Surdoué-e-s : ceux qui font croire qu’ils en sont

Dans la lignée du Paradoxe des surdoué-e-s, il y a ceux qui vont plus loin que de simplement s’autoriser à envisager qu’ils puissent l’être : ceux (et celles) qui carrément se déclarent l’être, sans qu’aucun diagnostic n’ait été posé par quelqu’un-e de compétent-e.

Erreur fatale
giphy (3)

 

C’est véritablement une démarche très maladroite, et j’ose me risquer à des pronostiques, généralement vouée à l’échec.

Voyez-vous, se faire passer pour un-e surdoué-e n’est pas une mince affaire.
La supercherie peut durer, je crois, avec des personnes qui ne sont pas elles-même directement concernées par le sujet, ou ne sont pas parents d’un-e surdoué-e.
L’usurpateur/usurpatrice pourra user de mots et tournures de phrases alambiquées, essayer de donner une illusion de profondeur à ses propos en usant de phrases à rallonge ou de questions à n’en plus finir… Mais tout ça sonnera faux aux oreilles des – réellement – surdoué-e-s.

Une espèce de radar

Il se trouve – et c’est un fait constaté, même si pas démontré – que les surdoué-e-s se détectent entre eux. Ces étranges individus que nous sommes nous détectons, à coup très surs, parmi les centaines voire milliers d’autres individus qui nous entourent.
C’est complètement inconscient, mais c’est aussi très efficace.
Pour autant je n’irai pas dire que c’est infaillible. Mais j’ai moi-même des anecdotes bien amusantes sur 3 personnes croisées, de 12, 13 et 28 ans, que j’ai immédiatement « repérées » et qui se sont avérées être diagnostiquées (ou en cours de) elles aussi.

Ce repérage n’est pas un radar infaillible, mais plutôt, dans mon cas, un intérêt particulier. Il se trouve que lorsque j’interagis avec quelqu’un qui se trouve être pas loin de mon écart-type; il y a quelque chose qui génère chez moi un intérêt particulier pour cette personne. Comme si inconsciemment je m’étais trouvé des atomes crochus avec elle.
Et puis il y a le discours. Quand une personne surdouée s’exprime, et c’est bien plus flagrant chez les enfants ou les jeunes, il y a quelque chose qui me saute à l’intuition, comme d’autres nous sautent au visage. Cette indescriptible sensation qui fait s’allumer une lumière dans mon esprit et me fait dire que cette personne sort de l’ordinaire.
Je ne me suis pourtant jamais dit jusqu’ici « il/elle est surdoué-e, j’en suis sûre »; je ne me reconnais pas les compétences et connaissances nécessaires pour cela (et quand bien même, je ne pourrais l’attester véritablement qu’avec un test psychométrique complet à l’appui); mais j’ai ce tilt, ce petit quelque chose qui fait que mon interaction avec cette personne est plus facile qu’avec les autres.
C’est très subtile, mais suffisant pour être noté.

Donc, l’usurpateur/usurpatrice devra faire avec cette intuition aiguisée, que les surdoué-e-s semblent partager et qui les aident à se reconnaître; et le cas échéant, à démasquer les intrus-e-s*.

L’impossibilité de l’incertitude

Mais tout ceci demeure très abstrait et subjectif, puisque cela relève de la pure impression.
Revenons donc à quelque chose d’un peu (juste un peu) plus concret, un phénomène observé là aussi par les professionnels du sujet : l’immense besoin de vérité des surdoué-e-s, leur extrême et constante exigence envers eux-même et leur quasi-pathologique propension à douter d’eux-même.

Je vous renvoie, comme toujours, au peu de littérature sur le sujet et en premier lieu à « la bible » du genre J.S.Facchin « Trop intelligent pour être heureux ».
Le/la surdoué-e donc est un extrémiste de l’exactitude (en général), un-e pointilleu-x-se qui vous sort par les yeux à force de précision et qui vous fatigue à force d’apporter des « mais » et des « et si » à ce qui jusque là était limpide, entier et surtout immuable.
Le/la surdoué-e doute. De lui/elle en premier lieu.
Alors dites-vous bien qu’il y a 90% de chances pour qu’un-e surdoué-e ne se réclame pas d’en être si il/elle n’a pas été officiellement diagnotisqué-e.
Et même si il/elle l’a été, il est plus possible qu’il/elle se mette à douter du diagnostic, que de crier sur tous les toits qu’il/elle est un génie.
L’erreur fatale de l’usurpateur/trice est donc de se réclamer surdoué-e sans diagnostic établit.
Dans 95% des cas (estimation toute personnelle) les surdoué-e-s ne se trouvent pas intelligent-e-s, justement. Aussi, sans une preuve objective, qu’ils ou elles estiment valable, jamais ils ou elles n’oseraient déclarer qu’ils/elles sont ceci ou cela. Et certainement pas surdoué-e, car cela a trop d’implications à leurs yeux (obligation de réussite, perfection, sentiment de ne pas être à la hauteur, usurpation, etc…Le parcours classique de l’après diagnostic quoi).

