La différence existe-t-elle vraiment ?

Voilà un commentaire que j’ai lu à propos de la douance, sur un groupe de réseau social dédié à ce sujet :

« Bonjour à vous toutes et tous,
Je viens juste de rentrer dans ce groupe par le biais d’une amie ; après avoir lu attentivement les récits précédents que vous faites, je me reconnais dans beaucoup d’entre eux.
J’ai rencontré l’année dernière une thérapeute qui m’a parlé de la douance et m’a suggéré que j’en avais de nombreuses caractéristiques. Il est quand même une question qui ne cesse de me travailler et sur laquelle je n’arrive pas à prendre position, à savoir celle de la différence.
Depuis toute petite, je me sens différente des autres et ai bien remarqué que les règles d’interaction sociale m’étaient complexes à intégrer. Je vois bien dans mon entourage que plein de personnes ne se posent pas autant de questions, ne font pas preuve de la même hypersensibilité, culpabilité, doute sur soir-même…

Cependant, je me dis que ces difficultés et ces émotions que je peux rencontrer sont partagées par le reste de l’humanité. Et je ne peux concevoir que les autres (quels autres, d’ailleurs ?) soient tellement différents car toute personne est si singulière qu’elle en est incatégorisable. Je ne sais pas si je suis très claire.
Bien sûr que je me rends compte que plein de personnes ne réagissent et ne fonctionnent pas comme moi mais cela me parait très étrange de penser en terme de groupes qui auraient des schémas comportementaux et des regards sur la vie si dissemblables. N’est-on pas toutes et tous différent.e.s ? En somme, si vous avez des pistes pour m’aider à avancer sur cette question qui me complique sacrément l’existence, je suis preneuse ! »

(J’ai pris la liberté d’aérer un peu le texte original pour plus de lisibilité.)

Différent•e•s et séparé•e•s ?

Voilà ma réponse, qui comme toute réflexion est destinée à s’enrichir par l’expérience et le temps.

L’apaisement peut venir, peut-être de la réalité physiologique.
On ne se torture pas de la différence de couleur d’yeux, de cheveux, de peau, de taille. Et bien, le HPI est une réalité physiologique autant que psychologique.
Nos neurones ne sont pas fait de la même façon, et le cerveau ne fonctionne pas (ne s’active pas si vous préférez) de la même façon.
Différence il y a, c’est un fait, comme il y a des blondes, des brunes, des grandes des petites…
Est-ce que cela doit nous séparer ? C’est à nous de le décider.

Pour ma part, les différence sont l’expression de la vie, et font aussi sa richesse.
Différence et séparation ne sont pas forcément synonyme de rejet ou de conflit.
Il ne tient qu’à nous de choisir ce que l’on fait de nos différences.

Mais les nier, en revanche, est pour moi ce qui mène le plus surement aux mal-être de tout•e•s.
Nier ses différences revient à nier ce qui nous rend unique. D’individus à individus, ou de groupe d’individus à groupe d’individus.
Etre dans un groupe ce n’est pas être en prison.
Il ne tient qu’à nous de comprendre que nous sommes tou•te•s uniques, tous humain•e•s et tou•te•s différent•e•s.

Il ne vous viendrez pas à l’idée de dire à une personne daltonienne ou sourde qu’il ne sert à rien de stipuler sa différence parce que nous sommes tou•te•s de l’espèce humaine non ?
Le HPI ne fait pas exception selon moi.

Que se cache-t-il derrière cette question ?

Il y a celles et ceux qui soulignent cette différence, et celles et ceux qui souhaitent la masquer.
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise attitude, seulement l’attitude qui vous convient. Mais qu’il s’agisse de réclamer sa différence ou d’insister sur ce qui vous lie aux autres, le mieux est de faire un choix qui ne soit pas motivé par une blessure ou une peur. Ou plusieurs.
Car les choix et les attitudes (ou comportements) que l’on adopte en réaction à nos peurs ou nos blessures ne font en général que nous maintenir dans ces dynamiques délétères.

