HPI : don ou handicap ?

Questionnement somme toute récurent sur le HPI, tant en ce qui concerne les enfants qu’en ce qui concerne les adultes.

Ce sujet est revenu sur le devant de mon cortex grâce ou à cause d’un tweet de l’auteur du blog « Les tribulations d’un petit zèbre », qui partageait l’article au titre suivant : « Au secours, mon enfant est un génie ».
Ajoutez à cela la dernière émission télévisuelle sur le sujet, passée sur les grandes chaînes françaises (i.e gratuites) « Toute une histoire » du 27 octobre 2015 dédié aux surdoué-e-s. »

Alors je ne sais pas ce qui est le pire : le titre de l’article – dont le contenu vaut mieux que le titre selon LTPZ – ou l’émission de télé larmoyante et misérabiliste.

Avec ce titre et cette émission, la réponse à la question de ce billet est claire et sans ambiguïté possible : le HPI est un fardeau innommable.

Et qu’est-ce que ça m’a agacée !
Je n’aime vraiment pas qu’on présente le HPI comme un enfer. Surtout quand, comme cela m’a semblé le cas pour beaucoup d’articles traitant des Enfants Intellectuellement Précoces (EIP), l’enfer est décrit comme étant celui des autres !
En somme, c’est difficile d’avoir un enfant HPI (ou de vivre avec un-e compagn-e-on HPI) pour les autres !
Mais je m’éloigne du sujet, je ferai un autre billet sur – à mon avis – pourquoi on s’échine à présenter le HPI comme un fardeau/handicap, voir à le nier.

Donc HPI : handicap ou don ? Telle est la question.

Que l’on soit adulte ou enfant, les problématiques finalement sont toujours les mêmes : gestion de la différence, gestion de l’émotionnel, perception et compréhension différente du monde et des autres (pour résumer).
L’inconvénient MAJEUR quand on est enfant, c’est que nous ne sommes pas (encore) équipé pour gérer de tels tsunamis émotionnels dans le cadre social.
Je m’explique.
Un enfant HPI ressentira tout autour de lui, ses émotions mais aussi celles des autres. Il ou elle ressentira les frustrations, la colère, les inimités, les tensions, les amours et désamours, etc.
Je parle uniquement des sentiments dits négatifs parce que c’est leur traitement pour lequel l’enfant HPI n’est pas équipé-é.
Surdoué-e ne signifiant pas omnisciant-e, l’enfant HPI captera des informations mais n’aura pas la connaissance de ce qu’elles sont ni de leur genèse ni de quoi en faire dans son contexte social (qui est souvent soit la famille, soit l’école).
Exemple concret : un-e enfant est bouleversé-e par la détresse absolue d’un-e membre de sa famille qui a perdu son travail. L’enfant HPI sera en prise directe avec cette émotion violente, qui  ne lui appartient pas , et qu’il ne comprend pas.
Parce qu’il/elle n’a pas encore la connaissance des implications, des codes sociaux, lié-e-s à la notion de travail. Il ou elle ne sait pas ce que c’est concrètement que de travailler, quelle réalité cela recouvre, mais il/elle n’en est pas moins soumis-e avec cette émotion qu’il/elle va devoir intégrer tant bien que mal.
C’est un peu comme si vous jetiez quelqu’un-e au milieu des flammes sans que cette personne n’aie aucune connaissance de ce qu’est le feu et comment l’éteindre. Cette personne se débrouillera bonnan-malan pour s’en sortir, mais elle aura été brûlée. Plus tard, elle apprendra comment éteindre un feu (en l’étouffant, avec de l’eau, en le privant de carburant autre que l’oxygène, etc) et s’en sortira bien mieux.
Mais tant qu’elle n’aura pas acquis ses outils, les flammes continueront de la brûler.
Ce qui sauve le ou la HPI c’est son extraordinaire capacité de résilience. Bon certain-e-s l’ont plus que d’autres, et tout résiliant-e-s qu’ils et elles soient, d’autres ne tiennent pas. Bref.

