Condamné-e à devoir taire ses réussites ?

Cette question fait suite à une expérience personnelle, où, pour résumer la chose, plusieurs personnes se sont senties flouées par des conditions d’examen qu’ils et elles jugeaient impossibles.
Alors qu’ils et elles débattaient de l’impossibilité de la chose et d’une éventuelle requête à la direction, il m’a semblé judicieux de le prévenir que leur argument principal ne tenait pas debout, puisqu’il existait des personnes qui avaient terminé l’examens dans les temps.

Alors que mon intervention n’avait pour but que des les éclairer quant aux éventuelles rejets et contre-arguments auxquels ils et elles pourraient faire face, mon intervention a été prise comme une « leçon de moral » et « présomptueuse » me qualifiant de « super bonne élève depuis toujours », « marginale » et me rappelant que l’on ne pouvait faire une référence de moi.

A ce point j’aurais aimé leur dire qu’on ne pouvait pas plus en faire une d’eux, mais je me suis abstenue, comprenant que mon argumentation purement logique et factuelle avait encore été comprise comme un jugement.

Cette éinième itération de l’incompréhension des autres face à mon discours, et leur réaction très orientée sur nos réussites et échecs respectifs, m’ont amenée à me poser cette question :
Sommes-nous, en tant que surdoué-e-s, condamné-e-s à ne jamais devoir dire que l’on a réussi là où les autres ont échoué ?

Il semblerait que toute manifestation d’une réalité alternative à la leur les plonge dans un profond désarrois et déclenche une vague d’hostilité manifeste et importante vis-à-vis de celui/celle qui ose faire mieux.

Je ne vous cache pas que j’ai été peinée de leur réaction. Surtout que ça en arrive aux insultes, même déguisées.
Surprise, non. J’ai trop l’habitude qu’on ne comprenne rien à ce que je dis, de devoir m’expliquer sans cesse, jusqu’à fournir un niveau de détail qui me parait absurde tellement il est évident.

Et puis je me rappelle.
Je me rappelle que ce qui me semble d’une évidence absolue, n’effleure pas forcément l’esprit des autres.

Mais vous savez quoi ? J’ai rarement eu de pensées aussi triste que celle-là.
Cette pensée, et toute sa réalité, me font beaucoup, beaucoup de peine. Parce qu’elle me fait entrevoir un avenir sans possibilité pour moi, de partager mes réussites, mes si rares réussites, si elles ne sont pas aussi celles des autres.

Comme s’il m’était refuser le droit « d’y arriver ». Comme si moi, je n’avais pas le droit de réussir, de briller, d’être « la première » pour une fois, une seule fois…
Alors que tou-te-s les autres si.
Comme si leur réussite à eux était mieux que la mienne.
Comme si elles et ils méritaient plus de pouvoir être fier d’eux, d’être reconnus pour quelque chose de bien.

Parce que nous sommes né-e-s avec des capacités différentes, alors il faudrait que nous taisions nos réussites ?

J’ai compris que les autres n’aimaient pas entendre que quelqu’un avait réussi là où ils/elles avaient échoué.
Mais est-ce pour autant une raison de nous réduire au silence, de nous dénier le droit de dire que nous avons réussi, quand ce droit est accordé à d’autres ?

Je crois que c’est très lié à la culture française, où toute forme de réussite semble suspecte. Ou bien qui n’autorise la réussite que selon des modalités très précises.
Comme si c’était mal de réussir.

En tout cas, c’est mal vu de le dire.

Alors que faire ?
Comme toujours c’est selon chacun-e. Garder le silence c’est s’épargner bien des peines et des blessures et certainement préserver une vie sociale acceptable.
Dire c’est s’exposer et risquer les insultes, le rejet, le jugement, et qu’on nous prête des intentions qui ne sont pas du tout le nôtres.

Moi j’ai choisi de dire.
Parce que j’ai décidé d’ouvrir une voie, et de montrer qu’il était possible d’être HPI sans avoir ni à le cacher ni à en avoir honte.
Je ne dis pas que c’est là le seul bon moyen d’être et de vivre. C’est un moyen.
Je le fais simplement parce que peut-être, aujourd’hui, demain, ou jamais, quelqu’un aura envie d’exister sans avoir à cacher sa nature de HPI.
Je ne dis pas que c’est sans conséquences, je voudrais juste montrer que c’est possible.

Je fais des erreurs, évidemment. Et je suis une tête de mule quand je m’y mets. Mais je sais que n’ai pas tort de vouloir être ce que je suis librement et de vouloir vivre ma différence et la partager.

Alors non, je ne me tairais pas.
Si nous, les HPI devons apprendre à vivre avec les lambda, ils devront apprendre à vivre avec nous aussi.
Et ça commence en sortant de l’ombre et en montrant qu’on existe.

Je vous invite à visionner X-Men 2, qui s’appuie sur cette idée : les mutants ne devraient pas avoir à se cacher, ne devrait pas être rejetés pour leurs capacités extraordinaires.
On ne peut empêcher les gens d’avoir peur de ce qui ne leur ressemble pas, mais on peut apprendre à vivre ensemble et à s’accepter.

