« Est-ce que tu crois aux enfants précoces toi ? »

C’est une question que j’ai eu de la part d’une jeune fille de 17 ans, en Terminale S qui s’apprête à faire sa rentrée 2019/2020 en PACES, ou autrement dit, première année de médecine.

J’en serais tombée de mon banc de vestiaire de danse classique si je n’y avais pas déjà été solidement affalée.


J’en aurais hurlé de désespoir.
Je me suis empressée de lui répondre qu’il n’y avait pas à y croire ou non, parce que les enfants précoces existent (non mais vraiment, j’ai l’impression de parler d’extraterrestres…) ; tout comme il n’y a pas à croire au « ciel » ( l’atmosphère) ou qu’il n’y a pas à croire aux étoiles (tiens cette métaphore est mieux ; on ne voit pas toutes les étoiles qui existent, et pas tout le temps, mais elles sont pourtant bien là).

J’étais dépitée.


Et cette jeune fille de me répondre qu’elle me pose la question parce que « il y a des gens qui n’y croient pas », et qu’elle y a été confrontée (à ce discours) fréquemment dans son parcours parce qu’elle a elle-même été identifiée comme surdouée étant enfant.
J’ai coupé court à toutes argumentations fallacieuses rapportées en disant que « ces gens qui n’y croient pas » n’y connaissent sans aucun doute rien du tout et que c’est pour cela « qu’ils n’y croient pas ».
J’ai ajouté qu’elle n’avait pas à douter de sa propre existence (ou alors juste pour la copie de son épreuve de bac de Philo), qu’elle existait bien, que les surdoué·es existaient bien, que c’était un fait avéré et démontré et que si elle en doutait elle en avait une juste sous le nez.
Et j’ai bien insisté sur le fait que « ces gens qui n’y croient pas » ne savaient visiblement pas de quoi ils parlaient.

Moi qui végétais un peu avec mon blog, en me disant que j’avais bien fait le tour du sujet du HPI, que j’avais abordé tout ce qui pouvait l’être (en restant strictement dans le sujet du HPI chez l’adulte) et que, de fait, je n’avais plus grand chose à écrire.
Me voilà repartie, convaincue que même quitte à me répéter et à écrire 3 articles sur le même sujet, il y a BESOIN d’informations sur le HPI en France.
Mais vraiment !

Parce qu’à vivre dans mon petit monde de spécialistes, ou simplement d’intéressé·es sur le sujet, j’en perds de vue la réalité du terrain. Et manifestement, la réalité c’est que dans la population générale (y compris avec un niveau socio-économique moyen à supérieur – oui parce que je ne suis pas naïve, la jeune fille qui fait de la danse classique et de l’équitation, qui est en Terminal S et qui va tenter médecine, il y a des chances que ses parents soient d’une classe socio-économique moyenne à supérieure), on en est encore à considérer le surdon intellectuel comme une licorne, le Big-foot, ou tout autre objet de croyance et non de science.

Au cas où certain·es se poseraient la question : OUI le surdon intellectuel existe.
Les enfants précoces existent, les adultes surdoué·es existent, le HPI existe, les QI supérieur à 2,5% de la population sur l’échelle de Wechsler existent.
Là, voilà.

Et si vous aviez encore quelques doutes…

Comme je ne suis pas totalement bornée, j’imagine d’où peuvent venir les doutes concernant l’existence du surdon intellectuel.
Je suppose que cela repose surtout sur une bonne grosse méconnaissance du sujet, un beau paquet d’à-priori et de clichés, et un petit peu aussi d’égo malmenés.

Tout cela donnerait qu’en fait il n’existe pas vraiment de gens plus intelligents que les autres.
Ce qui est quand même paradoxale comme croyance, quant on voit la fréquence et le nombres d’affirmations de la part de tout le monde, pour décréter que telle ou telle personne est stupide.
Il y aurait donc un nombre quasi incalculable de gens stupides, mais personne de plus intelligents…que les gens stupides.

