Retour sur la soirée (et nuit) sur le thème du HPI sur M6 – 1/2 « Petits Génies » –

Hier, était diffusée sur M6 une nouvelle émission « Petits Génies » dont le principe est de mettre en compétition dans un concours une vingtaine d’enfants surdoué-e-s.
Ils et elles ont de 9 à 12 ans.
A la suite de cela, la chaîne diffusait un documentaire « Enfants surdoués, quels adultes deviennent-ils ? ».

Vous le savez, ce blog se veut centré sur le sujet des adultes à haut potentiel intellectuel. Il m’a cependant semblé pertinent de regarder les deux émissions, au cas où la seconde faisait d’une façon ou d’une autre référence à l’autre.

Je partage donc avec vous mon retour sur ces deux émissions.

Petits génies, à la découverte des enfants surdoués

Vous pouvez revoir l’émission en replay sur le site dédié de M6, en suivant le lien ici ou plus haut dans l’article.

Un « freak show » ou une foire au monstre.
Pour être honnête, j’ai trouvé cela moins violent que ce que TF1 avait fait en son temps, avec son émission les « Extraordinaires » qui m’avait vraiment mise très, très mal à l’aise.
Ceci étant, je demeure contre ce genre d’exhibition.
Que ces enfants s’amusent dans des compétions intellectuelles, je trouve cela très bien. Il n’y a aucune raison pour empêcher les enfants de s’amuser.
Ce qui me heurte c’est l’exhibition, sous le prétexte fallacieux d’informer.

Pas d’informations ou presque

Car cette émission n’a quasiment pas informé sur la réalité du HPI.
Les référents en matières de HPI sur l’émission ? L’association Mensa, en les personnes de sa porte parole et sa psychologue.
Ces femmes sont tout à fait compétentes dans leur fonctions, je ne mets pas cela en doute une seconde.
Mais MENSA, si vous connaissez cette association, se présente comme une association d’aide à l’épanouissement des personnes surdouées.
Ceci étant ses processus de recrutement ne garantissent pas que toutes les personnes membres soient surdouées.
Je m’explique.
MENSA recrute notamment par des sessions de tests, qui s’inspirent des tests psychométriques. La sélection se fait en se basant sur les performances de personnes HPI à ces tests, je crois.
Le principe étant que, selon MENSA, si l’on réussit les tests d’admission, alors on est censé être à plus de 130 de QIT.
Sauf que les tests de MENSA ne sont pas des stricts équivalents aux tests psychométriques de QI et qu’il n’est pas correct d’affirmer que réussir les tests de MENSA est équivalent à un diagnostic de HPI.
Les test psychométriques de QI ainsi que les critères diagnostiques de HPI sont précis, et il n’est pas possible de faire ce diagnostic en dehors de tests standardisés et d’entretiens cliniques menés comme il se doit.
Le résultat est donc que parmi les Mensan-e-s, tout le monde n’est pas HPI.
(Et je dis ça en étant membre de cette association ! Donc j’ai une petite vue de l’interieur de comment cela marche à peu près.)

Donc, que la référence de l’émission en matière de HPI soit Mensa est déjà un bémol pour moi.

Cette émission n’a donné que très peu d’informations sur le sujet du HPI.
Même si, reconnaissons le, le peu qui a été dit était à peu près juste.
A peu près.
Notamment, lorsque la question a été posée de savoir si on naissait HPI ; la réponse qui a été diffusée était selon moi bancale.
(Je n’accuserai pas la psychologue de ne pas savoir ou d’avoir réellement eu ces propos, parce que je sais que le montage peut faire dire n’importe quoi, et en particulier ce que l’on a pas dit.)
La réponse diffusée, donc, a été à mon sens incomplète et tronquée, de sorte qu’elle en devenait incorrecte.
Si, effectivement, le potentiel intellectuel se développe, se cultive et est sensible à des paramètres environnementaux, la structure cellulaire cérébrale, elle, est de naissance.
Et le HPI c’est aussi ce paramètre d’une architecture cellulaire cérébrale différente : une myélinisation des neurones différente, et une proportion supérieure d’astrocytes (il me semble, à vérifier).
Donc, OUI, le HPI est de naissance et cela ne disparaît pas avec le temps. On naît HPI, on meurt HPI.
Mais oui, aussi, ce HPI est sensible à l’environnement et se développera plus ou moins, en fonction des expériences de vie de l’individu.
Mais on naît HPI.

