Pourquoi se dire ?

J’ai parcouru dernièrement un article de Zeb Léon sur le pourquoi de son anonymat sur internet.

Ce qui m’a frappée plus particulièrement est la dernière partie de son billet, où il aborde l’impact possible d’un non-anonymat sur sa vie professionnelle.

En voici la citation, mais comme pour toutes les citations, je vous invite à la replacer dans son contexte en allant consulter l’intégralité de l’article ici.

« Je suis anonyme aux yeux des recruteurs

Mon côté zèbre m’amène à changer de temps en temps d’emploi que ce soit par lassitude où par le fait de ne pas être rentré assez dans le moule de la société.

Je n’ai pas trop envie que les recruteurs lorsqu’ils se renseignent sur moi lors d’une recherche web tombent sur mon blog.
Je ne suis pas sûr que d’afficher publiquement à mes futurs employeurs que je suis un zèbre et que parfois, je peux avoir des idées un peu différente des leurs soit une bonne chose pour ma carrière. Donc moins ils en savent ce niveau-là mieux ce sera pour mes futures recherches d’emploi (suis en plein dedans justement) »

 – Zeb Léon, « Etre un blogueur anonyme sur internet »

Une remarque légitime

Penser que son profil atypique ne sera pas bien reçu par un•e éventuel•le futur•e employeur ou employeuse est une réaction parfaitement légitime et très commune.

Elle repose sur une vérité que l’on ne peut nier : un profil atypique dans la vie professionnelle est trop souvent pénalisant.
Les projections et préjugés sur les surdoué•e•s jouent rarement en notre faveur.
Il existe, heureusement, des exceptions, mais elles sont, par définition, exceptionnelles. Il est donc légitime de préférer ne pas être identifié•e comme surdoué•e à son travail.

Le risque

Dire que l’on est HPI, dans la vie professionnelle, c’est s’exposer au risque de se voir refuser le poste.
Les raisons derrières ce refus sont diverses : jalousie, peur, préjugés.
Mais le résultat est le même : pas de travail ou pas d’évolution ou mise au placard. (Grosso modo. Et évidemment, il y a pléthore d’autres raisons qui peuvent aboutir aux mêmes résultats, mais ici je m’intéresse au fait de dire sa nature de HPI)

Le risque est donc réellement conséquent.

La décision de se taire est de fait parfaitement compréhensible et inattaquable.
Risquer sa carrière, en somme, n’est pas une décision que l’on prend à la légère.

Alors, pourquoi le dire ?

Face à ces réelles complications possibles, pourquoi choisir d’être transparente quant à ma nature de HPI ?

Parce que ces discriminations sont injustes, intolérables pour moi.
Parce que je ne suis pas toute seule, parce qu’il ne s’agit pas que de moi.
Pour que les choses changent.

Parce que si un jour je veux pouvoir vivre dans une société où toutes les personnes HPI n’auront plus à craindre des discriminations dans leur vie professionnelle (et personnelle) à cause de leur nature de HPI, je me dois de commencer à la construire en commençant par moi.

Bien sur, je sais que je prends des risques.
Mais je crois que c’est par l’exemple, en montrant que les choses sont possibles, que d’autres l’ont fait, que l’on change les choses.
Petit à petit.

Je n’ai pas l’ambition d’être une héroïne du HPI, et je ne me considère pas du tout comme telle, heureusement !
Mais je crois profondément en la force de l’exemple.

Vous savez, ces personnes de votre entourage proche ou moins proche, que vous admirez et qui vous inspirent dans votre vie, mais qui sont pourtant « seulement » votre professeur•e, votre médecin, votre voisin•e, ou la/le bénévole de telle ou telle association ? Elles sont des exemples, des sources d’inspiration, des preuves que ce qu’elles accomplissent peut être accompli, et leurs simples existences vous motivent dans vos accomplissements.

C’est en ces exemples que j’ai foi, et c’est un de ces exemples que j’essaie d’être, à ma toute petite et modeste échelle, pour le HPI.

Un exemple, pas une référence, attention.
Juste un exemple parmi tous les possibles.

Mais qui existe. Et dont tout le mérite est justement là : exister.