Voilà notre usurpateur ou usurpatrice démasqué-e.
Et généralement, ça se fait vite, très vite même. Puisque, fatalement, entre personnes étant passées par là, le sujet de la passation du test (et pas des résultats, vous noterez) arrive très vite dans la conversation.
Les usurpateurs* ou usurpatrices* n’ont pas peur, généralement, d’affirmer qu’ils ou elles n’ont pas été testé-e-s, et d’affirmer que « ils/elles se reconnaissent parfaitement dans les descriptions qui ont été faites sur le sujet et ça leur suffit ».

Erreur fatale 2
giphy (3)

Toujours dans la même optique, qui est celle de la remise en question permanente de soi et du doute constant, si je ressemble un peu aux autres pour ça, je doute qu’ils et elles se « contentent de ».
Se contenter de, ça me rend malade. Parce que c’est une donnée imprécise, sans réponse. Au mieux, je m’en contenterais en l’excluant tout simplement du raisonnement, puisque, sans réponse, je ne peux pas me baser dessus pour déduire ou réfléchir plus avant.
Lorsque ma psy a évoqué le fait que j’étais peut-être #AHP, j’ai mis 1 mois (à cause de ses congés et de mes vacances) à me décider, mais croyez moi, j’aurais pu traverser l’atlantique à la nage s’il l’avait fallu (j’étais au Canada pour mes vacances) pour passer ce test et avoir mes réponses.
Me contenter de la supposition de ma psy n’était simplement pas possible.

Encore une fois, celui ou celle qui se présente en tant que surdoué-e, sans test parce qu’il ou elle s’est reconnu-e dans les descriptions et que cela lui suffit… Il y a beaucoup à parier qu’il ou elle n’est pas surdoué-e (du tout).

En résumé : reconnaitre les fau-sses-x surdoué-e-s en 3 points 

  • Ils ou elles ne sont pas diagnotiqué-e-s et le justifient par le fait de se contenter de se reconnaître dans les descriptions des surdoué-e-s.
  • Ils ou elles affirment être surdoué-e-s et se présentent comme tel-le
  • Ils ou elles essaient de donner l’illusion de la profondeur et/ou de la complexité à leur discours, qui la plupart du temps est simplement vide de sens et/ou sans queue ni tête.
* Evidemment, en parlant d’usurpateurs ou usurpatrices, je parlais uniquement de ceux et celles qui savent pertinemment qu’ils ou elles ne le sont pas, mais se font passer pour tel par soif de gloire ou que sais-je, pour se sentir particulier-e peut-être ? Ils et elles ont leurs raisons.
Il y a d’autres personnes qui pensent sincèrement être surdoué-e-s et s’approprient cette identité ou cette notion. Ceux-là, j’imagine, le font naïvement, sans volonté de briller ou du moins pas consciemment. Il n’était pas questions de ces personnes-là dans ce billet.

#AHP #adultesurdoué #HQI

Publicités
Cet article, publié dans Billets d'humeurs, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Surdoué-e-s : ceux qui font croire qu’ils en sont

  1. Thirty-one dit :

    J’ai une amie qui se déclare surdouée sans ressentir le besoin de passer un bilan, pour moi c’était une urgence! Tu la verrais, elle concentre un grand nombre de caractéristiques. Pour elle, je n’ai pas de doutes. Elle a peut-être tout simplement plus confiance en elle.

    J'aime

    • Line dit :

      Je ne dis pas que c’est binaire. Je pense très sincèrement qu’il y a aussi pas mal de surdoué-e-s qui n’ont jamais fait de bilans psychométriques et qui n’en éprouvent absolument pas le besoin.
      Mon fiancé est de ceux là d’ailleurs, je crois.

      Mais la différence qui m’importe dans ce cas, c’est qu’en l’absence de diagnostic établit (et de conviction personnelle il faut le dire aussi) il ne se déclare pas comme HPI.

      Il est normal et absolument pas jugeable d’avoir une conviction, une certitude personnelle sur ce que l’on est ou peut être, sur la façon dont se définit ou se perçoit.
      Mais c’est une chose, pour moi, que d’avoir cette conviction personnelle, et de la présenter – et donc la transformer – comme un fait établit.

      Je trouve que cela pose même un problème éthique je dirais.
      Est-ce que c’est correct de se déclarer, je ne sais pas, autiste sans avoir été diagnostiqué-e ?
      Est-ce que c’est correct de se dire homosexuel-le alors qu’on ne l’est pas ?
      Est-ce que c’est correcte de se dire daltonnien-ne alors qu’on n’est pas diagnostiqué-e ?

      Il ne faut pas oublier que derrière ces mots, ces cigles, ces catégories, ces neuro-atypies, il y a des réalités parfois très difficiles.

      Ce n’est pas une mode, ce n’est pas une ligne sur le CV, c’est quelque chose que l’on est. Et je crois que c’est queque chose qui se respecte aussi.

      Et par cette simple notion de respect, pour les difficultés rencontrées par certain-e-s, pour toutes les personnes qui sont mortes de leur différences, juste pour ça, on ne devrait pas se déclarer HPI (ou quoi que ce soit d’autres qui relève d’une différence constitutive et de nature, et d’un diagnostique) sans avoir été testé-e et que le test se soit avéré positif.

      Par simple esprit logique aussi je dirais.
      Parce qu’une hypothèse, ou une conviction personnelle, n’est pas une preuve ni un absolu.

      Ceci étant, je n’ai rien contre personne particulièrement, je partage mes réflexions et mon point de vue qui ne sont que cela. 🙂
      Cela n’a rien de vérité absolue.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s