Le dire, le redire et le crier s’il le faut

Je sais, je sais, je devrais bosser mes exams. Je le fais, pas autant que je devrais mais je le fais.
Mais là, tout de suite, j’ai besoin de vous dire quelque chose : je suis plus intelligente que beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde ici.

Je l’ai déjà dit, je sais. Mais laissez moi vous expliquer pourquoi là, c’est une urgence absolue.

Vous le savez peut-être (pas) je suis féministe.
De toute façon quelle personne humaine sur terre n’est pas féministe ? Parce qu’être féministe c’est « simplement » considérer les femmes comme des personnes à part entières. Normalement, à moins d’être le/la dernière des dangereux monstres sans âmes qui traînent sur terre, tout le monde est d’accord sur le fait que toutes les personnes sont égales entre elles.
En pratique, il y en a des gens pour penser que les femmes sont vraiment inférieurs aux hommes. Alors ce n’est pas toujours de leur faute et ces personnes n’en n’ont souvent pas conscience. Mais c’est facile de savoir si on en fait partie ou pas : est-ce que pour vous l’expression « comme une fille » est synonyme de médiocrité voir de nullité ?
Si oui, alors c’est que vous avez intégré l’idée qu’être une « fille » (même pas une femme, vous noterez qu’on n’a même pas le doit d’être adulte dans l’histoire) c’est moins bien.
Moins bien que quoi ? Bah comme dans notre espèce il n’y a pas 36 alternatives, mais seulement 3 dont une infertile et proprement mutilée depuis des centaines d’années pour correspondre à l’une des deux autres, on comprend que « être une fille » c’est moins bien qu’être un garçon.

C’est aussi simple et triste que cela.

Quel rapport avec le fait que j’ai envie de hurler que je suis plus intelligente que plus de 99% de notre population ?
Parce que ce rapport de hiérarchie arbitraire et injuste me fait terriblement souffrir et que les jours où cette souffrance vient à bout de ma patience, j’ai juste envie de répondre à la domination par la domination.  J’ai juste envie d’écraser dans la face de ceux qui se croient supérieurs par leur simples appareils génitaux, que je leur suis TELLEMENT plus supérieure qu’ils ne croient l’être à moi.
Je veux leur retourner la souffrance qu’ils m’infligent, l’humiliation qu’ils distillent sans même y penser, je veux leur retourner la monnaie de leur pièce et je veux les toucher avec les armes qu’ils utilisent contre moi. Contre nous, les femmes.

Vous connaissez le mensplaining ? Ou la mecxplication en français ?
C’est quand un homme vous coupe la parole pour vous dire qu’il s’y connait mieux que vous sur un sujet qu’il ne maitrise pas, mais dont vous êtes experte, juste parce que c’est un homme.
C’est quand un mec vous demande de vous taire, plus ou moins élégemment et respectueusement, simplement parce qu’il ne veut pas vous écouter. C’est toute les fois où en réunion, on a préféré demander à votre collègue Paul ce qu’il convenait de faire pour la suite du dossier que VOUS avez géré. C’est toutes les fois où Paul ne vous a pas laissé en placer une en réunion, et où les patrons (pas qu’il n’y ait pas de femmes patronnes, mais le mensplaining se fait par des hommes) n’ont pas relevé ni jugé bon de vous écouter.
Tout ça étant encouragé par les croyances patriarcales et misogynes qui sont que les « la compétition, c’est pour les hommes. Dans le milieu des affaires, il faut être combatifs, s’imposer et les femmes sont trop douces pour ça ».
Facile à dire, quand à chaque fois que l’on s’impose, que l’on coupe la parole, ou que l’on « ne se laisse pas marcher sur les pieds » comme ces messieurs, on nous accuse d’être hystérique ou (la réplique qui pourrait me pousser à verser du cyanure dans le café de son auteur) « que l’on a nos règles ».

A tous ces hommes qui se croient tellement plus intelligents parce qu’ils ont un pénis, je voudrais les écraser de toute MON intelligence, tellement supérieure à la leur. Supérieure selon les chiffres, la science, les données, les échelles…Un truc bien objectif, inattaquable à leurs yeux.

Vous comprenez surement un peu mieux, aussi, pourquoi je tiens très fort à ce que cette caractéristique de « + » dans l’intelligence des surdoué-e-s ne soit pas gommée, et soit réclamée haut et fort.
Tout particulièrement pour les femmes.

