L’école et moi

Gros sujet pour les HPI.

En sommes, j’ai lu ici et là, deux versions qui s’opposent : « j’étais enfants précoce (comme si l’état était transitoire…) et je détestais l’école, j’étais un-e rebel-le et j’avais des mauvaises notes parce que je m’ennuyais comme un-e rat-te mort-e »
Et le « Je suis un-e surdoué-e, je suis major de ma classe et j’ai 3 à 5 ans d’avance. J’ai mon bac à 12 ans et je suis professeur-e d’université à 15 ans. »

Les « cas »

Pour illustrer le premier bord, voici un petit article lu ce matin : « J’aime apprendre. C’est pourquoi je n’aime pas l’école ».
Bon personne n’est neuneue ici, on aura compris l’idée qui est celle de repenser un système scolaire transformée, selon l’auteur, en une machine à broyer les cerveaux et les personnalités.
Il y a du grain à moudre dans cette réflexion, je trouve.
Mais je ne suis pas non plus 100% d’accord avec les affirmations que l’auteur tire de son expérience.

Déjà il faudrait commencer par définir ce qu’on entend par « apprendre ». L’auteur semble considérer qu’apprendre, c’est en fait, développer un esprit critique et son autonomie dans l’analyse. Et pourquoi pas, entretenir sa curiosité.
Choses, personne ne dira le contraire, tout à fait utile pour mener sa vie.

De ma fenêtre il s’agit là de moyens d’apprendre.

Qu’est-ce que j’entends pas apprendre. Apprendre pour moi c’est intégrer de nouvelles connaissances. Ainsi donc, en cours de latin, j’ai appris les déclinaisons, j’ai appris du vocabulaire; en maths j’ai appris les équations, les nombres irréels; en géographie j’ai appris le nom des fleuves, des villes, des pays que je ne connaissais pas déjà; etc.

Ceci étant, là où je rejoins l’idée ou le sentiment globale de l’auteur cité plus haut, effectivement, l’école française est très coincée dans la façon qu’elle a de faire apprendre (et aussi sur ce qu’elle considère bon et/ou valable à apprendre…Mais c’est une autre histoire.)

Donc, de ma fenêtre, l’école nous apprend des choses, même si elle le fait de manière inappropriée pour certains voir douloureuse et catastrophique dans certains cas.

Les « tête d’ampoules »

Le titre de partie est une référence à la série « Malcom » que je détestais enfant et que j’adore aujourd’hui.

Donc dans la seconde version du vécu et de la perception de l’école il y a ceux – des HPI -qui y réussissent.
ON a écrit un millier d’articles sur eux, 12 et bacchelier-e, 15 et à l’université, 8 ans et parle 12 langues, etc.

Visiblement, à eux et elles, l’école ne pose aucun soucis.

Alors quid ?

Des cas particuliers parmi les exceptions

Bah quid, quid…
Pour reprendre un commentaire de ce blog, une expérience personnelle ne fait pas une généralité. Encore moins quand la personne concernée est elle-même une exception.

Que le système scolaire français ne convienne pas aux HPI ce n’est pas un scoop. C’est un système de masse, et nous ne sommes pas la masse. Donc fatalement, ça coince.

Mais pas pour tou-te-s.

En gardant à l’esprit que le HPI est une exception aussi bien pour les lambdas que parmi ces pairs, on commence à dessiner un peu de cohérence dans tout cela.

Certain-e-s HPI vont adorer l’école, d’autre le vivre comme une enfer sur terre. Certain-e-s traîneront leur misère jusqu’à se déscolariser, pour d’autres, une rentrée en lycée ou post-bac ou en section pro (en somme dans une section où ils trouvent un intérêt ou quelque chose qui leur corresponde mieux) est une libération.

D’autres y brilleront. Et feront en 10 ans ce que la majorité fait en 20.

Et puis d’autres passeront inaperçu-e-s.

Les invisibles

Ces personnes là ce sont celles qui ne font pas de vagues à l’école. Des élèves juste moyen, sans ennuis, sans problèmes.
Sage, attentifs et distraits juste ce qu’il faut. Des élèves classiques.
Qui n’attirent pas l’attention. Jamais.

Mais je parle bien de HPI, si si.
Je vous parle de ces caméléons (on constate plus de femmes dans ce cas) si « normales » à l’école que jamais l’idée qu’elle puisse être surdouée n’a germée dans l’esprit de personne.

Votre humble hôtesse est de celles-là.

