Quand notre simple existence menace

Je l’évoquais déjà dans ce blog, le concept de HPI peine a se faire connaitre et reconnaître.

Est-ce par manque de données ? Est-ce par manque de vocabulaire juste pour décrire une réalité aux multiples expressions ?
Sans doute qu’il y a de tout cela oui.

Je crois aussi qu’au niveau des individus, il y a toute une partie plus ou moins consciente qui bloque subtilement mais surement, et empêche la réalité du HPI d’émerger et de se faire (re)connaitre de toutes et tous.
La peur.

Plus précisément, le sentiment de menace.

Je défie qui que ce soit, HPI ou non, de m’affirmer sans mentir qu’il ou elle n’a jamais entendu qui que ce soit associer le HPI à de l’arrogance ou du mépris pour les autres.
Je crois que cette réaction est celle de la peur.

La peur de l’inconnu, mais surtout, la peur de se voir priver de quelque chose, dévalorisé-e et donc moins aimé-e.

Voici comment j’analyse les choses.

Le manque ou La personne HPI, cette voleuse.

Bien peu de personnes sont suffisamment bien avec elles-même pour ne jamais se comparer et autres et ne jamais souffrir de cette comparaison.
Et parmi celles qui y parviennent, il faut ôter les narcissiques pathologiques, qui se sentent éminemment supérieures au reste de l’humanité (quelque soient leurs raisons).
Ainsi donc nous avons tous cette blessure liée à l’altérité et la différence de l’autre.

C’est une blessure d’ego, dans le sens ou le Soi est fragile, blessé.
Il s’agit d’estime de soi. Estime de soi que notre société de consommation et de l’image nous somme – pour moi il s’agit clairement d’injonctions, même si non verbalisées – de ne construire que par et grâce au regard de l’autre.
Nous construisons notre structure égotique de façon complètement extérieure à nous-même. Ainsi, nous cherchons et puisons ce qui nous sert de ressources « intérieures » en dehors de nous-même. Pis, c’est l’autre qui le distille, nous rendant complètement dépendant de son opinion.

Dans ce rapport presque dépendant à l’autre, le HPI est vite perçu comme un danger substantiel. Car le HPI, pour la personne neurotypique, est perçue comme ayant quelque chose en plus. Mais quelque chose en plus qui lui a été « donné » à la naissance, une aptitude qu’il n’est pas possible d’acquérir à force d’entrainement ou de discipline.
En somme, une injustice dont le neurotypique est la victime, puisque, en comparaison de la personne HPI, il lui « manque » quelque  chose.

(On demeure dans le jugement hiérarchique et quantitatif…*Tristesse*.)

Parfois, on peut pousser plus loin cette idée de manque, et constater que l’idée sous-jacente à ce manque est une dépossession.
S’il manque quelque chose, c’est que la chose était là avant, ou devrait être là. Son absence est donc anormale, cette chose a été enlevée.
C’est comme cela qu’on se retrouve avec l’idée que, grosso-modo, la personne HPI est plus intelligente parce qu’elle a « volé » une part d’intelligence qui devrait se retrouver normalement chez les autres.
C’est complètement irrationnel nous sommes d’accord. Mais c’est un phénomène plus inconscient que conscient et qui n’obéit pas exactement à la logique.

L’usurpation ou l’illégitimité

Dans la même veine de l’idée d’un don immérité, le HPI peut être perçu comme une usurpation.
Parce que la personne HPI n’a rien fait pour être plus intelligente, elle n’est qu’une usurpatrice. Quelqu’un qui ne mérite pas ce qu’elle a.

La menace ou le vol d’estime

Ultimement on en vient à l’idée de menace. Menace pour l’estime de soi.
On fait tous l’erreur (ce n’est que mon avis) de définir notre valeur personnelle selon un axe graduée quantitatif, où le plus est le mieux.
Plus on « a » ou plus on est quelque chose de bien, plus on vaut, à nos yeux et à ceux des autres.
Enfant on peut penser que nos parents ne nous aiment que si l’on rapporte de bonnes notes, ou que si l’on est sage, conforme à leurs attentes.
Ado on peut croire que l’acceptation de ses paires ne passera que par notre apparence, ou les vêtements et accessoires que l’on possède.
Adultes, on peut penser que notre valeur d’individus se mesure à notre salaire.

Ainsi, lorsque le concept du HPI arrive dans cette organisation, les choses se compliquent et c’est l’affolement.
Car, comme je le disais plus haut, le HPI est perçu comme un état. L’état d’être plus intelligent-e que les autres. Toutes les tentatives de négation de la chose n’y font pas grand chose, la menace est quand même là : quelqu’un d’autre à quelque chose de plus que moi, et je pourrais faire tous les efforts du monde, jamais je ne l’aurais et elle l’aura toujours.
On se retrouve donc totalement impuissant face à cet état de fait : l’autre à quelque chose en plus, de jugé bien par la communauté, que je n’ai pas.
La menace sur l’estime de soi est terrible.
On a peur de passer pour un crétin face à cet être supérieurement intelligent, on a peur que les autres pensent qu’on est crétin comparé à la personne HPI. On a peur d’être mésaimé-e, dévalorisé-e, rejeté-e.
C’est notre propre valeur d’individus que la personne HPI vient questionner, et nous pousser à revoir à la baisse.

Tristes réactions et conséquences

Le rejet est bien souvent la conséquence de tout cela.
Le rejet permet de ne pas s’embarrasser de ce qui nous gène. C’est la méthode dite de l’autruche, je ne vois pas donc ça n’existe pas.
Au travail le rejet peut être très violent. Pour ma part, on s’emploie à me faire me sentir insignifiante autant que faire se peut. De peur qu’à un moment je sois trop brillante et ne jette une ombre sur ses messieurs les directeurs…
Dans la vie, ça peut être la simple négation de la réalité du HPI.
Ou la remise en question : prouve-nous que tu es vraiment surdoué-e.

Et parfois…

Bien sur, parfois, et plus souvent qu’on en a l’impression, nous faisons face à des personnes charmantes, bienveillantes, voire curieuses de cette réalité nouvelle.
Ces personnes là sont très précieuses, même si on ne fait que les croiser.

Alors j’en profite pour leur dire merci.
Nous avons besoin de personnes pour nous accepter et nous reconnaitre. Pour que justement, un jour, ce besoin disparaisse. Pour qu’un jour, la chose soit tellement intégrée et « normale » qu’il ne sera plus besoin de la faire (re)connaitre.
Et ce chemin commence avec vous, vous qui acceptez la réalité du HPI simplement, en nous laissant être et nous reconnaissant nos différences.

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