De l’urgence de ralentir ?

Un des grands traits descriptifs que l’on prête aux surdoué•e•s c’est une pensée incessante ou « qui va trop vite ».

Certaines personnes HPI se plaignent, souffrent de cette pensée qui ne s’arrête jamais.
D’autres n’en parlent simplement pas, comme si le rythme de leur pensée n’était simplement pas un sujet de préoccupation.
Et d’autres comme moi (enfin j’espère !), au contraire se réjouissent de cette activité psychique permanente. Même si, je dois l’admettre, parfois je trouve que ma pensée pourrait s’abstenir de traîner sur certains concepts et questions existentielles.

Ralentir ?

Pour répondre à ces plaintes, certain•e•s psychologues proposent divers outils.
La méditation et la « Pleine Conscience » sont deux de ces outils très en vogue et très préconisés par certain•e•s thérapeutes.

J’aurais aimé insérer des liens vous permettant de vous renseigner sur ces deux pratiques, mais je peine à en trouver qui me paraissent sérieux, objectifs et neutres d’un point de vue des convictions spirituelles et religieuses.
Donc, navrée, mais je vous laisse bêtement avec vos dictionnaires et Wikipédia.

La méditation telle que je la conçois et la comprends, est une pratique qui exerce l’esprit à différents types de concentration. La pratique permet de modifier l’activité cérébrale volontairement, pour atteindre des états semblables à ceux atteints dans le sommeil.
Les buts de la pratique de la méditation sont divers et variés : augmenter sa concentration, sa mémoire, apaiser ses angoisses, diminuer le stress, répondre à une question qui nous préoccupe, trouver l’inspiration, et d’autres choses qui sont alors de l’ordre des convictions spirituelles et religieuses.
Elle est souvent conseillée aux personnes HPI qui se plaignent de leur « suractivité » mentale dans le but de faire ralentir leur pensée, ou de la rendre moins foisonnante.

La « Pleine Conscience » est la traduction de « Mindfullness ». Cela consiste à se concentrer sur ce qui se déroule à l’instant présent, sans jugement. Il ne s’agit pas d’observer mais de ressentir, d’avoir conscience de ce qui se déroule.
A l’occasion de je ne sais plus quel documentaire ou reportage, j’avais vu un professeur de pleine conscience donner un cours d’initiation à la pratique de cette dernière.
Le professeur donnait un raisin sec à chaque participant•e•s et leur demandait d’abord de porter leur attention sur le grain de raisin : sa couleur, sa texture, son parfum, son poids, sa température. Il ne demandait pas seulement de noter intellectuellement ces détails mais de les éprouver et de se concentrer sur les sensations. De les éprouver pleinement.
Puis il fallait mettre le grain de raisin sec dans sa bouche et recommencer le schmilblick.

Donc la Pleine Conscience, c’est ça : se dédier à éprouver ce qui se passe, juste l’éprouver.

Ou limiter et appauvrir ?

Qu’il s’agisse de méditation ou de Pleine Conscience, ces deux techniques sont proposées par certain•e•s psychologues (ou coachs) aux personnes HPI qui se plaignent de leur rythme de pensée, pour ralentir cette dernière et/ou la rendre moins envahissante, moins dense.

Personnellement, je n’accroche pas à cette conception du problème.
Que la pensée soit parfois envahissante, je le comprends et l’éprouve un peu trop régulièrement à mon goût.
Néanmoins, il me semble que les solutions qui sont proposées aux personnes HPI qui souffrent du rythme et de la densité de leur pensée, ont pour but de faire ralentir cette pensée, voire de l’appauvrir. Car rendre moins foisonnante, c’est donc diminuer, retirer, appauvrir.

Attention, je ne condamne pas ici le recours à ces techniques ni même le fait de vouloir ralentir ou appauvrir sa pensée. C’est le choix et le bien-être de chacun•e, et personne n’a rien à y redire.

En tant que personne HPI, je suis heurtée par cette proposition de réduction d’une pensée différente.
Parce que je vois derrière cette proposition spontanée de ralentir ou d’appauvrir la pensée comme une volonté – plus ou moins assumée et consciente – de la diminuer, de la brider. De la ramener à la norme en somme.

Car pourquoi vouloir ralentir ? Parce que l’on va « trop vite ».
Vous le savez maintenant, je n’aime pas entendre que les personnes HPI sont « trop ».
Parce que cela induit qu’il y a une référence qui n’est pas « trop », qui est « ce qu’il faut », et que, conséquemment, les personnes HPI ne sont pas « ce qu’il faut » elles sont « trop ».
Cela induit l’idée qu’elles dysfonctionnent, et que le seul moyen de les faire aller mieux résiderait dans le fait de les rapprocher de cette norme.

