Zèbres différents ou surdoué-e-s plus intelligents ?

Deux opinions semblent s’affronter en matière de douance.

Celle qui considère les « zèbres » comme intelligent différemment mais pas plus intelligents que les autres.
Et celle qui considère les surdoué-e-s comme plus intelligents que les autres.

On pourrait être tenté de résumer cela à une hypothèse qualitative versus une hypothèse quantitative.
Je trouve ça très réducteur.

Vous connaissez déjà mon avis sur la dénomination inventée par J.S.F. Sinon, je vous invite à la découvrir un peu ici et un peu là aussi.
Pour les moins accros à ma prose d’entre vous, je vous fais un résumé.

Je n’aime pas cette appellation « zèbre » je trouve que cela relève à la fois d’une coquetterie étrange et que, en fin de compte, le mot en lui même dessert complètement les raisons et le but pour lesquels il a été choisi.
Dire de quelqu’un-e qu’il/elle est un-e zèbre, c’est le désigner comme d’une autre espèce. Donc un étranger.
Oui la différence est bien là, mais alors que le « sur-doué » était différent car « + » mais au moins de la même espèce, le/la zèbre est toujours différent, mais pas en « + » et n’est même plus de la même espèce !
Si encore, couramment ou même juste en psychologie il était fait couramment référence aux humains sous le termes « chevaux » j’accepterais un peu mieux l’usage de « zèbre ».
Mais l’humanité reste appelée l’humanité et les douants, des zèbres…
Étrange méthode de faire cesser la stigmatisation des personnes HPI.
Je n’aime pas zèbre aussi parce que ce terme est attaché à la définition qui suppose une intelligence différente mais pas supérieure à la moyenne.
Et je développe avec ce qui suit.

Les « zèbres »

Un zèbre, c’est donc une personne avec un QI > 130, dotée d’hypersensibilité, d’hyperesthésie, d’une pensée dite en arborescence, d’une plus grande mémoire (que la moyenne) et empathique.
Voilà pour les très grandes lignes.
Mais surtout, du moins pour ce qui nous occupe là, un-e zèbre n’est pas plus intelligent-e que les autres.
Ce serait une personne intelligente différemment.

Il faut noter que c’est une position assez largement adoptée par beaucoup de personne HPI, enfants-ados ou adultes, qui déclarent y trouver une description juste de ce qu’ils ressentent être.
Loin de moi l’idée, donc, de critiquer ce ressentis. Je suis pour que tout à chacune trouve son bien-être là où il est, avec les noms qui leur conviennent.
Donc, amis zèbres, allez en paix, grand bien vous fasse, je me réjouis pour vous !

Ce qui me gène, ce ne sont pas les personnes qui aiment ce terme ou le plébiscitent, quelles que soient leurs raisons.
Ce qui me gène, c’est l’incohérence dans le concept de zèbre.

Est zèbre la personne qui a un QI supérieur à 130 (je vous passe les détails des subtest, des QI hétérogène, homogènes, globaux..Et ne me parlez pas du QE je vais m’énerver !).
Le QI c’est quoi ?
Une mesure de l’efficience intellectuelle. Précisément on mesure les capacités cognitives -en plus d’une perception du monde et du fonctionnement émotionnel pour un test psychométrique complet.
En plus clair, le QI permet de mesurer la rapidité de réflexion, la quantité d’informations que l’on est capable de retenir et la rapidité avec laquelle on les traite.
C’est une mesure de l’intelligence, telle que définie par la communauté scientifique internationale. On peut débattre 800 ans sur ce qu’est l’intelligence, mais là, on parle d’un cadre bien précis, d’une définition commune et scientifique de la chose.
Pour rappel de la courbe du QI et sa lecture, c’est ici.

Donc, si un zèbre est à minimum 130 de QI, alors, selon cette mesure de l’intelligence qui visiblement participe à la définition même du zèbre, il a donc une intelligence supérieure à la moyenne.
C’est mathématique et logique.
Moyenne des scores de QI des gens : 100
Score minimum des « zèbres » pour être définit en tant que tel : 130.
130 est supérieur à 100.
Les personnes avec 130 de QI sont donc plus intelligentes que les personnes avec 100 de QI. (
CQFD.