Mon expérience scolaire

D’un point de vue de l’apprentissage, moi l’école j’ai adoré.
Il y a des cours au collège que j’aimais moins que d’autre mais une chose après l’autre.

Maternelle :
C’était trop chouette. J’ai un souvenir précis des petites maison où je jouais à faire comme les grands, avec les minis tout : mini maison (sans porte, on aurait pu s’enfermer dedans, becassons maladroit-e-s que nous étions), mini four, mini table, mini  chaise, mini fenêtre, mini moule à gâteau…
C’était très chouette.
Je ne me souviens que de jeux.
Et de matelas bleus et roses pour la sieste. On choisissait librement, et je me suis retrouvée plus d’une fois sur un matelas au drap bleu parce que je trouvais que le rose avait une sale tête.
Je n’ai qu’un seul souvenir, un seul, d’un immense tableau noir (qui devait somme toute avoir une taille tout à fait normale, mais qui du haut de mes quelques dizaines de centimètres m’apparaissait gigantesque) sur lequel la maîtresse écrivait à la craie blanche, dans une belle écriture bouclée, la date du jour et quelques lettres tracées sur des lignes.
Les lignes en question étaient-elles tracées aussi à la craies, ou déjà inscrite sur le tableau, je ne sais plus. Je crois que la maîtresse les faisaient à la main aussi.
Ce tableau, il servait à nous apprendre les lettres. On se servait de nos prénoms pour apprendre à reconnaître les différents graphènes.
Je me souviens très bien être assise à mon petit bureau, à gauche du tableau quand on le regarde en face, fixer les lettres manuscrites à la craie  et me demander pourquoi on faisait ça, puisqu’on savait déjà lire ?

Sauf que.

Sauf que « on » ne savait pas déjà lire. Je savais déjà lire. Pas les autres.
Je ne comprenais pas pourquoi on revoyais encore ce que nous connaissions tous déjà.
Mais j’étais la seule à penser cela. Mais bon, je faisais avec. Je trouvais autre chose à penser pour m’occuper. Et ce suffisamment sagement pour ne pas être réprimandée.
En somme, je vivais dans ma tête.
Quand les choses devenaient inutiles, je pensais à autre chose.

Primaire :
Je saute une classe, et me voilà en CP, classe double niveau avec les CE1. Plus d’une fois j’ai voulu faire leurs exercices, ils étaient plus amusants que les lignes d’écriture que je devais faire et refaire indéfiniment. Je mettais toute l’énergie, l’application et la bonne volonté dont je disposais, à écrire ces fichues lettres.
Mais jamais je n’avais de bonnes notes. J’étais tout juste moyenne. « Assez Bien », « AB ». Moi qui voulais tellement, tellement le « TB », « Très bien ». A un moment, un simple « B », « Bien », m’aurait suffit.
D’ailleurs, un jour, par miracle, le « TB » est arrivé.
J’en ai pleuré.
CE1, CE2, CM1, CM2.Scolairement toujours rien à dire. Les mêmes commentaires sur mes bulletins : « Line fait des fautes d’étourderies qu’elle pourrait tout à fait éviter. Line a des capacités qu’elle n’exploite pas ».
Variantes : « Line peut mieux faire », « Line pourrait avoir des résultats bien meilleur avec un peu de travail. » « Des étourderies qui gâchent des capacités réelles » « Dommage que Line n’utilise pas ses capacités ».

Mais encore une fois, face à ce que je ne pouvais pas changer, ou face à ce qu’on refusait de me donner (des choses intéressantes à faire) je les trouvais par moi-même, dans ma tête.
On m’accusait alors de rêvasser. Certes.
C’était toujours plus intéressant que le cours.

Socialement, les difficultés pointaient le bout de leur nez.
Le fameux décalage.
Je commençais à avoir des difficultés à m’harmoniser avec mes camarades. Leurs réactions, leurs jeux, ce qui les faisaient rire, tout cela présentait parfois pour moi des incohérences majeure. Et donc de l’incompréhension chez moi.
Doucement, sans le savoir, je commençais à être à part. Ou Mise à part.

Collège :
En terme de contenu, on passe aux choses sérieuses. Et à d’autres ennuyeuses.
Certains cours me passionnaient, comme le français, le latin, la physique, la chimie, les maths, la biologie, la musique et les arts plastiques.
D’autres me donnaient envie de mourir, les langues, l’histoire géo, la technologie, l’instruction civique.

