Réflexions autour du travail

Voilà, j’ai retrouvé un CDD.
Grosse boite américaine, je bosse au siège français. Classe.

L’équipe est étrangement jeune pour ce domaine et pour l’ampleur de la boite. (Grosse boite je vous dis) tous mon âge ou un peu moins. Sauf les Managers, eux et elles sont un peu plus agé-e-s. Mais à peine 8 ou 10 ans de plus.

Dans le privé donc cette fois. Ça me change. Tellement.
Débarrassée une fois pour toute de l’esprit fonctionnaire de mouise.

Premières constatations : mon ancienne cheffe m’a plus abîmée que ce que je croyais. Je me retrouve à paniquer pour des tâches aussi simple que de caler un rendez-vous dans un agenda, ou la formulation d’un mail.
Je ne devrais même pas me poser de questions. En dehors de tous schéma de pensée AHP, qui a TOUJOURS des questions, ces tâches triviales ne devraient pas m’angoisser.
Or, cela m’angoisse.
J’ai peur de mal faire, je panique à l’idée de toutes les réflexions qui me seront faites : si j’envoie un mail pour confirmer le changement dans l’agenda j’ai peur de m’entendre dire que je noie le destinataire sous des mails inutiles (puisqu’il est censé avoir des notifications). Si je ne le fais pas, j’ai peur qu’on me reproche de ne pas assez communiquer.
Quand j’écris un mail, j’ai peur de n’être pas assez précise et en même temps, j’ai peur qu’on me dise que je me perds en discours inutiles et inefficaces.
Quoi que je fasse, en interaction avec les autres dans des tâches de travail, j’ai peur…
Alors qu’il n’y a pas de quoi. Mes collègues et managers sont tous très gentils, compréhensifs, solidaires. L’ambiance est  presque celle d’une colonie de vacances, un camp d’étude en fait.
C’est juste cool.

Mais moi, j’angoisse, j’ai peur.
Parce que l’Autre a inscrit ça en moi. Parce qu’elle ne cessait de me reprendre pour tout et rien, parce que rien de ce que je ne faisais ne trouvait grâce à ses yeux. Et j’ai intégré ces mécanismes.

Mais j’ai bon espoir, mieux, je sais que cela passera. Il me faut juste un peu de temps, et quelques confirmations que je fais bien mon travail. Juste ça, et ça ira.

En attendant, je suis très contente de travailler de nouveau et j’expérimente une situation nouvelle : commencer un travail en sachant que je suis AHP et sans que mes employeurs ne le sachent. Et surtout, je suis à un poste bien « inférieur » à ce que mon master me permettrait (en théorie) d’atteindre.
Mais qu’importe, je n’ai pas cette notion des choses de mépris de certains métiers et des personnes qui les exercent parce que leur diplôme est jugé « inférieur ».
Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que des gens stupides et/ou méchants.

Bien évidemment, n’importe qui pourrait faire ce que je fais (je suis assistante de service). C’est à la portée de tous, nous sommes d’accord. Mais ce qui importe pour moi c’est de faire les choses bien. Et je suis heureuse de « rendre service » comme je dis, sur ce poste. J’ai l’impression de passer mes journée à soulager les gens de le charge de travail, et ça me plait.

Le seul côté délicat, reste celui de l’intégration, du sentiment d’appartenance. Je pense qu’être acceptée n’est pas un soucis dans cette super équipe. C’est plus de mon côté que ça coince. Je les apprécie tous, mais je ne me sens pas appartenir à leur groupe.
C’est étrange.
Comme s’il  existait quelque chose qui faisait que eux et moi, ce n’était pas pareil.

Vous allez me dire « alors voilà, la surdouée qui sort sa différence au moindre prétexte maintenant qu’elle le sait ! »
Pas vraiment. Cela doit jouer, j’en suis convaincue. Mais cette difficulté de se sentir appartenir à un groupe, ou simplement de se sentir à l’aise avec quelqu’un, elle ne date pas d’hier.
Depuis enfant, il y a toujours ce quelque chose, ces trucs que je ne comprends pas, ce malaise que je ressens. Comme si ça ne collait pas. Comme si j’essayais de concilier deux aimants de même polarité. On peut les rapprocher, avec beaucoup d’efforts, mais jamais ils ne rentrent en contact. Voir, si on lâche tout, ils se repoussent.

C’est un peu ce que je ressens avec le monde en général et celui du travail en particulier.

