Adultes Surdoué-e-, douant-e-s : qu’est-ce que c’est ?

La question est légitime, quand on n’est pas soi-même surdoué-e.

Est-ce qu’un-e adulte surdoué-e est réellement différent-e ?

Comme évoqué un peu partout dans ce blog, finalement, les questionnements et problématiques liées aux surdoué-e-s semblent s’appliquer également à tous les êtres humains : questionnement identitaire, sentiment de non-appartenance, quête de sens, incompréhension « des autres », etc.

Je crois que pour répondre à la question de la nature de cette différence, il faut d’abord accepter une chose : que cette différence existe bel et bien.

Souvent, et à mon avis malheureusement, ce n’est pas réellement la question de la définition de la différence qui est posée, mais la question de son existence.
Derrière la question « quelle est cette différence ? » , il y a en fait la question  « Mais après tout est-ce que vous êtes vraiment différents ? ».
Sous entendu encore « est-ce que vous ne cherchez pas finalement des excuses » ou « est-ce que vous ne cherchez pas à vous faire mousser ? »
C’est humain et compréhensible.

Parce que ce qui est différent est souvent perçu comme effrayant. Et si, en plus, on s’estime lésé-e par cette différence chez l’autre, alors l’idée que cette différence n’existe pas vraiment devient très séduisante. On cherche donc à faire disparaître cette différence, pour ramener l’autre à notre niveau, ou ne pas se sentir inférieur.

Sauf que l’existence de cette différence n’a pas été posée par la population des surdoué-e-s elle-même; elle a été établie par la communauté scientifique.
Avec les études, et les progrès des sciences et techniques, on tâche de quantifier et définir au mieux cette différence. (Bien que la tâche soit très ardue, comme tout ce qui touche à l’esprit humain.)

A chaque personne qui se pose donc la question de « quelle est cette différence, en quoi consiste-t-elle », je vous invite à d’abord faire la paix avec cette idée, et à l’intégrer : la différence entre un-e adulte à haut potentiel intellectuel et un-e adulte lambda existe bel et bien.

(Attention, j’utilise ici le terme lambda pour sa signification général : c’est à dire anonyme, sans particularité, qui correspond à la majorité. Et ça n’a rien de négatif. J’aurais pu dire X ou Y, mais je préfère utiliser les caractères grecs. Chacun son trip)

Une fois que la question de l’existence de la différence est réglée on peut donc passer à la question de sa nature, ou de ce en quoi elle consiste.

En quoi un-e adulte surdoué-e est différent-e de ses congénères ?

C’est là que les choses se corsent.
De mon point de vue en tout cas.
Pour décrire un-e surdoué-e, on vous fera une liste de caractéristiques parmi lesquelles l’hypersensibilité, le sentiment puissant de ne pas appartenir à ce monde, une grande souffrance intérieure pour ce monde, des questionnements en décalages avec son âge et/ou avec les préoccupations des autres, etc.
Sauf que, de ma fenêtre, n’importe qui peut se reconnaître la dedans.

La preuve, j’en ai pléthore des contacts sur le réseau social né en 2004 qui s’auto-diagnostique hypersensible, et qui glissent rapidement de ce premier auto-diagnostique, à celui du syndrome d’asperger et/ou de l’HPI.

Comment les en blâmer ?
Après tout, ils sont le mieux placer pour savoir ce qu’ils ressentent et pensent non ?
Et ils et elles se sentent vraiment différents, incompris, et se reconnaissent dans ces descriptifs.
Sauf que, souvent, la reconnaissance est le fruit du fantasme, du rêve et pas de la constatation objective.
C’est là la difficulté, comment être objectif en se jugeant soi-même ?
En plus de cela, les caractéristiques citées sont sujet à caution.
Prenons l’hypersensibilité. Elle est définit comme une sensibilité accrue aux événements et à l’environnement. Accrue par rapport à quoi ? A qui ?
Seuls les professionnels de la santé psychique ont les repères pour déterminer, selon ce qui a été établit, qui est hypersensible ou pas.
Mais chacun chez soi pourra toujours se trouver plus sensible que son voisin ou sa factrice, et aura certainement raison.
Ceci étant, ils ne seront pas hypersensibles pour autant.

Vous me suivez ?
Je pourrais mois aussi vous dresser de nouveau la liste des caractéristiques des surdoué-es, comme j’ai pu le faire dans mes premiers articles.
Mais, que vous soyez effectivement surdoué-e-s ou pas, vous pourriez très bien vous y reconnaître aussi.

Et pour le coup, il n’y aurait pas de différence entre surdoué-e-s et lambda.