Parfois, et c’est plus souvent qu’on ne le voudrait, il est bon de ne pas tout de suite faire face à ses peurs et d’adopter une attitude qui nous en préserve. Parce que, à l’instant T nous ne sommes pas prêt•e•s pour y faire face. Il nous faut plus de temps, plus de ressources intérieures que nous n’en avons à l’instant T. Dans ces cas là, ne pas affronter ses peurs ou blessures demeure la solution la plus sûre pour notre équilibre.
Néanmoins, pour que cela demeure constructif, nous devons être très clair avec nous-même et ne pas nous voiler la face : Oui, nous refusons d’affronter nos peurs/blessures, oui nous en avons conscience, et NON nous ne souhaitons pas entretenir ces peurs/blessures éternellement.

Besoin d’appartenance et construction de soi

Ainsi donc, en plus de se demander si la différence existe vraiment entre « nous » et « les autres » (si vous voulez mon avis, c’est une simple histoire de référentiel. Changez le référentiel, vous changerez votre groupe d’appartenance), la question intéressante pour notre petite personne est surtout : « Quel est le besoin, la peur, l’espoir qui motive ce questionnement chez moi ? »

On trouve souvent derrière (mais pas que, et pas toujours) un besoin d’appartenance et/ou un besoin d’identification (dans le sens de prendre ou construire son identité).

Le besoin d’appartenance est un besoin fondamental de notre construction psychique. Je suis la première à râler à ce sujet, mais c’est comme ça.
Nous avons besoin d’un groupe auquel nous référer, nous avons besoin de nous sentir appartenir à un groupe de pairs.
La bonne nouvelle, c’est que ce groupe de pair peut être en fait une seule personne. Vous n’êtes pas obligé•e de vous coltiner le groupe des « populaires » du coin.

Quoi qu’il en soit nous avons besoin de nous relier à quelqu’un. De faire partie d’un plus grand groupe que soi. Mettez ça sur notre côté bovin si vous voulez. Ou ovin.

Or quand on nous annonce : « Félicitation ! Vous n’êtes semblables qu’à, dans me meilleur des cas, 2,4% de vos pairs et dans le pire des cas, 0,13% ! «  , il se peut que vous entendiez : « Vous êtes seuuuuuuuuuuuuuuuuuul•e, teeeeeeeeeeellement seuuuuuuuuuuuuuuul•e ! »
Et votre besoin d’appartenance en prend un sacré coup. D’un coup, tous vos groupes de référence n’en sont plus, puisque vous n’y appartenez plus. (Tout ça c’est la faute du/de la psy. Méchant•e psy !)
Envolée la référence de la famille, parce qu’avec votre bol, vous êtes le/la seul•e de votre famille concernée.
Envolée la référence de vos ami•e•s, si vous en avez, parce que…bah les statistiques sont contre vous là quand même. Jusqu’à preuve du contraire mais bon, soyons pessimistes.

Envolés tous vos repères, pouf !
Vous voilà seul•e dans votre petit monde interieur. DRAME.

Alors la bonne nouvelle (il y a TOUJOURS une bonne nouvelle) c’est que le drame est plus ou moins grand en fonction de l’intensité de votre besoin d’appartenance.

Plus le besoin d’appartenance est grand, plus on cherchera à gommer ce que l’on voit comme des différences, des barrières entre nous et les autres. Jusqu’à parfois le nier complètement.
Certaines personnes ne supportent tellement pas cette idée d’être « autre » qu’elles vont jusqu’à nier leur nature de surdouée. Cette négation ne relève pas forcément uniquement d’un besoin d’appartenance mis à mal, mais ça peut y participer.

