Compassion et complaisance

Suite au partage de mon article « Surdoué•e•s : ceux et celles qui font croire qu’ils en sont. » par le site Centre arborescence, j’ai eu beaucoup de vues, et surtout pas mal de retours.
Bien moins que de vues, mais quand même bien plus que d’habitude.

Hormis les éternels reprochent faits aux tests (« Ils ne sont pas fiables », « Ils ne sont pas accessibles ») il était beaucoup question de compassion dans les commentaires. Et du fait que j’en manquais de façon plus ou moins importante ou que je devrais en faire plus preuve.

Il se trouve que c’est une remarque qui revient souvent de la part d’inconnu•e•s.
Une seule fois de la part d’une personne qui m’est proche, mais à ma décharge, le contexte émotionnel était intense.

Alors fidèle à moi-même je me mets à cogiter.
Si l’on me fait cette remarque plus d’une fois, c’est qu’il y a une raison. Manquerais-je de compassion ?
Ni une ni deux, je vais poser la question à ma psy (pas entre vendredi et aujourd’hui, je vous rassure, c’était avant.).
Selon elle, la réponse est non. Mon problème serait même inverse : à avoir tant de compassion, j’en oublie de vivre pour moi.
C’est rassurant, mais une énigme demeure, comment ces deux perceptions de moi peuvent-elles coexister sans que pour autant elles ne soient perceptibles ensemble ?

Ou, plus simplement dit, comment puis-je être si compatissante sans que des gens qui ne me côtoient pas dans l’intimité ne s’en rendent compte ? Plus encore, pour qu’ils et elles pensent que j’en manque, de compassion ?

*Triture, triture. Cogite, cogite*

Ça c’est le bruit que font mes neurones quand ils s’activent.

Et puis *FLASH* me revient l’essence d’un passage du – pour moi, fabuleux – ouvrage de Béatrice Millêtre : compassion n’est pas complaisance.

Jackpot !

C’est ça. Enfin, je trouve que ça fait sens.
Du coup, fidèle à moi-même, de l’exemple particulier de mon petit cas anecdotique, je passe à une réflexion plus globale.

Compassion n’est pas Complaisance

Je sais que ce qui gêne chez moi, c’est ce que je dis. Je crois fondamentalement que ce n’est pas comment je le dis, parce que je le dis clairement.
Je pense que c’est vraiment le contenu qui gêne.

Je dis des choses qui dérangent. Parfois malgré moi, parfois volontairement.

Est-ce que ces propos dérangent parce qu’ils manquent de compassion ? Est-ce que dire ce qui est, c’est faire preuve de manque de compassion ?
Je veux bien croire que parfois, oui. Parfois, le silence est la plus grande preuve de compassion que l’on puisse apporter.
Néanmoins, ce n’est bon qu’un temps. Je crois que pour avancer, pour progresser, il faut à un moment ou à un autre faire face à ce qui ne fonctionne pas. À ce qui nous dérange.

Compatir, c’est, étymologiquement, souffrir avec. Du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec συμ πἀθεια , sym patheia, sympathie.

Donc faire preuve de compassion, c’est souffrir avec l’autre.
La complaisance c’est la « disposition d’esprit de celui qui cherche à faire plaisir en s’adaptant aux goûts ou aux désirs de quelqu’un ».
Ainsi, lorsque l’on compatit, il n’est pas question de faire plaisir. Il n’est pas question de s’adapter à l’autre.

La compassion est une résultante de l’empathie.
La complaisance cherche à plaire.

La compassion ne cherche pas à plaire.
On peut compatir, sans pour autant faire preuve de complaisance.

Donc, j’en déduis que c’est ce que certaines personnes reprochent à ce blog : qu’il ne fasse pas dans la complaisance.

Béatrice Millêtre disait :
« A l’inverse, la complaisance n’est pas une marque d’estime. Accepter la médiocrité revient à dégrader les autres, à dévaloriser leurs qualités, à croire qu’ils sont incapables de bien faire ». – Ch. Toujours viser le meilleur : perfectionnisme et exigences. – Le livre des vrais surdoués. Surdoués et heureux !


