Boule à facette : vous ne me connaissez pas

J’ai écouté ce matin un podcast de France Inter, de l’émission La tête au carré.

« La précocité intellectuelle de l’enfance à l’âge adulte »

Rien que de très banal pour les personnes versées dans le sujet. Bien qu’en creusant un peu comme moi, vous aurez sans doute entendu et lu tous les sons de clochers et versions imaginable : différence qualitative versus quantitative; les deux mon capitaine; surdon synonyme de handicape, surdon synonyme de qualités en plus; le surdon n’existe pas vraiment vs la haute efficience intellectuelle est une réalité n’en déplaise à ceux qui ne sont pas concernés, etc.

Mais à un moment donné, je ne sais plus quand dans l’interview, plutôt en deuxième moitié, la grande prêtresse des adultes surdoués JSF pour les intimes a cette comparaison : les adultes surdoués sont comme des boules à facettes qui ne renvoie qu’une partie de lumière et d’image bien spécifique en fonction de la personne en face d’eux.

E-NOR-ME !

Pour ma part, je dis OUI, mille fois OUI.

C’est sans doute cette intime vérité, que personne ne me connait vraiment puisque je ne livre jamais tout de moi, qui fait que je suis tellement en colère quand on me prête des pensées ou des comportements qui ne sont pas les miens. Quand en somme, on me met une étiquette ou une case, juste d’après un aperçu de ce que je peux être et un peu de ce que je suis.

Cette belle vérité est aussi triste, parce qu’en fait, personne ne me connait.
Cher-et-Tendre est celui qui me connait le mieux de tous.
Le mieux.
Il ignore de moi probablement ce que j’ignore moi-même. Ou bien il sait des choses de moi-même que j’ignore totalement…C’est possible aussi !
Quoi qu’il en soit, lui me connait le mieux. A lui j’ai tout montré de ce que j’étais.
Je pense.
Les autres… Les autres n’ont que des bouts, plus ou moins vastes avec le temps ou non, qui s’entrecoupent ou non, et tout ça teinté de leurs magnifiques, nombreuses et ô combien pesantes projections. Cette dernière précision particulièrement pour la famille.

Ils et elles pensent me connaitre.
Il n’en est rien. Ils connaissent un bout de moi. Le bout que j’ai bien voulu leur montrer et que j’ai poli de façon à ce qu’il leur soit adapté à la perfection, de façon à me rendre aimable à leurs yeux.
Est-ce que j’ai menti sur moi-même pour autant ?
C’est une bonne question. Peut-être qu’à force, avec le temps, j’ai fini par leur mentir…Mais cela aura été à force de chercher à convenir, à ressembler, à être « comme il faut », à force de vouloir satisfaire les un-e-s et les autres dans leurs attentes, que je me serais perdue de vue.
Et ne sachant plus (ou pas ?) quelle était ma vérité, je leur mentais pas conséquent en ne leur livrant que la version de la vérité qu’ils attendaient, et non ma vérité.

Ainsi ils ne me connaissent pas.
C’est triste et c’est beau à la fois.
Car avant d’avoir cet éclairage sur moi-même, j’étais déjà consciente de cette partition de mon être. Et elle s’exprime à travers mes relations par les surnoms et sobriquets qui m’ont été donné au fil du temps.
Pas un seul de mes amis ne m’appelle de la même façon. Pas un.
Et j’adore ça.
Parce qu’il m’a toujours semblé, et c’est encore vrai aujourd’hui, qu’en créant cette unicité d’appellation, j’illustrais l’unicité de notre relation.
Je me livre à chacun d’eux comme à personne d’autre. La part de moi que je leur offre, ils sont seul à l’avoir.
Ma relation à L. n’a pas d’équivalent par exemple, il a une part de moi que personne d’autre n’a.
J’aimais et j’aime toujours l’idée qu’il y a un hommage et une volonté farouche de préserver l’unicité de mes relations à mes amis. De leur donner une place unique. [D’autant plus que je n’en ai pas tant que ça des amis hein…Encore la semaine dernière (ou il y a deux semaines) il y en a une qui s’est fait la malle.]

Le pendant de l’histoire, c’est qu’à force de ne donner qu’une seule part à chacun, je ne suis jamais entière avec personne.
Un mécanisme de préservation inconscient, aussi naturel que de respirer.
Il me faut me préserver, au moins en partie.
Je préserve une part de moi, une part qui ne sera pas blessée, ou du moins qui ne sera pas blessée constamment, par tout le monde.

C’est une question de survie.
Comme d’un petit bout de foie, l’organisme peut en reconstituer un entier, l’organisme psychique, émotionnel et intellectuel que je suis se doit de préserver cette petite part de laquelle je pourrais toujours me reconstruire.

Ce n’est pas plus leur faute que la mienne. Nous sommes responsables ensemble. Moi de ne pas me livrer entièrement (mais qui le fait ?) eux, de ne pas m’accepter entièrement quand je tâche de me livrer.

J’ai envie de dire, très envie, à toute ma famille, à tous ceux qui pensent m’avoir cernée, me connaitre; j’ai envie de leur dire qu’ils/elles ne me connaissent pas.
Qu’ils/elles se trompent et surtout, que ce qu’ils/elles croient savoir de moi, ils/elles peuvent l’oublier.

