La différence, c’était plus simple avant.

Parfois, je me dis que ma différence était plus facile à vivre quand je ne la connaissais pas.

Avant, même si je ne comprenais pas toutes les réactions et fonctionnements de mes congénères, je pouvais au moins me dire que je comprendrais un jour, ou rester convaincue, simplement, que tout le monde vivait la même chose que moi à peu de choses près.
Que mon lot n’était pas plus différent de celui des autres.

Parfois je me dis que c’était quand même mieux avant.

Parce que parfois, la différence est telle que c’en est effrayant au point d’être douloureux et un peu anxiogène.
Alors attention, pas douloureux à me rouler en boule, mais cette douleur de l’âme devant un fait inaltérable qui vous isole un peu (plus). Il m’est difficile d’expliquer le pourquoi cette angoisse, je ne m’y suis pas encore penchée, mais je suppose qu’il y a une sorte de peur d’être totalement seule. Je sais que chez moi c’est une angoisse (vérité?) très profonde.

Cette différence donc.

Au travail j’ai l’impression chaque jour de creuser un peu plus le fossé qui me sépare des autres.
Voici le contexte, nous traversons une période de crise dans mon service. Une employée est partie, laissant le reste de l’équipe avec toute cette charge de travail supplémentaire. Un travail prévu à quatre doit être géré à 3.

Ce n’est pas infaisable soyons honnêtes. Mais cela demande une certaine efficacité et une certaine énergie.

Dans cette période de crise, je me retrouve à gérer un dossier dit « compliqué » parce qu’il fait appel à l’utilisation d’un logiciel particulier de traitement des inscriptions et facturations.
J’ai été formée (vite fait) à l’utilisation de ce formulaire. Logique que je reprenne le dossier. La tâche semblait très compliquée, ma collègue partie avait quelques problèmes avec.
Je devais donc reprendre la chose, comprendre et identifier les problèmes (pas forcément dans cet ordre), les résoudre et en plus contacter les responsables d’événements  qui n’étaient évidemment pas du même centre de recherche (cela aurait été trop efficace et logique comme façon de faire sinon).

J’avais 36h pour régler le soucis.
J’en ai mis 24h.
Parce qu’aussi tout le monde m’a répondu en prenant en compte mon urgence.

Le reste a suivi le même schéma: Ce qui avait pris un mois à ma collègue je l’ai plié en une semaine. En continuant de gérer mes propres dossiers en parallèle.

Ma responsable n’a cessé toute cette semaine de me remercier et de me féliciter. Elle m’a même dit « Tu ne te rends pas compte de ce que tu fais n’est-ce pas ?  » ; pour toute réponse j’ai haussé les épaules et ouverts des yeux ronds. Elle a conclut en par cette affirmation à la fois résignée, un peu attendrie et admirative : « Non, tu ne te rends pas compte. »

Effectivement. Je ne me rends pas compte.

Oui ça a été difficile et fatiguant. Oui j’ai stressé à mort au point de me provoquer de l’exéma sur le visage ! (Bon ça va c’est près de l’oreille, c’est discret je n’ai pas l’air d’une lépreuse). Oui j’ai du augmenter la cadence, oui j’ai du me faire violence pour appeler les gens au lieu de leur écrire des mails. Ça n’a pas été agréable.

Mais de là à présenter ça comme l’exploit de l’année quand même!
Ce n’était pas difficile ou complexe. C’était rapide et fatiguant. Gérer trois urgence aux deadlines identiques c’est un exercice de style. Mais c’est faisable.

Et on dirait que j’ai sauvé le service de l’implosion. Ma collègue restante n’a qu’un projet et elle est sous l’eau depuis deux semaines…

Un collègue du service informatif m’a même dit qu’il admirait ma résistance! Il faut arrêter c’est gentil mais c’est pas la mort non plus.
Très honnêtement je reconnais que j’ai eu un petit coup de chaud, mais en une journée de boulot c’était réglé. Je ne crois pas avoir accompli quelque chose de remarquable.

Et pourtant…

Ce qui m’atteint dans cette différence c’est quand je crois percevoir toute l’ampleur de l’abîme qui parfois s’étend entre moi et les gens.
Parfois, je sens cette différence dans l’autre sens. Ils comprennent tous quelque chose qui m’échappe totalement.
Ou c’est un comportement qui m’est étranger qu’ils ont, ou inversement.

Notamment l’implication pour son entreprise. Quand, parfois, il serait possible d’aider la boite en bouclant un dossier un peu plus tôt, même si cela demande de prendre un peu de son temps libre en travaillant un peu plus. Ou quand, pour x raisons, si tu veux avancer tu n’as pas d’autre choix que de faire quelque chose qui « n’est pas ton travail ».
Moi tout ce qui m’importe c’est le résultat.
J’ai un objectif, je vois comment je peux l’atteindre, je fais, point.
Et si je peux aider, je fais.

Et bien on dirait que pour l’assistante sociale de la boite, je suis l’envoyée du diable. Et pour beaucoup d’autres collègues, je crois qu’à leurs yeux « j’en fais trop ». IL ne semble pas bien perçu de donner de soi pour le boulot. Comme si vouloir faire avancer les choses, c’était le mal.

Ce n’est pas facile pour moi. Je ne veux pas les mettre mal à l’aise ou me mettre à l’écart. Mais je ne peux pas supporter de bosser moins. Parce qu’en fait, moins là c’est rien faire du tout. Comme vous le voyez, je mets à jour mes articles de blog DANS LA JOURNÉE.

Cette semaine a été fatigante mais je me suis amusée je dois l’avouer.
C’était stimulant. Bon les compliments quotidiens de ma responsable aident bien, il faut bien le dire.

Ceci étant parfois je me sens fatiguée. Fatiguée par ce fossé entre « eux » et moi. J’aime à me dire que c’est une question d’état d’esprit et non pas de capacités parce que c’est moins accablant pour moi.
Je trouve ça sans doute moins absolue, moins irrémédiable de mettre ça sur le compte de l’état d’esprit, parce que une idée, une opinion ou une façon de voir les choses, peuvent changer avec le temps.
Alors que si cela est dû à une plafond intrinsèque qui est atteint, ça ne changera jamais…

Avant je pensais « si je peux le faire, alors tout le monde peut ».
Je me disais que ma différence n’était rien d’autres que la différence qui existe d’un être humain à un autre. Et que tout le monde batailler plus ou moins avec la même intensité que moi. Ce qui impliquait logiquement qu’il était possible de se rejoindre et de se comprendre un jour, puisque nous étions sur le même plan.

Aujourd’hui, il y a cette ombre qui plane, avec laquelle j’ai encore un peu de mal parfois.
Me dire que par moment je touche du doigt la véritable ampleur de ma différence, de ce qui me sépare des autres. Comme parfois, j’ai le sentiment que c’est infranchissable.

Oui c’est ça qui me fait du mal, l’impression parfois que le gouffre est trop grand pour être franchit

Le bon côté de tout ça, c’est que, il faut l’avouer, en regardant tout ça avec un peu de recul, je me sens carrément exceptionnelle. ^^
Mais seule.
Mais exceptionnelle quand même :p

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2 réflexions sur “La différence, c’était plus simple avant.

  1. marchisio dit :

    je vous rassure , d’autres comprennent parfaitement votre façon de travailler , votre engagement a faire un travail de qualité , en restant vous même malgré les regards inquisiteurs de vos collègues .Merci a vous

    J'aime

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