C’est flou, mais je comprends bien que ma vision des choses, ma façon de les aborder ne colle pas avec ce qui est attendu. On prend ma bonne humeur pour de la légèreté et de l’inconséquence, alors qu’il n’en est rien. C’est juste que, tout important qu’il soit de faire son travail correctement, je comprends aussi que l’essentiel de la Vie n’est pas là.
Je comprends qu’un dossier de dernière minute est bien moins grave qu’un cancer agressif.
Et cette conscience ne me quitte pas.
Je crois aussi, que dans une vie, on peut faire tout ce qui relève de nos capacités, sans limites de domaine d’activités. Je ne suis pas choquée par quelqu’un qui aura été peintre en bâtiment, décoratrice d’intérieur et programmatrice dans une même vie. Je suis même admirative et curieuse.
Je crois qu’un passé ne définit pas nos capacités. Je peux servir dans un café, mais ça ne dit rien sur ma capacité à résoudre des équation du 2e ou 3e degrés.
Ce garçon qui me coupe les cheveux peut très bien, en parallèle, suivre des cours de chimie organique et préparer un concours pour devenir restaurateur d’oeuvre d’art anciennes.

Evidemment il y a des majorités. Mais je m’éloigne du sujet.

Je disais donc, que je ne vois pas le travail comme la société française le fait.
Je ne vois pas le travail comme une fin en soi. Les seules barrières que je vois à une carrières sont mes capacités à faire.

Et je pense que tous ces décalages, toutes ces différences, parfois sont ressentis par les autres aussi.
Oh il n’y a pas que mon attitude vis à vis du travail, je pense qu’il y a aussi ma façon d’être en général.
Je crois que de me préoccuper en premier lieu, et spontanément, du bien-être des autres n’est pas ce que l’on attend d’un-e employé-e.

Je me demande ce qui fait que malgré nous, et malgré nos silence, nous semblons, nous AHP, porter comme une lettre écarlate dans notre dos nous signalant comme « étranges » aux autres.
Que voient-ils que nous ne voyons pas ?

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7 réflexions sur “Réflexions autour du travail

    • Line dit :

      Bonsoir 🙂

      Je dois dire que je me suis totalement laissée emporter par des souvenirs désagréables et que j’en ai oublié, dans mon élan, que la fonction publique regroupe quantité de métiers et de personnes qui ne comptent ni leurs heures ni leurs efforts.
      Alors j’aurais dû écrit « l’état d’esprit encouragé et nourri par la sécurité de l’emploi et un système de rémunération et d’avantages professionnels délivré avec – j’ose le dire pour ce que j’ai constaté – abus aux yeux du peu de travail fourni ».
      Mais, il est vrai, que l’on ne peut pas dire, en restant juste, que cet état d’esprit est celui de tous les fonctionnaires d’état.

      Donc, pour répondre, par cette tournure aussi maladroite qu’inexacte, je voulais dire cette façon d’être au travail qui se « laisse vivre » parce que rien ne le motive ni ne menace son poste.
      Celui qui, bercé par sa sécurité et ses primes accordées d’office, ne regarde plus sa chance mais recherche tout ce qui « n’est pas son travail », veut en faire le moins possible, sans jamais chercher à s’améliorer ou changer.

      Et, encore une fois, je dois dire que ce n’est pas le statut de fonctionnaire qui induit cela.
      Mais ceux qui avaient cet état d’esprit et que j’ai rencontré et côtoyé au travail ne redoraient malheureusement pas l’image de la fonction publique. 😐

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      • Gustave Lambert dit :

        Tu exagères un peu 🙂 Je ne suis pas certains que tu sois au courant de ce qu’offre la fonction publique en terme de rémunération, primes ou non, c’est en tout cas bien moins que ce que l’on trouve dans le privé (je ne parle pas des CDD et CDI de la fonction publique, mais bien des fonctionnaires).
        Concernant l’état d’esprit des fonctionnaires j’ai l’impression que tu décris ce que l’on trouvait parfois il y a 10 ou 20 ans mais qui n’existe quasiment plus aujourd’hui, je me demande où tu as travaillé exactement pour côtoyer ce genre de personne.
        Enfin, ayant travaillé dans les deux secteurs, publique et privé, je peux te dire que l’on trouve des profiteurs partout et je ne suis donc pas d’accord avec tes généralités. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi les gens transforment une expérience personnelle en généralités.
        Mis à part cela, je suis conscient que ces 2 petites lignes ne sont pas du tout le sujet principal de ton post alors désolé pour la pollution. Dans ton propre blog, tu as évidemment le droit de dire tout ce que tu veux.
        Et pour ne pas que tu penses que je ne suis qu’un troll, je dois te dire que j’aime beaucoup ta façon d’écrire et que tu es très agréable à lire. J’envie ton talent d’écriture 🙂
        Bonne soirée à toi, et bon courage dans ton cheminement de vie.
        GL

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        • Line dit :

          J’ai bien précisé dans ma réponse au premier commentaire que je m’étais laissée emporter et que j’aurais dû dire quelque chose comme « l’état d’esprit de mouise que j’ai rencontré chez plusieurs ancien-nes collègues de travail fonctionnaires de leur état ».
          Et d’éviter ainsi la généralité.
          Et comme je le disais également, je sais qu’il existe moulte formes et fonctions dans la fonction publique et que les clichés sur les fonctionnaires ne sont pas vrais pour tous.