« Je suis plus.
Je suis vaste.
Je suis l’horizon infini, les océans insondables et l’espace indicible.
Je suis l’Univers qui palpite, je suis le soleil qui meurt et la galaxie qui naît.
Je suis la Vie et ses nuances, je suis l’expansion et le chaos.
Je suis Tout, et vous n’en savez rien.

Quand vous voyez un clapotis sur une berge, c’est la mer toute entière et ses tempêtes qui vous sont dissimulées.
Quand vous ne voyez qu’une fleur délicate, c’est la jungle et ses danger que vous oubliez.
Quand vous pensez voir les ténèbres, vous ignorez qu’elles sont le fruit d’une plus grande lumière.

Vous ne savez rien de moi, quand je sais tant de choses de vous.
Je sais vos angoisses, vos doutes et vos blessures, souvent même avant vous.
Je vois en vous comme dans du cristal, quand vous ne voyez de moi que votre reflet que vous projetez sur moi.
Je n’ai encore rien dit, et vous, vous me dites déjà tout de vous.

Vous pensez être forts, quand pour moi vous n’êtes que violents.
Vous pensez être drôles, quand pour moi vous n’êtes que méchants.
Vous pensez être solides, quand pour moi vous n’êtes qu’égoïstes.

Je pourrais vous en mettre des étiquettes, moi aussi.
Je pourrais vous juger et vous réduire, moi aussi.
Je pourrais vous faire mal, moi aussi.
Mais je ne le fais pas parce que je sais que vous êtes plus qu’une liste de qualificatifs.
Je ne le fais pas, parce que je sais que vous êtes aussi complexes que l’univers qui vous a amené à la vie.
Je ne le fais pas parce que je sais que ne pas avoir conscience n’implique pas la non-existence.
Je ne le fais pas parce que je sais que vous êtes plus que ce que cela, même si je n’y accède pas.

Mais vous…vous, vous semblez l’oublier quand il s’agit de moi.
Est-ce l’inconnu-e qui vous fait peur ?
Est-ce le fait de ne pas savoir qui vous pousse à réduire votre horizon ?
Est-ce la peur du changement qui vous empêche toute remise en question ?
Croyez-vous que ma différence empêche votre bonheur ?

Qu’y a-t-il en moi de si terrifiant que vous ne vouliez pas voir ? Qu’y a-t-il en moi qui vous rappelle vos cauchemars ?
Qu’y a t-il en moi de si terrible que vous ne me laissez pas la place d’exister toute entière ?

Suis-je trop vaste pour votre univers ? »

Partie de la Voie Lactée  Crédit : ESA/HFI Consortium/IRAS http://www.enjoyspace.com/fr/news/planck-espionne-notre-galaxie

Partie de la Voie Lactée
Crédit : ESA/HFI Consortium/IRAS
http://www.enjoyspace.com/fr/news/planck-espionne-notre-galaxie

#AHP #HQI #surdoué #surdouée #adultesurdoué

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3 réflexions sur “Boule à facette : vous ne me connaissez pas

  1. jo dit :

    Quand on est au-delà des normes, à t-on le droit de demander que la norme soit juste?
    Moi j’en ai marre de penser, alors j’essaye d’être simplement
    Par ex en regardant un arbre j’essaye d’oublier comment et pourquoi il fonctionne
    Comme cette « pu… » loi de conservation de la section, ou l’agencement des feuilles, lobes générant une structure que, inévitablement, je m’empresse de comparez à tout autre chose pour trouver les similitudes.
    Et quand je ne pense plus, il reste la joie, la joie d’être là
    La pensée est vitale peut-être mais nous coupe aussi paradoxalement du « vrai » ressenti
    C’est ma vision, et forcement les sens passent par l’interface du cerveau…
    Il y a quelques temps quelques mails échangés, puis fin
    Peut-être que tu m’avais mal compris
    C’est vrai tu n’as pas pu regarder dans mes yeux
    pour voir mon…âme
    Mais c’est peut être moi qui aurait été gêné de plonger alors dans les tiens…
    Ou alors tu avais bien compris et c’est moi qui n’ai rien compris…
    qui sait…

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    • Line dit :

      Hello Jo,
      Il n’y al rien eu de mal, juste le temps, les ennuis et autres événements de la vie qui m’ont emportée.
      N’hésite pas à me relancer dans ces cas là ^.^

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  2. jo dit :

    Madame vous me voyez heureux de cela!
    Tiens imagines ce tableau immense et certainement magnifique que représente ton être…comme une multitude de ce que tu nommes facette…alors pour voir la beauté de se tableau l’autre doit déjà être capable de réunir ses facettes (voire paillettes…) qui le composent.
    Mais comble du tout ou du rien, on ne peut rien comprendre sans savoir la place de chacune de ses parties de toi.
    Si ce n’était que le mur de planck à franchir ça serait peut-être plus facile à réussir!
    Mais peut-être que toi tu peux présenter à l’autre un « tableau » un peu plus unifié, et si ses yeux sont ouvert…il en saisira l’étincelle qui y brille.

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