Et puis quoi encore…

———————————————- Attention, je suis énervée ———————————————–

Quand je me dis qu’il faudrait peut-être que je recommence à arpenter la Toile histoire de me donner des idées pour les articles du blog, je tombe sur ce genre d’interventions, et je me dis que si j’ai quasiment arrêté, c’était pour le bien de ma santé mentale (et celui de l’ordinateur sur lequel je tape ces lignes).

Ou comment on démontre sans aucun scrupule une complète et totale ignorance de ce qu’est le QI et le test qui l’évalue.
Et comment, en assumant ne pas s’appuyer sur aucune étude scientifique, on se permet d’affirmer tout et n’importe quoi.

C’est le genre de pamphlet qui met mes nerfs à très rude épreuve. Je ne sais pas si je dois m’énerver ou pleurer.

« Ne nous appuyons pas sur la science, un jour, ses affirmations changeront »

Bah voyons !
C’est tellement pratique. Et sinon, pour construire sa maison, pour fabriquer une voiture, pour se soigner, ou plus simple encore, pour manger, est-ce qu’il est aussi trop facile de se cacher derrières des conclusions de thèses qui n’appartiennent qu’à leurs auteurs et qui pourraient potentiellement (potentiellement hein, on sait pas) être remises en question un jour ?
Non mais les gens font comme ils veulent hein, mais bon, si on se tamponne la babouche des sciences quand il s’agit du QI, pourquoi pas quand il s’agit d’autre chose ?

Je demande hein.

Oui, oui c’est vrai, les sciences, la recherche, se remettent en question.
Elles.
Alors c’est vrai, ce que l’on croit savoir aujourd’hui n’est peut-être pas ce que l’on croira savoir demain, ou après demain.
C’est vrai.
Et donc, on fait quoi ? On attend d’avoir le savoir absolu sur tout pour faire quelque chose ?

Je demande hein.

Pourquoi 120 dans l’article ?

Parce que quand on s’y connait un peu (mais juste un peu) sur le sujet du QI et les différentes catégories qui y sont associées on sait qu’il y a 3 chiffres qui servent de repères assez courants : 70, 100 et 130.
70, seuil à partir duquel on définit la déficience mentale.
100, qui est la moyenne de la distribution, 50% des sujets ont plus de 100 de QIT, 50% des sujets ont moins de 100 de QIT.
Et 130, seuil à partir duquel on définit le HQI, ou la catégorie des surdoué·es.
Fin de l’histoire.

Et donc 120, c’est parce que … ?

Non parce que 120 de QIT sur Wechsler, ça n’a rien de particulier hein.
Le seuil de l’intelligence dite supérieure (pas HQI, attention) c’est 115. Soit un écart-type au-dessus de la moyenne (100 + 15).
Pas 120 donc.
120, ça correspond à un rang percentile de 90,5 , grosso-modo. Et donc ?
Je chipote (parce que je suis énervée) mais si l’idée c’était de dire « on va sélectionner 10% de la population », d’abord c’est raté, parce que ce sera en fait 9,5% (le rang percentile indiquent le nombre de personne qui ont eu des performances inférieures aux vôtres au test) ; et s’il s’agissait d’une sélection de 10% de la population sur la base du QI, on peut les prendre strictement n’importe où les 10%.
(Oui je suis mesquine, parfaitement)

Si l’idée était de prendre les 10% supérieurs, on aurait pu, quitte à attaquer une soi-disant menace de sélection par le QI, se renseigner un peu sur le sujet et au moins sortir des chiffres exacts.

