Bien-être au travail pour les AHPI

J’avais lu quelque part, et malheureusement je ne sais plus où, que la solution pour un épanouissement et un bien-être complet au travail pour les personnes HPI était d’être son propre patron, ou bien de pouvoir travailler seul et en autonomie avec l’accord de sa hiérarchie.

Je ne vous cache pas que cette analyse de la situation professionnelle des AHPI m’a un peu heurtée.
Cela réduisait drastiquement les possibilités d’épanouissement et me semblait contradictoire avec ce qui est censé caractériser les surdoué-e-s, à savoir leur capacité d’adaptation et de résilience.

Un horizon professionnel réduit

Si la seule solution d’épanouissement pour une personne HPI réside dans l’autonomie voire l’indépendance, cela ramène, dans un premier temps, les possibilités d’exercice aux professions libérales ou à la direction d’entreprise.
L’une comme l’autre de ces options demande des investissements massifs, que cela soit en terme d’argent ou en terme de temps, et tout le monde n’a pas forcément les moyens (de temps ou d’argent) pour se créer cette condition d’exercice professionnel.

La grande majorité des actifs et actives le sont en tant qu’employé•es.
Dans ce cas, « on » nous recommande le travail autonome, voire solitaire, avec une hiérarchie ouverte et réceptive à nos particularités et les besoins qui en découlent. Ce qui concrètement se traduirait par un-e supérieur-e qui accepte de nous donner, à l’heure des open-space, un bureau individuel, ou des équipements d’isolation sonore voire lumineux conséquent ; des collègues qui respectent notre rythme de travail, acceptent que l’on ne se plie pas forcément aux rites sociaux (repas entre collègues, soirées, cafés, etc) en fonction de notre mode d’activité (lors d’une phase d’hyperconcentration et de productivité, les AHPI sont capables de ne plus boire ni manger, ni aller aux toilettes parce qu’ils/elles sont en train de faire quelque chose qui les intéresse) et restent bienveillant•es avec nous malgré ce qui pourrait les déstabiliser dans notre travail ou notre façon d’être.

Cela peut arriver et j’aime à croire que cela est déjà arrivé. Qu’un•e supérieur•e hiérarchique intelligent•e et bienveillant•e a été attentif ou attentive à la particularité d’un•e employé•e sous sa responsabilité et lui a donné les moyens de s’épanouir et d’exploiter au maximum son potentiel.

Néanmoins, je vois un premier obstacle à cette solution, c’est la divulgation de sa nature différente.
L’annonce du caractère HPI d’une personne à sa hiérarchie n’est pas quelque chose d’aisé. Et parfois même, trop souvent, ce n’est même pas quelque chose de sûr à faire.
Il existe cependant une pirouette à effectuer, si la divulgation de sa particularité est hors de question (pour des raisons qui vous appartiennent et ne se discutent pas) qui est celle de parler d’une condition neurologique particulière, qui s’exprime par une sensorialité différente et potentiellement souffrante/handicapante/ralentissante ou mieux pour le vocabulaire hyper compétitif du travail pouvant « masquer  vos capacités réelles de travail ».

Ceci étant, l’accueil positif de ce genre de déclaration est rare, et qu’il y ait effectivement des actions de prises dans votre sens par la suite encore plus.

C’est donc ce qui m’a fait penser que ce conseil de « travail en autonomie » était quelque peu bancal.

Oublier les capacités d’adaptation des personnes HPI

Je suis convaincue que, plus que la moyenne, les personnes HPI sont capables de résilience et de capacités d’adaptation.
Aussi, dépeindre comme seul avenir possible d’épanouissement des conditions de travail autonomes et très difficiles à acquérir, me semble aussi cruel qu’inexacte.

Il existe beaucoup de personnes HPI qui ne travaillent pas dans ces conditions dites idéales pour elles, et qui pourtant se décrivent comme tout à fait épanouies.
Cela ne signifie pas forcément que leur travail les enthousiasme totalement et qu’elles ne s’y ennuient jamais et n’y rencontrent aucun souci, mais ces personnes trouvent un équilibre avec les autres composantes de leur vie.
Ce qu’elles ne trouvent pas dans le travail pour les nourrir intellectuellement, elles le trouvent ailleurs, dans leurs loisirs ou autres intérêts, ou leur famille, ou que sais-je.

Ne pas en abuser non plus

Néanmoins, comme toute tension, une souffrance même si elle semble minime, ne doit pas être ignorer si elle persiste et prend de l’ampleur.
Aussi, si les inconvénients que vous trouviez dans votre travail deviennent des souffrances, miser uniquement sur votre capacité d’adaptation en vous disant que « c’est supportable » ou que « cela va passer » n’est pas forcément la meilleure stratégie à adopter sur le long terme.
Si effectivement, la souffrance disparait, alors tout va bien, vous avez retrouvé votre équilibre et c’est parfait.
Mais si la souffrance demeure, si les inconvénients persistent, prennent de l’ampleur jusqu’à ne plus s’équilibrer avec ce que vous trouviez positif dans votre travail, alors il convient de ne pas l’ignorer.