Remarquez, cela expliquerait beaucoup de choses sur notre humanité… (Oh mon dieu, je me file des angoisses toutes seule)

J’imagine que derrière cette affirmation qu’il n’existe pas « vraiment » de gens plus intelligents que les autres, il y a une notion confuse d’intelligence et l’idée souvent associée que l’intelligence est directement corrélée à une certaine valeur morale associée à la personne.
Traduction : tu es plus intelligent·e que moi, tu « vaux » plus que moi.
(Raisonnement complètement fallacieux, au demeurant. De grand·es criminel·les étaient probablement des gens très intelligents, valaient-iels pour autant mieux – selon les critères moraux qui sont les nôtres aujourd’hui – que des gens non-criminels et peut-être moins brillant·es ?)
Alors débarrassons-nous de cette dimension morale ou de valeur humaine plus ou moins assumée et dissimulée derrière ce refus de reconnaître l’existence du surdon intellectuel.
Admettons pour la forme, qu’effectivement, il n’existe pas de gens « plus intelligents » que les autres. Que ce soit qualitativement et quantitativement. (Et vous comprenez que ce que n’est pas ce que je soutiens, ni ce qui est démontré par la recherche, mais juste un énoncé fictif pour le plaisir de la démonstration logique.)
Et bien même là il faudrait quand même admettre que les enfants précoces ou HPI, ou surdoué·es, existent. Quand même.
Pourquoi ?
Parce qu’une fois éliminer tous les critères cliniques qui ne font pas consensus pour la définition du HPI, il nous reste quand même un critère qui permet de créer la catégorie « HQI » : la valeur seuil de 130 de QIT sur l’échelle de Wechsler.
Une catégorie se créée avec un critère commun à chaque élément de la catégorie. Ici c’est le QIT > 130.
Mais même avec 125 comme seuil, il n’empêche que rien qu’avec ça, la catégorie « Enfants Précoces » ou « surdoué·es » existe.
Comme il existe la catégorie « QIT < 70 » ; celle « 70 < QIT < 130 ». Même si on se limite à la simple notion de catégorisation (arbitraire) à partir d’un critère commun, la catégorie des surdoué·es existe.
C’est tout.
Donc posez la question de leur existence c’est…. Et bien c’est ridicule, voilà. C’est comme de demander : « T’y crois toi, aux gens daltoniens ? »
Ils existent, c’est tout, il n’y a pas à y croire ou pas, c’est démontré par la science.
Les gens avec plus de 130 de QIT existent.
C’est tout.

 

Conclusion

On est pas sorti des ronces, c’est moi qui vous le dis.

11 réflexions sur “« Est-ce que tu crois aux enfants précoces toi ? »

  1. joxuss dit :

    Du coup je dois comprendre qu’on est en quelque sorte considérés comme des créatures mythiques par certains? x’)
    Du coup j’espère juste que les personnes qui lui ont dis que ça n’existait pas ne sont pas des adultes qui ont tendance à transmettre les idées, comme les professeurs ou toute forme d’autorité, parce que sinon là effectivement on est pas sortit des ronces!
    2 fois plus inquiétant si c’est des personnes proche de la classe dominante (comme on appelle ça en sociologie) qui commencent à penser ça…

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    • Line dit :

      Je ne sais pas. Je pencherais plutôt pour des paires, donc des jeunes gens de 17 ans. La génération Z a cela de différent que ses référents ne sont plus les gens de la génération d’avant, mais leurs paires (référence horizontale plutôt que verticale).

      Et je vois mal des parents dire à leur enfant (qui a fait toute sa scolarité primaire et une bonne part du secondaire identifiée par son école comme EIP) que ce qu’on lui dit qu’elle est et qui lui sert tous les jours, n’est pas vrai.

      Mais bon… Sait-on jamais !

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  2. Madeleine dit :

    Le summum c’est lorsqu’un psychologue, d’obédience psychanalytique certes ( mais ça c’est pas écrit sur sa plaque) refuse de vous tester ou tester votre enfant parce que le surdon n’est en fait qu’un surinvestissement intellectuel, symptôme d’un trouble grave ou d’une névrose, les personnes se faisant tester ou faisant tester leurs enfants, ayant de gros problèmes narcissiques (entre autres choses)…voilà voilà. Heureusement pour notre famille, après quelques errances, nous avons trouvé une psy cool et sympa, qui a compris notre besoin de savoir pour savoir et nous a testés. On sait ! On allait bien et on ne s’en porte que mieux. Dois-je préciser que cette psychologue est elle aussi surdouée 😊. Il y a un vrai besoin de professionnels compétents dans le domaine et un gros travail pédagogique à effectuer, ce que vous faites actuellement. Bonne continuation dans votre parcours professionnel et personnel.

