Ce que j’appelle « l’hypersthésie »

Il existe un terme médical, hypersthésie, qui définit une pathologie du système nerveux et récepteurs des sens. Les gens hypersthèses ressentent de la douleur au moindre frôlement.
L’hypersthésie en question, selon Larousse en ligne, selon Santé-medecine.net et selon Wikipédia.

Donc en résumé, c’est pas la joie.

Vous connaissez sans doute aussi la synesthésie, qui n’est pas une pathologie mais qui peut être qualifiée de dysfonctionnement physiologique en rapport à une majorité ou moyenne. Personnellement, je trouve que ça frôle le super-héroïsme. Deux sens qui fonctionnement ensemble alors qu’un seul à été stimulé, c’est trop fort.

Mais la synesthésie ce n’est pas non plus ce qui m’occupe là.
Parce que, je ne suis pas synesthèse, à mon grand regret.

MAIS !
En bonne douante (comme dit une de mes amies…douante elle aussi, mais nous nous sommes découvert cette similitude bien après notre rencontre) je suis quand même doté d’une sensibilité sensorielle (elle est pas belle la redondance hum ?) accrue.
Camille en parle dans un de ses articles.
Le truc fun là-dedans, c’est que chaque individu va avoir un ou plusieurs sens « privilégiés ». Le conjoint de mon amie précédemment cité (Topain. Notez pour plus tard qu’ils seront désormais appelés Topine et Topain), Topain donc, a noté que son ouïe notamment était particulièrement importante.
Topine c’est pareille.
Et moi aussi. Topine et moi, on ne peut pas entendre quelque chose sans pouvoir en identifier la source, la provenance. C’est juste infaisable. Le bruit peut être une telle source de stress pour elle comme pour moi, que quand un son non-identifié nous parvient, on peut passer (mine de rien) de minutes entières à scruter notre environnement jusqu’à ce que l’on trouve.

Mais, si l’on me demandait mon avis, mon sens premier, c’est le toucher.
C’est quelque chose de génial parce que c’est très marqué dans le bon comme dans le mauvais.

Explications.

Le bon :

Les massages sont totalement absolument délicieux pour moi. Certains peuvent même être orgasmique, sans figure de style. Réellement source d’orgasmes.
Je suis littéralement transportée de bonheur et de bien-être au contact de certaines substances/matières. L’eau de la mer en fin de journée d’été, un bain, du satin ou un peignoir tout doux tout doux, sont pour moi des sources de pur bonheur.

Et puis, évidemment, les contacts intimes de l’ordre des caresses et autres baisers sont encore plus appréciables.

Le moins bon :

Conséquemment à cela, je ne peux pas supporter de toucher des inconnus. Et encore, toucher, c’est déjà l’étape ultime. Je me sens réellement agressée quand quelqu’un est simplement trop près de moi.
Vous allez me dire, tout le monde trouve ça désagréable. Oui, je sais. Mais là où le monde à l’air de s’accommoder bon an mal an de la situation, j’ai l’impression à chaque fois qu’on viole mon intimité, je me sens menacée et agressée violemment à chaque fois.
Imaginez moi dans les transports en commun. Chaque effleurement est une décharge électrique de taser niveau 1. J’ai la nausée à chaque fois que quelqu’un est trop près, et je sursaute de peur à chaque contact inopiné.
Intérieurement, je suis tellement tendue et apeurée que je pourrais me mettre à hurler en plein milieu de la foule, m’accroupir, me replier sur-moi-même avec les mains sur la tête et me bercer d’avant en arrière pour me calmer.
Oui, j’ai quelques comportements autistiques comme je les appelle. Ça fait partie du lot de la douance il parait. (Enfin comme tout dans la douance, cela n’a rien de systématique).
C’est juste insupportable.
Bon je ne suis pas non plus totalement autiste sur ce point et le contact physique, quand il est prévu et rentre dans mes critères de normalité, passe très bien. Du genre serrer la main à la personne qui me reçoit à l’entretien d’embauche; ou se faire examiner par un-e rofessionnel-le de santé. OU plus simplement, quand il s’agit de personne que j’aime.
Mais là aussi, socialement, ç pose soucis parfois.
Nous ne sommes pas dans une socité du contact physique. C’est quelque chose que l’on considère être de la sphère intime. On ne se touche pas en public, même pas une embrassade amicale, ou se tenir par la main. Ces gestes là sont réservés au couple amoureux précisément.
Ce fut pour moi, plus jeune, une vraie peine. J’ai dû apprendre à contenir ces élans, pour ne pas être mal comprise, ne pas être mal vue. Mais c’était et c’est toujours une souffrance, un regret.