Si nous sommes particulièrement adaptables et résilient-e-s, nous sommes donc aussi susceptibles de vivre des tensions psychiques et émotionnelles plus grandes.
Il ne faut pas négliger ce paramètre et ne pas se prendre pour des êtres invulnérables. Parce que nous sommes plus lucides, nous sommes plus exposé-e-s. Et là où les neurotypiques n’ont à faire face qu’à un ou deux points de tension, parce qu’il ne sont pas en capacité de percevoir les autres, leur énergie n’est distribuée que sur deux fronts ; nous nous retrouvons à faire face à des multiples points de tensions, diminuant par la même la quantité de ressources psychique et émotionnelle que nous pouvons allouer à chacun de ces points.
Aussi, nous nous devons d’être vigilant-e-s quant à cette quantité de ressources intérieures que nous utilisons pour résister.

Un épanouissement possible, quoi qu’il en soit

Sans nier qu’il nous est plus facile d’être à l’aise et pleinement épanoui-e-s au travail dans certaines conditions, plutôt que dans d’autres, cela ne signifie pas pour autant qu’il est impossible de vivre cet épanouissement et ce bien-être en dehors des conditions d’autonomie citées en début d’article.

La clef réside en chacun-e d’entre nous. C’est à chacun-e d’entre nous de trouver notre équilibre en nous connaissant et en donnant la priorité à ce qui nous nourrit.
De savoir ce que nous acceptons de vivre, et ce que nous refusons.
Tant au niveau individuel et intérieur qu’au niveau social.

C’est à dire que, pour bien vivre son travail, cela demandera peut-être d’aller à l’encontre de l’attente sociale, avec tout ce que cela a de conséquences. La question sera alors de savoir ce qui est le plus désagréable et ce qui est le plus agréable, pour ensuite agir en conséquences. Si le rejet social est plus insupportable que le désagrément de se prêter à des discussions qui vous désintéressent, ou d’être avec des personnes qui vous ennuient, alors vous opterez pour aller à tous les événements sociaux avec la satisfaction de l’intégration sociale.
Si au contraire, vous retrouver plus de sérénité à vous soustraire à des rites sociaux qui sont vides de sens et que l’ostracisation ne vous gène pas trop, alors vous préférez l’ostracisation et la sérénité.

Aucune solution n’est préférable à une autre en tant que telle, le seul paramètre qui compte est l’équilibre personnel.

Conclusion

Si certaines conditions de travail nous permettent d’être plus épanoui-e-s que d’autres, ne pas pouvoir devenir sa/son propre patron-ne ne nous condamne en aucun cas à une vie professionnelle de malheur et de mal-être.

Il me semble que l’épanouissement personnel et professionnel dépend plus de notre connaissance de nous même et des sacrifices que nous sommes prêt-e-s à faire, que de notre cadre de travail.
Je ne nie pas qu’il existe des situations insupportables, et des contraintes financières très fortes. Parfois l’argent (ou son manque) nous maintient dans une situation délétère.
Mais je crois que s’il y a bien une personne pour y trouver une solution, c’est bien vous, les HPI.

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8 réflexions sur “Bien-être au travail pour les AHPI

  1. Sekaijin dit :

    J’ai beaucoup de mal à me retrouver dans un tel discours.
    La conclusion me laisse un gout amer.
    serions nous condamné à ne pas nous adapter ou à nous sacrifier ?
    De ma très longue carrière je n’ai pas du tout cette vision.
    S’il est des choses que je n’accepterais pas je pense que le commun des mortels non plus.
    Je ne me sens pas avoir fait des sacrifices pour m’intégré ou pour m’épanouir.
    J’ai au contraire tout au long de ma carrière revendiqué mes différences tout en montrant à mes employeurs qu’elles étaient des atouts pour eux comme pour moi.
    « Il me semble que l’épanouissement personnel et professionnel dépend plus de notre connaissance de nous même et des sacrifices que nous sommes prêt-e-s à faire, que de notre cadre de travail. »
    Il dépends surtout je pense de notre propre capacité à partager ce que nous sommes. et cela est vrai pour tout le monde.
    A+JYT

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    • Line dit :

      Bonsoir Sekajin,

      Je ne comprends pas avec quel discours vous n’êtes pas d’accord, je suis désolée ^^’

      Parce que je dis, précisément, que notre nature de HPI ne nous condamne en rien à un environnement professionnel particulier et rare pour notre épanouissement.
      Je suis convaincue que, comme vous nous en témoignez, il est possible pour les HPi de trouver leur place quel que soit le contexte professionnel.

