Le HPI, un « problème de bourges » ?

Entre deux fiches pour présentation orale, voici un billet qui me tient à coeur.

Que ce soit suite à ma propre intervention dans l’émission Mille et une vie ou suite à celle de deux familles de HPI dans la même émission quelques mois plus tard, les mêmes commentaires incompréhensibles pour moi sont revenus.

Constant, Justine, et moi, malgré nos âges et parcours de vie différents, avons été taxé de la part de spectateurs/spectatrices (sur les réseaux sociaux notamment) d’avoir « des problèmes de bourges », d’être de « pauvres petits enfants riches », etc.

Je vous faisais déjà part de mon incompréhension dans les articles précédents.
Cette fois, j’ai envie de me pencher sur la question pour y réfléchir un peu et comprendre ce qui peut pousser « les gens » à faire cet amalgame ridicule (et faux) et surtout, à estimer que selon notre supposée classe sociale, nous serions exempté de souffrances réelles.
Ou tout du moins, serions-nous prié-e-s de ne pas les exprimer.

Tous des « bourges »

Je résume par ces trois mots quelques commentaires hautement éclairés et argumentés de certain-e-s internautes au sujet de Constand, Justine et/ou moi-même.

J’aimerais, pour commencer, revenir à la définition de bourgeois et bourgeoisie.
Un ou une bourgeois-e est une personne qui appartient à la bourgeoisie.
Et voici les définitions de la bourgeoisies, selon le Larousse en ligne :

def bourgeois
Au dernière nouvelle, nous sommes après la révolution Française (sinon, sérieusement, prévenez moi !).
Quant à la seconde définition, je la trouve bien vague.
« Relativement aisé » recouvre une réalité aussi vaste que le champ des opinions et perceptions des un-e-s et des autres.
On est toujours le relativement aisé de quelqu’un d’autre.

Donc fondamentalement, nous sommes tous « relativement aisé ».
Heureusement qu’il y a le critère du métier, qui vient donner un discriminant.

« Qui n’exerce PAS de métier manuel ».
Je ne sais pas d’où ça vient. J’ai une petite idée, mais je n’ai aucune certitude, donc je vais me contenter d’accepter ce discriminant, même s’il me semble totalement arbitraire.
Il y a des professions où l’on travaille avec ses mains ET où on l’on est souvent « relativement aisé » financièrement parlant.
(Exemple au hasard : kiné. Ou l’artiste peintre qui vend une toile intégralement monochrome 30 000€)
(Oui je suis énervée)

Ces précisions sémantiques étant faites, j’en reviens aux commentaires.
Donc « tous des bourges ».

Mais bien sûr.
D’ailleurs le Haut Potentiel Intellectuel, quand il surgit du néant pour se loger dans quelqu’un, il a une liste de directives et en top priorité il y a marqué que si les parents gagnent moins de (et je n’ai en plus aucune idée de quel chiffre mettre là) XXXX euros/mois, il ne vient pas.
Ah oui, il est super sélectif le HPI.

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Un biais de représentation

Soyons sérieu-ses-x  un peu.
J’ai quand même une hypothèse qui ne dégouline pas de hargne pour expliquer pourquoi ces remarques arrivent malgré tout bon sens.

Qui va chez le/la psy ?
Des personnes prêtes à y aller.
Aujourd’hui encore une grande partie de la population ne voit pas d’un bon oeil d’aller voir un-e psy. Il y a une foule de représentations péjoratives, de faiblesses voir de folies, associées à la démarche de consultation psychologique. Il y a une espèce de blâme social sur celui ou celle qui irait voir un-e psy.

Donc tout le monde ne va pas chez le/la psy.

Et parmi ceux et celles qui seraient prêtes à y aller, il y a tou-te-s ceux et celles pour qui c’est inenvisageable financièrement parlant.

Or c’est chez un-e psychologue que l’on peut vous faire passer le bilan psychométrique qui pourra permettre le diagnostic de HPI.

Donc, celles et ceux qui sont diagnostiqué-e-s sont celles et ceux qui sont allé-e-s voir un-e psy.
Et avec tout ce que l’on a dit précédemment, ce n’est effectivement pas forcément « tout le monde ».

Donc oui, au vu de ces contraintes et critères, il y a plus de personnes avec certains moyens et certains points de vue qui vont chez le/la psy. Et fatalement, il y a plus de personnes qui sont effectivement allées voir un-e psy qui sont diagnostiquées HPI !

