Être et dire

Episode 28 342. Version 165.438.

Vous l’aurez deviné, je vais (encore!) me pencher sur le sujet de dire que l’on est surdoué-e ou pas.

Ouiiiiiiiiii, je saiiiiiiiiiiiiiiiiiis, j’en ai déjà parlé trois ou quatre fois dans ce blog. Je sais.
Et bah ça fera une fois de plus !

En ce moment je fais l’expérience du dire la chose en contexte relativement sécurisé.
En somme, je dis que je suis surdoué-e dans le cadre de mes études de psycho.

C’était lors des TD en présentiels, obligatoires (sur le papier) pour valider l’année. J’ai forcément rencontré d’autres étudiants et nous avons échangé sur le pourquoi de notre présence ici, les centres d’intérêt et souhaits de futures orientations et études pour les un-e-s et les autres. Fatalement, quand je dis que je m’intéresse à la neuropsychologie avec comme sujet privilégié la plasticité neuronale de l’AHP et l’accompagnement des AHP diagnostiqué à l’âge adulte, on me demande pourquoi cet intérêt précis. Et souvent ça prend la forme de la question : « Tu es concerné par le sujet d’une manière ou d’une autre pour t’y intéresser si précisément ? » Là je réponds « oui ». Et la seconde question arrive « Tu es toi-même surdouée ? »
Et là bah, je ne vais pas mentir non plus (même si expérimentalement ce serait SUPER intéressant) alors je dis oui.
Il y a souvent suite à cela un petit flottement, comme si on ne savait pas très bien comment enchainer avec ça.
Mais, jusque là, j’ai eu la chance d’interagir avec des gens adorables, délicats et ouverts. Voir même curieux de la chose.

Ce n’est pas pour autant facile, parce que certains cherchent comme à gommer la différence. Ils me demandent en quoi je suis réellement différente. Et quand je leur expose la différence ils me répondent « mais c’est pareil pour tout le monde ».
Oui certes, nous sommes tous humain-e-s, nous avons tous des problématiques humaines.
Mais décrire sa psychée, ses sentiments, et surtout leur caractère différents par rapport à ceux des autres (alors qu’on ne peux pas savoir, on ne les ressens pas les sentiments des autres) ce n’est pas facile.

Pour moi la difficulté c’est de faire face à cette blessure, où j’ai le sentiment que toutes les questions en fait dissimulent cette affirmation :  « Tu n’es PAS différente de moi. Tu n’es pas surdouée« .
J’ai la chance jusque là d’avoir à faire à des personnes gentilles et qui sont simplement curieuses. Le reste, je crois, m’appartiens et à part moi je pense qu’il n’y a personne pour penser à ces affirmations cachées.

C’est ce travail sur moi qui est intéressant.
J’apprends donc à dire ce que je suis, et à tâcher d’en faire un sujet d’apprentissage et non de rejet (dans les deux sens, que les autres ne me rejettent pas et que je ne reste pas coincée dans mes peurs d’être rejetée)
Ça me demande des efforts, notamment pour ne pas paniquer parce que je ne sais pas répondre à certaines questions.
Comment répondre quand on vous demande « En quoi tu penses, ressens différemment ? Quelles sont les problématiques propres aux surdoué-e-s ? »
Spontanément je voudrais répondre, les autres, le rapport au monde.
Mais pour tout le monde ces choses là peuvent être un problème.

Comment parler de quelque chose qui se vit plus qu’il ne se dit ? Bien sur il y a les études, et les découvertes des scientifiques.
Mais comment retranscrire la réalité émotionnelle et surtout son caractère exceptionnelle (dans le sens de rare, inhabituel, peu fréquent) quand, il est vrai, les problème rencontrés sont sur le même thème que ceux des « autres » mais d’une autre intensité et d’un autre ordre ?
Comment donner de la réalité, de la substance, à la pensée dite en arborescence quand on sait qu’en face, on se heurte à la pensée linéaire ?

C’est compliqué.
Mais j’ai découvert que dire : « je ne sais pas te répondre » était une voie plus douce et bien meilleure pour dialoguer.
Je crois que le fait de dire que l’on ne sait pas répondre apaise un peu l’autre, en lui prouvant que je ne sais pas tout. Cette ignorance me rend sans doute plus humaine, plus proche, moins différente.
Moins menaçante également j’imagine.

Pour le moment, l’expérience se passe bien. Je ne le crie pas sur les toits, je réponds quand on me pose la question. Et ça se passe bien.
Je n’en rajoute pas, je ne mets pas ma différence à toutes les sauces et sur tous les tapis. Et de leur côtés, mes camarades étudiant-e-s ne me pointent pas du doigt et se comportent avec moi comme avec n’importe qui d’autre.

C’est chouette.
Je redécouvre avec plaisir la joie de l’échange, le courage de dire et surtout, surtout le bonheur de partager, d’être ce que l’on est sans honte.

Bien evidemment je ne suis pas naïve au point de ne pas voir quand ça en heurte certain-e-s. Quand ça leur fait peur ou que cela génère un biais de perception de ce que je suis.
Mais j’apprends aussi à voir mes propres projections, mes propres peurs.

Et c’est cool.

Ils et elles ne le savent pas, mais je leur en suis très reconnaissante.

Oh et le bonus c’est que du coup, au détour d’un TD, on en croise d’autre des HPI 😉

 

#AHP #QI #HPI #HQI #THQI #THPI #douance #zèbre #adulstesurdoué

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3 réflexions sur “Être et dire

  1. thirty dit :

    Bien joué. Je me demandais justement, saurais-tu où je pourrais trouver des publications scientifiques sur le sujet? On m’a bien dit que j’étais précoce, intelligente, j’ai passé un bilan pour cela, mais cela fait-il de moi une personne différente sur tous les plans? Je cherche notamment des études sur la propension de la personne à HP à être en décalage social. Quelles en sont sont les raisons? Je ne comprends pas bien. Je ne comprends pas bien d’ailleurs tous les regroupement sociaux, mais cela est-il dû à mon HP ou à une anxiété sociale, que l’on retrouve chez les non HP?

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