La différence entre étude de cas et caractéristiques d’une population

Ce matin, en attendant que l’averse passe pour aller m’adonner à ma petite routine pseudo-sportive du lundi matin, je parcours sans plus de concentration que cela le fil du réseau social en F.
Grand bien m’en a prise, car je suis tombée sur cette petite merveille :

Un article de recherche sur la réussite scolaire et professionnelle des personnes HPI

https://www.researchgate.net/publication/326106641_Reussite_scolaire_et_professionnelle_des_personnes_a_haut_potentiel_intellectuel

Il est signé Nicolas Gauvrit et Ava Guez (j’aurais bien citée la dame en premier, mais les convention de rédaction des articles scientifiques donne un sens précis à la place de chacun des auteurs dans leur énumération. En somme la première personne citée est la responsable de recherche, les autres, son équipe).

En plus de tordre une bonne fois pour toute le coup à l’idée fausse que le HPI condamne les personnes concernées à un échec tant scolaire que professionnel,
il a le grand mérite de bien faire la différence entre des témoignages ou des cas précis, et une caractéristique applicable à toute une population.
En résumé, vous trouverez dans cet article ce que je ne cesse de vous répéter à longueur de billets sur ce blog, à savoir que le relevé de témoignages ou de cas cliniques (comprendre histoire personnelle qui arrive chez le psy) ne constitue pas une base nécessaire pour affirmer que toute la population auquelle ces cas appartiennent partagent les mêmes caractéristiques.
Exemple : vous trouvez, chaque année là où vous partez en vacances, un trèfles à quatre feuilles. Vous ne pouvez pas, simplement parce que vous en avez trouvé plusieurs et ce sur plusieurs années et dans plusieurs endroits, affirmer à partir de cela que TOUS les trèfles ont quatre feuilles.
Et bien il en va de même pour les trèfles et le HPI. ET en fait pour absolument tout dans la vie.
En science, pour pouvoir affirmer une généralité, il faut avoir réaliser des études, notamment statistiques, et franchement fastidieuses au niveau des recherches bibliographiques, pour pouvoir trouver un éventuel lien de corrélation entre les données, le prouver, l’éprouver et ensuite seulement on peut l’affirmer.
Tout ceci pour vous dire et répéter : ne prenez pas tout ce que vous lisez sur le HPI comme vérité, simplement parce qu’un•e psy vous dit qu’il a déjà vu des cas comme ça dans son cabinet.
Cela ne suffit pas !
Demandez des preuves.

14 réflexions sur “La différence entre étude de cas et caractéristiques d’une population

  1. Athalset dit :

    Clairement le problème c’est que, pour la majorité des études, c’est plus simple d’aller chez des psy demander à parler avec les HPI qui consultent (et qui ne viennent probablement pas parce que leur vie est parfaite et qu’ils meurent d’envie de la raconter à quelqu’un de plus) que de demander à des groupes représentatifs de la population de passer un test de QI financé par les chercheurs puis d’aller parler avec les quelques 2% de personnes ayant un résultat positif (à la question HP ou non, parce qu’un QI négatif c’est compliqué quand même :’P).

    Biais de sélection -> Résultats incohérents -> articles de presse déformants encore plus la réalité :/

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  2. Gaëlle dit :

    Juste un commentaire sur le titre : une étude de cas n’a pas réellement les caractéristiques sous-entendues par le titre, en ce sens qu’elle serait une étude des caractéristiques de certains cas, rencontrés en cabinet, comme une étude à toute petite échelle en somme.
    Une étude de cas, dans son sens scientifique clinique, n’est pas une étude qui cherche à identifier certaines caractéristiques de quelques cas. Une étude de cas est une étude qui cherche à répondre aux questions « comment? » et « pourquoi? », sur un phénomène ou un cas précis. Un patient arrive avec une maladie rare dans une équipe, l’étude de cas, si elle est écrite, visera à décrire d’où vient la maladie rare (génétique? exposition?), ou à décrire la prise en charge de ce patient et les résultats des traitements.
    Pour ce qui nous concerne ici, le biais vient de ce que les différentes hypothèses sont tirées de populations différentes. N Gauvrit tire son analyse d’études très larges, lorsque les cliniciens tirent leur analyse de l’étude de leur patientèle. Je serais plutôt tentée de réconcilier les deux opinions : en soi le qi, tel qu’il est mesuré aujourd’hui, ne peut pas être inversement corrélé à la réussite scolaire, tant il est logico-mathématique, tant les capacités mesurées dans ce test sont mises en jeu durant la scolarité. Dire que les hauts potentiels seraient plus largement exposés à l’échec scolaire du fait de leur haut potentiel ne me paraît pas plausible scientifiquement. Néanmoins, dire que le haut potentiel est une pilule indolore en toute circonstance me paraît tout autant péremptoire et infondé. Plutôt que de participer à ces querelles de clochers, chacun pourrait tenter d’apporter des pierres à l’édifice. En particulier les cliniciens devraient justement décrire les cas qu’ils voient et les analyser de façon rigoureuse (de vraies analyse de cas justement) pour que l’on puisse en faire une épidémiologie: si le hpi n’est pas une cause de troubles psychopathologiques, peut-être que le hpi accompagne certaines manifestations typiques qu’il conviendrait d’accompagner spécifiquement… Vaste débat en tout cas!

