Les relations familiales.

La famille.
Vaste sujet et parfois vaste blague.

Toutes les famille ont leur « secrets ». Le pire c’est que la plupart du temps, le « secret » n’a rien de véritablement tabou ou dramatique. C’est juste des histoire d’égo ou de réputation à préserver… Et ça, ça me dépasse un peu.
Alors à force de tout considérer comme secret, ou tabou; on en vient à taire des choses, qui elles, mériteraient d’être dites pour éviter des drames. De vrais drames.

Mais on ne dit pas. Au nom de la sacro-sainte et factice harmonie familiale.

Vous savez, il y a cette idée saugrenue que la famille est le dernier et unique bastion où l’on peut se réfugier quand on a besoin des autres. La famille serait cet îlot chimérique où on ne sera jamais seul, parce que « c’est la famille ».
Ce même adâge, veut que « on s’aime parce que c’est la famille ».

Et bien je suis navrée de venir mettre à mal ces sacro-saintes certitudes hein, mais… non.
Juste non.
Partager 12 à 50% de son patrimoine génétique n’assure en rien ni l’affection, ni la solidarité. Je vous assure.
Parce que sinon, il n’y aurait aucune famille incestueuse, ni aucun meurtre familiale, ni aucun parent qui met à la porte son enfant pour son orientation sexuelle, ni aucun abus physique sur les enfants, ou frères ou soeurs.
Donc non, désolée, mais la génétique ne garantie pas l’amour. C’est la vie.

Bizarrement, cette évidence sociale et quotidienne, notre société semble s’obstinée à la nier.
Jusqu’à il y a un peu plus d’un an, je passais pour un monstre. Aujourd’hui, ça passe à peine mieux. J’évite de trop insister, même si le petit monstre de logique en moi s’acharne parfois un peu trop…
Donc, les liens familiaux comme notre culture l’entend, ça me fait bien marrer.

Pour moi la famille, ce sont les gens qui vous ont élevés. C’est à dire qui vous ont donné les outils pour vous épanouir, qui vous ont appris à vous débrouiller seul. Les gens qui vous ont aimé assez bien pour accepter que vous les détestiez à cause de ce qu’ils vous refusaient ou disaient. Ce sont les gens qui ont essuyé les pleurs de vos premières dents, les gens qui n’ont pas dormis une nuit complète jusque ce que vous même vous fassiez vos nuits, et qui ne vous ont jamais maltraité ou abandonné pour ça. Ce sont les gens qui vous ont appris à faire du vélo, à marcher (pas dans cet ordre à priori) et qui ont soigné les milliers d’hématomes et d’égratignures que vous avez pu vous faire durant l’enfance.
Ce sont les gens qui ont pleuré avec vous dans vos pires chagrins, ceux qui sont restés avec vous pendant et qui étaient encore là après.
Les gens qui vous aiment suffisamment pour vous dire quand vous faites n’importe quoi, et être tout de même là pour vous aider ensuite. voir ceux qui vous aime au point de vous dire que vous faites n’importe quoi, vous laisse faire ce que vous voulez, vous voient vous ramasser lamentablement et trouve le courage et la force de vous laisser vous débrouiller tout seul pour vous relever parce qu’ils savent que ce n’est que comme ça que vous apprendrez.
La famille, ce sont les gens auprès de qui vous vous sentez « chez vous ». Ceux en qui vous avez confiance, aveuglément. Ceux avec qui vous vous permettez d’être ce que vous êtes, pleinement, sans peur ni contraintes.
Ce sont les personnes qui ne vous en voudrons pas de ne pas avoir donner de nouvelles pendant 3 mois, parce que l’amour ne connait ni le temps ni l’espace.
C’est ça, pour moi, la famille.

Alors forcément, quand vient noël et tous ces temps dits « familiaux » je suis un peu en décalage des autres.
Surtout quand on en vient au sujet de ce que l’on estime être la famille ou pas. Alors là, c’est festival de « Line est un monstre ».

Pour faire court, j’estime que pour éviter des drames, il serait bon que quelques langues se délient (parce que, bien évidemment, tout le monde sait mais personne ne dit rien). Et quand je dis éviter des drames, c’est vraiment drames. Genre coups, hôpital, abandon tout ça quoi.
Mais quand j’émets l’idée de parler, on me répond : « Ce n’est pas à nous d’intervenir »

La phrase est tombée.
Ce serait, soit disant, aux parents plus proches que moi de le faire.