Mais le HPI n’est pas réservé aux « bourges » loin de là !

Je vous invite d’ailleurs à revoir les portraits du documentaire de M6 qui le prouve en images.

Le HPI n’a pas de frontières

Le HPIest une caractéristique de naissance. On nait HPI.
Et cette particularité neurologique ne dépend pas de la classe sociale des génteurs/trices et/ou parents.

Le HPI concerne 2,5% de la population.
Sans discrimination aucune de sexe, de genre, de couleur de peau, de confession, de nature de cheveux ou de porte-monnaie.
C’est une loterie de la vie, comme celle qui fait que vous aurez les yeux bleus alors que ceux de vos parents/géniteurs sont noirs.
Comme celle qui fait que vous êtes la seule personne d’un mètre quatre-vingt-dix dans une famille qui plafonne à un mètre soixante.

C’est comme ça et on n’y peut rien.
Oui, on soupçonne un caractère héréditaire et donc génétique, mais il faut bien aussi, une première fois et l’hérédité n’est pas systématique ici.

Le HPI est présent dans tous les milieux sociaux, dans toutes les cultures, dans tous les pays, dans toutes les nations, sur tout les continents, dans toutes les confessions et non-confessions.

La seule dimension du HPI impactée par l’environnement est son expression et son degrès d’exploitation.
Selon ce que la personne HPI aura comme interactions et ressources dans son environnement elle pourra exprimer tout ou partie ou très peu de son potentiel intellectuel. L’histoire de vie peut aussi l’inhiber complètement.
Mais, environnement favorable ou pas, le HPI – quand il est présent – est présent indépendamment de cet environnement.

La souffrance psychologique et émotionnelle se fiche de vos Louboutins

La souffrance émotionnelle, psychique, ne connais aucun critère de sélection.
Et ne pas concevoir ce que vit l’autre comme une source de souffrance selon nos propres critères ne signifie pas que ce n’est pas une souffrance pour l’autre pour autant.
Aucun de nous n’est l’étalon de ce la souffrance humaine, aucun de nous na le monopole de la « juste et décente souffrance ».

Nous avons le droit de penser ce que l’on veut des tourments des autres.
Mais quoi que nous pensions de la souffrance de l’autre, aussi dérisoire nous semble-t-elle, aucun de nous n’est en position de décréter qui à le droit de souffrir et pour quoi.

Quelque soit notre niveau d’efficience intellectuel, quel que soit notre état physique, l’état de nos compte bancaire ou de ceux de nos parents, notre couleur de peau ou que sais-je encore, nous connaissons tous des souffrances.
C’est humain de souffrir et ces souffrances sont à respecter et considérer pour ce qu’elles provoquent chez celui ou celle qui les ressent.

Est-ce qu’il vous parait correcte de dire à un enfant qui pleure parce que sa peluche préférée a perdu son oreille qu’il n’a pas à se plaindre parce que d’autres ont moins que lui ?
Son cœur est brisé à cet instant, et que d’autres et plus ou moins que lui, que sa peluche soit en or massif (ce serait inconfortable mais bon) ou en chiffons recyclés ne change rien à l’affaire.
Il a le cœur brisé. Il souffre et cette souffrance mérite d’être reconnue.

Accepter la souffrance de l’autre, même si elle nous est étrangère.

C’est le même principe pour les adultes. Comme l’enfant, sur l’instant son cœur est brisé. Il/elle apprendra après à relativiser sa souffrance ou à considérer que ça n’en valait pas la peine, ou pas.
Peu importe.

Qu’est-ce que cela nous enlève de simplement accepter la souffrance de l’autre ?
On n’est même pas obliger, pour accepter la souffrance de l’autre de le/la conforter dans ce qu’il/elle, d’apporter du réconfort, ou même de simplement dire quelque chose.
Il nous suffit juste de ne pas nier cette souffrance, de lui laisser le droit d’exister.

Juste ça.

Quand j’ai mangé, j’ai plus le temps de penser.

Alors oui, forcément, quand on n’a pas à se préoccuper de comment nous allons survivre à la prochaine heure ou nuit qui vient, on a plus le loisir de se regarder le nombril psychique.

Evidemment.

Maslow l’a très bien exprimé avec sa Pyramide des besoins.