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    • Line dit :

      Merci pour ces informations intéressantes Gaëlle.
      A mon tour de préciser que j’entendais « études de cas » dans le sens de l’exercice en études de psychologie (du moins celles que je suis) qui consiste à relever la symptomatologie d’un cas clinique, c’est à dire d’une description d’un entretien psychologique d’un•e patient•e. Plusieurs entretiens de plusieurs patient•es different•es (un entretien par patient•e) représentant donc des études de cas.
      (Un•e patient•e = un cas, sans aucune connotation negative, c’est un synonyme d’exemplaire si l’on préfère).

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  3. Mona Dahl dit :

    Oui! Nicolas Gauvrit! J’étais tombée sur une présentation sur Youtube qu’il faisait : « Le surdoué ordinaire », que j’avais trouvée très intéressante.

    Mais puisqu’on est dans les statistiques, je me demandais un truc : si le HPI est indépendant des troubles psy et/ou scolaires, voire en protègent dans une petite mesure, et si l’on admet que toutes les personnes qui ont besoin d’un suivi psychologique iront voir un psy, on peut s’attendre à ce qu’un psychologue, durant sa carrière, soit confronté à un pourcentage équivalent, voire moindre, de HPI que les 2% de la population générale. Donc disons qu’un psy non-spécialiste (donc non soumis à un biais de sélection) assiste 400 patients dans sa carrière (40 ans de carrière, à raison de 40 patients hebdomadaires faisant chacun une psychothérapie de 4 ans en moyenne – je prends les chiffres tels que je les conçois, mais je n’ai pas du tout de référence sur la carrière d’un psy), il ne devrait trouver parmi eux que 8 HP, en moyenne (bon, vu les chiffres, la p valeur doit pas être folichonne, et je ne connais plus mes stats, donc on va dire, à la louche, à +/- 4 ou 5)… Disons 13 maximum. Mais j’ai l’impression que chez certain, ce chiffre est surévalué, alors même qu’ils ne sont pas reconnus comme spécialistes, et que donc, il ne devrait pas y avoir de biais de sélection…

    Un psy qui, dans sa carrière (avec les modalités précisées), et sans être spécialiste, détecte plus de 20 surdoués n’a-t-il pas des chances d’avoir un nombre significatif de faux positifs? Ou alors la portion de HPI compte plus de 2% de la population?

    D’ailleurs, le QI est de moins en moins déterminant pour évaluer cette « spécificité neurologique, cognitive et émotionnelle », et appartenir aux 2% ayant le mieux réussi les tests n’est plus, je crois, un critère entier et suffisant… Du coup, quelle est la proportion réelle de personnes partageant cette spécificité?

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    • Line dit :

      Bonjour Mona,

      Votre question dépend des convictions des psychologues rencontrées.
      D’un point de vue purement scientifique et méthodologique, le fait de mieux performer aux test de QI est le seul et unique critère vérifiable et reproductible pour détecter le HPI.
      Tous les autres critères ne sont que des observations empiriques dont l’application absolue à toute la population des HPI n’a pas été vérifiée statistiquement parlant.

      Donc, pour ce qui est des statistiques, la population de HPI, en rapport avec le seul critère du QI (seul critère objectif et vérifié) ne dépasse pas les 2,5% de la population générale.

      Enfin, pour parler du nombre de patient•es HPI qu’un psy peut rencontrer, cela est difficile à expliquer.
      Sachant qu’on trouve certes son ou sa psy par hasard, on la trouve aussi souvent par bouche à oreille. Donc par un réseau. Ce réseau est souvent constitué de proches, ami•es ou famille . Les un•es comme les autres peuvent partager les mêmes caractéristiques. Donc un•e ami•e HPI enverra souvent un autre ami ou membre de sa famille HPI ou qu’il soupçonne HPI vers son propre psy en qui il/elle a confiance.
      Et ainsi de suite.
      Ensuite, on ne va pas forcément voir un•e psy sur le long terme. On peut faire ce que l’on appelle des entretiens de soutiens, qui ne s’inscrivent pas forcément dans une longue durée, et qui sont pris selon les besoins, de façon ponctuelles.
      Comme par exemple, pour aller passer des tests. Si dans l’idéal (de mon point de vue) une passation de test s’accompagne bien de quelques entretiens post-tests pour accompagner l’intégration de cette nouvelle donnée, on peut très bien ne voir un•e psy que le temps de passation et de restitution des résultats. Ce qui multiplie le nombre de patient•es vu•es, et donc les chances de croiser des personnes HPI.