Si l’invention du concept du test d’intelligence a plus d’un siècle, ce n’est pas le cas des tests que l’on utilise aujourd’hui

Encore une fois, je veux bien que l’on se pose des questions, mais fatalement, si on réfléchit sur rien – pardon – sans s’appuyer sur les données scientifiques actuelles, on s’expose à une qualité d’argumentation médiocre voire fragile.
Oui le concept du test d’intelligence a plus d’un siècle, merci monsieur Alfred Binet (Invention Française messieurs-dames ! A lire avec la voix de Léon Zitrone).
Mais heureusement, (et grâce aux recherches scientifiques dites donc, c’est fou !) on s’emploie à actualiser les tests de QI pour qu’ils restent pertinents. Donc, non, quand vous passez le WAIS-IV ou le WISV-V aujourd’hui, vous ne passez pas le test d’intelligence d’il y a 100 ans (Heureusement !)
A part le concept d’évaluer l’intelligence et les stades de développement, en fait, ça n’a plus grand chose à voir avec la version de Binet.
Mais ça, l’auteur l’aurait su s’il avait bien voulu, pour le citer « se cacher » un peu derrière les recherches scientifiques sur le sujet.

Pour sélectionner sur le QI, encore faudrait-il que tout un système social reconnaisse qu’il est un indicateur fiable de l’intelligence, et ça, c’est pas gagné !(que ce soit reconnu ; parce que oui, le QI est un indicateur fiable des capacités cognitives d’une personne)

Alors que les débats sur la pertinence du test de QI, sur la nature de l’intelligence humaine, et même sur l’existence des enfants précoces se posent encore aujourd’hui dans la société et même parmi les spécialistes du sujet (je pleure moi quand je vois que des psy crachent sur le test de QI), il me parait difficile d’envisager que tout le système de l’enseignement supérieur se mette à utiliser le QI comme critère officiel de sélection à ses cursus universitaires. Surtout en France où on tant de mal a accepter la simple idée qu’il existe, par des caprices de la nature, des gens plus dotés en intelligence que d’autres.
Comment voulez-vous que ça arrive quand l’objet même (le QI) est discuté par ceux qui sont censés en être les spécialistes (les psy) ?

Les effrayé·es de la sélection au gros QI peuvent dormir tranquilles

Notre jolie société française en est encore à discuter l’existence même des enfants précoces, la pertinence du QI et des tests qui l’évaluent.
Alors avant que les instances étatiques, et que la société toute entière, se mette d’accord sur le sujet, on a de beaux et longs jours devant nous avant que l’horrible horizon de la sélection par le QI ne se pointe.
On a déjà bien assez à faire avec la sélection indirecte par l’argent, l’accès à la culture et bien sur, le genre et la couleur de peau. (Etudes en psychologie sociale bonjour !)
Je pense que le QI peut attendre.

La créativité pour se rassurer

L’article se termine par une évocation de grands génies, une affirmation que leur réussite est plus due à leur créativité et imagination qu’à leur intelligence (ou QI).

Comme c’est original tient comme pseudo-contre argument : opposé intelligence et créativité et/ou reprocher aux tests de QI de ne pas évaluer la créativité… C’est vrai que personne n’y avait jamais pensé dites-donc !

Là encore c’est mal connaitre le sujet des capacités cognitives humaines.
Dans un premier temps, l’imagination et la créativité font l’une et l’autre appel à la capacité de conceptualiser les choses, de jongler avec des concepts abstraits, simples et/ou complexes.
En cela, elles sont des manifestations de l’intelligence, puisque la capacité d’abstraction, de conceptualisation, fait partie de l’intelligence, ou capacités cognitives.
Sans intelligence, on n’a pas accès aux concepts abstraits, à la notion de projection de temps, d’espace, etc. Il en faut de l’intelligence pour imaginer et concevoir.
Donc décorréler les deux est déjà une erreur.

Mais si l’on maintient que le QI n’est pas un bon représentant de la capacité de création de l’esprit, soit. Il existe d’autres tests qui s’emploie précisément à estimer cette capacité, et seulement celle-là.
Le Thematic Apperception Test (TAT – même si c’est un test projectif psychanalytique, et que le but est d’abord d’évaluer les projections et la structure psychique du sujet, il faut quand même inventer une histoire) et le test de la pensée divergente (ARP divergent thinking tests) , pour ne citer qu’eux (en même temps ce sont les seuls que je connaisse).