Parce qu’on nous répète, directement ou non, que nous sommes « moins » que les hommes.
C’est FAUX.
C’est FAUX.

Les hommes sont aussi intelligents que nous.
Pourquoi je le dis comme ça ? Parce que dans ce sens, c’est eux qui doivent se hisser à notre niveau, et nous, les femmes qui constituons la référence.

Je ne veux pas inverser l’oppression, je veux qu’on en prenne conscience.

Je veux que plus aucun petit garçon ne fonde en larme parce qu’on l’a comparé d’une manière ou d’une autre à une fille. Quel mal y a-t-il à être une fille ?

Je veux que toutes les femmes et filles se sentent capables et légitimes pour être Présidente de la République, pour être Prix Nobel de Physique, pour être la Plus Grande Artiste de ce siècle et des autres.

Je veux que nous soyons libre d’être ce que nous sommes. Sans crainte pour nos vie ou notre intégrité.

Parce qu’aujourd’hui notre culture patriarcale déteste et méprise les femmes, nous sommes violées, battues, tuées, persécutées, humiliées, restreintes dans nos libertés.
On nous suit dans la rue, on nous regarde comme des objets, on nous insulte, on nous enjoint de nous habiller et de nous comporter en fonction des hommes plutôt qu’en fonction de nos désirs. On nous explique que nous sommes coupables quand nous sommes agressées. On s’emploie à nous expliquer comment vivre et faire les choses. Parce qu’on considère qu’on ne sait pas faire, ou qu’on est trop bête pour cela…

Alors oui, je continuerai de dire que je surdouée, très surdouée même.
Quitte à me faire regarder de travers, je m’en fiche ou plutôt je suis prête à endurer de me faire voir comme une prétentieuse méprisante.
Qu’importe, je sais que je ne le suis pas.

Moi je veux ouvrir la voie. Je veux ouvrir la porte à celles qui n’osent pas.

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11 réflexions sur “Le dire, le redire et le crier s’il le faut

  1. Emma dit :

    Merci pour ce coup de gueule ❤

    J'avais dû quitter un mari devenu violent, maintenant en construction d'un deuxième couple, je me demande si les quelques blagues ou réflexions mysogines ogurent d'une violence latente envers moi femme, ou moi femme thqi… Difficile de savoir si à long terme, cette sur-intelligence ne rend pas son conjoint misérable, et du coup violent.

    As-tu une expérience sur la question?

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    • Line dit :

      Merci pour ce commentaire. ❤

      Je suis navrée d'apprendre qu'une telle épreuve t'as été imposée, et si tu me permets, je te félicite de t'en être sortie. C'est très courageux.

      La seule expérience personnelle que je pourrais relier à ta question, toute proportions gardées évidemment, c'est mon avant-dernière relation. Mon copain de l'époque m'a quittée parce que j'étais "trop intelligente". L'ironie de la chose c'est que je ne connaissais pas ma nature de HPI à ce moment là.
      Qu'aurait-il dit s'il avait su ?

      Je pense que de toute façon, toutes actions et attitudes misogynes visent l'intelligence des femmes.
      Le statut de HPI (re)connu peut être prétexte à renforcer cette violence.

      Mais je pense réellement que rien dans notre nature de HPI ne peut être responsable de l'attitude de l'autre.
      Ce serait comme de dire que c'est le fait d'être blonde qui génère une violence chez l'autre…

      Non, ce qui provoque la violence chez l'autre, c'est l'autre : ses blessures, ses insécurités, son éducation, etc.

      La seule chose qui pourrait faire que je le HPI génère cette violence serait qu'on rabâche à cette pauvre personne qu'elle est tellement plus stupide que nous…

      Mais je doute que tu sois dans cette situation. 🙂

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  2. Nicolas dit :

    Bonjour,

    Je me permets en tant qu’homme de me risquer à m’engager sur ce terrain très glissant. (je viens de voir que le message date un peu :s)

    Évidemment, tout comme tu l’as décrit, je suis féministe, comme à peu près tout les gens que je connais (ceux que je fréquente en tout cas).