Néanmoins, quand il s’agit d’un internaute qui critique un-e jeune (je parle de Constant et Justine là) parce qu’il/elle a le « culot » d’exprimer une souffrance psychique passée alors que bon sang « il/elle a tout ce qu’il lui faut ».
Je trouve ça un peu gros.

Le HPI n’immunise pas contre la souffrance psychique.

Et ce n’est pas non plus une espèce de pass-magique qui fait que tout chez nous est plus important que chez les autres… Malheureusement je soupçonne qu’une idée de ce genre flotte dans l’esprit de beaucoup de ceux et celles qui ne connaissent pas le sujet.
Ce qui a pour conséquence d’engendrer ce genre de commentaires vaseux : « le HPI, problème de bourges ».

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11 réflexions sur “Le HPI, un « problème de bourges » ?

  1. Aldor dit :

    Bonsoir,

    Je ne suis pas certain que les commentaires que vous évoquez vaillent vraiment la peine de s’y attarder. Ils sont évidemment stupides et dénués de bienveillance. Quant au fait, que vous mentionnez, que quand on ne sait pas de quoi demain sera fait, à cause du chômage ou de je ne sais quoi, on se préoccupe moins des problèmes éventuellement soulevés par son HPI, parce qu’ils sont moins prioritaires, c’est également, me semble-t-il, l’évidence.

    L’attitude juste, me semble-t-il, consiste à ne pas faire ce que vous reprochez justement à vos interlocuteurs, à ne pas les enfermer dans une caricature, et à montrer à leur égard l’intelligence du coeur qu’ils ne montrent pas forcément à votre égard.

    J'aime

    • Line dit :

      Bonsoir Aldor,

      Merci pour votre commentaire.

      Je m’y attarde parce qu’ils m’ont interpellée. Et j’aime aller au fond des choses. Quand une chose m’interpelle et me touche j’aime comprendre pourquoi.

      Je suis tout à fait d’accord avec vous quant à l’attitude adéquat face à ces commentaires. Néanmoins je ne reprochais rien à personne. Je tentais de comprendre, avec j’espère lucidité sur mes propres émotions.

      Mais oui je râlais et exprimais mon mécontentement ! 😉

      Aimé par 1 personne

  2. Lo_husk dit :

    Bonjour

    Très joli texte.
    J’ai juste à dire que c’est bien la preuve que le message sur la douance n’est pas passé pour ces gens là et qu’il faut continuer d’en parler. Ça prendra du temps et de l’energie mais ça marchera.

    Bonne journée et au plaisir de te lire.

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  3. thirty dit :

    Un jour peut-être je raconterai mon histoire pour donner du courage aux petits HPI qui vivent dans la misère sociale et culturelle. J’en ai bavé dans mon enfance, j’en bave encore, et oui j’ai augmenté ma CSP, malgré moi, juste en raison de mes propensions à faire preuve de résilience… Et oui je peux consulter pour 50 euros la séance, ce que je n’aurais jamais pu même rêver en étant enfant . Et cela pose question, c’est vrai. Elle est peut-être là ma quête…

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  4. thirty dit :

    Cela pose question dans le sens où c’est un budget conséquent si je choisi mon thérapeute et son cadre de référence (ce qui est mon cas).Les personnes qui ne peuvent pas même espérer le faire sont légion.Et cela m’attriste. En revanche il est évident que le psychologue ou autre psycho-praticien est en droit de gagner sa vie, heureusement! Je ne porte aucun jugement, je suis juste triste pour tous les enfants HPI qui s’assèchent, faute de pouvoir avoir un quelconque suivi, je parle en connaissance de cause. Tu comprends?

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  5. Lola dit :

    Cela posé, pour m’être solidement cassé la figure d’un point du vue financier il y a quelques temps, c’est la psy du planning familial qui m’a suivie et c’est grâce à elle que j’ai découvert que j’étais HP (lorsque j’ai quitté le bas de la pyramide de Maslow certes)… Autrement dit, si j’étais restée CSP+ je ne l’aurais probablement jamais su.

    Le psy « de ville » à 50 euros la séance n’est pas la seule alternative pour être suivi par quelqu’un.
    Du coup, ce type de commentaires ouvre finalement à autre chose, ce n’est même pas une question HPI ou pas, mais une question ouverte sur l’accès à un soutien psychologique, et aussi à l’envie d’évoluer, de se connaître, etc…

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