Il y en a marre

Je viens de lire un article de blog, plein de la violence que génère la douleur de se sentir piègé-e dans un monde auquel on n’appartient pas.
Un surdoué de 25 ans, qui rumine et crache sa douleur.

Sa douleur on la connait, on la reconnait même. « On » évidemment, c’est nous. Nous les 2% de la population surdouée.

Bien évidemment, ce que je dis n’est absolument pas dirigé spécifiquement contre Wyatt, l’auteur de l’article, dont je comprend très bien la douleur et la colère.
L’article qui suit c’est, comme souvent, la réaction à une accumulation de constatations qui me navrent.

A la lecture de cet article, c’est non seulement la voix de Wyatt que j’ai entendue, mais celle de G., et de N. et des dizaines et dizaines d’autres qui hurlent à la mort de la même façon, pour en gros la même raison : ce sentiments terrible de non appartenance, cette déception qui se mue en dégoût vis à vis de nos congénères non-doués à force de se heurter à leur rejet; ce replis sur soi et la terrible vision du monde, de l’autre de l’avenir et de la vie qui s’en suit.

Après tous ces témoignages, j’ai envie de vous dire, à vous les non doués, les neurotypique comme j’aime à vous appeler (en référence à la série ALPHA) et à vous les surdoué-e-s qui hurlez votre douleur :

ASSEZ !

Assez.
Pour vous surdoués-e-s qui souffrez : Assez de douleurs, de sombres pensées et de ruminations.
Assez de défaitisme et de pleurs sur soi-même.
Pour vous neurotypiques qui nous connaissez si mal : Assez de rejets, de peurs de l’autre et de projections stupides.

Assez !
ASSEZ !

Vous surdoué-e-s merveilleux, miracles, exceptions de la nature, potentiel insoupçonné et si riche, assez de tortures !

Parce que nous sommes les spécialistes en la matière, nous le savons bien : angoisse, culpabilité; tout cela né de nos attentes hyper-exigeantes envers nous-mêmes, et le monde. Ah nous savons nous tourmenter, nous reprocher de ne pas être assez, de ne pas avoir su faire parfaitement, d’avoir échouer tout simplement.
Oh oui qu’elle est réelle notre douleur à cet instant et que nous sommes sincères dans notre abattement.
Comme nous pouvons être submergés par la douleur du monde, comme nous pouvons avoir mal à et pour notre humanité.
Oh oui nous savons bien voir les failles, les incohérences, les lâchetés. Nous savons disséquer, critiquer, analyser.  Constater comme avant même d’avoir démarrer, certaines choses sont vouées à l’échec.
Quelle vacuité n’est-ce pas ?
Et tout ça nous fait souffrir, tellement souffrir, nous qui portons initialement sur le monde les yeux d’enfants naïfs, confiants, curieux et émerveillés.

Et vous, les neurotypiques.
Ah comme vous savez juger, projeter vos peurs sur celui ou celle qui est différent-e. Comme vous avez peur du mot « intelligent-e ».
Comme vous savez nous prêter des jugements qui ne nous effleurent même pas. Comme vous savez mettre du négatif et du mépris sur nos pensées, alors que nous nous bornons à une simple constatation factuelle, absolument neutre et que la seule personne que nous jugeons comme étant moins que rien, c’est nous-même.
Comme vous savez nous blesser, en nous faisant remarquer que notre comportement n’est pas celui attendu, et en le verbalisant en nous disant que nous ne sommes pas « normaux ».
Combien de fois nous avez-vous collé l’étiquette de fous/folles sur le dos ? D’hystériques ou de susceptibles, parce que vous ne compreniez pas nos larmes, nos douleurs ou notre indignation ?
Et combien de fois, avez-vous refusé, dépassés que vous étiez, de simplement nous écouter ?

Toutes ces violences…
Toutes ces violences que l’on se fait. Douants qui tiennent à distance les autres, neurotypiques qui par peur inconscientes ostracisent les premier-e-s…
Toutes ces violences que l’on se fait aux uns et aux, que l’on se fait les uns et les autres.

N’est-ce pas assez ? N’en avez-vous pas assez ?

Moi j’en ai assez.

