« Tu réfléchis trop »

Qui d’entre nous n’a pas entendu cette phrase un bon million de fois dans sa vie ?

Cette phrase là, c’est la pire pour moi.
Pire même que de me dire que je suis trop sensible.

Petit tour d’horizon.

Je pleurais et je pleure beaucoup comparativement à la majorité des gens. Ms émotions sont plus fortes et parfois, je suis traversée par tellement de choses que c’est impossible de ne pas pleurer.
Aujourd’hui je laisse aller mes larmes, la plupart du temps, même si de vieux démons essaient de me retenir parfois encore.

Enfant, pleurer était vu comme un défaut voir, plus tard, comme une faiblesse.
Celui ou celle qui pleure est un bébé.
Plus tard, celui ou celle qui pleure est un-e faible.

Ridicule.

Mais voilà, force était de constater que je pleurais plus que les autres, que j’étais   plus souvent touchée, blessée que les autres.
Et  la voix parentale qui me disait que j’exagérais, j’ai fini par intégrer que j’étais effectivement trop sensible. Comme si la sensibilité, et particulièrement son excès, étaient des défauts. Et j’étais pourvue des deux.

Mais il me semblait qu’au contraire, on encourageait et encensait la réflexion. Les gens intelligents étaient valorisés. Réfléchir était quelque chose de bien.

Alors quand je m’entendais dire « Mais tu penses trop » ou « Tu te prends trop la tête » ou « tu te poses trop de questions  » ou encore « tu réfléchis trop »; des vagues de révoltes s’élevaient en moi.
Des vagues qui à force d’être provoquées, en sont devenues des Tsunamis qui aujourd’hui n’épargnent plus personne.

La seule chose qui semblait valorisante, se retournait contre moi avec ces quelques mots. Même penser, je le faisais mal manifestement, puisque je le faisais « trop ».

Cette phrase semblait cristalliser tous les reproches (directs ou indirects) qui m’étaient faits. Ces 3 mots semblaient dire tout ce qui n’allait pas chez moi. Comme si tout ce qui me différenciait des autres trouvait sa source là, dans cet esprit qui manifestement, fonctionnait de travers, dès le début.
Quelque part j’avais raison, mais ça je ne le  réalise qu’en   écrivant ces lignes, je n’en avais pas conscience avant.

Je suis devenue incapable de contenir une réponse cinglante – voir blessante – lorsque ce genre de remarque m’est adressé aujourd’hui

Réflexions

Comment peut-on seulement considérer que l’on dit quelque chose de censé lorsqu’on accuse quelqu’un de « trop penser » ?
Trop signifie en excédant. Pour qu’il y ait un excédant il faut une juste mesure.
Je veux bien que l’on me dise que j’ai mis trop d’eau dans mon verre (parce que ça déborde) mais pas que je pense trop.
Rendez-vous compte de ce que cela implique : ce serait admettre et accepter que nous devrions nous arrêter de penser à un certain moment, ou que nous devrions veiller à ne pas complexifier nos pensées au-delà d’un certain point.

C’est complètement ridicule.

Penser trop…Comme si c’était seulement possible. Commencez par définir la quantité de pensée moyenne manifestement universellement acceptée si vous souhaitez me dire que j’en dépasse le seuil.
Rien que de l’écrire, cela  me révolte.

Il y a bien d’autres choses que j’ai entendues « tu es folles », ou « t’es bizarre » ou encore « elle est..originale » et là, croyez moi, même à 10 ou 12 ans vous comprenez que ce n’est pas un compliment. « Elle est jeune d’esprit ».
Mais « tu penses trop » reste mes radiations gammas personnelles.
L’image est parfaite ! A cause d’une trop grosse dose de « tu penses trop », d’une exposition massive, quelque chose en moi a muté et aujourd’hui, ces 3 mots me transforment en Hulkette verbale.
Lorsque je me maitrise à peu près, je ne fais que rétorquer que je n’étais pas au courant que la pensée était limitée.
En majorité, je donne des airs d’humour – qui n’en est pas – à ma réponse, et je balance que, tout aussi bien, ce sont les autres qui ne pensent pas assez.
Un jour, je sais que je répondrai à ces 3 mots par un ras-le-bol colossal, par une avalanche de « allez-vous faire voir et fichez moi la paix, parce que je pense comme je veux et que vous n’êtes personne pour déterminer ce qui est trop ou pas assez ».

‘etaise leela

Publicités
Cet article a été publié dans En vrac. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour « Tu réfléchis trop »

  1. Mokuren dit :

    Merci pour cet article. Moi on m’a carrément dit « Arrête de penser! » et le pire c’est que j’ai sincèrement essayé… mais j’ai jamais réussi. Sinon l’expression qui m’horripile c’est « trop bon, trop con ». Comme si la bonté résultait de la bêtise! J’avais presque envie de dire que c’est plutôt le contraire, mais ça me fait penser à un mauvais livre sur les HPI qui les décrit comme étant « tellement sensibles et tellement gentils ». Oui, oui bien sûr…Sauf que comme vous l’avez dit dans un autre article: beaucoup de grands criminels avaient des gros QI et je suis pas sûre que la gentillesse les étouffait.

    Bref la bonté, si elle a un lien avec l’intelligence, en a un plus complexe que ça.

    J'aime

    • Line dit :

      Avec plaisir 🙂

      Oui très paradoxalement, les HPI sont connu (par les profesionnels) pour leur sensibilité et leur empathie. Pourtant, on m’a très très souvent reproché d’être insensible.
      C’est très paradoxale.

      Ça mérite un article !

      J'aime

      • Mokuren dit :

        Effectivement ça mérite un article. Mais ce n’est peut être pas si paradoxal que ça. On a peut être trop tendance à mélanger réceptivité (ce qu’on perçoit) et sensibilité (la façon dont on réagit). A ce que j’ai pu comprendre, les HPI serait plus réceptifs du fait du fonctionnement général de leur intelligence. Pour la sensibilité… ça doit dépendre du caractère, du vécu etc…

        Encore que… j’ai l’impression que dans les vraies situations de stress les HPI sont d’avantage capables de garder leur sang froid, d’examiner posément une situation. Peut être parce que notre seuil de tolérance est déjà dépassé depuis longtemps…ou parce que nous avons l’habitude de garder nos sursauts d’émotions sous coupée réglée simplement pour avoir l’air normaux en société au quotidien.

        Quoi qu’il en soit vous reprocher d’être insensible, ce n’était pas franchement malin.

        J'aime

  2. adeline dit :

    Peut-être que quand on nous dit « tu penses trop », ce n’est pas toujours par malveillance. Comme si cela sous-entendait « tu penses trop pour ton propre bien ». Pour reprendre ton image de verre qui déborde, peut-être qu’avec toute la réflexion qui est la tienne, leur coupe à eux aurait débordé. Je n’en sais rien en fait, mais c’est ce que m’a évoqué cet article 🙂

    J'aime

    • Line dit :

      Peut-être mais dans ce cas il faudrait prononcer tous les mots de la phrase, pas juste la moitié. 😛
      Mais je crois que je resterais gênée parce que je suis adulte et je suis seule juge de ce qui est bon pour moi.

      🙂

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s