MINCE !
Je ne comprends pas.
On m’a servis la même soupe pour quelqu’un de psychologiquement barré, qui est potentiellement un danger pour son enfant dans ses crises et l’est déjà pour son époux.
On m’a dit que « ce n’était pas à moi d’intervenir ».
Et pour quelle raison ? Quelle est cette raison qui surpasse le fait même de vouloir protéger les innocents et ceux qu’on aime ?
J’aimerais qu’on m’explique, vraiment, quelle raison suprême surpasse celle de l’amour ?
Non parce qu’on est quand même en train de me dire qu’il y a des règles étranges qui dictent qui peut ou ne peut pas protéger ou aider quelqu’un, même si on l’aime.
Donc nous sa famille, on devrait rester bien sagement silencieux quand bien même cette personne finirait par blesser son gosse et l’autre se faire taper par son mec.
Tout ça parce qu’on a peur de dire aux gens qu’il y a des problèmes dangereux dans leur vie ? Parce qu’on a peur « qu’ils se fâchent avec nous? »

Wake up people !
L’amour ce n’est pas rester là à veiller que l’autre nous aime toujours. L’amour c’est placer l’autre et son épanouissement avant nous, non ?
C’est faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que l’autre soit bien, heureux, en sécurité, épanouis. Pas au détriment de sa liberté bien évidemment.
Ce qui pour moi signifie ne pas se la fermer quand on voit qu’ils vont dans le mur ou qu’ils sont en danger.
Après les gens font ce qu’ils veulent avec nos avis/conseils/avertissements : ils les écoutent ou s’assoient dessus.
Ils se fâchent avec nous, oui peut-être. Mais l’essentiel n’est pas de conserver leur amour, l’essentiel est que NOUS nous les aimions, suffisamment pour accepter qu’ils nous haïssent, alors même que nous essayons de leur tendre la main.

Moi je n’ai pas peur de ne plus être aimée de ma famille (il faut dire que je ne me suis pas trop sentie aimée inconditionnellement jusque là, j’ai vite compris que leurs affection à mes oncles/tantes/etc n’était ni inconditionnelle, ni à temps plein.). Je n’ai pas peur que mes cousins/cousines ne me parlent plus ou me traitent de monstre.
J’ai peur qu’il leur arrive quelque chose, et que devant leur cercueil ou leur lit d’hôpital, ou devant leur enfant orphelin, je ne puisse pas dire « j’ai fait tout ce que j’ai pu ».
J’ai peur de devoir vivre avec cette terrible vérité, qui est que j’aurais pu dire quelque chose. Juste dire. Parfois ça suffit.
Parce que si un malheur arrive, je ne pourrais pas vivre avec l’idée que je n’ai rien fait, rien dit. Parce que si je ne dis rien, alors quelque part, je suis responsable de ce qui arrive.
Responsable de ne pas avoir dit.

Et bien même ça, je constate que je suis bien seule à le penser. Ou tout du moins à oser y penser.

C’est difficile parfois de garder à l’idée que je suis consciente de « plus » de choses qu’eux.
De me dire que je vais plus vite, plus loin dans mes raisonnements, et que, quand bien même je leur apporte toutes les pièces de mon raisonnement, pour eux ça ne fait pas sens.
C’est très dur, parce que, dans des cas comme celui-ci, je me retrouve face à un mur terrible.
Le mur de leurs propres blessures, que parfois j’identifie mieux que les personnes concernées ; le mur de ce qu’ils n’envisagent ou ne comprennent pas; et le mur des constructions sociales qui sont suivies presque intuitivement par la majorité et jamais remises en questions, alors que moi je ne fais que cela, me demander pourquoi .

Heureusement, il y a a une ou deux personnes avec qui je peux échanger. Longuement et avec plaisir. Mais fatalement, je m’éloigne de la famille génétique.
Parallèlement, j’ai construis ma propre famille. Pas génétique, mais de cœur.
Ce n’est pas forcément compris, parfois difficilement accepté (c’est vécu comme un rejet de ma famille génétique, alors que ça n’a rien à voir.). Mais ça me convient.

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