A cause précisément de cette intensité ressentie, le toucher est pour moi un second langage. Je dis et comprends énormément de chose à travers le toucher. C’est indescriptible avec des mots, car c’est une autre façon de s’exprimer.
Ce qui fait que quand j’aime les gens, amis ou amants, j’ai naturellement et spontanément des gestes d’affection envers eux. Je vais les toucher, au gré de la conversation, une main sur le bras, sur l’épaule, une tape sur la cuisse, un faux coup sur le bras. Je vais avoir envie de les prendre dans les bras, de les serrer contre moi… Et « ça ne se fait pas » !
😦

Mais j’ai la chance d’avoir le combo toucher/ouïe/odorat. Dans cet ordre à peu près, ou alors ouïe et odorat au même niveau.
L’ouïe je vous en ai parlé plus haut. Autant vous dire qu’avec cette vigilance permanente de l’oreille, faut pas qu’une maison fasse trop de bruit la nuit ! Chez me parents, je pouvais percevoir les messages enregistrés par le répondeur….des voisins !!!
Je vous passe le frigo qui tourne, la chaudière qui s’enclenche, l’eau qui coule dans les canalisations, etc…
Parfois j’ai l’impression de vivre dans un magasin d’horloges tellement il y a du bruit partout.
Dans les transports, au travail, au resto, bref avec les gens du dehors, il m’arrive d’avoir des envies de meurtre tellement je suis agacée par un son répétitif et agressif pour moi. Du genre celui qui respire trop fort; celui qui tousse trop (mais eux avec le temps, j’ai appris à calmer ma rage parce que moi aussi j’ai des quintes de toux et personne n’y peux rien).
Celui qui écoute sa musique trop fort, à tel point que j’entends ce qi se passe dans ses écouteurs. Une fois j’ai demandé à quelqu’un qu’il baisse le volume, tout le monde m’a regardé bizarrement…Comme si j’étais la seule à être gênée. Mais c’était super pénible ! En plus la qualité du son est pourrie pour celui qui entend de l’extérieur des écouteurs…
Et puis l’odorat.
Petite, ma mère pensait que je faisais des caprices parce que je refusais de passer devant le fromager au marché. Je ne voulais pas rentrer dans la boutique, et même passer devant était pénible. Je cesser de respirer le temps de passer :p.
Ma mère a toujours pensé que c’était de la comédie. En vérité, je ne supportais vraiment pas l’odeur.
Aujourd’hui, je suis encore parfois piégée par cette faculté avec d’autres personnes, parce que je demande souvent : « Vous n sentez pas ça ? » ou encore « Ca ne sent pas le brûler quelque part ? ».
Jusque là, à eur réponse négative, je déduisais toujours que c’était mon imagination. Maintenant je m’accorde le droit d’envisager que je sens quelque chose que leur cerveau na pas jugé pertinent de mettre en avant.

[Oui parce qu’en fait cette sensibilité sensorielle, ce n’est pas tant des capteurs plus performants, que l’information qui n’est pastriée de la même façon. Alors qu’un cerveau neurotypique va classer les infos selons des critères de pertinences, et donc en passer certaines à l’as, le cerveau Alpha (ou neuroatypique ou douant ou etc) lui va tout mettre au même niveau de pertinence. TOUT est bon à prendre ou presque. Ce qui donne ces situations où vous percevez quelque chose, et les autres non.]

Hier soir, en rentrant du boulot par le RER, je remarque une odeur atroce. Enfin atroce pour moi. C’est celle de votre salade ou de n’importe quelle verdure oubliée dans un peu d’eau et qui commence à se décomposer. C’est IGNOBLE !
Je regade partout autour de moi, sous les banquettes, si les gens n’auraient pas des sacs de bouffe (on voit de tout vous savez dans les transports franciliens), rien.
Mais ces effluves nauséabondes continuent de me parvenir par vague. Sauf que comme pour les bruits, impossibe de m’y soustraire si je ne les identifie pas. Logique, je ne vais pas bouger aléatoirement sans savoir si ce sera efficace ou pas.
Donc je cherche encore. Et encore. Jusqu’à ce que je remarque le pourtour de la vitre à côté de laquelle j’étais assise. Une couche vert-foncé brillante s’étale le long du joint, tous le long de la fenêtre jusque dans les angles et commence à remonter.
BEURK !
Mais c’était ça. Je sentais ça. C’était pas grand chose, un petit filet vert coincé dans le joint. Et bah moi ça me filait la nausée !
Je me lève, je change de place, loin de cette fenêtre et je vérifie que celle dont je m’approche n’est pas dans le même état.

