Est-il important de faire « le test de QI » ?

C’est une question que j’ai vu passer de manière récurrente ces derniers temps sur les différents groupes et pages sur le sujet du Haut Potentiel auxquels j’appartiens et que je parcours.

Pour une fois, l’interrogation concernent aussi bien des parents qui s’interrogent à propos de leur enfant, que des adultes en questionnement sur eux-même.


Une question rhétorique
Majoritairement, j’ai constaté que les personnes qui posaient cette question avaient en fait déjà trouvé leur réponse. Et, en substance, c’était non.

Les arguments récurrents en faveur de cette réponse étant que tout le monde est différent, et que se savoir HPI ou douant-e ne servirait selon eux qu’à s’attribuer une étiquette, à s’enfermer dans une définition étriquée de l’être et serait l’expression d’un certain élitisme.

Des étiquettes et des limites :
Voilà ce que semble être le diagnostic de Haut Potentiel pour une partie des personnes qui se posent la question.
Le diagnostic ne servirait, selon ces personnes, qu’à « se coller une étiquette » et réclamer une attention particulière en criant sa différence, et plus précisément sa singularité.

Il me semble qu’il y a là confusion entre le résultat éventuel du diagnostic et la démarche qui amène au diagnostic.
Car ce qui est évoqué comme une étiquette, c’est bien le diagnostic de Haut Potentiel Intellectuel, mais pas la démarche qui vise à faire valider ou invalider des soupçons sur une nature particulière d’une personne. Ce qui est refusé alors, c’est le fait d’être ou de dire que l’on est ou que quelqu’un est HPI.

Nous en arrivons donc à constater que, comme trop souvent quand il est question de HPI, il n’est pas vraiment question de ce dont on parle.

« Nous sommes tous doués à notre manière »
C’est un argument communément cité par les personnes qui considèrent que le diagnostic n’est pas utile ou pertinent.
Autrement dit, nous sommes tous différents et il n’est pas pertinent de savoir en quoi nous nous différencions les uns des autres, si ce n’est pour nous séparer.

Ma petite analyse : 

Derrière le refus du diagnostic, la peur d’être seul•e
Bien qu’exprimé un peu moins souvent que les arguments précédents, les adultes particulièrement, associaient la notion de différence à celle de séparation. Se déclarer ou se découvrir différent-e était pour eux synonyme de se séparer du reste du monde, de tout celles et ceux qui ne seraient pas comme elles/eux.

Cela dit beaucoup, je trouve, de la perception de la différence en générale et de celle d’être surdoué-e en particulier.

Et la peur de ne pas être concerné•e
Qu’il s’agisse des parents d’enfants potentiellement douant-e-s ou d’adultes en questionnement, on ne peut nier qu’affronter le bilan psychométrique (ou « le test de QI ») c’est affronter le diagnostic et donc la réponse à la question : suis-je surdoué-e ?
Réponse qui peut être positive, mais aussi -et c’est là que la difficulté se trouve – négative.

L’éventualité d’une réponse négative est un défi à relever. Cela demande de passer par-dessus ses projections, et surtout, par dessus son ego et ses blessures.

Il est bien plus confortable, parfois, de demeurer dans le doute où tout est possible, (Je le dis en toute connaissance de cause, c’est ma stratégie d’auto-sabotage.) plutôt que de prendre le risque de faire face à cette vérité inchangeable, que l’on n’est pas ce que l’on aurait aimé être. Ou que l’on est ce que nous ne voulions pas être. Ou, pire parfois, que l’on est bien ce que l’on croyait être.

Ma réponse :
Si le diagnostic était si inutile que cela, je pense que les personnes convaincues de son inutilité n’en parleraient simplement pas. Pourquoi critiquer les personnes qui ont fait la démarche ou plutôt celles qui ont décidé de parler du résultat du diagnostic, de leur HPI ou de celui de leur enfant pour tâcher d’améliorer leur qualité de vie au quotidien, avec les autres et surtout avec les institutions et groupes sociaux ?

Il me parait évident qu’un diagnostic du HPI est absolument nécessaire à partir du moment où des difficultés ont été éprouvées et que c’est une des piste soulevées pour les expliquer.
Evidemment, si tout va très bien dans la vie de quelqu’un, si aucun questionnement pressant ou douloureux ou simplement curieux ne survient, la démarche et le diagnostic n’ont aucun sens.
Mais si difficultés ou souffrances il y a, et si le HPI est une des possibilités envisagées, il me semble essentiel de passer un bilan psychométrique complet et d’obtenir un diagnotic d’un•e professionnel•lle.