Demeurer honnête

Si je donnais dans la complaisance avec ce blog, alors je n’écrirais que ce que d’autres veulent entendre, ce qui leur plaira.
Je n’ai pas démarré ce blog pour cela. Je l’ai voulu un témoignage sincère et honnête. Si je me mets à ne plus écrire que ce qui plaira,  je me mettrais alors à mentir. Dans le sens où je n’écrirais pas toujours ce que je penserais, ni ce que je vivrais, parce que ça risquerait de ne pas plaire.


Conclusion

Alors, non, définitivement non, ni ce blog ni moi ne manquons de compassion.
En revanche, ni ce blog ni moi ne donnons dans la complaisance.

Donc, ce que je dirai, ce que j’écrirai, continuera de déranger parfois.

Mais ce ne sera jamais du manque de compassion.

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6 réflexions sur “Compassion et complaisance

  1. pfrauman dit :

    Il n’y a pas de doute que tu as de l’empathie. Par contre, faire preuve de compassion (remédier à la souffrance d’autrui) sur un blog visible par des milliards de personnes reviendrait littéralement à éradiquer la souffrance dans le monde. Ca me paraît ambitieux. Et puis bonjour la langue de bois … Mon conseil: reste toi-même et tant pis pour ceux qui n’aiment pas.

    Aimé par 1 personne

    • Line dit :

      Merci beaucoup. 🙂
      C’est une des lignes de conduite, rester authentique. Je veille à m’y tenir, mais les encouragements sont toujours les bienvenus ! Merci.

      🙂

      J'aime

  2. Athalset dit :

    Hello, c’est bizarre que des personnes parlent d’un manque de compassion venant de ce blog, au contraire. Comme tu le souligne très bien, il ne faut pas mélanger compassion et complaisance.
    Compatir, c’est comme tu l’as dit « souffrir avec » , soutenir quelqu’un même si pour cela, vous exprimez vos désaccords avec la personne.
    Complaire, ce n’est pas de la compassion, c’est de l’hypocrisie, c’est vouloir plaire à tous prix en caressant dans le sens du poil la personne. Alors ça lui flattera l’égo mais ça ne l’aidera à aucun moment. ^^

    Prenons l’exemple d’une personne qui refuse sa « non-douance », si vous êtes compatissant (et patient), vous lui permettrez de dépasser son complexe d’infériorité qui lui dit qu’il n’est pas SURdoué, il comprendra que les non-surdoués n’ont pas (tous) les capacités cognitives d’une armada de bigorneaux (au vu de certains cas que je connais, je tiens à m’excuser au près de mes amis les bigorneaux je n’ai rien de personnel contre vous) et qu’il peut être intelligent sans être douant. 🙂
    Et, point d’orgue de tous cela, même s’il perd quelques points positifs, il évite certains points négatifs notamment des questions existentielles comme « j’appartiens vraiment à la même espèce que ça ? » (Ça pouvant désigner pleins de choses, comme les élèves « populaires » de votre lycée, qui n’ont toujours pas remarquer que le CDI est le meilleur endroit du lycée soit dit en passant). :’)

    Alors que si vous êtes complaisant, vous allez juste lui flatter l’égo, sur le moment ce sera votre meilleur ami mais si un jour sa douance en papier mâché se retourne contre lui, il vous en voudra de l’avoir encouragé à poursuivre dans l’erreur, la dernière fois j’ai cité « errare humanum est » aujourd’hui, on va ressortir la fin de cette citation: « perseverare diabolicum » (à lire avec le début, sinon on perd le verbe sous entendu et le COD, et une phrase sans sens, c’est comme une voiture sans moteur, ça peut être beau, mais ça sert à rien (et ça ne fait pas avancer le débat, quitte à rester dans l’idée)) :’)

    Pourquoi j’écris des pavés à chaque fois que je veux dire un truc simple en 2-3 phrases ?

    Pour finir, reste comme tu es, si cela déplait eh bien tant pis pour eux. L’honnêteté, c’est dire ce que l’on pense et qu’importe que ça plaise ou non, tant que l’on est en accord avec soi.

    Aimé par 1 personne

  3. Fabienne.C dit :

    Merci pour ces articles, je partage complétement ton point de vue (encore une fois ^^) « Compassion n’est pas complaisance » c’est une phrase à retenir en effet 😉

    J'aime

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