En terme de relations sociales, c’était l’enfer. Harcèlement scolaire durant les 4 longues années de collège. Harcèlement qui s’étendait même jusque dans la rue, en dehors des cours, les week-end quand je croisais par malheurs d’autres élèves dans la rue lors des courses que mes parents m’envoyaient faire, ou de mes trajets entre mes activités extra-scolaire et la maison.
J’ai peu de souvenirs de ma façon de faire face à l’ennui des cours, car mon énergie toute entière était dirigée vers le fait de me rendre invisible aux yeux des autres. Je tentais de leur échapper. Je sortais la dernière, ou au contraire, arrivais la première en salle de cours pour être « en sécurité » avec le/la prof.

Lycée:
Grande libération pour moi.
Cela tenait au fait qu’enfin, au lycée, les lambdas commençaient à développer un semblant de personnalité propre, et que le but du jeu n’étais plus de se fondre dans la masse, mais au contraire de s’en extraire, de sortir du lot. De se faire remarquer par son unicité.
Tout occupés qu’ils et elles étaient à être les plus populaires et uniques possibles, ils me fichaient enfin la paix !
Je n’ai pas pour autant laissé tombé le masque de « rien du tout » que je m’étais fais, mais j’ai pu simplement respirer et cesser de regarder sans arrêt derrière moi.
J’étais toujours inquiète mais la pression exercée par les autres était bien moins violente.

En terme d’apprentissage par contre, j’ai coulé.
Les cours pénible devenaient de plus en plus pénibles, et les sciences – hormis la biologie – sont devenues d’un coup des langages aliens.
Un jour, en cours de maths, je n’ai même pas compris un mot de ce que me disais ma prof. Pas juste les formules, mais les mots aussi, les adverbes, les pronoms. Pendant deux heures, j’ai cru l’entendre parler mandarin.
Je suis sortie de ce cours très choquée, car réellement, je n’avais pas compris ce qu’elle disait, comme si elle parlait une autre langue. ET ce n’est pas une expression.
C’était…choquant.

Je suis restée une élève moyenne toute ma scolarité y compris à l’université.
Moyenne. Sans jamais produire un gramme d’effort.
Je l’ai payé, parce que 10-12 à l’université ce n’est pas assez.
Mais que voulez vous, je n’ai jamais appris à travailler mes cours…Aujourd’hui encore je ne sais pas comment faire.

Moi, l’invisible (sacrifiée?)

Je regrette une chose dans ma scolarité. Que personne n’ait vu/voulu voir ce que j’étais.
Parce que je ne posais pas de problème, on ne posait pas les yeux sur moi.
Parce que je n’étais pas exceptionnelle au vu de mes résultats, il n’y avait pas de raisons que je le sois.
Pourtant on m’a fait sauter une classe.
Pourtant on a écrit, ré-écrit et écrit encore que j’avais du potentiel. Ils et elles l’ont vu, senti, deviné.

Mais quoi ?
J’étais une fille, je crois que mon tort était là.

On ne s’attend pas à ce qu’une fille soit surdouée.
On ne lui demande pas de l’être d’ailleurs. On lui demande d’être sage. De ne pas faire de bruit, de ne pas bouger, de passer inaperçu.

J’ai tellement bien fait ce que l’on m’a demandé, que j’en suis passée à côté de moi-même et que de 19 à 21 ans j’ai fait une dépression que l’on a interprété comme « une crise d’adolescence tardive ».

J’ai tellement bien intégré qu’il fallait que je ne sois rien, pour survivre, que je m’en suis perdue.

J’en veux un peu aux adultes d’alors, de ne pas avoir su. De ne pas avoir vu, ou voulu voir.
Mais c’est inutile de leur en vouloir. Ça ne change rien, ni eux, ni moi, ni ce qui s’est passé ou se passera.

Si j’avais su pour moi, je me serais peut-être aimée un peu plus ? Peut-être pas. Peut-être que j’aurais eu un peu plus de force ou d’arguments pour faire face aux autres, à mes douleurs…

Mais la question n’est pas là.

J’ai été sacrifiée en quelque sorte, sur l’autel des préjugés, et des discriminations.
Ce n’est pas seulement la faute de l’école, c’est la faute d’une société qui connait mal l’autre et la différence (et qui n’aime pas beaucoup les femmes).

Conclusion

Est-ce qu’on apprend quelque chose à l’école ?
Je crois bien que oui. Même si, probablement, on n’y apprend pas ce que Jules Ferry avait imaginé.
L’institution a ses problèmes, ses incohérences et ses lâchetés.
Oui c’est vrai.

Il faudrait sans doute élargir le champ de ce que l’on apprend à l’école. Il faudrait surtout, je crois, changer le comment.

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