Passé ce cap de la petite enfance, une fois les outils cognitifs et sociaux fondamentaux acquis, les problématiques des enfants et des adultes HPI s’uniformisent. Même si le cadre – scolaire ou professionnel- diffère le fond est le même.

Handicap ? Pour qui, pourquoi ?

En premier lieu il serait bon de se pencher sur la définition du handicap. Ce que j’ai fait brièvement dans ce billet dans le contexte du travail et vous verrez que les conclusions sont franchement floues. Voire inexistantes, en fait.

Sans avoir tranché sur une définition claire du handicap, comment diantre pourrait-on se prononcer pour dire si ou non le HPI est concerné ?

Ce qui semble considéré comme un handicap dans le HPI c’est surtout l’ostracisation des enfants à l’école, et ses dérives en harcèlement, et la souffrance émotionnelle des adultes.
Et je trouve ça incohérent.
Non pas que les souffrances évoquées plus haut et engendrées par l’ostracisation ne sont pas réelles, ni n’ont d’impact sur la vie des personnes concernées ; mais la cause de tout ça l’ostracisation par exemple, n’est pas du fait de la personne HPI.
Un handicap est censé être une condition intrinsèque à la personne handicapée. Ex : le diabétique T1 est diabétique parce que les cellules secrétrices d’insulines sont mortes (attaquées par son système immunitaire). Bon bah ça, personne n’y peut rien et c’est à l’intérieur de la personne, propre à elle.
L’aveugle est aveugle, pas parce que quelqu’un lui bouche la vue, mais parce que ses yeux ne fonctionnent plus/pas (yeux ou nerfs optiques ou zone du cerveau ou whatever).
Vous saisissez l’idée ?

Alors que la personne HPI est isolée par les autres.
Son émotionnel hyper développé est certes inhérent à sa personne, mais tout à chacun-e doit faire avec les émotions des autres non ? Est-ce réellement un handicap que d’être sensible ?
Dans notre société on considère que oui, merci le patriarcat et la domination masculine qui valorisent uniquement des comportements soi-disant virils et dont la sensibilité est exclue.
Mais c’est une construction sociale, ça n’a rien d’essentiellement handicapant/empêchant pour la vie avec les autres. Être sensible n’empêche pas de vivre avec d’autres êtres humains.

Vous l’aurez compris, le soi-disant handicap du HPI n’existe pas pour moi.
Je crois que cette notion de handicap a été entretenues par des personnes non HPI qui elles ont ressentis ou ressentent des difficultés à vivre avec les HPI. D’où leur idée qu’être HPI est handicapant…pour elles !

C’est dur d’être parents d’enfant HPI.
C’est dur d’être compagn-e-on d’HPI.
C’est dur d’être collègue d’HPI.
C’est dur d’être patron-ne d’HPI.

Et blablabla, pleure Jeannette, pleure.

Je ne nie pas qu’une personne HPI pour une personne lambda représente une certaine quantité de difficultés relationnelles.
Mais c’est valable pour tous les être humain-e-s entre eux/elles !

 

Conclusion

Désolée pour l’organisation de ce billet, c’est un vrai capharnaüm.
Mais vous l’aurez compris pour moi, le handicape du HPI est pour les autres, et pas pour les personnes directement concernées.

Le HPI, j’en reste éminemment convaincue, est un DON.
Il nous permet d’avoir accès à plus de choses (même si je sais que ce n’est pas l’avis de certains, tant pis, c’est mon expérience qui me l’a démontré). Et de faire d’autres choses, de nouvelles choses.
De belles choses j’espère.
Mais tout don qu’il est, il n’échappe pas au contexte dans lequel il apparaît : une époque, une société particulière.
Le vrai handicap serait plutôt là pour moi. C’est ce carcan social, la méconnaissance du HPI, la peur et la gène qu’il génère encore. C’est tout cela le véritable handicap (s’il devait y en avoir un) pour le HPI, et non pas du HPI.