Pourtant, cette supériorité quantitative de l’intelligence est carrément refusée dans la définition du concept du zèbre.
Le zèbre est donc à la fois plus intelligent (puisque QI bien supérieur à la moyenne) mais en même temps, il ne l’est pas. Il est juste « autrement » intelligent.
Et bien comme nous ne sommes pas là dans le domaine de la physique quantique où des objets peuvent à la fois exister et ne pas exister, moi, j’ai un problème avec ce mot de zèbre.

Si vous voulez des témoignages de personnes s’identifiant comme zèbres voici deux blogs : Tribulation d’un petit zèbre et Hamster Zébré.

La personne surdouée : plus intelligente que les autres 

Bien que le terme soit boudé car prêtant à confusion entre réalité du HPI et cliché sur l’intelligence, je préfère ce terme à celui de zèbre.
Dans le mot « sur-douée » on a « sur » de « dessus » et « douée » du « don ».
La personne surdouée est donc celle qui est « dessus » -dessus quoi, on y vient – et qui a un ou des dons.
Le don est quelque chose de naissance, on naît avec. Et un don, c’est comme beaucoup de chose, on peut l’exploiter et c’est super ou le laisser là où il est sans y toucher et ça nous fait une belle jambe.

Avec « surdoué-e » le mot en lui même reconnait cette caractéristique discriminante qui est le fait d’être « sur ». Le mot seul reconnait cela. Et c’est précieux je trouve.
Je crois savoir ce qui choque avec le mot « surdoué » ou même les mots « intelligence supérieures ». Ce ne sont pas les mots en eux même, mais les jugements et projections que les gens y mettent.
Les gens croient souvent que de dire « j’ai une intelligence supérieure » c’est dire « je te méprise toi et le reste de l’humanité, je suis tellement mieux que vous tous ».
C’est complètement faux. Enfin, peut-être que certaines personnes le font vraiment, mais si l’on s’attache au simple sens premier des mots, c’est faux.
Tout cela est en fait un problème d’égo.
L’autre se sent diminué par ce que l’on est. Mais, pour moi, c’est aussi absurde que d’en vouloir à la personne qui a l’oreille absolue et qui, conséquemment, est douée pour la musique.
Ce n’est la faute ni la responsabilité de personne enfin !
Et avoir l’oreille absolue ne veut pas dire qu’on est obligatoirement tenu de devenir le nouveau Beethoven…
C’est juste comme ça. Comme il y a des blondes, des brunes, de grandes, des petites, des rousses, des métisses, des grandes dents, des petits pieds…C’est le hasard de la vie, voilà.

Mais les projections ne viennent pas que des autres, elles viennent des personne HPI elles-même.
Ce ne sont pas les même, mais elles sont sources de beaucoup de souffrance aussi, et c’est sur cet unique point que je donne mon adhésion au mot « zèbre » : en changeant de mot, on se dédouane des projections qu’on peut y mettre, les bonnes et les mauvaises.
Quand on dit à une personne HPI qu’elle est, en résumé, surdouée, il y a très vite une grande pression qui s’installe en elle et qu’elle génère toute seule comme une grande : le devoir de faire quelque chose de cette intelligence.
Si on est surdouée alors on devrait être une bête en sciences, on devrait gagner le Goncourt, on devrait être prix Nobel, bref ON DOIT FAIRE UN TRUC EXTRAORDINAIRE.

C’est aussi ridicule que faux. Mais c’est comme ça que ça marche la plupart du temps dans la tête des HPI. Exigence, pression, auto-critique impitoyable.
On nous a tellement présenté les surdouées comme des génies en sciences, qu’on a l’impression que pour en être vraiment, il faut faire pareil.
Et puis, aussi, on a ce sentiment de devoir (envers..l’humanité ? ) que de faire quelque chose de bien avec ce potentiel qui nous est offert. De ne pas le gâcher de peur de ne pas le mériter.