D’autres vont prendre le chemin d’en face, celui de l’identification.
Leur besoin de s’individualiser est tel, qu’il peut les pousser à mettre en avant et à toutes les sauces leur différence.
Sans être allée jusqu’à ne plus vivre qu’à travers ça, j’ai eu ma période du genre moi aussi.
Le travers de ce comportement c’est justement de créer un clivage « eux/nous » complètement stérile et sclérosant.

Eux, nous, les autres, ensemble. 

Et toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent ; plus lui, plus elles et tous ceux qui sont seuls ; allez venez et entrez dans la danse, allez venez, c’est notre jour de chance !

Voilà.
Ce léger délire passé, finalement, est-ce qu’elle existe cette différence ?

Oui à l’évidence.
Elle n’est pas univoque, simple. Elle s’étend sur plusieurs niveau de nos êtres.
Elle nous distingue des autres, les un•e•s des autres, mais elle ne nous sépare pas.
(Même quand on aimerait bien. Qui est content•e d’être un humain « comme » Hitler ? Qui ?)

La question, comme souvent, n’est pas tant celle de son existence – qui dépend de l’échelle à laquelle nous nous situons – mais de ses conséquences dans nos vies.
C’est à nous de trouver la position qui nous donnera l’équilibre dont nous avons besoin pour avancer.
Et le mieux, c’est que cette position peut varier au cours du temps.
Nous sommes en constante évolution (j’en suis convaincue), ce que nous vivons nous transforme. A chaque transformation, notre état se modifie, donc, nos positionnement internes doivent suivre pour maintenir notre équilibre.
(Est-ce que vous me suivez toujours ?)
Si aujourd’hui, votre équilibre intérieur requiert que vous réclamiez votre appartenance au genre humain et que votre nature de HPI soit passée au second voir 10e plan, très bien. Peut-être que demain, votre évolution personnelle (et par évolution, j’entends changements, il n’y a pas de notion d’aller vers un mieux ou un moins bien. Juste de changer) vous amènera à revoir votre position et à vous situer vers une différenciation plus prononcée. Et après-demain, votre équilibre (comprendre bien-être) intérieur demandera un autre changement.

La différence existe belle et bien oui.
Vous êtes différent•e•s, nous le sommes tout•e•s.
A nous de choisir si cela nous rassemble ou nous divise. Si cela est une richesse ou une condamnation.

Personnellement, j’ai choisi la richesse.

(Enfin pour moi. Pour les autres, je ne sais pas si ma différence est une richesse, mais personne n’en est mort•e encore. Alors j’imagine que ça va.)

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5 commentaires pour La différence existe-t-elle vraiment ?

  1. Athalset dit :

    Question intérresante, de même pour la réponse. Je pense qu’il faut trouver son équilibre entre le « monde HPI » et le « monde neurotypique » (ça fait nom de maladie « neurotypique » je trouve :’D ).
    Je trouve que « Je Suis » de Big Flo & Oli représente bien à mes yeux cet équilibre entre nous en tant qu’individu et nous en tant que groupe. Elle est juste sublime et le travail derrière est fou, et pourtant je déteste le rap 🙂

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  2. Aldor dit :

    Chacun appartient à plusieurs ensembles et se sent, à un moment donné, plus lié à un ensemble qu’à un autre. La difficulté (mais c’est l’affaire de chacun et tout le monde doit l’affronter) est de ne pas se laisser aller au confort paresseux de la monoappartenance réductrice…

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  3. Sekaijin dit :