Je préfère le point de vue qui prend en compte le fonctionnement particulier des personnes HPI comme n’ayant pas à être normalisé ou modifié, et qui propose non pas de ralentir cette pensée ou de le l’appauvrir, mais de l’accepter et de surfer dessus.

Surfer sur la vague

Je sais bien dans quels tourments infâmes peut nous plonger cette pensée effervescente, incessante. Et même si cela me questionne, je comprends la démarche de vouloir « appuyer sur off ».
Mais cela me semble tellement dommage !

Le torrent de cette pensée est riche ! Violent parfois, mais riche. Tellement riche. Il y a des pépites là-dedans. Des pierres précieuses.
Evidemment, quand vous êtes complètement emporté•e par ce courant et que vous manquez de vous noyer toutes les deux secondes, je comprends qu’on s’en fiche complètement et que l’on veuille seulement survivre, quoi qu’il en coûte.
Mais plutôt que de vouloir que la pensée ralentisse de façon permanente, pourquoi ne pas se mettre à apprendre le surf ?
Histoire de ne plus être emporté•e mais de se laisser porter par le courant ? D’être debout et d’avoir le loisir d’observer et de profiter de tout ce que le courant de notre pensée charrie ?

Votre pensée peut avoir un effet hypnotique, peut être une berceuse même.
Parmi les plaintes liées à la pensée incessante, on retrouve souvent le fait que l’endormissement est difficile. Les préoccupations du quotidien où les questionnements existentiels prennent soudain toute la place.
Et si on pensait à autre chose ?
Je sais ça parait complètement insultant comme suggestion, mais il se trouve que ça marche pour moi.
Le soir, au coucher, je me complais à commencer mes rêves.
Toute la puissance de ma pensée, je la mets au service de ma future nuit et je commence une histoire dans ma tête.
Et tout doucement, je me sens glisser dans le sommeil.
Le plus drôle, c’est le moment où je sens que je bascule vraiment dans le rêve. L’histoire dérive, tout ce qui se déroule dans mon esprit n’a plus la même texture.
C’est un moment super !

Enfin c’était un exemple parmi tant d’autres.

Notre pensée : une alliée, pas une ennemie

Loin de moi l’idée de juger ou pointer du doigt les personnes qui souffrent du rythme de leur pensée.
Je ne sais pas ce qu’ils et elles vivent et je respecte donc pleinement leur expérience de vie sans la remettre en question.

Je partage cependant la mienne, différente de la leur, dans l’espoir que cela ouvre des perspectives.

Pour la pensée, comme dans la vie, j’ai réalisé qu’il m’était bien plus facile de faire avec les choses que de faire contre elles.
Même si ça veut dire faire avec ce que l’on n’a pas aussi. :p

C’est d’ailleurs très stimulant intellectuellement.
A chaque problème une solution. Même une solution partielle est une solution. Il faut parfois apprendre à s’en contenter.
(Oui même les questions existentielle comme « Mais la mort est inévitable ! Bah oui, et on ne peut rien y faire, donc autant s’éclater. » Ou alors se tuer tout de suite, mais je n’aime pas cette option)

Chaque problème est un défi. Comment faire pour trouver une solution qui me convienne avec les contraintes que pose ce problème ?
Que puis-je exploiter dans mon environnement ?
Comment transformer ce qui m’apparaît comme un problème (la pensée incessante) en ressource ?
S’il y a bien une personne qui puisse trouver la solution, c’est vous !

Et parfois, il suffit de changer de regard.
Juste cesser de se dire que « c’est un problème » et le considérer comme quelque chose de neutre ou une force.
Parfois, juste ça, ça peut aider.

 

 

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11 réflexions sur “De l’urgence de ralentir ?

  1. Fanny dit :

    Trés basiquement j’ai une solution pour ralentir voir débrancher complètement. C’est le sexe! Voilà une activité pouvant parfois me ramener à Ma forme archaïque et d’un seul coup j’arrête de cogiter et cela dans un but très positif … Bonus, je recharge ma batterie à inspiration!

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    • Line dit :

      Ah la sensualité comme dérivatif à la pensée. C’est un joli moyen. 😊
      Bon, pas facile à mettre en oeuvre en tout lieu et tout temps quand cela implique aussi la sexualité, mais joli quand même. 😉

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  2. Hélène dit :

    Merci pour la rédaction de cet article.