Peu d’informations donc.
Et quand elles étaient présentes, tout cela n’était que tristement superficiel. J’ai trouvé aussi que l’on entendait un peu trop que les intervenant-e-s de Mensa récitaient un texte appris.
C’est dommage.
Ceci étant, encore une fois, je compatis avec elles, qui ont eu le courage de s’exposer ainsi, et qui ont certainement dû obéir aux directives de la chaîne. Il ne faut pas oublier que le montage fait dire à peu près n’importe quoi à n’importe qui.
Gardons donc à l’esprit que celle qui doit être l’objet de critiques, à mon sens, reste la rédaction de l’émission, et non ses participant-e-s.

De la violence émotionnelle

Je vous disais que j’étais heurtée par le côté exhibition.
Quand on connaît la sensibilité des enfants, leur fragilité émotionnelle, et quand on sait que chez les enfants précoces, le besoin d’amour et de validation est encore plus grand, on ne peut que trembler pour tou-te-s ces petit-e-s.

Voyez-vous, l’émission, dans tout son voyeurisme, n’a pas omis de montrer des enfants en larmes devant leur « échec » aux épreuves, ni face à cette réalité -complètement nouvelle pour certain-e-s – qu’ils/elles ne seront pas toujours les premier-e-s.

Mais moi, je n’ai pas vu ça.

Moi, j’ose dire que j’ai vu ce qui était vraiment, j’ai vu – parce que je l’ai ressenti avec eux, pour eux – ce qui se jouait aussi au-delà de cette compétition.
J’ai vu un enfant effondré de faillir, effondré de décevoir ses parents. Je vu son estime de lui-même s’effondrer parce qu’il a « échoué ».
J’ai vu cet autre enfant voir tout ce qu’il savait jusqu’ici, tout ce sur quoi il s’était construit (son statut de premier) s’effondrer et se retrouver sans sol où poser les pieds, parce que pour la première fois de son existence, il n’était pas le meilleur, le premier.

J’ai vu leur souffrance, leurs doutes, leurs peurs.
J’ai vu aussi, dans leurs regards cette peur terrible, ce message muet à leurs parents : « Est-ce que tu m’aimes toujours ? Est-ce que tu veux bien encore m’aimer même si je ne suis pas le/la meilleur-e ? Est-ce que je mérite encore d’être aimé-e si je ne suis pas le/la meilleur-e ? »

Parce que, ne vous y trompez pas, ce n’est pas l’orgueil de ces enfants qui est touché.
Parce qu’ils n’en n’ont pas beaucoup je crois.
Non, ce qui s’est effondré en eux, c’est leur estime d’eux-même, ces sont les règles même de fonctionnement de leur vie jusque là.
Imaginez, depuis votre naissance, vous constatez quelque chose d’immuable, quoi que vous fassiez, quoi que les autres fassent. C’est toujours comme ça que ça se passe.
Cette évidence devient un fondement de votre existence, une règle de vie, un repère.
Et d’un coup, on retire à l’enfant que vous êtes cette règle.
C’est d’autant plus violent que dans ce cas, c’est de leur identité qu’il s’agit. On arrache, on détruit quelque chose qui leur permettait de se construire en tant qu’individu.

C’était horrible à voir pour moi.

J’ai passé la moitié de l’émission à pleurer.
J’ai pleuré avec eux, pour eux, et sur eux. J’aurais voulu, tous et toutes, sans exception, les prendre dans mes bras, me mettre à genoux pour les regarder dans les yeux et leur dire qu’ils/elles étaient merveilleu-ses-x, qu’ils/elles étaient brillant-e-s, fantastiques.
Que même les plus grands esprits de notre humanité ont fait des erreurs, ont connu des échecs, se sont trompés. Et que c’est précisément cela aussi qui a fait d’eux les grands esprits qu’ils et elles étaient.
J’aurais voulu leur dire qu’ils et elles étaient tous et toutes aimé-e-s, inconditionnellement, sans considération pour leur notes ou leurs trophées.
Que leurs esprits étaient des merveilles, sublimes, et qu’ils et elles pouvaient en faire ce qu’ils et elles voulaient, comme ils et elles voulaient.
Qu’ils seraient formidables, toujours, qu’on les regarde ou pas.