Sauf que les potentiels, comme les dons, ils se cultivent…si on veut. Ce n’est pas parce qu’on est grande qu’on est obligée d’être mannequin.
Ce n’est pas parce qu’on est endurante, qu’on est obligée de faire un marathon et d’aller aux Jeux Olympique. Ce n’est parce qu’on a l’oreille absolue qu’on doit devenir musicienne ou cheffe d’orchestre.

MAIS ! Le fait de ne pas cultiver ou exploiter un don n’empêche pas son existence.
Ce n’est pas parce que je ne suis pas la plus grande mathématicienne de ce siècle que je ne suis pas surdouée.
Ce n’est pas parce que j’étais une buse en Physique-chimie que je suis pas pus intelligente que 99,97% de la population.

Ce qui va me gêner dans la conception lié au terme « surdouée », c’est que en mettant en avant la différence quantitative (être plus intelligente) on en oublie la différence qualitative (ce que le zèbre met en revanche en avant).

Zèbre ou surdouée : de toute façon différent-e-s.

Que l’on se retrouve plus dans l’appellation zèbre ou surdouée, je crois qu’on peut tomber d’accord sur le fait que dans le cas de l’un ou de l’autre ce qui est indéniable c’est la différence.

Je suis étonnée par contre de constater que les appellations, qu’il s’agisse de zèbre ou surdouée, semblent si exclusives vis à vis de cette différence.
Le zèbre semble dire que si il y a différence de qualité, alors il ne peut y avoir différence de quantité, et inversement pour le surdoué.

De ma fenêtre, il me semble que si effectivement la différence qualitative effective rend difficile la comparaison quantitative (on ne compare pas des oranges et des pommes) je crois que l’horizon de réflexion sur la question était jusque là trop petit.
Voyez-vous, il me semble possible d’admettre à la fois la différence qualitative de l’intelligence de la surdouée (ou du zèbre) et sa différence quantitative.
Je m’explique.
Qu’on le reconnaisse ou non, qu’on s’appelle zèbre ou surdoué (ou douant ou whatever) il y a la notion de QI en commun. Et ce socle commun est bel et bien une mesure supérieure (à la moyenne) de l’intelligence.
Voilà, nous avons la différence quantitative.

Qualité également reconnue aux personnes HPI, une pensée de nature différente, dites en arborescence (bien que l’idée ne soit pas adoptée par tous les spécialistes).
Je crois pour ma part que cette différence existe belle et bien, au vu de mes échanges avec les un-e-s et les autres.
Mais tâchons de rester sur des objets unanimement reconnus par la communauté scientifique.
Je prendrai donc pour exemple de différence qualitative l’émotionnel et le rapport au monde. Bien que non mesurable, tous les spécialistes s’accordent sur le fait que l’émotionnel et le rapport au monde et aux autres des personnes HPI est différents du reste de la population.  Et cette communauté scientifique s’accorde également pour dire que l’intelligence (QI) des personnes HPI est intrinsèquement liée à l’émotionnel et que c’est là une différence avec le reste de la population.
Voilà donc la différence qualitative.

Ainsi, chez les personnes HPI, existeraient à la fois une intelligence supérieure (QI) et différente (liée à l’émotionnel notamment).
Ce n’est finalement qu’une question d’échelle à laquelle on se situe. Si notre horizon se borne au QI, à ces tests psychométriques et la mesure qui en découle, la différence de personnes HPI est quantitative.
Si on prend en compte d’autres paramètres et que l’on agrandit le cadre à travers lequel on regarde, on peut constater que cette intelligence va certes plus vite et plus loin, mais qu’elle passe également par d’autres chemins.

Surdouées ou zèbres, quelle différence ?

Techniquement, il n’y en a pas. C’est la réalité que chaque individu met derrière ces mots qui diffère.
C’est aussi ce que chacun-e veut bien voir, ou croire. Ou ce qui lui fait du bien de concevoir.