 

Publicités

6 réflexions sur “HPI : don ou handicap ?

  1. leblogdenikitaapache dit :

    Oui pourquoi pas le voir comme ça, personnellement je le vois comme un handicap d’abord. Déjà parce que j’ai rien fait de génial de ma vie mais par contre j’en ai bien bavé. L’hypersensibilité dans un monde aussi individualiste c’est dur. Mes filles sont de vrais petits boulets, c’est comme vivre avec des petites psychanalystes/Avocates/pirates, c’est fun mais pas de tout repos. On parle peu des THQI. Je pense qu’il y’a autant de différences entre le HQI et les THQI qu’entre les normopensants et les HQI. ça reste un secteur assez mal connu et surtout mal considéré. J’ai arrêté d’en parler ouvertement aux autres parents car ça crée des jalousies… ça m’était absolument pas venu à l’esprit. Pour moi c’est un fait et c’est dû au hasard, pas de quoi être fier, pas de quoi avoir honte, pareil que n’importe quoi la couleur des cheveux, de la peau ou des yeux. C’est juste comme ça. J’aurais pas honte si mes enfants étaient handicapés, je ne suis pas fière parce qu’elles sont THQI. Je serais fière quand elles seront adultes et épanouies, jusque là je me bats sur le chemin périlleux de l’éducation, comme tout le monde. Peut être en mode « niveau hard core gamers » quand même :p

    J'aime

    • Line dit :

      La question de la différence réelle ou non, perçue ou effective entre HQI et THQI est un vaste sujet que je compte aborder ici.

      Maintenant je suis prudente quant au diagnostic du HQI ou THQI chez les enfants. Le QI étant évolutif, je crois qu’il serait intéressant de se tester de nouveau une fois adulte.
      Ensuite l’échelle de mesure du QI des enfants est différente de celle des adultes, les scores et les catégories ne sont donc pas strictement équivalents entre eux.
      En effet, on prend en compte pour le QI de l’enfant une mesure de la maturité. En résumé on mesure entre autre l’écart qu’il y a entre son esprit et celui des enfants lambda de son âge et l’écart entre son esprit et celui d’un adulte lambda. Des paramètres qui disparaissent totalement dans le WAISC IV.

      Bref je ne sais pas s’il serait pertinent de mettre dans le même sac enfant et adultes THQI.
      Car si l’adulte est plus ou moins définitivement dans sa catégorie (H ou TH) la catégorie de l’enfant ne me semble pas fixe.
      Ou devra peut être pas être lue comme pour un adulte.

      Aimé par 1 personne

      • leblogdenikitaapache dit :

        Sûrement c’est pas fixe et tant mieux. J’aime pas particulièrement les tests de QI, par contre pour l’enfant ça éclaire une zone d’ombre alors dans certains cas c’est pas mal. En tout cas les tests et les résultats d’enfants entre eux sont comparables et à mon avis il ya encore une façon de voir le monde différente entre HQI, et THQI. Ni mieux ni pire, mais c’est encore autre chose.

        J'aime

  2. Miaou dit :

    J’avais laissé un commentaire, mais j’ai l’impression qu’il n’a pas été enregistré.
    Voilà, je te demandais si tu connais Nicolas Gauvrit : https://youtu.be/IiiWy05QS3I
    Son propos au sujet des HPI est très intéressant. J’aurais aimé avoir ton avis à ce sujet.
    (Et sinon, il n’y a pas de e à handicap.)

    J'aime

    • Line dit :

      Je connaissais ce monsieur sans pour autant l’identifier, j’avais écouté en partie une de ses interventions, qui m’a je l’admets volontier peu passionnée et donc que je n’ai pas écouté jusqu’au bout.

      Mais je ferai l’effort d’écouter complètement cette fois pour vous répondre. 🙂

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s