    La différence existe et c’est même la seule chose qui existe. Il n’existe pas de semblable. Si nous avons tous, sans aucune exception, un point commun, c’est que nous sommes tous différents. Nous sommes tellement différents que même à travers les âges de l’humanité, il est impossible de trouver deux individus identiques. J’approuve la conclusion qui consiste à dire qu’il nous revient, à nous individu, de décider comment nous désirons vivre, non pas notre, mais nos différences. Et cela est valable pour nous tous êtres humains. Et les points de différenciation sont tellement nombreux qu’il est illusoire de vouloir les distinguer. Nos différences sont d’une finesse telle qu’il s’agit des nuances continues et non de palier. Mais pour en parler nous avons besoin de ces marqueurs, de ces paliers. Je pense qu’il ne faut jamais oublier que ces frontières n’existent pas et sont simplement des facilités verbales. Pas plus qu’en Math il n’y a de différence entre 0,999999…. et 1.
    Je me pose donc souvent la question à quoi bon (dans le sens que cela nous apporte-t-il, en tant humain) catégoriser ainsi. Je constate que comme dans tous les domaines, on établit des mesures qui ne sont que des représentations d’une partie de la réalité, nous fixons des bornes de façon totalement arbitraire. Et ensuite nous les utilisons pour classer les gens. Les bruns et les blonds existent bel et bien, mais toutes les nuances entre les deux aussi. Si vous me demandez si je me sens blond ou brun je vous répondrais que je me sens moi. Et c’est vous qui choisirez de me voir brun ou blond. Si vous me demandez si je me sens THPI ou HPI ou je zèbre ou … je vous répondrais que je me sens humain. Je ne me sens pas différent. Je suis comme tout le monde. J’ai des capacités diverses. Je suis plus ou moins performant efficient par rapport à mon voisin suivant la capacité que je dois mettre en oeuvre. Cette question n’a, pour moi, pas plus de sens qu’être THPS ou HPS (Très Haut Potentiel au Sprint). Je déplore juste qu’un outil destiné à aider les professionnels à mieux comprendre l’individu et donc à mieux l’aider serve à placer les gens dans des cases. Et donc souvent je dis que nous utilisons le mauvais verbe.
    Je ne suis pas un Zèbre, je ne suis pas un … pas plus que je ne suis un TBPS (Très Bas Potentiel au Sprint), je ne suis pas brun.
    J’ai des cheveux que communément on dit bruns
    J’ai des capacités à la course plutôt déplorable
    J’ai des capacités de raisonnent rapides et efficaces.
    J’ai une mémoire qui étonne toujours mon entourage.
    J’ai… mais je ne suis pas.

    Alors je vous dis à vous tous qui pourrez vous sentir écarté exclus par un chiffre.
    Vous n’êtes pas « semblables qu’à, dans me meilleur des cas, 2,4% de vos pairs et dans le pire des cas, 0,13% ». Vous êtes comme tout le monde: unique.
    Mais vous avez des capacités que seulement x% de la population possède. Et vous aviez des milliers d’autres caractéristiques qui se retrouvent chez l’écrasante majorité des individus.
    N’oubliez jamais vous n’êtes pas, vous portez des milliers de caractéristiques dont quelques-unes seulement sont rare.

    A+JYT

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    • Line dit :

      Tout dépend des besoins d’identification, d’appartenance et de singularisation de chacun•e.
      Il n’y a aucune réponse valable de la même façon, avec la même acuité pour tous les individus.
      Bien évidemment d’un point de vue génétique, nous sommes tous absolument unique, par la combinaison de la totalité des mutations que nous portons.
      Pourtant si nous sommes tou•te•s unique, alors nous ne le sommes plus non ? Puisque nous sommes tou•te•s dans ce cas.

      Ces réflexions philosophique finalement, puisqu’elles portent sur la nature de l’être humain, de l’individus, du sujet, au sein d’un ou de plusieurs groupes définit arbitrairement, sont infinie.

      Je crois que personne d’autre que nous-même ne pouvons définir ce que nous sommes ou pas ; c’est à chacun•e d’en faire l’expérience et d’en tirer ses propres conclusions, voir définitions.

      Cet article, comme absolument tous les autres de ce blog ne se veut pas une réponse unique et absolue pour tou•te•s.
      C’est une invitation à la réflexion personnelle, à partir d’un exemple parmi tant d’autre.

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