Il a été démontré que les personnes à haut QI (QI>130) avaient de meilleures performances que la moyenne à ces test « de créativité » aussi.
Donc, QI et créativité sont corrélés positivement (il faudrait que je retrouve les études que j’ai lues sur le sujet, pour bien faire).*
Donc pas la peine de nous dire que si Einstein était génial c’est parce qu’il avait de l’imagination, le lien de causalité n’est pas démontré mais par contre on peut dire que haut QI et haute créativité sont liés.
Donc oui, Einstein avait de l’imagination mais c’est probablement lié au fait qu’il était intelligent.

BIM.

Pour conclure

J’ai beau être énervée et mesquine (parce qu’énervée), je comprends l’idée sous-jacente à cet article.
La peur d’une discrimination par le QI, une donnée incontrôlable. Une énième injustice, qui se trouve un nouveau critère, celui de l’intelligence.
Plus précisément la peur du refus du droit d’essayer et de réussir.
Parce que c’est bien cela qui est exprimé dans la petite fiction du début de l’article : la peur d’une société où les efforts, le travail, ne donneraient pas le droit à l’essai. Où l’on priverait de toute perspective de réussite des gens sur un critère arbitraire.

C’est une crainte légitime.

Mais, très sincèrement, le temps me semble très lointain où ce sera le QI qui servira de critère de discrimination à l’avantage des personnes à HQI (quelque soit le seuil) dans notre société française.

Aujourd’hui, ce que j’entends des retours de personnes à HQI déclarées, c’est que c’est encore socialement très déprécié.
Parce que mal compris et mal connu, certes, mais le résultat est là.
Déclarer son HQI, c’est bien plus s’exposer à l’opprobre et au rejet, que se voir dérouler un tapis rouge sous les pieds.

Alors avant que l’état et l’enseignement supérieur se prennent d’un amour fou pour les Hauts QI et leur réservent des parcours universitaires entiers, il faudra d’abord que l’on cesse de voir le HQI comme un handicap ou une menace sociale.

Et manifestement, ce n’est pas encore le cas.

Sources :

*Smith, I. L. (1971). IQ, creativity, and achievement: Interaction and threshold. Multivariate Behavioral Research, 6(1), 51–62.

Sligh, A. C., Conners, F. A., & Roskos‐Ewoldsen, B. E. V. E. R. L. Y. (2005). Relation of creativity to fluid and crystallized intelligence. The Journal of Creative Behavior39(2), 123-136.

Cicirelli, V. G. (1965). Form of the relationship between creativity, IQ, and academic achievement. Journal of Educational Psychology56(6), 303.

8 réflexions sur “Et puis quoi encore…

  1. Ver1976 dit :

    C’est moi qui vous l’avait signalé sur Twitter (plus précisément : à LoHusk d’abord qui ensuite vous l’avait signalé)… au début je n’avais pas vu qu’il s’agissait d’un récit fictif.
    Je comprends votre agacement mais je me demande si ce n’était pas justement le but de son article que de provoquer et de faire parler de lui.
    En tout cas son attitude est ambigu. Au début sur Twitter il disait que c’était « pour amorcer des échanges sur cette potentielle problématique ».
    Vous avez ensuite « échangé » et il vous a répondu « Je ne veux aucunement prouver une théorie appuyée par des études scientifiques » (gné ?) mais « émettre une réflexion plutôt sociale autour d’un sujet qui m’a interpellé et fait réfléchir ces derniers jours »
    J’ai trouvé globalement le ton de ses réponses assez obséquieux. Je trouve aussi bizarre que quelqu’un qui dit défendre des valeurs morales n’ait pas cherché à contre-argumenter plus vigoureusement.
    Bref : c’est curieux. J’ai même pensé à un « troll » pendant un instant.

    Cordialement,
    NB : vous avez vu ? Je n’ai pas oublié de vous vouvoyer ! Alléluia !