    « Néanmoins, il me semble que les solutions qui sont proposées aux personnes HPI qui souffrent du rythme et de la densité de leur pensée, ont pour but de faire ralentir cette pensée, voire de l’appauvrir. Car rendre moins foisonnante, c’est donc diminuer, retirer, appauvrir. »

    Je partage cette réflexion. Je préfère trouver mon propre mode de « fonctionnement ». ça peut sembler étrange à certains mais je parle à mon cerveau 🙂 en ce moment et je lui demande de parfois se mettre en fond, de créer l’harmonie avec mes émotions/mon cœur et mon corps, une vraie super team en fait !
    Mon ostéo (qui est bien plus qu’ostéo en réalité) m’a clairement dit que la méditation n’était pas forcément le meilleur outil pour moi. Et je n’avais vu les choses sous cet angle avant. Personnellement, je pratique l’autohypnose, je cultive la présence dans l’instant et pour le moment, ça me convient bien.

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    • Line dit :

      Trouver sa façon de faire, son chemin, ses moyens, c’est ça le plus efficace.
      Bravo pour cette trouvaille. 😊

      Parler à son cerveau, penser tout haut (je pense parfois tout haut, ça m’aide à réfléchir), tant que l’on a bien conscience que l’on,se parle à soi-même et à personne d’autre, tout va bien. 😝

      L’essentiel est de trouver ce qui nous convient(sans léser personne, ni soi ni les autres).

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  3. Laurie Odette dit :

    « Mais plutôt que de vouloir que la pensée ralentisse de façon permanente, pourquoi ne pas se mettre à apprendre le surf ?
    Histoire de ne plus être emporté•e mais de se laisser porter par le courant ? D’être debout et d’avoir le loisir d’observer et de profiter de tout ce que le courant de notre pensée charrie ? »

    Ton concept de « surfer sur la vague » est selon mon expérience la première étape de ce qu’on appelle « médiation ». La capacité à observer sans s’accrocher … à mettre de la distance entre soi et ses pensées (ce qui ne veut pas dire les faire disparaître) qui, suivant lesquelles (existentielles?), peuvent amener un débordement émotionnel ou un stress. De plus, en observant mes pensées, je me rends compte que si certaines sont « riches » et utiles, d’autres sont à jeter aux ordures. Prendre de la distance avec ses pensées ne permettrait-il pas de faire le tri? Et de donner du corps (qui est un des objectifs de la médiation) à celles qui nous nourrissent vraiment? Dans tous les cas, je me méfie des méditations trop directives car effectivement les besoins ne sont pas toujours les mêmes pour tous.

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  4. Athalset dit :

    Bonjour bonjour 🙂
    Un super sujet et vraiment bien traité je trouve. Je suis aussi partisan de l’idée qu’il ne faut pas brider ses pensées juste trouver un moyen de s’adapter, ou pour reprendre ta métaphore, de se construire un radeau.
    Après je comprend que dès fois c’est compliqué, je sais que personnellement si je dois dormir et que j’ai une source de stress quelconque, c’est impossible de reprendre le contrôle alors j’écoute de la musique pour me détendre et au moins me reposer un maximum avant que la fatigue prenne le dessus. L’idée de « commencer » ses rêves m’a fait sourire parce que c’est la technique la plus efficace que je me suis trouvé pour m’endormir (sauf quand je stresse, là je n’ai plus la concentration pour avoir une projection entière).

    Ce que je trouve étonnant dans mon cas, c’est que je ne me sens jamais aussi bien que quand je peux me permettre de « vivre entièrement » ma pensée. Quand je suis seul dans mes pensées avec de la musique ou seul dans un endroit paisible que j’apprécie, si je peux me permettre de laisser mes pensées partir en vrille comme elles le veulent je me sens mieux, mes problèmes et le stress s’effacent ,ou à défaut, les solutions m’apparaissent d’elle-même. C’est vraiment une sensation bizarre, une sorte de bulle de confort où le temps, les autres, le stress et les problèmes disparaissent.

    Après comme je l’ai dit avant, chaque personne doit trouver sa façon de gérer. Si pour certains, ralentir ses pensées est une solution, eh bien l’important c’est que ça marche et soulage.
    Je crois que j’ai déjà réussi à atteindre une sorte d’état de méditation et si c’est bien ça, je comprend le bien-être que l’on peut en tirer.
    Je me rappelle que j’avais réussi à me détendre au point d’être réveillé et endormi en même temps si l’on veut. J’étais pleinement conscient de mon corps, de mon environnement alors que dans le même temps je rêvais. La sensation d’être « présent » tout en ne pensant à rien, enfin à rien d’autre que le rêve que l’on fait, est vraiment top 😀

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    • Line dit :

      Merci pour ce beau témoignage 😊

      Je comprends très bien ce que tu décris, d’être jamais aussi bien, aussi vaste que l’on est vraiment, qu’en laissant pleinement sa pensée être et se déployer.