    Là où je risque de me faire taper sur les doigts est qu’il y a effectivement occasionnellement des hommes qui sont comme tu le présentes. Néanmoins, c’est une minorité, encore une fois, dans le milieu où j’évolue. C’est peu être une question de contexte.
    A la limite sur ce point je veux bien te faire confiance aveuglément, n’ayant jamais été une femme de ma vie (et ayant déjà lu ce genre de témoignages).
    Par contre, il faut savoir que ce n’est pas, il me semble, le fait d’être une femme qui provoque le fait qu’on te coupe la parole ou qu’on ne présume pas que tu sois capable (de répondre ou de faire). Ça m’est arrivé une multitude de fois et je connais d’autres hommes à qui s’est arrivé, simplement parce qu’ils avaient une attitude plus humble ou plus effacée selon les cas. Malheureusement, pour les décideurs, c’est cette attitude de domination qui semble donner l’illusion de la compétence.

    Évidemment je comprends totalement cette envie de crier qui t’anime, c’est légitime. Personnellement je l’ai eu de nombreuses fois également (quelque chose d’équivalent du moins). Je n’ai, à ce jour, pas trouvé de solution autre que de s’entourer de personnes un peu plus fines que celles que tu décris.

    Je comprends pas pourquoi tu dis que les femmes constituent la référence par contre.
    C’est assez logique puisque, d’après mes vagues souvenirs de SVT, l’homme est une « femme modifiée » au sens biologique grâce au gêne SRY. Mais comme tu n’as pas indiqué ta raison, je préfère demander.

    Nicolas

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    • Line dit :

      Bonjour Nicolas,

      Super ! Un allié féministe qui lit mon blog, coool ! 🙂 Heureuse de te compter parmi les lecteurs et lectrices de ce blog.

      Il a été démontré par des études sociologiques américaines, mais aussi par des études françaises que les femmes sont beaucoup plus confrontées au fait d’être interrompues, ou de voir leurs compétences sous-employée que les hommes.

      Tu as du en entendre parler, ça s’appelle la « manteruption », pendant le de la mexplication ou « mensplaining ».

      Voici l’études américaines en question :
      https://hbr.org/2017/04/female-supreme-court-justices-are-interrupted-more-by-male-justices-and-advocates

      Deux articles de vulgarisation qui se base sur cette étude (en français ceux-là) :
      http://www.cadre-dirigeant-magazine.com/reussir-en-entreprise/vie-quotidien-cadre/femmes-se-couper-parole-phenomene-manterruption/

      https://start.lesechos.fr/actu-entreprises/societe/le-phenomene-manterruption-la-parole-des-femmes-confisquee-9333.php

      Un très bon article de blog sur le sujet du « manterupting » :
      https://antisexisme.net/2012/07/08/genre-et-parole/

      Et enfin quelque chose de plus engagé et créatif :
      https://creapills.com/illustrations-artistes-manterruption-20170315

      Le « not all men » est une illusion malheureusement. Quand on se penche sur les faits, les fréquences de temps et de taux de parole sont accablantes. 😦
      Toute femme y est exposée de fait, parce que c’est systémique. Ensuite, l’expérience et l’analyse d’une personne appartenant à la classe dominante de la société sera toujours biaisée par cette appartenance et le sentiment que « tout le monde est traité pareil » induit par cette appartenance. Ne vivant pas l’oppression en question, il est difficile de l’identifier, puis une fois identifiée, d’en mesurer l’ampleur.

      Alors évidemment je ne dis pas que toutes interruptions de parole est due uniquement à mon sexe/genre d’appartenance. Mais bien que mon sexe/genre d’appartenance joue dans le processus. Si j’étais un homme cis-genre (blanc et hétéro de préférence) je serai de 4 à 10 fois interrompu dans des réunions, ou groupe de travail, et on me demanderait quelque chose comme 3 à 4 fois plus mon avis.

      Ça c’était pour la partie « parlons féminisme, parce que c’est bien d’en parler et qu’il FAUT en parler. ». 🙂

      Pour répondre à ta question, je parle d’un rapport d’intelligence en fait. Comme je me classe dans les 0,1% des personnes THQI, il y a 99,9% pour que la personne en face de moi (et dans le contexte de ce billet, un homme qui se croit supérieur à moi en tant que femme parce que le patriarcat lui a mis ça dans le crâne) soit moins intelligente que moi. Et que donc, sur la base de l’échelle du QI, « je lui sois supérieure », ou plus précisément que mes capacités intellectuelles soient (largement) supérieures aux siennes.

      Est-ce que ça répond à ta question ?

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  3. Nicolas dit :

    Je suis féministe au sens où je considère hommes et femmes à égalité dans les droits mais je suis loin d’être expert sur le sujet. Par contre je trouve que l’on est très différents dans notre nature avec des forces et faiblesses différentes.