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    • Line dit :

      Bonjour Madeleine,
      Je suis navrée pour votre mésaventure avec ce psy… Mais très heureuse d’apprendre que vous avez pu trouver une psychologue à votre écoute et celle de votre famille. Et surtout que vous soyez bien aujourd’hui.

      Merci beaucoup pour votre gentil commentaire sur mes efforts pour diffuser de l’information juste et accessible sur le HPI. 😊
      J’essaie de bien faire. 😊

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    • Θωμας dit :

      « Surinvestissement intellectuel »
      C’est une de ces expressions qui revient de plus en plus souvent. Je suis tombé récemment sur une poignée d’articles psychanalytiques avec ce genre de point de vue.
      Je trouve ça carrément inquiétant. À les entendre, être trop intelligent serait malsain…
      Ce n’est même plus « ils sont intelligents et ont quand même des problèmes », mais « ils sont intelligents et c’est un problème »

      En tout cas, merci Line pour cet article, comme d’habitude. En effet il y a encore un gouffre de compréhension chez beaucoup de gens. Le mythe le plus prévalent reste que les surdoués n’existent pas, en comparaison les (nombreux) autres stéréotypes existent à peine.

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  3. smych dit :

    Bonjour Line.
    Je découvre votre blog. Et du peu que j’en ai lu, je suis déjà conquis. Merci pour l’effort fourni. Je n’ai jamais été testé. J’espère le faire quand j’en aurai les moyens.
    Pour en revenir au sujet, la question est évidemment stupide comme vous l’avez précisé, puisque les tests sont standardisés pour qu’il y ait une partie haute qu’on appelera « surdoués ».

    Néanmoins , il peut être légitime de se demander si cette partie haute correspond à une réalité tangible, une différence de cognition. Et là, des arguments (de psy et de scientifiques) existent. Mais il faudrait ne pas être ignorant.

    Petit témoignage perso: quand j’étais gamin (7 ou 8 ans), j’ étais en avance et j’avais toujours d’excellentes notes à l’école, sans forcément faire grand chose.
    Remarque peut être importante: ça se passe au Togo.
    J’avais donc des gens, petits mais surtout des adultes, qui disaient : « tu es trop intelligent, tu es un génie ». Je calais toujours sur ce point.
    Je ne me trouvais pas particulièrement plus intelligent (je me disais juste que les autres n’avaient pas le bon angle de vue), du coup, je déclarais souvent, n’ayant jamais rien vu, ni lu sur le sujet (à part leur définition dans le dico-que je m’amusais à lire avec ma sœur) : les génies (des êtres aux capacités hors-normes) n’existent pas, sauf peut être dans les livres.
    Des années plus tard (années collège) , c’est en découvrant des histoires d’enfants prodiges que j’ai revisité mon jugement, admettant qu’il existe une catégorie de personnes à l’intellect sur développé, mais dont je ne faisais évidemment pas partie. Ça ne me bottait pas plus que ça. Je me sentais juste moins ignorant.
    Néanmoins, avec toutes mes lectures durant ces deux dernières années, j’avais encore plus pris conscience de l’étendue de mon ignorance, en apprenant que ces personnes n’étaient pas toujours ce que je pensais (et que l’imaginaire collectif pense d’eux ), à savoir:
    -réussit brillamment tout ce qu’il fait (bon, là ça me correspond un peu sans que je ne sois un prodige), même si je voyais le génie comme exceptionnellement brilliant.
    -….
    Bon, en fait, je suis dans le cliché typique du surdoué dans les films (matheux, littéraire, binocleux, tête en l’air, timide, « not aware » des conventions sociales),
    Mais j’ai appris que le surdoué, c’était plus que ça. C’est plutôt par une manière de fonctionner, de réfléchir.
    Finalement, je m’accorde le droit de commencer à penser que je suis peut-être un surdoué, que ma difficulté à me connecter avec les autres vient peut-être d’un décalage de pensées. Je soupçonne la plupart de mes amis avec qui je me sens enfin moi (je peux laisser libre cours à mes réflexions avec eux) d’en être aussi (nous avons en commun une bourse d’excellence nationale, dont la sélection est particulièrement difficile (1 pour 1000 environ quand je fais les calculs). )
    Enfin, je suis assez prudent (j’arrive pas à me débarrasser des doutes) et attendrai le passage du test pour tirer les conclusions finales.
    Merci de m’avoir lu.