Pour tou•te•s les autres, avec et après moi

Si, évidemment, je le fais pour moi en premier lieu, je le fais aussi pour les autres.
Pour toutes ces autres personnes qui se disent qu’elles aimeraient bien ne pas se taire, mais qui n’osent pas. Pour toutes celles qui auraient besoin de voir que d’autres le font pour pouvoir oser le faire et s’épanouir ainsi.

Pour qu’à force d’exemple, le HPI ne soit plus une source de discrimination ou de honte pour personne.

En fait, j’ai juste envie d’être une de ces milliards de gouttes d’eau qui formeront un jour la société-océan dans laquelle le HPI ne sera plus un sujet de discriminations, de honte ou de souffrance pour personne.

Note : Vous avez là ce qui motive ma démarche de non-anonymat.
Mais ma démarche n’est en rien une accusation ou un reproche envers celles et ceux qui en ont une autre.

Personne n’est tenu à quoi que ce soit.
Ce n’est pas parce que moi, j’ai à cœur de travailler à faire tomber les discriminations sur le HPI que j’estime que tout le monde devrait le faire ou que c’est mal de ne pas le faire.
Ou le faire exactement de la même façon que moi.

Bien sur que non.

Note 2 : Pour celles et ceux que la question du HPI au travail interesse, je vous invite à lire les articles de Matthieu Lassagne, sur son site https://www.coaching-et-douance.com/

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13 réflexions sur “Pourquoi se dire ?

  1. GILLES dit :

    Bonjour Line,
    Félicitation pour ton combat et ton courage … A noter que certains employeurs peuvent être HPI quid donc de le dire ou ne pas le dire ??? De mon côté rien est tranché (l’acceptation est nécessaire avant tout) … Mon tempérament m’emmènerait naturellement vers « le dire » tant je suis prêt à assumer ce que je suis … Cependant l’égalitarisme de notre société française, prête à croire que l’acceptation n’est pas pour demain vu le sens dans lequel sont présentés les HPI, surdoués, sur-efficiences etc. L’important est de trouver le bonheur dans et avec ce que nous sommes, dire ou ne pas dire, reste donc bien personnel comme tu le dis si bien … Le fait de devoir se poser la question est à mon sens le vrai problème !!! Le sujet serait long et passionnant amenant une multitude de questions d’ordre sociétale qui ont créé cette situation aporétique … Merci Line 🙂

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    • Line dit :

      Je suis d’accord, l’important demeure toujours le bien-être et le bonheur de l’individu.
      Et oui, je te rejoins, c’est bien le fait même de devoir se poser la question de se dire ou pas qui est problématique…
      Mais cela m’amènerait à traiter des sujets qui dépassent le cadre de ce blog, aussi passionnants soient-ils. Et aussi impliquée que je puisse être dans diverses luttes contre diverses discriminations.

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  2. Zeb Leon dit :

    Hello
    Apres l’effet de surprise d’avoir été une source d’inspiration, je constate que tu cernes parfaitement ce que je disais à peine en toute fin d’article (je me réservais pour une suite 😀 ) à propos de la douance et l’employeur, ou les recruteurs
    j’ai toujours été convaincu que le cacher étais la meilleure façon de faire, quitte a trouver de l’argumentation dans d’autres répertoires en cas de soucis, et dieu sait si j’en ai eu parfois

    Un grand bravo pour ton article, et merci pour les citations 😉

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    • Line dit :

      Comme tu l’as lu, je n’ai pas opté pour la dissimulation, mais je sais que parfois (trop souvent à mon goût) cela constitue la solution la plus sûre.

      Néanmoins, chaque situation est différente, et je suis de celles et ceux qui encourageraient les gens à tenter leur chance, après avoir bien pris la mesure des choses et bien cerner leur situation.

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      • Zeb Leon dit :

        Comme je disais, c’est a chacun de voir ce qui lui convient

        Apres, je ne suis pas anonyme pour tous le monde, mais très rares sont ceux qui savent qui se cache derrière Zébléon
        Dans mes amis proches, quelques uns savent que je suis HP, mais pas tous

        Reste l’épineux problème de l’employeur, j’estime que tant que je ne le connais pas plus que ce que je peux en voir lors d’un entretient d’embauche, je ne trouve pas judicieux de l’en informer a ce stade, il me sera toujours loisible de l’en informer par la suite

        J’ai quand même fait un « test » la semaine dernière avec une recruteuse. C’était aussi une manière de me sortir d’une question difficile ou j’ai annoncé que j’étais HP et c’est finalement tres bien passé, elle y a même fait allusion avec un  » avec votre manière de penser » par la suite, mais de la a dire que ce sera le cas de tous ….
        Le risque est il a prendre dans une époque ou il est déjà si dur de décrocher un job ?

