Le génie et la réussite (sociale)

A ne pas confondre.

Ce matin je lis cela à propos des surdoués vis les Tribulations d’un Petit Zèbre :
« Un surdoué n’est pas un génie, sauf (très) rares exceptions… Un surdoué est une personne comme une autre, pas quelqu’un d’exceptionnel. Une personne qui n’a pas forcément mieux « réussi » dans la vie, qui n’a pas forcément fait de brillantes études, qui n’a pas forcément une aura délirante qui l’imposerait aux yeux de tous comme un être suprêmement intelligent & charismatique 😉 « 

C’est un point de vue, une opinion qui se respecte et se défend.

Cela génère chez moi une réflexion autour de la réussite sociale attendue et de l’intelligence.

Exceptionnel par nature

Je suis de celles et ceux qui conçoivent les personnes surdouées comme exceptionnelles par nature.
La douance est entre autre définit par une occurrence statistique ( le seuil des 2,5%) qui, par définition – certes arbitraire mais néanmoins valide – définit l’exception à la norme lors d’une proportion allant de 0 à 5%.
Les surdoué-e-s ne représentant que 2,5% (ce sont les personnes déficientes mentales qui représentent les 2,5% restant, l’autre bout de la courbe) ils et elles sont par définition des personnes exceptionnelles.

Ce qui déstabilise c’est l’idée de la réussite sociale associée à l’idée que l’on se fait de l’intelligence.
E résumé, si on est un génie, on rencontre forcément le succès social et la réussite professionnel. Ou inversement.

Erreur.

La société : une construction de la majorité par la majorité

Il faut bien comprendre que la société est une pure construction humaine, arbitraire, immatérielle, qui a pour but de permettre de vivre ensemble.
Pour ce faire, « on » édicte des règles de vie, des interdits, des critères de ce qui est bien et bon et de ce qui mauvais et mal.

Se construisent ainsi des rites sociaux, des usages, explicites et implicites et tout cela est le tissu de notre société.

La société est donc le produit de l’esprit humain, façonné par diverses contraintes et intérêts, comme par exemple, le climat et la volonté de rester en vie et de vivre en paix.

Pour que tou•te•s, ou tout du moins le plus grand nombre puisse vivre ensemble, il est donc logique d’édicter des critères sociétaux qui correspondent au plus grand nombre.

Et c’est là que le bas blesse.
Les surdoué-e-s ne sont pas le plus grand nombre.
Il y a donc de grandes chances pour que les critères sociétaux de réussite aient été construits par et pour des neurotypiques.
Ceci étant, il est compréhensible que les surdoué-e-s ne remplissent pas forcément les dits critères.

Des histoires d’interactions individuelles et de structures fonctionnelles

Ceci dit, l’intelligence étant ce qui nous permet de nous adapter aux situation nouvelles (entre autres choses) les personnes surdoué-e-s devraient donc pouvoir s’adapter avec aisance à ce qui, par nature, n’est pas fait pour eux/elles.

Oui mais non.

Dans notre petite société française, la réussite sociale et professionnelle tient énormément aux interactions humaines. Mais pas les interactions basées sur l’empathie et la compréhension de l’autre. Non.
Les interactions sociales que je qualifie de « politiques » ou « égotiques ».
On réussit presque mieux en cirant les bonnes bottes et en écrasant – à tort ou raison – les bonnes personnes, qu’en faisant effectivement du bon travail.

Attention, on peut aussi réussir en faisant du bon travail.

Sauf que, pour beaucoup de personnes surdouées, ces règles du jeu professionnelles sont anti-naturelles. Qu’elles en souffrent, ou qu’elles refusent simplement de se prêter à un jeu vide de sens pour elles, la conséquence est à peu près la même : désinvestissement, et donc non progression professionnelle.

Bon il y a aussi ceux et celles qui s’en fichent, et qui n’ont simplement pas le goût de « réussir » comme la société le définit.

D’autres aspirations, peut-être

Il y a aussi tou-te-s ces génies, qui sont de pures merveilles humaines, mais qui -très simplement – n’ont pas les mêmes aspirations que ce que la société dans laquelle ils/elles vivent leur proposent comme « réussite de vie ».

Je suis convaincue qu’il existe des Camille Claudel en puissance qui sont dans leur petite maison dans leur petite ville ou grand village, qui ont un métier complètement quelconque, mais qui font preuve quotidiennement d’un génie créatif hors norme. Simplement, il n’y a ni l’entourage pour le valoriser ni sans doute l’envie de le faire.