A l’écrire, encore, j’en pleure.

Je sais que j’ai aussi mis des projections personnelles dans cette lecture. Je le sais.
Mais je sais aussi, que même avec ces projections, j’ai vu juste.

Du sexisme et des clichés en bonus

Et comme si cela ne suffisait pas, on a eu droit au renforcement des clichés (sexistes)  sur les enfants surdoués.
Parmi les enfants mis en avant, on compte 4 garçons pour 2 filles. Soit deux fois plus de garçons. Alors que, brièvement dans le reportage, il est bien dit que le HPI concerne autant les femmes que les hommes.
Qui plus est, les deux filles sont présentées comme moins performantes.
Vous allez me dire, elles ont fait moins de points, c’est comme ça.
Et bien je vous répondrai que ce serait vite oublier que le stress influe énormément sur le fonctionnement cognitif, et qu’il y a une vie en dehors de cette émission.
Et la jeune Béline par exemple, en dehors de l’émission, est parfaitement prodigieuse. Bilingue Chinois-Français, elle est multi-championne d’échec en compétition internationale. Elle participe à un concours intellectuel dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle, et qui n’a même pas d’alphabet ! Venez faire un concours en chinois, à la télévision et dont les épreuves se passent devant les autres concurant-e-s et en public (et vos parents alors que vous avez entre 9 et 12 ans !)  vous viendrez me dire comment vous vous en sortez.
Leurs performences dans les situations de stress absolu que représente cette émission, ne sont pas représentatives de leurs potentiels.
On le voit bien avec le petit Paul.
Il est habitué, plus encore que les autres, à la compétition et à l’exigence de travail. Lui ne semble pas trop troublé par le contexte de l’émission (mais je le répète je le soupçonne de traits autistiques très prononcés voir plus, ce qui permettrait aussi une certaine imperméabilité à la pression que représente la présence des autres, des parents, des pairs).
Il semblait plus à l’aise, et je ne m’étonne donc pas de ses performences plus grandes que celles des autres.

Aussi les filles sont toutes aussi brillantes au quotidien, mais j’en suis certaine, ce n’est pas ce qui sera retenu, ni ce qui a été montré.

Quoi qu’il en soit, cette émission relaie les clichés des filles littéraires et des garçons matheux.
Et puis, on a le droit au cliché du premier de la classe.
Ah ça ! Ils et elles sont tou-te-s premièr-e-s de la classe !

On nous vend aussi du rêve en nous présentant des enfants tou-te-s acceptés par leurs camarades de classe et enseignant-e-s.

Alors attention, je suis RAVIE si c’est le cas pour ces enfants. Du plus profond de mon coeur, je suis ravie pour elles et eux, et je bénis sincèrement les ensiegnant-e-s et les enfants qui ont l’ouverture d’esprit et de coeur pour accepter ces enfants tel-le-s qu’ils et elles sont.
C’est merveilleux, c’est formidable et c’est à reproduire massivement.

Mais je crois que pour la majorité, ça ne se passe pas comme ça.
Vraiment pas.

Conclusion

Ces enfants ont emporté mon coeur. Tellement que j’ai même pensé à leur écrire, via la chaîne de télévision, pour leur dire comme ils et elles sont formidables et comme ils le sont en dehors de leur performances cognitives et scolaires.
Je suis admirative de Jean et son ami qui a malheureusement quitté le concours après l’épreuve des cartes, qui manifestaient une confiance sereine et merveilleuse en eux et leur capacités.
Je suis admirative de Béline, qui est pour moi prodigieuse.
Je suis époustouflée par Tia, et la maturité qu’elle dégage. Cette enfant semble si pleine de sagesse !
Enfin, Paul a emporté mon coeur, avec sa tête toute ronde et ses lunettes en écailles.  Et ce je ne sais quoi, qui me fait dire qu’il est doublement différent.