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9 réflexions sur “Condamné-e à devoir taire ses réussites ?

  1. tadounette dit :

    comme je me retrouve là … comme si réussir sans avoir donner l’air d’en chier autant que les autres n’était pas permis ! Partager une connaissance c’est se voir accusé à coup sur de vouloir se la péter … alors on se tait !
    mais aujourd’hui j’ai décidé de marcher dans vos pas et de ne plus me taire … tant pis pour ceux qui n’aiment pas … au moins je vais leur donner une vrai bonne raison de me détester ! lol

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    • Line dit :

      J’ai ri en lisant votre commentaire, merci !
      Sans vous encourager à vous faire des ennemis, je vous félicite pour cette prise de position pour vous-même.
      Je ne peux que vous soutenir dans cette démarche de vous donner et vous reconnaitre l’espace qui est le votre, le droit d’être telle que vous êtes. Et que l’on vous aime, ou que l’on vous déteste pour ce que vous êtes. 🙂

      Ce n’est pas facile, que ce soit la démarche ou ses conséquences, mais pour ma part, j’y ai trouvé un nouvel équilibre, et une vraie liberté.

      Beaucoup moins de relations sociales, c’est sur, mais plus de liberté (et de regards en biais aussi):p

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  2. Thirty-one dit :

    Les  » lambdas »? Elle me gêne cette expression. On est tous des lamdas non? Mes capacités cognitives ne sont pas mon identité. Et d’autres personnes ont des capacités et des intelligences ( car certaines ne sont pas évaluées avec la WAIS) que je n’ai pas du tout. J’ai lu aussi que tu surnommais des gens les  » bas de plafond ». Cela me gêne, à moins que cela soit de l’humour.Je ne comprends pas parfois 😕

    Sinon oui, il faut, selon moi, dire ses réussites si l’on en ressent le besoin. Les personnes qui valent le coup seront contentes pour toi.

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    • Line dit :

      Bonjour Thirty-one !
      Comme tu l’as lu, c’est écrit, j’ai choisi lambda comme on aurait pu dire x ou y, mais je préfère lambda.
      D’abord c’est grec, et j’aime bien cet alphabet.
      Ensuite dans la langue française, lambda signifie ordinaire.
      Ici la différence sur laquelle j’insiste (et insister n’est pas la juger meilleure)c’est la neuro-atypie liée au HPI dont un indice est un,QI dut « tres supérieur « . Cette appellation étant celle des,statistiques pas la mienne.

      Enfin, bas de plafond est une expression que j’emploie, que tout le monde emploi, sans rapport direct avec le QI.
      Soyons honnête, nous trouvons tous des gens que l’on croise, voit, et ou coitoie « bas de plafond »
      C’est une réalité on est tous le bas de plafond de quelqu’un!

      Enfin je n’adhère pas aux intelligences multiples.
      Aucune études n’a prouvé cette théorie américaine.
      Pour moi il s’agit de talents et pas d’intelligence.
      J’ai un article en préparation sur le sujet.

      Ne voit jamais dans mes propos des jugements. Car il n’y en a pas. Et quand il y en a, je le dis très très clairement. 😛

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  3. Thirty-one dit :

    Merci pour ta réponse. D’extérieur, cela semble être un jugement. J’entends mieux ton propos à présent .Je suis en passe de prospecter justement ce qui se dit sur  » Les intelligences multiples » au niveau de la recherche et m’atteler à lire Gardner.C’est fou que tu m’en parles! En revanche je ne parlais pas de ces intelligences en particulier. Comment définis-tu l’intelligence? Pour moi, si je l’explique le plus simplement du monde, je dirais que c’est une capacité particulière à trouver des solutions. Alors je me dis que même si la WAIS a révélé chez moi une précocité, je ne réussis pas à me diriger par exemple, je me sens handicapée du sens de l’orientation, du sens de l’organisation également…. Et je trouve que de s’organiser c’est intelligent, de même que de trouver la sortie lorsqu’il faut fuir… C’est mon point de vue du moment 😁

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    • Line dit :

      Ah c’est l’éternel débat sur « lintelligence » ! Et je te répondrai (pour la blague) comme Binet (créateur du test) l’a fait à son époque : « Qu’est-ce que l’intelligence ? Ce que mesure mes tests ! » :p
      Non plus sérieusement, pour avoir vu ce que c’était que de scorer au Weschler à la limite moyenne/basse, plus proche de « bas » , je peux te dire que le test de QI mesure vraiment bien l’intelligence.

      L’intelligence c’est, pour moi, la capacité à résoudre un problème (arithmétique ou pas hein…Genre, j’ai un bonbon dans une boite fermé, comment je prends le bonbon) , avec rapidité et efficacité.
      Ce qui demande des capacité de mémorisation, d’imagination, d’abstraction et de communication.

      C’est donc ça l’intelligence pour moi.
      Mais si tu veux échanger plus avant, envoie moi un mail avec la rubrique contact, je pourrais répondre à toutes tes questions qui demandent beaucoup de devellopement. 🙂

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