    Pour en revenir au sujet, je me dis que ce « fait » est probablement plus lié à l’image de la femme dans notre société. L’intelligence et la femme ne font pas assez souvent bon ménage dans les médias, on a facilement la représentation d’un scientifique ou d’un expert, moins de son équivalent féminin.
    Cela dit je maintiens que ça me semble plus être une question d’attitude. Les femmes étant, en moyenne, moins agressives, on retrouve cette réserve plus souvent chez elles et donc ce comportement (que je ne cautionne pas évidemment) chez certains de leurs interlocuteurs/employeurs.

    Merci pour les liens et cette explication, je vais continuer d’explorer ton site qui m’a l’air très intéressant !

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  4. Nicolas dit :

    De retour 😉

    J’avais bien compris que statistiquement, la plupart des personnes en question avaient (très) probablement un QI moins élevé que toi et donc, logiquement, ça ne leur donnait pas le droit de se croire supérieur (je synthétise pour ne pas repartir dans un roman). Je suis d’accord sur le principe, même sans la composante QI ça ne serait pas non plus acceptable.

    Ce que je n’ai pas compris c’est pourquoi « les femmes » devraient constituer la référence plutôt que « les hommes » (et vice-versa).

    Je pense qu’on est d’accord sur le reste, je n’en rajoute pas 😉

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    • Line dit :

      Bonjour, là c’est moi qui ne comprends pas. Quand est-ce que j’ai dit que les femmes devraient constituer la référence? Et la référence de quoi au juste ?
      Sinon, globalement, je dirai que si ça ne choque personne que le masculin soit considéré comme le genre universel dans le langage (droits de l’Homme, par exemple) il ne devrait pas être plus problématique d’envisager aussi le féminin comme genre universel. Si l’on considère que l’un n’est pas meilleur que l’autre, évidemment.

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  5. Nicolas dit :

    Désolé j’ai dû mal m’exprimer. C’était extrait de l’article, c’est vrai qu’il est récent pour moi mais ça fait un moment que tu l’as écrit. Voici le paragraphe entier :
    « Les hommes sont aussi intelligents que nous.
    Pourquoi je le dis comme ça ? Parce que dans ce sens, c’est eux qui doivent se hisser à notre niveau, et nous, les femmes qui constituons la référence. »
    (comme j’ai l’habitude des malentendus, je précise que je ne suis pas dans le jugement/la critique, je cherche juste le fond de ta pensée)

    Pour l’anecdote quand j’étais enfant, je me suis trouvé dans un groupe avec uniquement des filles et l’encadrant a parlé au féminin pour le groupe. Sur le coup ça m’a surpris (j’avais 7 ou 8 ans) ensuite je me suis dit que c’était assez logique vu que j’étais en minorité. Certain•e•s utilisent ce fameux point • mais je ne le trouve pas très pratique sur le clavier et source d’ambiguïtés à l’écrit. Ajuster le masculin ou féminin en fonction du contexte (par exemple les plus nombreux d’un groupe, dans mon exemple) me paraitrait une alternative acceptable. J’ignore s’il existe une solution à ce soucis

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    • Line dit :

      Ah oui merci !
      Oui donc je faisais référence aux fait que par habitude langagière le masculin est le genre de l’universel et le féminin celui du particulier. De même on met souvent « les hommes » avant « les femmes » dans une phrases.
      Il est plus commun de lire et ebdre « Hommes et femmes se sont dirigés vers la sortie » que « Femmes et hommes se sont dirigés vers la sortie » par exemple.
      Ainsi, en français, le masculin et ses représentants humains, les hommes, sont souvent considérés comme la référence, le « par défaut » ou « de base » et le féminin comme une variation de cette universalité, l’exception à la règle de base qui demande à être précisée.
      Exemple: « une femme médecin »/un médecin.
      C’est à cela que je faisais référence et c’est ce qui a motivé l’inversion de l’ordre.
      Est-ce plus clair ?

      Quant à la grammaire et syntaxe, il existait jusqu’au 16e siècle la règle d’accord de proximité : On accorde en genre les adjectifs en fonction du nom le plus proche auxquels ils se rapportent.
      Exemple: « Des camions et une voiture vertes » et « Des chaussures et un marteau violets »
      Quant au point médian, une loi/norme va passer sous peu prescrivant la production de clavier avec une touche faisant apparaitre le point médian (comme les autres ponctuations déjà existantes).

      Voilà 😊

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