Surdoué-e-s vous êtes une merveille de notre humanité !
Oui; et je pèse mes mots.
Vous êtes un espoir pour notre humanité !
Vous croyez que De Vinci, Socrate et Einstein étaient quoi ? A votre avis, de quel cerveau, sinon de celui d’une douée à pu sortir l’idée et la réalisation du premier ordinateur ? Quelle visionnaire de génie à pu envisager, comprendre et expliquer, que notre terre tourner autour du soleil selon une ellipse, alors que ses contemporains ne pensaient même pas que la terre puisse être ailleurs qu’au centre de l’Univers ? Quelle était la nature d’Ava Lovelace, Hyppatie, Marie Curie ?
Quels esprits ont la capacités, plus forte encore que chez les autres, de trouver des idées originales ? Qui se sent tellement à l’étroit dans ce qui existe autour de sa personne, qu’il lui faut inventer, créer, repenser son environnement pour s’y sentir appartenir vraiment?

Bien évident, tous les surdoués ne révolutionneront pas la physique ou l’astronomie, ni ne feront naître une nouvelle science. Bien évidemment.
Mais si les prochains Einstein, De Vinci, Claudel, Lovelace et Hyppatie doivent advenir, il y a quand même de très fortes chances pour qu’ils et elles adviennent au sein de notre petite population des 2%.

Le mot clef c’est potentiel.
POTENTIEL !
Nous avons un potentiel littéralement extra-ordinaire : qui sort de l’ordinaire.
C’est une chance, une bénédiction, une merveille !

Ah oui, oui c’est vrai. Nous souffrons aussi.
Mais de quoi ? De ne pas être compris oui. D’être 1 parmi des centaines, voir pour certains (viens me rejoindre du côté obscur de la force) parmi des milliers…
Oui.

Nous souffrons d’être rejetés par les autres, nous souffrons de la violence qu’ils manifestent en général, sans même en avoir conscience nous semble-t-il. Nous souffrons de notre lucidité. Et oui, la réalité n’est pas toujours belle à regarder.

En voilà une de réalité pas belle à regarder pour les neurotypique : ils sont moins intelligent-e-s que nous (en se basant sur l’échelle de mesure de l’intelligence qu’est le QI). Et oui. C’est comme ça.
C’est de notre faute ? Non. De la leur ? Pas plus.
Mais certain-e-s nous en veulent pour ça. Ils/elles projettent leur mal-être, le manque de confiance en eux sur cette simple donnée.
Mais on retrouve ça aussi chez ceux et celles qui se trouvent moches et qui sont agressi-ve-f-s vis à vis de celui ou celles qu’ils ou elles trouveront séduisant-e-s. Si ces dernier-e-s osent se plaindre de ne pas s’aimer, ils/elles se verront envoyé-e-s sur les roses, parce que celui/celle qui les trouvent beaux ou belles ne voit que son petit nombril et ne pensent que par ses blessures.
L’autre n’existe pas vraiment et n’est que le support de ses projections.

C’est pour tout le monde pareil.
Vous en voulez une autre de réalité pas belle à voir ?
Nous les surdoués, on est invivable pour les autres.
Et ouais.
Nous sommes la marge de la majorité. Nous sommes l’extra-terrestre parmi une foule qui, sans nous, fonctionne très bien. Qu’à nos yeux cette foule barbote dans la crasse ou soit portée aux nues ne fait AUCUNE différence.
Nous sommes l’exception. C’est comme ça.
Nous sommes le petit cygne noir au milieu des canetons bariolés jaunes et bruns.
Nous sommes ceux qui, par leur simple nature, fichent le bazar dans ce qui fonctionne très bien pour tous les autres. Ou du moins, dans le système que tous les autres maîtrisent, comprennent et entretiennent sans difficultés aucune.

Est-ce que pour autant on ne peut pas arrêter de se prendre la tête ?

Je vais vous dire un truc : tout ce que je vous ai dit est vrai.
C’est une réalité.
Mais la réalité comme la vérité, c’est relatif. C’est une affaire d’individus, de point de vue, de moral…en deux mots c’est multiple et variable !

Alors oui, l’intelligence, la lucidité, la sensibilité, l’empathie plus forte que 98% des gens que l’on croise, c’est  un fardeau.
A devenir dingue, réellement. A vouloir mourir même. Et ils et elles sont nombreu-ses-x ceux qui ont choisi la mort plutôt que la vie en appartenant au 2% de droite de la courbe de Gauss du QI.
Mais l’intelligence, la lucidité, la sensibilité, l’empathie plus forte que 98% des gens que l’on croise, c’est une pure merveille.

