir validées et si bien validées avec le peu de travail que j’ai fournis ! Je pensais à peine atteindre 10 pour être honnête !
      Bien sur, su j’ai eu 16 et eux 20 c’est qu’ils ont mis des notions que je n’ai pas citées, c’est évident. 4 points d’écarts ne s’expliquent pas par un simple style rédactionnel plus ou moins plaisant.

      Aimé par 1 personne

      • Emilie dit :

        Merci beaucoup pour votre réponse (rapide de surcroît). 🙂
        Loin de moi l’idée de généraliser un cas particulier pour en tirer des conclusions.
        Je prends juste les témoignages pour ce qu’ils sont, des histoires personnelles qui me permette d’avoir un petit aperçu de la diversité des expériences de chacun. 🙂
        J’aborderai le sujet du sentiment d’imposture avec ma psy à une prochaine séance, entre toutes mes casseroles, j’ai oublié de lui parler de ce questionnement.
        Très belle soirée à vous.

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  2. Bapt dit :

    Bonjour Pauline

    Ton témoignage est intéressant, car il permet de déplacer la question de la performance des surdoués, non pas sur le seul résultat (ce qui ne correspond pas à la réalité observée), mais sur un ratio d’efficience plus pertinent (effort/résultat)

    Néanmoins, tu ne prends pas en compte la loi des rendements décroissants qui minore un peu ton sentiment.
    Les résultats d’un effort se distribue sous la forme d’une courbe logarithmique. Passer de 16 à 18 demande beaucoup (beaucoup et beaucoup) plus d’efforts et de temps que de passer de 10 à 12.
    Je le vois bien dans ma fac (théologie) où passer de 17 à 18 demande un temps et un effort considérable et incomparable que de passer de 15 à 16. Un 16 y est d’ailleurs perçu comme une bonne note et 18 comme une note exceptionnelle.

    Merci beaucoup pour ton blog passionnant.
    Bapt

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    • Line dit :

      Je pense que mon raisonnement est validé puisque je le base sur les exigences et notes de mes professeurs, dans la discipline que j’étudie.
      Je connais leurs exigences, j’ai un aperçu des résultats et du travail des autres etudiant*es, qui étudient les mêmes sujets et sont corrigés par les mêmes professeur ms ayant les mêmes exigences.
      J’ai eu des retours de mes professeurs sur ce qui différencie un 18 d’un 19 et je vous assure ça n’a rien de demandant. C’est une question de style. De même l’amélioration d’un 16 pour un 18 tenait à un travail de forme (relecture et mise en page) et non de fond demandant cognitivement.

      Si dans votre cursus et avec vos professeurs le passage d’un 16 à un 18 demande des efforts considérables et cela pour toutes les matières, je ne crois pas qu’il soit pertinent d’appliquer ces critères et variables à un environnement différent.

      Donc je maintiens que mon raisonnement est valide.

      Avec plaisir, j’espère que vous continuerez d’y trouver des choses intéressantes et/ou utiles pour vous.

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  3. Amandine dit :

    Merci pour ce témoignage.
    Je vais y adjoindre le mien, détectée il y a 2 ans seulement, j’ai toujours peu travaillé et surtout au dernier moment pour des résultats très honorables. L’efficience du travail effectué me semble effectivement une bonne explication, je pense que les capacités de mémorisations jouent aussi un rôle important. Après un cours (malgré une écoute plus ou moins sérieuse), je mémorisais la majorité des notions et les révisions consistaient en une simple revue sur une grande partie des cours.
    Un bachotage plus conséquent me paraissait inutile car le peu de fois ou j’ai poussé les révisions, les résultats n’ont pas été meilleurs.
    Certes, certains élèves ayant passé bien plus d’heures et de semaines à travailler ont eu quelques points de plus, mais mes résultats ont toujours été bons, tout du moins tant que la matière m’interressait, et ceux jusqu’en Bac +5.