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  3. Aldor dit :

    Ah ! Line, vos articles posent toujours des questions intéressantes. En l’occurrence, le problème n’est pas seulement dire ou cacher (et vous avez compris que je parle du dehors ; je ne suis, à ma connaissance, ni zèbre, ni HPI, ni quoi que ce soit de ce genre, et déjà trop à faire avec ma normalité) mais plutôt : en le disant, on ne fait pas que dire quelque chose comme une autre. On signifie que ce critère est à nos yeux quelque chose de fondamental

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  4. Aldor dit :

    … faut-il plus parler de son hpisme que de la couleur de ses cheveux ou de son groupe sanguin ? Peut-être que oui. Peut-être que non. En tous les cas, en le faisant, on fait de cette chose la quelque chose de fondamental alors que, quelles que soient les spécificités de ma chose, ça n’est peut être pas si fondamental par rapport à plein d’autres choses : les qualités morales, la rigueur, la persévérance, que sais-je.

    Bonne soirée, Line.

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    • Line dit :

      Bonsoir Aldor,

      C’est une remarque qui vient souvent de l’extérieur en effet. Pourquoi parler d’une chose que l’on souhaiterait banaliser ? Parce que banaliser n’est pas ignorer et que, contrairement à la couleur des yeux, la nature HPI peut avoir des conséquences dans nos performances et interactions avec notre environnement.
      Comme la tétrachromie. En soi il ne parait pas utile de dire que l’on dispose d’un type supplémentaire de cellules réceptrices de la couleur par rapport à la majorité du genre humain.
      Mais le savoir permet d’en tirer le plein potentiel, et de ne pas se méprendre sur le sens d’événements particuliers, si par exemple la personne tétrachromique maintient mordicus que deux rouges qui nous semblent identiques sont différents. Il se trouve que sa physiologie lui permet de percevoir une différence que le reste de l’humanité ne perçoit pas.
      La savoir tetrachromique permet alors de lui épargner le jugement d’éventuelle folie, hallucinations ou mauvaise volonté.

      Même si l’on fait des parallèles entre HPI est phénotypes des yeux ou des cheveux, le HPI a des conséquences neurologiques, sensorielles et psychiques que la couleur des yeux ou des cheveux n’ont pas.

      L’enjeu de la société comme du monde du travail étant de vivre ensemble, de communiquer et de coopérer, il est nécessaire de se comprendre pour ce faire.
      Or donner l’indication du HPI est une façon de se comprendre mieux, plus justement et donc de pouvoir être et faire ensemble mieux.

      Mais la question n’est pas, à mon sens de l’intérêt de le dire ou pas, mais bien les conséquences de cette déclaration. Est-ce acceptable d’être discriminé•e pour une condition de naissance ?
      Est-ce normal que de d’en parler nous expose à des discriminations ? Est-ce normal que l’on nous demande s’il est pertinent de faire part de notre fonctionnement particulier ?

      Pourquoi serait-ce moins pertinent que de dire que l’on est plutôt un leader ou un soutien ? Que l’on est plus efficace dans tel ou tel domaine ?

      La question de la pertinence de l’information,sera d’actualité quand cette information sera audible au même titre qu’une autre.
      Tant que de la discrimination, du rejet ou de la violence seront les réponses majoritaires à la découverte du caractère HPI d’un•e collègue ou employé•e, il ne sera question,que de libérer la parole sur le sujet.