On lit partout la grande question « comment être heureux quand on est (trop) intelligent? ». C’est une question de quelqu’un de bête, excusez-moi !
Comment être heureux ? Comme si il y avait une recette miracle, duplicable à l’identique pour tous les individus concernés.
Mais bien sur ! Et la marmotte…

Je propose d’essayer de cesser de bloquer sur le côté négatif des choses.

Vous êtes surdoués, alors vous pouvez envisager toutes les possibilités. Et sinon, vous pouvez au moins déterminer ce qui est possible, voir probable, et ce qui est pertinent et utile de ce qui ne l’est pas.
Alors question : en quoi rester coincé-e en boucle sur tout ce que vous n’êtes ou n’avez pas, sur tout ce qui ne fonctionne pas ou ne va pas dans le sens qui vous conviendrait peut vous aider, ou faire avancer les choses ?
Vous êtes intelligent-e-s, vous savez très bien que la réponse est : en RIEN !

Ce qui va être utile c’est d’analyser la situation et en ressortir ce qui pose problème. Vous l’avez déjà fait, je sais bien.
Une fois le problème identifier, imaginez des solutions. C’est fait aussi, depuis longtemps, je sais.
Une fois ces solutions trouvées, appliquez-les.
Vous n’êtes pas satisafait-e-s ? Ça ne va pas assez vite ? Vous n’avez pas de solution, parce que votre problème c’est comment changer la nature profonde de l’être humain ?
Ok. Retour à la première question.
Que nous reste-t-il ?

L’acceptation !
Tous surdoués que nous sommes, nous ne sommes pas non plus omnipotents. Nous n’avons pas la réponse à tout non plus, ni la connaissance absolue (ne nous en déplaise). Nous ne sommes, nous aussi, que des HUMAINS. Nous avons des tas de défauts et nous avons aussi nos limites.


Et là j’ne entends qui hurlent :
« Mais à quoi bon, accepter c’est renoncer, c’est se résigner. C’est regarder sans rien faire ce monde qui court à sa perte… » et vas-y que je grandiloque et dramatise.

Et bien, vous êtes intelligents, et vous savez, une fois que vous aurez reposé votre cape de chevalier-e sauveur-se du monde, que c’est FAUX.
Accepter n’a jamais signifié se résigner ou laisser faire.
Accepter c’est une démarche intellectuelle, même spirituelle, qui consiste à intégrer un fait de sorte qu’il ne génère plus chez nous d’émotions violentes et négatives/. Sans aller jusqu’à la sérénité, mais au moins une réaction émotionnelle neutre.
(On a le droit de passer jusqu’à la réjouissance, mais selon les sujets, c’est peut-être malsain. Si vous adorer l’idée qu’on torture des gens, posez-vous des questions. Et restez loin de moi.)
Accepter c’est intégrer un fait.
Et surtout, accepter c’est faire la paix avec ce fait.

J’entends encore d’autres qui disent :
« Ah bah super, vive la vie que tu nous proposes à être juste neutre vis à vis de tout ce qui nous arrive. On ne ressent plus, une vie sous anesthésie quoi ».
Non plus, et vous le savez.

Ce qu’il pourrait y avoir après l’acceptation, c’est à vous de le déterminer.
Certains vont faire une dépression (et ce n’est pas de l’humour) parce que, fondamentalement, leur blessures auront teinté leur vie d’une noirceurs indélébile.
Certain-e-s trouveront la révolte. le désir de tout envoyer valser, et commenceront (ou continueront) une vie entière de conflits, avec eux, les autres.
Et puis il y a ceux, je crois, dont je fais partie, qui y trouveront l’espoir.

L’espoir oui.
Je ne dis pas que je ne souffre plus ou pas, du décallage qui existe entre moi et les autres, non. Je souffre toujours, chaque fois, et toujours aussi fort.
Mais moi, j’ai choisi l’espoir. L’espoir lucide, mais l’espoir.
Je ne changerai probablement pas l’humanité toute entière à moi toute seule. Mais, aussi infime soit l’influence de mon existence sur cette humanité, j’ai choisi de considérer que ça comptait.
J’ai choisi d’essayer. De tenter ma chance.