J’ai mes raisons (et mes blessures) pour préférer dire que je suis surdouée, plutôt que de m’appeler zèbre.
Je sais que j’ai besoin d’être valorisée, reconnue comme « valant quelque chose », et que ce mot « surdouée » m’aide à apaiser cela.
Je sais que j’aime bien, aussi, un peu, embêter les gens qui me sous-estiment, qui sont bas du front et un peu misogynes, en leur disant que je suis plus intelligente qu’eux, à travers ce statut de surdouée.
Je suis lucide sur les pourquoi de ce cette préférence.

Je sais aussi que beaucoup de zèbres préfèrent ce nom là parce qu’il est inconnu – ou du moins, moins connu que surdoué – et ne génère pas le rejet que l’on connait souvent trop bien.
Etre un zèbre c’est ne pas renoncer à sa différence mais ne pas non plus, trop, prêter le flancs aux moqueries, au rejet, aux regards et paroles blessantes des autres.
Etre zèbre c’est peut-être aussi, un peu, gommer ce fossé entre soi et les autres. Se donner l’impression que la différence n’est peut-être pas si insurmontable, pas si impressionnante que ça.
Etre zèbre, c’est un peu être un cheval en fait.
Un peu, quand même.

Nous avons tous nos raisons pour choisir une dénomination.
Certains encore préfèrent douant-e-s.
Pour doué-e-s.
Le « sur » a disparu. Peut-être qu’il gênait.
Peut-être qu’être douant, c’est plus être doué qu’être intelligent. Peut-être qu’être douant permet de vivre plus légitimement, aux yeux des autres et à ses propres yeux ,son intelligence quand elle ne s’exprime pas par les sciences.
Peut-être.

Qu’importe les raisons.
A la fin, comme toujours, ce qui compte, c’est d’être bien.

 

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3 commentaires pour Zèbres différents ou surdoué-e-s plus intelligents ?

  1. diomex dit :

    J’ai lu peu ou prou tous les articles de ton blog hier. Malgré toutes mes recherches je n’étais encore jamais tombée dessus.
    Je ne sais pas vraiment pourquoi je t’écris, j’ai bien des dizaines de réponses qui me viennent en tête mais aucune ne me paraît véritablement cohérente.
    Je ne suis même pas diagnostiquée, je ne me sens donc absolument pas légitime pour parler de tout ça. Bon, la date est prise pour le test, mais tant que je n’y suis pas… cela reste un gros point d’interrogation.
    Et c’est étrange, parce qu’alors même que se pose pour moi le doute d’être surdouée, je ne parviens vraiment pas à me sentir zèbre. Ca fait tellement pompeux, dit comme ça. La fille, elle n’est même pas sûre d’être surdouée qu’en plus elle veut se distinguer d’eux.
    Je ne sais pas trop pourquoi je te laisse ce message, en fait je crois que d’avoir passé plusieurs heures à te lire sans que tu n’aie la moindre idée de qui je suis m’a dérangée.
    Donc voilà, merci pour ton témoignage, j’ai pris grand plaisir à le lire et il est certain que je repasserai ici à l’avenir.
    Diomedea

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    • Line dit :

      Chère Diomeda,
      Comment rester insensible à ton message ?
      A mon tour de ne pas savoir quoi te dire, sinon que j’ai été touchée par ton message, par le temps que tu as passé avec moi à travers la lecture de mon blog.
      Si l’envie te prenait, n’hésite pas à venir me partager la suite de ton histoire 🙂

      Les doutes et les questionnements sont légitimes. L’important n’est pas la légitimité qu’on pourrait ou non t’accorder, mais ce qui participe à faire sens pour toi. Qu’importe ce qu’en disent les autres, c’est ton bien-être qui compte. 🙂

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      • diomex dit :

        Je viendrai certainement te refaire un petit coucou quand j’en saurai plus !
        En attendant, je vais profiter de la fin de mes examens pour prendre le temps de lire certains de tes articles que je n’avais pas encore lu.
        Merci pour ta réponse, à bientôt 🙂

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