Avec un diagnostic, on peut comprendre un fonctionnement différent, jusque dans le détail des facilités et des inhibitions intellectuelles. C’est un outil précieux pour comprendre sa façon d’être au monde, sa différence avec les autres, et pouvoir ensuite agir de façon appropriée.
De barrières ou de limites, il n’y en a que si on les pose. Ou que si les autres les posent. Car oui, dire sa nature de HPI c’est- malheureusement – prendre le risque de se voir rejeter.
Mais ce risque ne vient pas du HPI, il vient des projections et des peurs des autres sur le sujet.
Se voir diagnostiqué•e HPI n’oblige en rien à le divulguer à qui que ce soit.

Nous voyons ce que peut donner une vie passée à ignorer sa nature différente, une vie passée à se croire comme les autres et à lutter contre soi-même pour se conformer à ce que l’on croit devoir être.
Cela peut donner des vies entières de souffrance, de questions, d’insatisfaction, d’errance.

Attention je ne dis pas qu’une absence de diagnostic mène forcément au drame quand on est concerné par le HPI.

Mais ce n’est pas parce que l’enfant (de moins de 10 ans dans ce que j’ai pu lire des témoignages de parents) ne rencontre pas de difficultés maintenant, qu’il ou elle n’en rencontrera jamais. Et si, et quand, surviendront ces difficultés, le diagnostic pourrait être une clef précieuse.

Conclusion

Pour les parents effrayés que leur enfant ne prenne la grosse tête en ayant connaissance de sa différence, libres à eux de ne pas le lui dire s’ils le souhaitent (je ne discuterais pas du bien fondé de cette décision, je n’y ai pas réfléchis et ça dépasse largement le sujet de ce blog), mais au moins posséderont-ils une clef pertinente pour adapter leur éducation au plus près des besoins et spécificités de leur enfant.

En ce qui concerne les adultes, les freins finalement sont les mêmes. Peur de la différence, du rejet, du jugement des autres, et surtout de ne pas être concernés finalement.

Le diagnostic, pourtant, est une information précieuse, dont l’absence peut vraiment causée du tort, mais dont la possession en revanche, ne me semble poser aucun problème.

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2 commentaires pour Est-il important de faire « le test de QI » ?

  1. kokowchan dit :

    C’est un sujet vachement intéressant que tu abordes. Pour ma part, je pense que le test peut être intéressant à faire, quelle que soit la réponse. Au moins, il permet de savoir ce que l’on est ou ce que l’on est pas, de « creuser » plus profondément telle ou telle chose chez soi. Je te rejoins sur ce que tu as dit, passer un test de QI juste « comme ça », sans questionnement personnels au préalable, et si on se sent bien comme on est ça sert un peu à rien. Mais après chacun fait comme il veut ! Le truc qui me chiffonne par contre, c’est l’évocation des enfants. Je pense que malgré les peurs des parents, il faut mettre au courant celui-ci de ce qu’il est, en utilisant les bons mots, même si je pense que c’est complexe à expliquer… Enfin, avis personnel.
    Comme tu l’as dit, rester dans le doute est une très bonne stratégie pour éviter de s’effondrer. Ou pour devenir fou (certains ne supportent pas le doute ahah !). Même si, malgré tout, il vaut mieux savoir quelque chose et avancer plutôt que de passer son temps avec des « et si ? ». (Ca me fait rire de dire ça, c’est l’inverse de moi). Après, positif ou négatif, le test ne fait pas tout. Une belle personnalité est plus importante qu’un nombre ! (encore des éclats de rire…)