Je souhaite à ces enfants  et tous les autres que cette expérience soit enrichissante, qu’ils et elles en retirent de bons souvenirs et des expériences épanouissantes. Des amitiés même !
Je souhaite aux parents d’avoir pu rencontrer d’autres parents, des spécialistes, de s’être sentis moins seul, d’avoir saisi l’occasion de mieux comprendre leurs enfants.

Mais je n’ai pas d’espoir quant à ce que le grand public a pû retenir, penser et croire du HPI suite à cette émission.
Je pense que cela n’aura rien changé et que les « petits génies » seront encore vus de la même façon : comme des bêtes de cirque, des machines à performances, premier-e-s de la classe. Et c’est tout.

D’autres retour sur cette émission, que vous encourage à lire, car ils donnent à lire chacun une analyse différente du sujet, mais qui ne sont pas du tout incompatible à mon sens  :

Là, un article sur le bolg du site Planète Surdoué.
Ici un autre billet sur le sujet, issu du blog « Les Tribulations d’un petit zèbre ».

Publicités

9 réflexions sur “Retour sur la soirée (et nuit) sur le thème du HPI sur M6 – 1/2 « Petits Génies » –

  1. Lou dit :

    Bonjour,

    concernant MENSA, je suis interpelée par le fait que cette association demande à des HPI diagnostiqués par des psychologues spécialisés de repasser les test ou de présenter un dossier. La dyssynchronie (écart important entre les subtests) fait que par exemple, je n’atteins pas le sacro-saint « 130 ». Pourtant, deux de mes meilleurs amis ont un QI global bien supérieur au mien et ne semblent pas trouver ma compagnie ennuyeuse, lol ! Il u a quelques années, j’ai eu l’occasion de débattre par mail avec un « Mensan » représentant de l’association de ma région (cela donne donc je crois, un aperçu assez sérieux de l’esprit qui anime ce groupe) et n’ai pas été convaincue par ses arguments (il a d’ailleurs mis un terme à l’échange, par lassitude je pense). Je l’ai questionné également sur ce que ces personnes apportaient au reste de l’humanité, quels étaient leurs projets etc. . . la réponse m’a peu enthousiasmée. Enfin, j’ai eu l’occasion de rencontrer un Mensan et j’ai été frappée par sa déconnexion émotionnelle et surtout sa vanité. Il a d’ailleurs été très décontenancé par mes réponses, qui n’avaient rien d’intellectuelle, l’ont piqué au vif et finalement poussé à engager enfin une discussion authentique et humaine. Ces mails et cette rencontre m’ont confirmée dans le fait que je ne tenterai pas d’y entrer. L’univers des HPI est très hétérogène, riche et une « club » qui réduit son accès à l’atteinte d’un seul chiffre est pour moi en total contradiction avec ce qui caractérise (en partie) les HPI à savoir leur décalage par-rapport à la norme,leur curiosité, leur empathie. J’ai des amis de toutes sortes (HP ou non) et je détesterai filtrer mes rencontres de la sorte. ceci n’est bien sûr, que mon point de vue.

    J'aime

    • Line dit :

      Mensa recrute par deux biais : les tests, dont j’évoque le processus dans l’article, et sur dossier.
      Pour ce dernier, il suffit d’envoyer le compte rendu du test effectué avec un psychologue, certaifiant ainsi que vous atteignez le seuil des 130.
      Mais que vous integriez Mensa ar l’une ou l’autre des façons, vous n’avez pas à vous soumettre aux deux.

      Est-ce plus clair ?
      Vous pouvez aussi allé sur leur site pour plus d’informations. 🙂

      J'aime

    • Line dit :

      Bonjour Lou, je vous remercie de vos commentaires, mais j’ai ma petite susceptibilité aussi. :p
      Si je suis ravie d’améliorer mon travail, j’aime aussi que les remarques sur mon orthographe- toutes constructives soient elles – me soit faites en privée.

      Je me corrige dès que je peux, et j’écoute ce que l’on me dit. Néanmoins, quand on pointe mes fautes j’ai très honte de moi. J’ai un peu l’impression d’être envoyée au tableau pour que le monde sache comme je suis nulle.

      Surement de vieux trauma scolaires ! :p

      Aussi, merci pour vos remarques bienveillantes, pourriez-vous à l’avenir me les faire parvenir via le formulaire de contact ?

      Merci à vous ! 🙂

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s