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    • Line dit :

      Bonjoyr Smych,
      Merci pour votre passage et votre commentaire. 😊 Heureuse que ce que vous avez lu du blog vous plaise.

      Je vous souhaite encore beaucoup de belles découvertes et d’épanouissements dans votre quête qui vous mène vers vous-même.
      ☺️

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  4. Liliwed dit :

    Merci pour ce post !
    Je suis forcée de mettre la 1e réaction de ma mère après mon dépistage a 35 ans passé : « comme quoi t’avais vraiment un poil dans la main ! Puis (magistral), tu tiens vraiment pas ça de moi ! ». Bref pour le surinvestissement on repassera. Pourtant il me semble que j’existe bien, et ce résultat aussi 😅. Bref c’est plaisant d’être une licorne, mais mieux encore et surtout d’avoir des gens qui plaident pour une juste information, si ça peut éviter des trajectoires un peu accidentées. A ce titre, merci Line ! Y’a en effet du boulot, tout n’a pas été dit ni fait, loin de là et ton/vos études sont loin d’être vaines !

    Aimé par 1 personne

    • Line dit :

      Merci beaucoup. 🙂 J’essaie d’apporter ma contribution, pour que les chemins des un·es et des autres soient moins accidentés, comme vous le dites très joliment. ^^

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  5. Athalset dit :

    Salut salut ! ^^
    Je suis vivant 😛
    J’ai disparu dans une faille de l’espace-temps appelée « classe préparatoire », ce qui me fait penser que je vais pouvoir faire un addendum sur mon commentaire sur le billet qui parle de droit à l’échec ou devoir de réussite (faut que je le retrouve mais je suis sûr qu’il existe) 😅, y a pas mal à dire et si jamais ça peut servir à quelqu’un, ne serait-ce qu’une personne, il aura servi à quelque chose ! 😀
    Du coup je n’ai pas trouvé le temps ni l’énergie de venir après les cours mais maintenant j’ai rattrapé mon retard ^^
    Et puis outre la fatigue, j’ai rarement fréquenté autant de personnes aussi brillantes, j’avais tellement l’impression d’être à ma place que j’avais presque oublié la sensation de décalage, de différence ressentie habituellement avec les autres 🤔. Bref, en ajoutant cette partie juste avant de publier mon message j’ai encore divagué :’)
    Revenons au billet !
    D’un côté je suis à la fois surpris et à la fois pas tant que ça. 🤔
    Avant d’arriver ici (et comme la majorité des personnes) pour moi un surdoué c’était Einstein, Beethoven, Feynman, Tesla, etc…
    D’ailleurs c’est drôle le fait que l’on ait tendance à affecter un jugement moral à l’intelligence parce que Nikola Tesla par exemple, malgré un génie immense, était tellement misogyne que les « femmes modernes » (aka les femmes de son époque qui commençaient à réclamer des droits) le dégoûté et l’a fait renoncer au mariage (je crois même qu’il y a une histoire de « relation amoureuse » avec un pigeon ou une colombe mais impossible de remettre la main dessus ).
    Y a VRAIMENT besoin d’éducation sur le HPI, ou plus généralement un travail sur l’assimilation des différences chez les autres. Je suis entrain d’écouter un podcast (ou plutôt ses replays, ça s’appelle « Sur les épaules de Darwin » si jamais ça intéresse quelqu’un) et il y avait notamment des « épisodes » sur l’oeuvre de Oliver Sacks où celui-ci s’intéresse aux différences entre les mondes intérieurs des autres, notamment pour ceux ayant certaines particularités. Ça n’a absolument aucun rapport avec le HPI mais on peut y ressentir comme écho puisque le HPI est, en quelque sorte, une des ces particularités. Comment j’en suis arrivé là moi ? 🤔
    Bref, les gens veulent préserver leurs ego, dire de quelqu’un qu’il est stupide c’est presque normal par contre admettre que certains sont plus intelligents que nous, ça fait mal donc on le refuse et on le noie sous les clichés du surdoué (je crois que je viens de retrouver le fil du début). Alors que les licornes existent ! Euh… Les surdoués… pas les licornes, enfin si mais elles sont éteintes et ressemblaient à des rhinocéros, et on ressemble pas à des rhinocéros.
    Ps: Je crois qu’il y a plus de digressions dans ce commentaire que d’éléments de réponses au billet ahah

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