      Sans compter que certain•es psy ont des critères de détection du HPI bien plus larges que ce que les strictes critères objectifs et vérifiables connus aujourd’hui. Ce qui fait que pour certain•es psy, il est plus facile de trouver des HPI. :p

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  4. Mona Dahl dit :

    Merci d’avoir répondu!

    Mais du coup, il y a vraiment un truc qui m’embête : la frontière. J’aimerais bien croire qu’il y a un indice absolu qui permette de détecter le HPI, mais j’ai du mal à croire que c’est d’avoir plus de 130 au test. Parce qu’on parle quand même d’un fonctionnement différent, voire très différent! Si on admet que vous n’avez que peu de différences, au niveau cognitif, avec quelqu’un au QI de 146, quelle différence peut-on réellement définir entre quelqu’un qui aurait 128 et quelqu’un qui aurait 132? J’ai du mal à me dire qu’à 132 de QI, on a un fonctionnement réellement différent de son voisin ayant eu un score de 128. Pourtant, et même si l’on dit que le résultat n’est qu’une approximation, selon le critère du QI, l’un sera défini comme HPI, et pas l’autre… Alors que si ça se trouve, celui à 128 a un fonctionnement qui reflète plus un HPI que celui à 132!

    Les psy qui m’ont testée (que j’ai revus récemment) étaient effectivement plus du genre à ne pas trop se reposer sur le résultat du test pour diagnostiquer leurs patients. Ils m’ont expliqué qu’on pouvait très bien faire une excellente performance au test (genre 140), et ne pas être HPI, ou ne faire qu’une performance moyenne, et l’être. Qu’il fallait davantage évaluer le fonctionnement. Ca me parait juste dans la mesure où le test est loin d’évaluer toutes les compétences liées au HPI, mais en même temps, jusqu’où peut-on raisonnablement descendre dans l’échelle de Weschler pour trouver des HPI? Il ne s’agirait pas de dire qu’une personne à 80 a un fonctionnement HPI…

    En fait, c’est à se demander (enfin, moi je me le demande :p) si dans l’échelle de QI, il n’existe pas une zone sûre de HPI, une zone floue, et une zone sûre de non-HPI. Un peu comme il y a une zone sûre d’IMC où les risques sur la santé sont caractérisés (l’obésité), pas forcément caractérisés (le surpoids), ou significativement peu caractérisés (le poids de santé). (Et je fais encore une analogie bizarre, mais c’est une vidéo d’un médecin vulgarisateur qui m’inspire… 🙂 ). Mais quoiqu’il en soit, 130 me paraît quand même assez… abrupt.

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    • Line dit :

      Ah ça…
      Il y a beaucoup de praticien•nes pour remettre en cause le seuil de 130 de QI pour le HPI, sous couvert de critiques de l’outil que sont les tests psychométriques de Wechsler.
      A mon sens, cela repose sur deux biais trop répandus à mon goût : une maîtrise et connaissance pas assez aboutie de l’outil psychométrique en question et de son usage, et une mauvaise connaissance du sujet du HPI. Je ne dis pas que les psys que vous avez vus sont incompétent•es, attention. Ils et elles sont professionnel•les diplômé•es et pas moi, aussi leur parole reste plus crédible que la mienne sur le sujet.
      Néanmoins, sur le peu que l’on sache du HPI, les capacités cognitives supérieures à la moyenne est un critère indispensable à la chose. Non suffisant, mais nécessaire.
      Pourquoi 130 ? Coïncidence avec la jolie répartition gaussienne centrée à 100 ? Ou choix arbitraire pour séléctionner les 5% de la population au-dessus et en dessous de la courbe qui représentent des exceptions statistique ? Je ne sais pas.
      Mais le fait est que l’intelligence n’est pas donnée à part égale par la nature et qu’il y a des gens plus intelligents que d’autres, c’est ainsi.

      Quand au fonctionnement différent, plus j’en apprends sur les mécanismes de la pensée (cognitition, psychologie cognitive) et sur son support biologique (neuropsychologie cognitive) plus je considère que ce fonctionnement différent est un mythe, qui se nourrit de nos constructions sociales. Tiens je vais en faire un article !
      Donc je m’expliquerais plus avant dans cet article si vous le voulez bien. 😉

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  5. Mona Dahl dit :

    OK, j’ai compris.

    De loin, HPI se lit presque comme « hippie ». D’où un signifiant qui induit l’inconscient des gens en erreur, parce qu’un hippie, dans l’imaginaire collectif, c’est gentil, pacifiste et hypersensible.

    Si l’acronyme avait été celui de « Spécimen Surdoué », on aurait une autre réputation, moi je vous le dis!

    *Oui, je sors… X)*

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