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  4. yvanma dit :

    Bonjour Line,
    Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous. Non sur cette évaluation contrainte/bénéfice mais, sur votre évocation de Sherlock. Vous parlez en effet de deux choses différentes. Nous ne connaissons pas la charge de travail que c’est imposé Sherlock pour arriver à son niveau de connaissance. Nous sommes seulement témoins de son génie d’association et de création de liens.
    Yvan

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    • Line dit :

      Bonjour Yvan,
      Nous pouvons pourtant le supposer. Sherlock évoque plus d’une fois comme la menace de l’ennui et sa facilité de compréhension remonte à très très tôt dans son enfance.
      Les remarques de son frère sur sa lenteur d’esprit par rapport à lui (j’adore) font aussi référence à ce caractère original et permanent de cette facilité de raisonnement. 😊

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  5. yvanma dit :

    Oui en effet, il y aurait tant à dire sur cette fiction. Dans les années 70, je me souviens avoir vu un ou deux épisodes de Colombo mes parents n’avaient pas la télé à ce moment, mon accès était donc limité. 20 ans plus tard les anciens épisodes sont repassés a la télé . J’ai été capable de reconnaître chaque scène, chaque réplique de la plupart de toute la série, je n’avais pourtant que très peu d’accès a la télé lors de la première diffusion. Toujours dans les années 70, il était enseigné l’instruction civique au collège. Je n’ai jamais obtenu de note au dessus de 5.
    Le circuit du plaisir et de la récompense ne serait il pas très impliqué ?
    Elementary, un autre Sherlock, y fait plus clairement référence.
    J’espère ne pas être hors sujet.
    Yvan

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  6. psychoquoiblog dit :

    Contente que tu poursuives tes examens avec brio. Mais qui est brio ? Pfffff. Je pensais à cela, les copies sont-elles anonymisées ? Et aussi, t’es-tu intéressée à la docimologie ? Cela pourrait te faire changer d’avis sur certains aspects de ton article. À bientôt !

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  7. Sekaijin dit :

    Lorsque nous avions du travail à faire (particulièrement en math) j’allais avec mes camarades à la cafétéria. Là dès que le travail était demandé quelques-uns de me camarades se mettaient immédiatement au travail. Moi généralement je jouais au tarot. Mais il arrivait régulièrement que quelqu’un m’expose son problème et me demande comment je ferais. Généralement je disais « tu dois avoir un théorème qui dit …, donc tu fais ci et ça et… » cela se soldait par un merci qui n’avait que peu interrompu ma partie. Quelques soirs plus tard chez moi je prenais une feuille et je rédigeais mon travail. Et c’était suffisant. Je n’avais pas besoin de plus pour comprendre le travail demandé, ni pour le faire. Je n’avais pas besoin de réviser avant les exams.

    Je faisais ça depuis toujours, je me souviens avoir été puni en CE1 parce que j’avais demandé à un camarade s’il savait sa leçon de choses avant de rentrer en classe. Mon institutrice n’ayant jamais pu me prendre en défaut avait sauté sur l’occasion pour me punir pour ne pas avoir appris ma leçon.

    Je me souviens qu’au lycée je lisais mes devoirs le soir et le matin en me levant je rédigeais. Je ne cherchais pas à résoudre le problème demandé je prenais une feuille et j’écrivais la démonstration, comme j’écris en ce moment.

    J’ai très longtemps souffert de ce décalage, car le système m’a très longtemps tapé dessus. Punis pour avoir dormi en étude. Mais que faire quand on à 3 heures et qu’en 5min tout est fini ? puni pour ne pas avoir lu le livre demandé. Mais qu’est que lire car je tournais toutes les pages en quelques minutes et je les avais en tête. Puni pour tant de choses absurdes que je ne saurais les énumérer. Souffert aussi parce que j’étais un monstre aux yeux de mes camarades. J’ai fini par apprendre une chose très précieuse. Savoir me mettre à leur portée. Se faisant ce qui était un décalage douloureux est devenu une force. Tous savaient qu’ils pouvaient me demander, que je n’hésitais pas à les aider. J’ai appris à vulgariser à être pédagogue et j’y ai pris du plaisir. Et cerise sur le gâteau ça me facilitait l’apprentissage.

    On ne s’en défait pas. Je suis toujours à 55 ans le gars bizarre à qui on demande. Étrangement je dois être celui-ci qui avoue le plus ne pas savoir. Je crois que dans mon enfance je ne savais pas dire je ne sais pas. Et depuis que je le revendique j’ai une place ou ce grand écart et une force partagée.

    A+JYT

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