    Personnellement, si je n’ai pas encore fait de diagnostique, c’est parce que j’ai peur de ne pas être concernée, comme tu l’as dit. C’est vraiment ridicule, je sais ! Mais à partir du moment où certains professionnels ont commencé à émettre l’hypothèse d’un haut potentiel chez moi, alors que je n’y avais jamais songé auparavant (c’était tellement loin de moi, la douance) l’idée que je pouvais peut être l’être à commencé à m’obséder, et je me suis clairement montée la tête avec ça. Je pense limite qu’ils n’auraient jamais du me dire quoique ce soit. A cause sûrement d’un égo surdimensionné (ou d’un immense manque de confiance en moi), le fait de me dire que je ne le suis peut être pas m’angoisse. C’est bête, surtout que la douance n’est pas forcément quelque chose de bien, au contraire elle est souvent mal vécue… Mais c’est plus fort que moi, et je culpabilise de ressentir ça. D’avoir certains moments, honteux, où il m’est carrément arrivé de penser que je pouvais être « supérieure » aux autres (petit paradoxe envers moi-même, qui adore dire que nous sommes tous égaux). Vraiment j’ai honte… Mais malgré cette honte et ce dégoût de moi-même (qui est assez bête pour se sentir supérieur aux autres alors que rien ne le lui prouve ? Surtout que même positif, le test ne nous rend supérieur à personne.) j’ai l’impression que la douance me ferait comprendre tellement de chose sur moi-même ! Ce n’est pas magique, mais j’arrête pas de me dire ça. Et je me dis que si je suis réellement dotée d’un « haut potentiel » peut être que je pourrais enfin prouver aux autres (et à moi-même) que je ne suis pas si stupide… En y pensant, j’ai l’impression d’être superficielle et de ne vivre que pour le regard des autres. C’est absurde. Et le pire, c’est que je m’en rend compte ! Mais je n’arrive pas à changer ce côté là de ma personnalité malgré tout. Peut être que tu trouveras ce petit « témoignage » (si je puis dire) intéressant (j’apporte ma petite pierre à l’édifice). En tout cas, je continue à te lire et me languis ton prochain post ! 🙂

    J'aime

  2. Line dit :

    Bonjour Kow !

    Navrée de répondre si tard, pour une raison qui m’échappe, ton commentaire s’était glissé dans la catégorie de ceux à modérer…Me le rendant inaccessible directement.

    Bref !

    Merci pour ce commentaire.

    Je crois sincèrement que l’on a le droit de se sentir mieux que les autres. Et je pense très sincèrement, que si tout le monde était honnête, sans peur du jugement et sans politiquement correcte comme on dit aujourd’hui, tout le monde admettrait s’être senti mieux que quelqu’un d’autre dans sa vie.

    C’est souvent très circonstanciel, limité à un aspect de la vie ou de la personne, mais il n’empêche que tout le monde à ressenti cela une fois au moins dans sa vie.

    Il n’y a pas de honte à en avoir.

    Ceux et celles qui doivent avoir honte, sont les personnes qui méprisent, maltraitent et rabaissent les autres, parce qu’elles les croient de moindre valeur qu’elles.
    Ça c’est honteux, et méchant.

    Mais pour le reste, je crois que c’est juste humain, et pas bien méchant. 🙂

    Pour ce qui est de dire ou non à son enfant le résultat d’un test psychométrique complet, je ne me suis pas étalée sur le sujet parce que ce blog n’y ai pas destiné.
    J’ai – on s’en doute – mon avis sur la question.
    Mais je ne suis pas parent moi-même, et j’ai conscience qu’entre la théorie et la pratique il y a quand même une marche.
    En tant que parent, on doit se battre avec des affects monstrueux vis-à-vis de son enfant, même quand on est très équilibré-e.
    Aussi, je me garderai de toute suggestion vis -à-vis des parents, sauf si ces dernièr-e-s venaient à me demander directement mon avis.

    La peur du diagnostique, c’est toute une histoire ! 🙂
    Merci de nous partager la tienne.

    C’est ton chemin, ton rythme et il n’y en a pas de meilleur pour toi.
    Par contre, mon avis, c’est que le HPI c’est SUPER BIEN !
    Ok nous vivons dans une société qui nous rend la vie plus difficile, ou oins aisée, que pour la majorité de la population.
    Mais cela est extérieur. Dans une autre société, qui envisage les choses différemment (et qui existe, je pense aux pays nordique et à la culture anglo-saxonne) le HPI est considéré comme un merveilleux atout et est reconnu et même envié (mais positivement, contrairement à ici).

    Donc, sorti de ces considération extérieures et subjectives, ce qu’il reste du HPI c’est quoi ?
    Une pensée plus puissante ( qui va plus vite, plus loin, et « voit » les choses dans leur ensemble), une vie émotionnelle plus intense, une vie sensuelle (je parle des 5 sens, pas de la sexualité) plus intense et donc plus riche (notre physiologie nous donne accès à des sensations que les autres n’ont pas), un imaginaire plus puissant, et même (certains spécialistes l’affirment, je laisse chacun-e se faire son idée) un charme en plus !

    Que demander de plus ? Hein ?

    Personnellement, je trouve que le HPI c’est une bénédiction et je n’échangerai ma place avec une personne neurotypique pour rien au monde ! Rien !

    Mais je comprends ton angoisse. Elle est normale. 🙂
    Si tu souhaites échanger plus sur le sujet, et plus en privé, je t’invite à m’écrire via le formulaire de contact ou via l’adresse mail suivante :
    overthe130@gmail.com

    Bien à toi,

    J'aime

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