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  5. R dit :

    Pour ma part, je ne conceptualise pas que mon rythme de pensée va très vite, seuls subsistent les interactions avec les autres qui témoignent de cela. C’est donc uniquement gênant avec les neurotypiques ^^;
    Je ne sais plus à quelles vibrations la méditation permet d’atteindre, mais, si tu veux quelque-chose qui est scientifiquement éprouvé, sans référence religieuse, il y a la cohérence cardiaque, qui permet de contrôler la vitesse de battements de coeur et indirectement, la fréquence de transmission du cerveau.

    En méditation, la pensée commence à ralentir, jusque s’arrêter, soit. Mais on ne sait pas réellement ce qui se passe dans le cerveau à ce moment là. Je veux dire par là que le cerveau est toujours en activité, simplement, peut-être que l’activité est différente. Je ne suis pas d’accord avec toi, car ce n’est pas appauvrir la pensée, dans le sens où tarir n’est pas appauvrir. Par exemple (ce n’est pas le cas en méditation, mais c’est pour comprendre l’idée), un ruisseau coule, on place un barrage, l’eau ne coule plus. L’écosystème n’est pas appauvri (l’eau est toujours là), mais la source s’est tari en aval. Lorsque l’on est en méditation, la perception du temps et de l’espace est modifiée, et parfois surgissent des idées nouvelles ou une solution à un problème, car justement, l’on a arrêté d’y réfléchir. Je ne sais pas expliquer ce processus, mais ça arrive. Donc, d’après ma propre expérience et de ce que j’en sais, ce n’est pas « appuyer sur off ».

    J’ai aussi un papier chez moi qui explique que notre état normal est un état hypnotique, et, lorsque l’on utilise l’hypnose, on entre dans un autre état hypnotique. Or, en méditation, l’on se soustrait de cet état hypnotique, et permet de voir la vraie nature des choses, pour ce que les choses sont vraiment. Je pense que tu n’as pas expérimenté cela, que cela ne t’intéresse pas (je peux me tromper bien sûr), mais, si tu as du temps, tu peux voir par exemple le bouquin de Mihaly Csikszentmihalyi « vivre : la psychologie du bonheur ». Si tu n’as pas le bouquin sous la main, tu peux déjà avoir un très bon tour d’ensemble avec cet article :
    https://www.hacking-social.com/2015/03/03/le-bonheur-nest-pas-celui-quon-nous-vend-la-preuve-par-le-flow/
    Attention, article pavé !

    Je veux bien avoir ton point de vue mis à jour après mon commentaire 🙂

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    • Line dit :

      Bonjour R,

      Vous pensez mal, pour reprendre votre formulation. Je pratique régulièrement la méditation depuis bientôt 10 ans.

      Je serai curieuse de connaitre les références de l’article dont vous parlez. Si vous réussissiez à les retrouver, pourriez-vous me les transmettre ?

      De ce que vous dites du contenu de ce papier, je doute qu’il s’agisse d’une publication scientifique.
      Il est rare que la communauté scientifique parle de « vraie nature des choses ». Quant à l’état hypnotique, il est clairement définit, scientifiquement parlant, par (de mémoire) la longueur d’onde de l’activité électrique cérébrale semblable à celle qui advient en état de sommeil, alors que le sujet est en état de veille.
      Je n’ai pas souvenir de plusieurs états hypnotiques définis, mais je ne me suis pas plongée plus que cela sur le sujet de l’activité cérébrale en état d’hypnose.

      Je ne comprends pas le lien que vous faites avec « le flow » ou plus simplement la concentration optimale.
      Sauf si vous considérer que pour atteindre cet état de concentration optimale il faut méditer régulièrement.
      Pouvez-vous préciser votre pensée sur ce sujet ?

      Enfin, l’article dont vous donnez le lien parle de psychologie sociale, du bien-être perçu et de la conception du bonheur, et je ne comprends pas non plus le lien avec le sujet du billet.

      Je suis désolée, comme je ne comprends pas les liens que vous faites avec le sujet du billet, je ne sais pas répondre à votre de mande de « mise à jour de mon point de vue ». :s

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