Parce que j’ai trouvé des personnes qui sont prêtes à accepter ce que je suis.
Des personnes curieuses, sainement, de ce que je suis.
Des personnes même heureuses de ce que je suis.
Des personnes qui m’acceptent que j’ai le QI d’un bigorno ou d’un zèbre.
Parce que j’ai trouvé des personnes qui s’en contre-fichent éperdument.
Parce que j’ai vu des gens, dont j’ignorais absolument tout, du QI à leur noms, simplement vivre ensemble. Se tendre la main.
Parce que j’ai vu des gens accepter les différences, les célébrer.
J’ai vu des gens s’encourager à se réaliser.
J’ai vue des gens en aider d’autres.
J’ai vu des gens soigner, nourrir.
J’ai vu des gens donner quand ils n’avaient rien.
J’ai vu des gens donner quand ils avaient tout ou presque.
J’ai vu des gens se lever pour ceux qui ne le pouvaient pas.

Alors oui, j’ai vu l’humanité, mon humanité, perpétrer les pires atrocités. J’ai vu qu’on faisait la guerre, qu’on tuait, torturait, violait, battait, mépriser, harcelait, volait…
J’ai vu qu’on trahissait, qu’on condamnait, qu’on accusait, qu’on rejetait.
J’ai vu qu’on fermait les yeux devant la détresse des autres, j’ai vu qu’on tournait la tête pour sauver sa peau.
J’ai vu qu’on reniait des valeurs qu’on disait sienne pour un peu d’argent, de gloire ou d’attention.
J’ai vu ceux qui se disaient des amis partir et trahir.
J’ai vu ceux qui disaient s’aimer se déchirer.
J’ai vu ceux qui avaient promis de protéger abandonner.
J’ai vu tout ça et plus encore. Pire encore.

Mais j’ai vu aussi le meilleure.
J’ai vu l’humanité, mon humanité, rêver de liberté pour chacun, de tolérance et de partage et se donner les moyens d’y arriver.
J’ai vu mon humanité donner naissance à Ghandi, Mère Théresa, L’abbé Pierre, Pierre Rabbi, et à cette vielle dame qui chaque jour sur la route du marché ou de l’église, préparait un ou deux sandwich pour les sans abris qu’elle croisait.
J’ai vu l’humanité, mon humanité, chercher à en cesser de dormir, un remède aux maladies qui nous déciment.
J’ai vu l’humanité, mon humanité, donner de son temps, de soi, pour les autres. Juste pour les autres, parce qu’ils en avaient besoin.
J’ai vu l’humanité, mon humanité, ouvrir ses bras, sa maison, son cœur, et aimer.
Aimer.

Nous les surdoués, plus que les autres, avons le potentiel de transcender nos douleurs, et de transformer notre réalité.
Nous souffrons peut-être plus intensément, mais nous vivons plus intensément également. Si notre regard porte plus loin, alors autant s’en servir pour ouvrir la voie.

Ou au moins, juste une fois, juste un peu, pour essayer.

Juste essayer.

Vous surdou-é-e-s qui souffrez, je vous comprends, et si vous saviez comme je compatis. Mais, suis-je bête, bien-sur vous savez.
Vous savez que votre souffrance est la mienne. Vous savez que quand vous parlez, c’est votre réalité que j’intègre. Vous savez que je sais que vous souffrez.
Moi, je vous promets que notre esprit peut ne pas être un fardeau. Que quand bien même notre place dans cette société, dans cette humanité est peut-être à côté des autres plutôt qu’au milieu, nous l’avons tous.
Vous n’êtes ni une erreur, ni un monstre.
Vous êtes un cadeau. Comme chacun d’entre nous. Nous, les êtres humains.
Je vous promets que ceux que vous avez appris à craindre et à fuir sont aussi des cadeaux. Qu’ils sont aussi des merveilles, mêmes s’ils e peuvent pas vous suivre partout où vous allez ou vous comprendre tout le temps.
L’enfer, c’est un peu les autres c’est vrai. Mais c’est beaucoup soi-même. Surtout soi-même.

Je ne sais pas quels seront vos sacrifices ou vos épreuves pour que vous puissiez trouver cette voie, cette place qui vous conviendra.
Mais je vous promets que s’il existe bien une personne capable de créer ce nouveau chemin d’existence, c’est bien vous.

#AHP #HQI #surdoué #surdouée #adultesurdoué

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