La démonstration de la différence par l’expérience

Je crois que la meilleure définition de la différence (ou des différences ?) de l’adulte surdoué-e comparativement à un-e adulte non-surdoué-e est faite lorsque surdoué-e et non-surdoué-e-s se côtoient au quotidien.

C’est à travers ces interactions et les décalages vécus au quotidien que se dessinent le plus précisément ce qui différencie les surdoué-e-s.
Par exemple, lors d’une conversation sur l’âge, et suite à l’air consterné de mes interlocut-eur-rice-s sur leur propre âge, je leur faisais remarquer que l’âge n’était finalement que le nombre de révoltions complètes que notre planète avait effectuées autour du soleil depuis leur venue au monde; et que si ce nombre les déprimait, il leur suffisait de changer de référentiel et de compter en révolutions de planètes ou corps stellaires plus éloignées du soleil que la notre. En prenant Pluton comme référentiel, par exemple, tout le monde n’avait pas encore atteint sa première année.
Cette déclaration à été accueillie par cette phrase : « Il n’y a que Line pour nous sortir des trucs pareils. A part elle, aucun-e d’entre nous n’aurait pensé à ça. »

Je trouve cette déclaration particulièrement appropriée pour illustrer en quoi consiste, entre autre, la différence des surdoué-e-s : penser en dehors du cadre.

Cette pensée qui court en dehors des sentiers battus, se traduit par des comportements, des idées, qui surprennent et parfois dérangent. Ou qui peuvent être qualifiés d’enfantins ou de puérils.

Ce sont les autres qui en parlent le mieux

Voyez comme il m’est difficile de vous donner des éléments concrets pour vous parler de cette différence ?
C’est parce que la différence, ce sont les autres, l’entourage qui la ressentent et la décrivent le mieux.
Qui de mieux placer qu’un-e adulte non-surdoué-e, pour vous dire toutes les étrangetés qu’il ou elle trouve chez un-e adulte surdoué-e ?

Quand on parle de différence, on parle aussi d’une référence. La différence se fait par rapport à une référence choisie et/ou établie. En considérant que les surdoué-e-s sont différent-e-s, on pose implicitement comme référence la majorité, à savoir les non-surdoué-e-s.
Les mieux placés, alors, pour dire ce qui est différent d’eux, ce sont bien les non-surdoué-e-s !

Alors attention, je ne suis pas en train de dire que ce sont les personnes qui ne sont pas concernées par la douance qui en parlent le mieux. Pas du tout !
Je dis que ce sont les personnes qui ne sont pas concernées par la douance qui sont le plus à même de parler de ce qu’elles trouvent de différent d’elles, chez les adultes surdoué-e-s.

Vous allez me dire que l’inverse est tout aussi vrai, si on change de référentiel, en prenant comme référence les surdoué-e-s.
Oui c’est vrai.
Et on essaie, on le dit tout ce qu’on trouve « bizarre » chez les autres.
Par exemple, je trouve bizarre que vous ne pleuriez pas comme moi devant un dessin animé, ou devant des animaux en liberté.
Je trouve bizarre qu’on félicite les gens pour s’être reproduit, alors que le phénomène n’a rien d’exceptionnel, vu que l’humanité est là précisément parce qu’elle n’a pas arrêté de se reproduire.
Je trouve bizarre que les gens ne soient pas aussi révolté que moi par la tricherie et l’injustice.
Etc, etc…

C’est un serpent qui se mord la queue tout ça !

Pourquoi se poser la question de la différence ?

Seuls des comparaisons d’IRM fonctionnelles entre population surdouée et population non-surdouée pourraient illustrer d’une manière neutre et objective une différence entre les deux population.
Et je dis bien une.
Parce que voir s’activer certaines zones du cerveau chez les uns et les autres pour répondre à la même question, ça n’aide pas vraiment au vivre ensemble dans le quotidien, on est d’accord.
De savoir que mon lobe frontal ou pariétal s’active plus ou plus vite que le votre pour résoudre une opération de maths, ne me rendra pas plus facile à comprendre ou à supporter.

Mais c’est un début, parce que ça aide à « voir » que cette différence existe, qu’elle est là.
Cela aide à faciliter l’intégration de l’idée que cette différence a des conséquences et des expressions diverses et variées.

Et là, on commence à faire un pas les uns vers les autres. On commence, si ce n’est à mieux se comprendre ou se connaitre, au moins à mieux s’accepter.

#AHP #HQI #adultesurdoué #adultessurdoués #HPI

Quelques ouvrages sur le sujet :
La précocité dans tous ses états, à la recherche de son identité, de Frabrice Bak l’harmattan,2013
Trop intelligent pour être heureux ? J.S.Facchin ed.Odile Jacob

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