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    • GILLES dit :

      Bonjour Aldor,
      Il m’est difficile de vous expliquer les tenants précis de ma réflexion tant l’emploi du suffixe -isme- me dérange pour les personnes HPI …. Peut-être un simple emploi pour facilité la communication sur le thème de votre part ?
      Ce thème est pour moi délicat, précieux, fragile car il revêt des valeurs intrinsèques, il ne s’agit pas de courants de pensées artistiques ou politiques.
      Vous pouvez échanger vos idées sur le cubisme, le marxisme, le libéralisme, être en accord, ou en désaccord, changer d’avis, pourquoi pas ? La souffrance ne sera pas insurmontable, du aux désaccords ou au changement d’opinions.
      Le sujet HPI lorsqu’il vous concerne revêt un mode de fonctionnement particulier, très particulier … Il ne peut être traité comme un sujet de la vie courante … Comme la GPA, le domaine est d’une extrême sensibilité … l’humain est le centre de ce sujet et toute la complexité qui l’accompagne …
      Vous dites :
      « En tous les cas, en le faisant, on fait de cette chose la quelque chose de fondamental alors que, quelles que soient les spécificités de ma chose, ça n’est peut être pas si fondamental par rapport à plein d’autres choses »
      Oui fondamentale, bien sur extrêmement fondamentale parce-qu’il y a de l’humain dans son expression la plus profonde, dans une intensité insondable … Profondeur insondable, immensité stellaire …
      « les qualités morales, la rigueur, la persévérance, que sais-je. »
      Ces mots ont ils un sens aujourd’hui ??? Ne trouvez-vous pas qu’ils vous enferment dans un cadre et répondent à des codes sociaux … Plus ou moins moraux … Complexe justement pour un HPI cet enfermement … Impossible … Impensable … Tel le colibri dans une cage … 🙂
      Prenons « Qualité morales » La morales est elle de qualité, parfois la morale peut-être immorale …
      Je m’écarte du sujet désolé mais nous pourrions échanger sur bien des sujets celui des HPI est au combien délicat et ne peut en aucun cas être comparé à d’autres …
      Vous auriez pu citer : passion, amour, sens, réflexion, exigence, intransigeance,
      densité, intensité, complexité, urgence existentielle, survie, souffrance, douleur, plaisir, énergie, lévitation, hyperesthésie … le silence !!!! Sont des sujets ou le curseur se déplace plus rapidement et plus intensément chez les HPI … L’échelle est plus grande … à son insu bien sur.
      … Ce sujet est fondamentale et devrait le devenir davantage … Le Canada l’a bien compris … La France traîne encore les pieds … Pourquoi ? Doit on y voir cet égalitarisme ?

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  5. pfrauman dit :

    Article très intéressant. Bravo pour ta prise de position. En espérant que ça fonctionne 🙂
    Avant de savoir ce que signifiait HP (à part la sauce favorite dans les pays nordiques), j’avais déjà écrit sur mon cv et mon LinkedIn: « misunderstood genius ». Au moment de quitter un emploi, le chef qui m’avait recruté m’a dit: quand tu as postulé avec ton misunderstood genius on a failli ne pas te prendre. Mais après coup tu as prouvé que c’est le qualificatif qui te définit le mieux. Alors un conseil: ne change rien à ton cv. Maintenant que je recrute moi même, le conseil que je peux donner c’est d’être sincère sur son cv car sinon le vrai risque est de trouver un emploi dans lequel on ne s’épanouit pas. Si par contre on s’en fout de s’epanouir parce qu’on a absolument besoin d’un travail rapidement pour payer les factures et qu’on n’a pas trop le choix alors c’est inutile.

    Aimé par 1 personne

    • Line dit :

      Merci pour ce retour qui j’en suis sure, sera apprécié par beaucoup.

      Et merci pour les gentils mots. 😊
      Je ne sais pas si je mérite des bravo, mais je les prends avec plaisir!

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  6. cannelleside dit :

    Article très pertinent!!
    J’ai eu l’occasion d’être débusquée après avoir changé de lieu de travail cela n’a clairement pas aidé en ma faveur auprès de ma directrice sur la fin de mon passage à cet endroit j’ai eu des échos comme quoi « j’étais très intelligente mais je ne savais pas m’en servir correctement » (d’ailleurs c’est tellement relatif de « s’en servir correctement », héhé…)

    Bref dans mon cas j’ai eu l’occasion d’avoir du jugement, dur dur
    Je pense pas que je le dirai, je sens que ça peut être vraiment dommageable..

    Après grand respect de ne pas chercher à garder l’anonymat en tenant des billets sur le sujet, ça permet de trier le tout 😉

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