          Au sujet des primes, j’ai pu constater le système d’attribution par moi-même. Comme je ne sais pas ce que j’ai le droit de révéler ou pas je n’en dirais pas beaucoup plus. Simplement que leur nom de prime de mérite, aurait dû passer à prime de présence normale au travail pour que les choses soient plus justes (selon moi).

          Merci pour les compliments ! Ils me font très plaisir !
          Je n’ai pas pensé une seconde avoir affaire à un troll. ^_^
          La,question était parfaitement légitime et la réponse tout à fait cordiale. Il n’y a donc aucun malentendu ni malaise. 🙂

          Merci pour ton commentaire 🙂

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  1. Damien dit :

    Que ces écrits me parlent:
    – « On prend ma bonne humeur pour de la légèreté et de l’inconséquence, alors qu’il n’en est rien. »
    Je me rappelle un directeur d’une des entreprises que j’ai fréquenté qui m’a convoqué pour ma bonne humeur, je lui ai répondu que le jour où je ferai la g… je quitterai sa boîte et qu’il n’avait pas à s’inquiéter. Il m’a confié des milliards de missions différentes, je me suis vraiment éclaté, mais la jeunesse et l’appât d’un salaire plus fort m’a fait quitter cette entreprise.Même pas l’ennui, avec du recul j’ai été bête.
    -« Les seules barrières que je vois à une carrières sont mes capacités à faire. »
    Je n’ai pas encore trouvé mes limites, enfin si dans mon poste actuel que j’ai usé dans tous les coins.

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    • Line dit :

      Heureuse de faire écho à vitre expérience Damien ! ^^

      Si vous me permettez, je dirai plus volontier que vous ne saviez pas ce que l’avenir vous réserverai. Qui pourrait vous en blâmer ? Vos expériences et vos choix ont fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui, je ne pense pas qu’il y ait a en regretter quoi que ce soit. 🙂

      Ah je ne voulais pas dire que j’avais atteint ces limites. Simplement que ce que j’estimais qui pourrait me limiter, ce serait mon incapacité à faire quelque chose.
      Mais jusque là, la situation n’est jamais arrivée.

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  2. bonsens dit :

    Bonjour,

    J’ai vraiment beaucoup de mal avec le « monde du travail », et c’est rien de le dire.

    Aucun boulot ne m’a jamais passionné. J’aime rester chez moi à ne rien faire, ou plutôt à bouquiner, à m’instruire, à me passionner de littérature, d’économie, de politique, d’histoire, de philo, de socio… bref tenter de comprendre les causes de notre misère.

    J’ai fais des étude de comptabilité, et de commerce, plus par volonté parentale que personnelle. Déjà étant enfant, vers 7-8 ans, je m’intéressais à l’actualité et à la politique et je regardais les soirées électorales. Je voulais à chaque fois voir les informations, ce qui ennuyait mes parents ; je jouais peu avec les autres à l’école, je m’intéressais aux pièces de monnaie de la seconde guerre mondiale qu’avaient mes grands-parents et les ramenaient à l’école pour que mon instit, un vieux de la vielle, m’explique le pourquoi du comment de cette boucherie mondiale, et je passais mon temps à rêvasser, à refaire le monde, seul dans ma chambre.

    A l’université, lorsqu’il fallait faire des stages, obligatoires bien sûr, cela ne m’emballait pas. Je faisait semblant de me « vendre » en entretien, et ça passait comme ça.

    Aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal, lors d’entretiens d’embauche, les exigences des employeurs étant, à mon sens, totalement démesurées en regard des emplois proposés ; j’ai tellement développé une carapace et une mécanisation des rapports sociaux, que certains recruteurs me comparent à un inspecteur des finances en entretien, partant du principe que ma vie personnelle ne regarde que moi, que je cherche juste un job non pas pour m’épanouir, étant réaliste depuis longtemps sur la réelle utilité du « travail » et du « marché de l’emploi » (en mode « krach » sans fin, vu l’état de celui-ci…).

    Il y a peu, j’ai encore passé un entretien pour un grand groupe. Je vous le donne dans le mille : CV et lettre de motivation : OK ; tests cognitifs : OK ; entretien : ça coince, trop terminator ! Désormais il faut encore plus de séduction, de dos courbé, je ne montre pas assez ma bosse…

    Et pourtant lorsque je suis dans un groupe, je suis jovial, avec de l’humour, beaucoup d’écoute, ne jugeant personne…
    Désormais, la norme tient sur un timbre poste, et malheur à ceux qui s’en éloignent !

    Comment faire ? Va t-il falloir se prostituer pour s’intégrer un minimum socialement, juste pour une paie, souvent ridicule ?

    Qu’on nous donne un revenu d’existence, qu’on nous laisse tranquille, et que l’on cesse cette mascarade ? Le haut de l’échelle n’en aura donc jamais assez, pour que nous soyons humiliés de la sorte ?

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