    Aimé par 1 personne

    • Line dit :

      Merci beaucoup pour cet effort qui me touche Ver1976 ! Merci 🙂

      Oui le monsieur a voulu se faire mousser, c’est certain.
      Il y avait trop de n’importe quoi dans cette pseudo-réflexion, qui a été par ailleurs totalement encensée par bien des gens sur Twitter (Gnéé ? aussi) , pour que je ne me fende pas d’un de mes billets d’humeurs.
      Parce qu’à laisser des déclarations comme ça sans contre argument, elles finissent par devenir dans l’esprit des gens, des vérités.

      Et là, je fais une crise cardiaque.
      Et comme je tiens à vivre trèèèèèèèèèèèèèès longtemps, voilà.

      Encore merci Vers1976. ^^

      J’aime

        • Line dit :

          Bah…l’article ne me semble pas particulièrement problématique. Je veux dire, il ne dit pas que les hauts QI sont tous des nazis (encore heureux!) ^^’.
          Et il souligne que le QI ce n’est pas une évaluation des principes moraux des gens. Donc bon. Rien à signaler en somme.
          Cet article là ne m’énerve pas. Il devrait ? J’ai loupé quelque chose ?
          Je veux dire, on le sait que la très grande intelligence n’immunise pas contre « le mal ». Je le dis souvent, dans le tas des plus grand·es criminel·les, on doit bien trouver un·e ou deux surdoué·es.
          Mais pour faire du buzz, c’est vrai qu’il vaut mieux mettre dans le titre QI et Nazi, ça va plus vite. :p

          J’aime

            • Line dit :

              Ah très bien. ^^
              Je suis navrée, je suis lente à la comprenette cette semaine, je manque cruellement de sommeil et d’un rythme de vie diurne digne de ce nom…
              BREF !
              Comme je vous le disais, l’article en lui-même je le trouve tout à fait correct (pour peu que je sois légitime à juger de la qualité d’un article de journal, n’ayant aucune formation en journalisme moi-même ^^’).
              Aucune erreur sur le sujet du QI lui-même, et surtout (merci à ou aux auteur·es) aucune association infondée et délétère entre QI et trait de personnalité.
              Je serai presque preneuse de plus d’article contenant à la fois les mots « nazis » et « QI » s’ils étaient tout aussi correct et juste (dans le sens de contraire de faux) dans leurs propos ! :p

              Je constate juste avec tristesse qu’il semble y avoir partout et de tout temps, des gens pour craindre l’intelligence en elle-même alors que ce qui est a redouté c’est éventuellement l’usage qui en effet.
              Encore des raccourcis et des confusions qui ne servent personne. 😦

              J’aime

              • Ver1976 dit :

                En même temps je n’avais pas formulé de question (le truc qui finit par un point d’interrogation et dont j’ai juste oublié d’écrire la phrase). Donc c’est un peu normal que vous n’ayez pas compris (je manque aussi de sommeil… malheureusement…)
                J’adhère à 100% à votre avis (c’est juste que venant de Laurent Alexandre je suis souvent tenté de demander l’avis de personnes qui s’y connaissent vraiment en QI)

                Il y a un livre que je vous conseille quand vous aurez (si vous avez) un peu de temps : https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/essais/que-faire-des-cons
                Ne vous fiez pas au titre, le livre est vraiment intéressant, pas si drôle et assez ardu à lire (pour moi en tout cas, pour vous çà devrait aller). Notamment l’auteur propose une définition des « cons » et – surtout – il explique pourquoi et comment une personne intelligente peut devenir soi-même un « con ». (et j’assume : j’ai clairement eu des phases dans la vie où j’en étais un donc je peux vous faire un REX)
                Pas de « spoil » : je vous laisse découvrir.
                Bonne journée.

                Aimé par 1 personne

                • Line dit :

                  Merci pour la référence. ^^

                  Oh mais je suis parfaitement convaincue du fait qu’on est la « couille » (oui parce que « con » ça veut dire vagin en fait, et donc c’est une insulte sexiste. Donc j’ai décidé de contre-attaquer en substituant « couille » à con, et tous ses dérivés.) de quelqu’un.
                  Je suis, j’en suis persuadée, aux yeux d’une quantité considérable de gens, vraiment couillonne.
                  Mais je le vis plutôt bien. ^^

                  J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s