Cela m’a fait rire un peu jaune, je vous l’avoue, parce que franchement, il n’y’a que moi pour être dérangée par un truc aussi infime !
Alors imaginez le bonheur total quand je suis confrontée aux gens à l’hygienne douteuse, aux fumeurs qui empestent la clope, ou aux gros buveurs (qui en général sont fumeurs aussi). Ces derniers ont une odeur absolument caractéristique et qui me fait presque tourner de l’œil.

Mais malgré tout ça, je trouve ça génial d’avoir des sens plus « développés ».
Vraiment.
J’ai accè à des choses inconnues de autres, et surtout, je puise dans cette sensualité différente bien plus de bonheur que de mal-être. C’est juste formidable.

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2 réflexions sur “Ce que j’appelle « l’hypersthésie »

  1. Mokuren dit :

    Je commente cet article un peu ancien, mais je viens seulement de le découvrir. J’avais lu des choses sur l’hyperesthésie chez les HPI, mais je n’avais encore jamais vu quelqu’un parler de son sens du toucher. Donc là j’ai un peu envie de danser sur place en chantant « moi aussi, moi aussi » mais promis je vais me contenir.

    Je ne sais pas si il y a une hiérarchie dans les sens chez l’humain. Mais j’ai l’impression que la plupart du temps on se base sur l’ouïe et la vue, parfois sur l’odorat et le goût. Et peut être que même chez les HPI, lorsqu’il y a un/des sens plus affuté/s, ce sont généralement ceux là. Mais l’hypersensibilité au toucher, je croyais être la seule.

    Je ne vais pas énumérer les points de l’article dans lesquels je me reconnais, on s’en fou. Mais j’ai une question: est ce que pour vous aussi votre sens du toucher vous joue des tours de manière indirecte? J’explique.

    J’utilise mon sens du toucher dans mes rêves: je suis sensible au chaud et au froid, à la texture des objets que je touche, à la douleur. Le must c’est quand on rêve qu’on vole: on a la sensation de vitesse et on se prend le vent dans la figure et les vêtements. C’est comme faire des montagnes russes gratuitement.

    Je suis aussi capable de ressentir des sensations physiques simplement parce qu’on me les évoque. Par exemple dernièrement j’ai lu une histoire où un personnage en embrassait un autre sur la nuque. Je n’ai jamais été embrasée comme ça, je ne peux pas savoir ce que ça fait. Pourtant à l’instant où je lisais, j’ai sauté en l’air et j’ai du abandonner ma lecture pour pouvoir la reprendre à froid le lendemain. J’avais ressenti physiquement qu’on m’embrassait la nuque.

    La seule fois où j’ai vu un phénomène semblable c’est dans Le Parfum de Suskin: le héros a un odorat tellement poussé qu’il peut jouer avec les odeurs dans sa tête et composer des parfums sans les expérimenter. Moi j’ai ça avec le toucher.

    La seule chose c’est que je ne vois pas bien en quoi ça pourrait être un talent (à moins de me mettre à la sculpture peut être…). Bref ce commentaire est déjà bien trop long, mais je suis curieuse de savoir si d’autres personnes peuvent « intellectualiser » leurs sens de cette manière.

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    • Line dit :

      Bonjour 🙂
      C’est un plaisir de savoir que cet article a pu vous faire du bien ^.^
      Je n’ai pas connu d’expérience comme les vôtres, j’ai surtout en stock des désagréments liés au fibre de mes pulls et des étiquettes de vêtements. 😛
      A l’opposé j’ai le souvenir des bordures en satin des couvertures chez ma grand-mère, les faire passer entre mes doigts me berçait. 🙂

      Mes rêves sont fantastique mais je n’y vole jamais, je ne peux donc pas vous répondre.
      Ma memoir du toucher est certes puissante, mais la votre semble formidablement développée !

      C’est une chance si, comme toute chose, vous apprenez à être en harmonie avec. Comme on se laisse porter par une vague et qu’on épouse le sens du courant 🙂

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