Il faut bien avoir à l’esprit qu’aujourd’hui, un pendant – non obligatoire mais assez présent – de la réussite sociale est la médiatisation. Moyenne ou grande, on « parle » de vous.
Déjà qu’avec la télé-réalité on parle des gens pour tout et  n’importe quoi, alors s’il y a une BONNE raison de parler de vous, vous pensez bien que les médias ne vont pas se priver (enfin…oui bon, vous comprenez).

Peut-être que bien des génies n’ont simplement pas envie de cette exposition. Peut-être aussi que de par leur fonctionnement psychique, un petit complexe de l’imposteur les empêche de se mettre en avant de peur de voir leur « imposture » dévoilée.

La réussite sociale n’est pas une définition du génie; et le génie n’implique pas la réussite sociale

Tout ça pour aborder superficiellement l’idée que la réussite sociale n’est pas liée directement à l’intelligence.
Cela demande des capacités et une aisance certaines avec les règles sociales implicites.

Ça demande aussi de tomber sur celles et ceux qui feront que vous pourrez progresser et réussir socialement.

Car dans une structure sociale pyramidale patriarcale, il y a UN TAS de raison pour que vous ne réussissiez pas socialement, et ça n’a rien à voir avec votre intelligence.
Je dirai même que, en fait, si vous êtes un-e génie et que ça se voit, vous partez plutôt avec un handicap si vous comptez réussir socialement. (Mais ça, c’est juste mon impression, je n’ai pas réfléchi à la question.)

EDIT :
Ceci étant, il y a des surdoué•e•s qui n’éprouvent aucun mal à jouer selon ces règles du jeu professionnelles, et qui y brillent.
Personnellement, je suis convaincue qu’il s’agit en majorité d’hommes blancs hétérosexuels, parce qu’ils n’ont pas à lutter contre les préjugés et les discriminations de notre société pour pouvoir faire valoir leur travail (qui doit être excellent, ceci dit).

Conclusion : Surdoué-e-s, génie et réussite sociale

Est-ce que tou-te-s les surdoué-e-s sont des génies ? Non je ne pense pas.
Mais je suis certaine que tou-te-s les génies sont des surdoué-e-s !

Qu’est-ce qui fait le génie (le concept, pas la personne)?
Je ne sais pas. Il faut « quelques choses en plus » ça j’en suis certaine.
Mais je ne saurai pas vous dire quoi précisément.

Ce dont je suis certaine également, c’est que un critère extérieur et arbitraire comme « la réussite sociale » n’a rien à voir avec le niveau d’intelligence et donc le génie supposé d’une personne.

Pour exemple, une personne avec léger retard mental peut obtenir des 19/20 de moyenne sur une scolarité de niveau BTS en France.
Oui, oui, oui.
Alors des bonnes notes c’est « une réussite sociale » mais voyez-vous, dans ce cas, ça n’a rien à voir avec l’intelligence. C’est sans doute plus lié à la répétition que j’appelle « bête et méchante ». Mais je m’égare !

La réussite sociale, c’est en très résumé, le produit du regard des autres.
Ce n’est pas tant lié à votre production, vos idées, votre travail. C’est juste l’avis des autres qui décide si oui ou non vous avez réussi.

Regardez Van-Gogh, il a vécu dans la misère et payé ses repas avec des toiles, que les restaurateurs refusaient à force ! Il était méprisé, raillé. Aujourd’hui, ses productions valent une fortune et le peintre est considéré comme l’un des plus grand génies de la peinture.
A son époque Van-Gogh était un exemple d’échec social. Il aurait produit les mêmes œuvres quelques décennies plus tard, il aurait été l’une des personnes les plus adulées du monde.

Et c’était un génie pourtant. Qu’on le reconnaisse, qu’il vive dans l’opulance ou non. C’était un génie.

Evidemment, toutes les personnes qui ne réussissent pas socialement ne sont pas des génies ignoré-e-s.

Mais le point de cet article c’est que le génie et la réussite sociale ne sont pas liés par une relation de cause à effet.
La réussite sociale dépend grandement du regard que « les autres », la société posent sur vous et ce que vous faites.
Le génie est intrinsèque, naturel, inhérent à l’être concerné. Qu’il soit reconnu ou non par d’autres ne change rien à sa présence en une personne.

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2 réflexions sur “Le génie et la réussite (sociale)

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