      Bien à vous,

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      • Sekaijin dit :

        « Il me semble que l’épanouissement personnel et professionnel dépend plus de notre connaissance de nous même et des sacrifices que nous sommes prêt-e-s à faire, que de notre cadre de travail. » Ce qui me gène dans cette formulation c’est que cela laisse supposer qu’il nous faut nous connaitre et faire des sacrifices plutôt que de compter sur un environnement propice.
        Si j’approuve le fait que plus on se connaît plus on a de chances de s’épanouir. Je ne me retrouve pas dans le sacrifice. Je ne me sens pas prêt à faire des sacrifices ni sur ce que je suis ni sur ce que je cherche.
        Je pense que nous avons bien plus de chance de nous épanouir si à la place de faire des sacrifices nous trouvons en nous les moyens de faire percevoir nos différences comme des atouts.

        C’est peut-être la formulation qui m’induit en erreur. Je pense que qui que nous soyons HIP ou pas pour nous épanouir au travail il convie de ne pas nous mentir sur ce que nous cherchons individuellement et faire montre de proposition et de partage.

        A+JYT

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        • Line dit :

          Bonsoir,

          Je comprends mieux, merci !

          Ceci étant ce que je dis n’a rien d’universel, c’est une invitation à la réflexion sur un sujet particulier.

          Sacrifice est sans doute un terme un peu fort pour coller à une plus grande variété de situations, j’entends bien.
          Vous pouvez le remplacer par compromis, concessions, jusqu’au degrés de sacrifice.

          Ceci état je crois aussi que nous ne sommes pas tous aptes à bien « nous vendre » si j’ose dire, en tant que HPI. Trouver les moyens de bien se faire voir par son entourage ne dépend pas uniquement de nous (mais oui, nous avons evidemment notre part) et dans le cadre professionnel, certaines personnes peuvent faire face malgré elles à des obstacles que toutes leurs ressources personnelles ne leur permettraient de franchir : je pense au sexisme, au racisme, à la jalousie, au harcèlement, etc.
          De fait, pour les personnes qui rencontreraient ces situations, je ne voudraient qu’elles pensent que leur non epanouissement au travail vienne uniquement d’elles et est de leur entière faute.
          Car ce serait faux, à mon sens.

          Ceci dit merci d’avoir bien voulu prendre le temps de préciser, je comprends mieux.

          Et j’aime quand je comprends mieux. ^^

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  2. Sekaijin dit :

    Comme disait Coluche
    « Dieu a dit : il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux ; mais ça sera pas facile… Et puis il a ajouté : il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur ! »
    😉
    Mon propos visait aussi à faire réagir. Pour les Pintupi comme pour la majorité des Peuples Aborigènes, la notion de bonheur ne peut se concevoir seul. Pour eux il est forcément dans la relation à l’autre. Je suis un peu comme ça. Je pense qu’on ne peut jamais construire quoi que ce soit (et donc pas plus de relation sociale au travail) sans le faire avec les autres.
    Je dis toujours que, quelle que soit la position que vous occupez dans la relation, vous avez toujours votre rôle à jouer. Souvenez vous que dans une relation dominant dominé c’est toujours le dominant qui dépend du dominé. Lui seul peut fixer les limites. Le dominé lui ne peut qu’une seule chose mettre fin à la relation. Je n’ai vu une telle relation au travail qu’une seule fois dans toute ma carrière.
    Même dans ce cas extrême j’ai pu constater que cette relation s’était construite à deux.

    Merci
    A+JYT

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    • Line dit :

      En m’appuyant sur mes études de psychologie, je ne peux pas être d’accord avec l’affirmation que toute relation « dominant-dominé » dépend uniquement du dominé car elle/lui seul pourrait en fixer les limite en y mettant fin ou pas.
      Car il existe un phénomène qui s’appelle l’emprise, qui est quelque chose de très puissant et subtile, qui maintient une victime dans une situation souffrante; ce que l’extérieur prend comme une volonté de la victime alors qu’il n’en est rien.

      En dehors du phénomène d’emprise, il y a d’autres enjeux particuliers dans une raltion déséquilibrée – et je souligne parce que c’est là le point clef – souffrante pour seulement l’un des deux protagonistes.
      Les contraintes financières, morales, parfois physiques, ne permettent pas toujours de mettre fin seul et de son propre chef à une relation souffrante pour nous-même.

      Votre carrière, aussi riche soit-elle, n’est malheureusement le reflet que de vitre parcours de vie unique, et pas une règle universelle. 😦
      Et les relations inégalitaires, malsaines et source de souffrances (plus ou moins grandes ) sont malheureusement légion.

      Néanmoins, oui toute relation se construit à deux. Ceci étant, cette constatation ne saurait s’appliquer sans aucune nuance ni distinction à tous les cas possibles, particulièrement les cas où il y a des violences (psychologiques et/ou physiques).

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