Empathe et insensible

Un commentaire sur ce blog (oui il n’y en a pas 36 000 non plus) m’a permis de mettre le doigt sur un étrange paradoxe que j’incarne.

Je dis « je » parce que je ne saurai parler que de moi, et je me garde bien de penser que tout le petit univers du HPI fonctionne comme moi.

C’est le paradoxe de l’empathie et de l’insensibilité.

Souvenirs

Je vous ai déjà confié ailleurs sur ces pages que certaines personnes de mon entourage voyaient parfois en moi un monstre d’insensibilité.
J’aimerais prendre quelque lignes pour avertir les parents d’enfants HPI qui tomberaient par hasard sur ce blog (et qui ne seraient pas eux-même AHP) : ne dites jamais à votre enfant qu’il/elle est un monstre ou qu’il/elle est insensible. Ne le dites jamais, ne le lui faites jamais comprendre et surtout, ne le laisser jamais voir/comprendre/croire que vous pensez/ressentez cela.
Je sais que je vous demande beaucoup. Qu’on controle difficilement ce que l’on ressent et qu’un enfant HPI est très difficile à duper.
Mais pitié, si vous pouvez essayer, n’imprimer jamais en lui/elle ce sentiment terrible de ne pas être humain. De n’être qu’une chose étrangère et froide, incomprise et redoutée.
S’il-vous-plait.

Personne ne m’a jamais dit, textuellement et mot à mot, que j’étais un monstre ou insensible. Un regard et des silences suffisent largement à dire ce genre de choses. Si jamais les paraphrases du type « Mais comment peux-tu dire ça ? » ou « Mais c’est méchant » ne suffisent pas.
Cette expression sur le visage aussi, des yeux qui s’ouvrent plus grands, des sourcils qui se haussent, un peu plus effrayés qu’interrogateurs. Et ce plis dans la bouche. Une bouche qui retient les mots « méchants » mais ces yeux qui hurlent ce que l’esprit pense.
Et nous, enfant sentinelle, qui entendons le silence, qui comprenons tout : les pensées, les peurs.
Nous voilà étrangers aux yeux des notres, nous sommes le monstre qui effraie.

Je n’avais donc pas besoin des mots pour comprendre que parfois, on me prenait pour un monstre insensible.
Je ne comprenais pas pourquoi et c’était très douloureux et frustrant (comme tout ce que je ne comprends pas d’ailleurs). Mais cette absence d’explications n’empêchait pas le phénomène de se reproduire, encore et encore. Alors il fallait bien l’accepter.

Je l’ai tellement accepté que j’ai fini par y croire.
J’ai fini par croire que j’étais quelqu’un de méchant au fond. J’ai même eu peur, devenue adulte, d’être une psychopathe qui s’ignorait. Je me voyais déjà me transformer en Moriarti féminine sous le coup d’un choc ou d’un ennui profond.
J’ai fait rire ma psy presque aux éclats quand je lui ai posé la question.
C’est là qu’encore une fois, elle m’a sauvée.

Du moins, elle a sauvée une partie de moi. Encore.
Elle m’a expliqué que je ne pouvais pas devenir psychopathe. En tout cas, pas tel que défini par la psychologie. La personne psychopathe est une personne incapable (par trauma ou par nature physiologique) de ressentir ou de se représenter la souffrance des autres.
Mon « problème » serait, toujours selon ma psy, de l’ordre inverse. Très empathique et parfois « trop » altruiste pour mon propre bien.

Ainsi donc je n’étais pas ce monstre insensible que je croyais.

Paradoxe

Pour autant, je dois dire que moi-même, parfois je me trouve dure.
Pas insensible, parce que je perçois les sentiments de l’autre en face de moi. Mais lorsque je suis lancée dans une joute oratoire, ou carrément une agression verbale que l’autre appel débat, je peux ne pas m’arrêter malgré les failles que je detecte chez l’autre.

Souvent, je sens que l’autre est agressé et je « sais » ou comprends pourquoi. Ce sont rarement mes propos qui sont en cause, mais plutôt leur blessure, leur ego ou que sais-je.

Aussi, quand je me sens agressée, injustement accusée ou prise à partie, je réplique en ne me préoccupant plus de bien-être émotionnel de l’autre.

En cela, je suis « insensible ». Du moins je ne considère pas les émotions de l’autre.

Ce qui m’apparaît absolument atroce. Pourtant, dans certains cas, je me sens « en droit » de le faire. Comme si les circonstances, l’attitude antérieure de l’autre vis à vis de moi (souvent quand j’estime qu’une injustice m’a été faite, ou que je me sens agressée gratuitement) me donnaient l’autorisation de me comporter ainsi.

Analyse

J’ai donc cette capacité à avoir conscience des sentiments des autres et de les mettre de côté.
C’est ce qui m’effraie et m’interroge le plus.

Publicités
Cet article a été publié dans Billets d'humeurs, Réfléxions sur la condition d'AHP. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s